Royaume d'Abkhazie

780 à 1008

Le royaume d'Abkhazie (en géorgien : აფხაზეთის სამეფო; Aphkhazetis Samepo), (abkhaze : Апсуа Ахра; Apsua Ahra), aussi connu sous le nom de royaume des Abkhazes (en géorgien : აფხაზთა სამეფო), est un était un État du haut Moyen Âge situé dans le Caucase, qui a existé de l'an 778 à l'an 1008.

Royaume d'Abkhazie
ab Апсуа Ахра

778–1008

Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
Le royaume d'Abkhazie de 850 à 950, à l'apogée de son expansion territoriale.
Informations générales
Statut Principauté (env 510 –767)
Monarchie féodale (767–1008)
Capitale Anacophia (778-786)
Koutaïssi (786-1008)
Langue(s) Géorgien
Religion Église orthodoxe orientale
Histoire et événements
778 Indépendance de l'Empire byzantin
1008 Unifié au Royaume de Géorgie
Rois d'Abkhazie
(1er) 780/790-828 Léon II
(Der) 978-1008 Bagrat III

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Entités suivantes :

L'étude du Royaume d’Abkhazie se situe au cœur de débats historiographies complexes. En raison du conflit géopolitique moderne entre la Géorgie et l'Abkhazie, l'histoire médiévale de cette région a souvent été politisée, chacun des Etats contemporains instrumentalisant l'héritage du royaume des Abkhazes: les Abkhazes pour témoigner de leur spécificité dans la région, et les Géorgiens pour justifier leurs prétentions sur l'Abkhazie.

Indépendamment de ces questions politiques, l'ensemble des chercheurs contemporains et internationaux s'accordent à décrire cet État du haut Moyen Âge comme une entité pivot qui a permis la transition d'un espace sous influence byzantine vers l'unification du Royaume de Géorgie.

Origines, fondation et émancipation du royaume d'Abkhazie (v. 786)

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C'est d'abord sous la forme de principauté que l'Abkhazie apparaît vers 510, au sein de l'Empire byzantin, dont elle est un État vassal. À l'époque, la gestion du pays est confiée un chef politique local portant le titre héréditaire de « Duc », en échange de son allégeance à l'empereur. Pendant près de deux siècles et demi, l'Abkhazie conserve ce statut parmi les multiples principautés du bord de la mer Noire. La situation change avec le début des guerres d'expansion menées la Perse sassanide contre l'Empire byzantin.

Vers le milieu du vie siècle, les Perses sassanides remettent en cause la suprématie byzantine sur le Caucase occidental, dans un conflit connu sous le nom de guerre lazique. Profitant de cette guerre, les Abkhazes se révoltent contre leurs suzerains byzantins et demandent l’aide des Sassanides. Mais cette première tentative d'indépendance est réprimée par le général byzantin Bessas[1],[2]. Pendant le siècle qui suit, les Abkhazes restent sous la tutelle des Byzantins, qui poursuivent leurs guerres contre les Perses, jusqu'à ce qu'intervienne l'invasion musulmane au début du viie siècle.

Profitant de l'épuisement de leurs voisins, les Arabes conquièrent la Perse en moins de vingt ans, entre 636 et 654, et ils annexent la quasi totalité du Proche-Orient byzantin. Cette poussée leur permet d'arriver aux portes du Caucase. Au début du viiie siècle, la région côtière de la mer Noire reste fragmentée en principautés clientes de l'Empire byzantin : l'Abhazie, la Lazique, la Sanigie et la Missimianie, qui sont soumises à la pression du Califat islamique. L'Abkhazie profite de sa position fortifiée pour résister efficacement aux attaques arabes, notamment lors du siège héroïque d'Anakopia en 736 par les armées de Marwan II.

Fort de sa victoire sur les Arabes, profitant des querelles dynastiques à Constantinople, qui ont débouché sur la régence de l'impératrice Irène, et de l'alliance militaire avec les Khazars (dont il a épousé la fille du Khagan), le prince Léon II d'Abkhazie décide de s'émanciper vers 778 de la suzeraineté byzantine. Avec l’aide des Khazars, il déclare son indépendance entre 778 et 786, il unifie les tribus de l'Ouest du Caucase, s'autoproclame « Roi des Abkhazes », et il transfère sa résidence d'Anakopia vers l'intérieur des terres, à à Koutaïssi, marquant la naissance officielle du royaume. Pour marquer la rupture avec Constantinople, le prince choisit de remplacer le grec par la langue géorgienne comme langue d’alphabétisation et de culture[3].

Le IXᵉ et le Xᵉ siècle sont marqués par des campagnes militaires incessantes. Le grand projet des rois abkhazes, notamment des rois Léon III et Georges II, est le contrôle de la Karthli, verrou stratégique du Caucase. Ils y affrontent régulièrement l'Émirat arabe de Tbilissi, le Royaume de Kakhétie et les princes Bagratides de Tao-Klarjéti.

Un vaste royaume caucasien multiethnique

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Au début du Xe siècle, l'État médiéval du peuple abkhaze (Apsua)[4] entame son expansion en absorbant le Karthli, la Kakhétie, le Tao-Klarjéti, l'Herétie, et vraisemblablement les territoires des tribus apparentées jusqu'à la rivière Touapsé, ou jusqu'au fleuve côtier Psoou. Cette expansion lui permet de dominer un territoire immense à l'échelle du Caucase, incluant l'ensemble du Caucase occidental à son apogée au milieu du Xe siècle. À l'ouest, il contrôle tout le littoral de la mer Noire, depuis le fleuve Kouban, au sud de la Russie actuelle, jusqu'aux frontières de la Lazique. À l'est, il englobe toute la Géorgie occidentale, l'Iméréthie, la Mingrélie, la Svanétie et la Gourie, et il projette sa puissance en Karthli, en Géorgie centrale. Enfin, au nord, il est délimité par la crête du Grand Caucase, maintenant une frontière étanche avec les peuples steppiques.

Ayant unifié une multitude de tributs, et annexé l'ensemble des entités féodales du Caucase occidental, le royaume d'Abkhazie est par essence multiethnique. À son apogée, il comprend les peuples abkhazes-adyguéens, Abasges, Apsiles, Sanigues, qui forment le noyau de sa population et de son élite, sur la côte. À ce noyau constitutif, s'ajoutent des populations kartvélisiennes, les Lazes, Égres, Cans, Svanes, Géorgiens de Karthli. Outre ce bloc caucasien, on trouve également des minorités grecques, installées depuis le Bas-Empire dans les comptoirs côtiers. La société est de nature féodale et hautement hiérarchisée. Le roi s'appuie sur une haute noblesse de ducs, les Eristavi, qui administrent les provinces au nom de la Couronne, et sur une paysannerie libre ou serve qui fournit les contingents militaires et la main-d'œuvre agricole.

Une administration et une organisation politique originales

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Du point de vue de son organisation, l'État abkhaze innove en créant un système administratif centralisé qui servira de modèle à la Géorgie médiévale. Reprenant l'organisation byzantine, le royaume est divisé en huit duchés, appelés Eristavats : Abkhazie proprement dite, Tsoumi (actuelle Soukhoumi), Bedia, Gourie, Racha-Letchkhoumi, Svanétie, Argvéti et la Karthli. Chaque duc est nommé par le roi et révocable, limitant ainsi les dérives héréditaires des grandes familles baronniales, et l'émiettement féodal du royaume, qui fragilise les grandes puissances à la même époque en Europe occidentale..

En termes de dynamique linguistique et culturelle, la trajectoire du royaume d'Abkhazie est unique. Du fait de la longue occupation romaine, initialement, le grec byzantin est la langue officielle de la cour, de la diplomatie et de la religion. Cependant, à mesure que le royaume s'étend vers l'est et intègre des populations géorgiennes, les rois abkhazes choisissent délibérément de rompre le lien culturel avec Byzance, afin de renforcer leur indépendance et de se concilier l'ensemble des peuples de leur royaume. Au IXᵉ siècle, le géorgien remplace le grec comme langue de la liturgie chrétienne, de l'administration et de la culture écrite. L'émancipation linguistique se double d'une émancipation religieuse. Le siège ecclésiastique de Pitsounda (Catholicosat d'Abkhazie) se détache de la juridiction du Patriarcat de Constantinople pour s'aligner sur l'Église orthodoxe géorgienne, parachevant l'unification culturelle du pays.

Économie, commerce et urbanisme

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Le Royaume d'Abkhazie est une puissance économique majeure grâce à sa position géographique de carrefour. Puissance commerciale et maritime d'abord, par ses ports : Sukhumi, Pitsounda, Gagra. Le royaume exporte vers Byzance et le monde méditerranéen du bois de construction navale, du cire, du miel, de la soie et des esclaves, en échange de produits manufacturés, d'or et de tissus précieux. Puissance agriculture aussi. L'économie intérieure repose sur la viticulture en Iméréthie, l'élevage équin et bovin dans les montagnes, et la culture céréalière. Puissance monétaire et financière, enfin : le royaume utilise massivement les solidi byzantins et les dirhams arabes, mais commence à frapper ses propres types monétaires d'imitation, signe d'une monétarisation avancée de l'économie.

Fin du royaume d'Abkhazie et formation du royaume de Géorgie

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En 978, le roi Bagrat III hérite de la couronne abkhaze avant de succéder à son père Gourguen II (994-1008) comme roi de Karthli. Il hérite en 1000 des territoires de son cousin, le roi et curopalate David III le Grand, lui permettant, par l'unification de ces différents Etats, de former le royaume de Géorgie en 1008.

Sources

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Parmi les principales sources scientifiques, médiévales et modernes utipour étudier ce royaume :

Références

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  1. ↑ (en) Manana Odisheli, « Abasgia », dans Oliver Nicholson, The Oxford Dictionary of Late Antiquity, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-866277-8, lire en ligne), p. 1-2
  2. ↑ (en) Hartmut Leppin, « The Eastern Roman Empire and Its Neighbours in the "Age of Justinian" », dans Mischa Meier, Federico Montinaro, A Companion to Procopius of Caesarea, Leyde, Brill, (ISBN 978-90-04-49877-8)
  3. ↑ Alexei Zverev, Graham Smith, Edward A. Allworth et Vivien A. Law, Ethnic Conflicts in the Caucasus, p. 56-58
  4. ↑ N.V. Kaslandzia. Genèse et formation du royaume abkhaze

Voir aussi

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