Rubén Jaramillo

personnalité politique mexicaine

Rubén Jaramillo Méndez, né le à Tlaquiltenango et mort assassiné au même endroit le , est un paysan, homme politique, révolutionnaire, syndicaliste, résistant, prêcheur laïc méthodiste et chef militaire mexicain qui a participé à la révolution mexicaine. Après la Révolution, il continue à lutter pour la réforme agraire promise par la Constitution mexicaine.

Rubén Jaramillo
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 62 ans)
XochicalcoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Rubén Jaramillo Méndez
Nationalité
Activités
Autres informations
Parti politique
Federation of Parties of the Mexican People (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflit
fresque pour la Fundación de la Colonia Proletaria Rubén Jaramillo, Temixco, Morelos..

Révolution mexicaine

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Jaramillo est né à Tlaquiltenango dans l'État de Morelos, en 1900. Sa mère est paysanne et son père mineur[1]. À l’âge de 15 ans, il rejoint l’Armée de libération du Sud (es) sous le commandement direct d’Emiliano Zapata[2]. À 17 ans, Jaramillo est promu au grade de capitaine et commande 75 hommes[3]. Après la révolution, il dépose les armes et retourne cultiver le riz sur sa terre[1]. Vers les années 1920 débute le partage des terres agricoles et la création des ejidos dans l'État de Morelos. Les anciennes terres et propriétés des haciendas sont réparties entre les paysans mais la situation n'était pas favorable pour ces derniers[4].

Après la révolution, les paysans du Morelos détruisent les rafifneries de sucre où ils ont été exploités par les exploitants des latifundia et se mettent à cultiver le riz. Ils ne disposaient cependant pas d'accès au crédit bancaire, ni de conseils technologiques pour exploiter leurs champs, ce qui pousse Rubén Jaramillo dans la politique et le militantisme en faveur des petits paysans du Morelos en s'opposant à la bourgeoise agraire locale[5]. En 1928 il organise les paysans pour former des sociétés de crédit lorsqu la Banque nationale de Crédit Agricole est fondée, mais cette dernière tombe peu à peu sous le contrôle des caciques et disparaît en 1932[6].

Sa première femme, Epiphania Ramiréz (en espagnol : Epifania Ramírez) lui apprend à lire. Tous deux sont profondément engagés dans la foi protestante méthodiste. Il construit le temple méthodiste Tlaquiltenango avec des fidèles et devient prédicateur laïc, prêchant à Galeana, Jojutla, Los Hornos, Palo Grande et El Higuerón[7]. Sans enfants, il partage son temps entre sa religion et son engagement pour les droits des paysans à disposer de leurs terres, s'organiser collectivement selon les principes de la réforme agraire promise par la constitution mexicaine de 1917 après la révolution, et y cultiver ce qu'ils désirent, alors que le gouvernement mexicain leur impose les cultures et ne tient pas les promesses inscrites dans la constitution[6].

Il soutient la campagne présidentielle de Lázaro Cárdenas en 1934, qui crée une sucrerie coopérative à Zacatepec en 1938 à la demande de Jaramillo[8]. Jaramillo est élu par les ouvriers pour les aider à gérer l'usine, mais son plaidoyer en faveur des ouvriers entraîne de fréquents affrontements avec les administrateurs nommés par le gouvernement[2].

Rubén Jaramillo se rapproche parfois du Parti communiste mexicain, mais il est profondément chrétien et sa lutte s'inscrit dans sa philosophie protestante.

Mouvement Jaramilliste

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Lorsque les ouvriers de l'ingenio de Zacatepec se mettent en grève en 1943, Jaramillo persuade les campesinos de cesser de produire de la canne à sucre pour la sucrerie. Le gouvernement de l'État ordonne son arrestation. Jaramillo s'enfuit alors dans les montagnes, quittant sa première femme qu'il ne reverra jamais[7], et prend les armes contre le gouvernement. Épiphania (en espagnol : Epifania) devient lingère pour survivre, et tombe dans une grave dépression dont elle meurt peu de temps après[7].

Les rebelles se cachent et combattent dans la sierra de Huautla, d'où Rubén Jaramillo publie le « Plan de Cerro Prieto »[4]. Avec ses partisans, connus sous le nom de Jaramillistas, il prend brièvement le contrôle de Tlaquiltenango[9]. Il rencontre sa deuxième femme dans les montagnes à cette époque, également prénommée Epiphania (en espagnol : Epifania), mais de confession catholique. Fille d'une sage-femme appelée Dona Rosa (en espagnol : Doña Rosa), elle a divorcé de son premier mari et enseigne aux enfants du village à lire et à écrire. Elle est aussi une tireuse habile avec sa carabine et lui sauve la vie plus d'une fois en tirant sur des assaillants. De caractère peu commode, elle noue une relation complexe et conflictuelle avec Rubén dont l'entourage ne l'apprécie pas[10]. Rubén Jamarillo (en espagnol : Rubén Jaramillo) la défend cependant envers et contre tout, exigeant qu'elle soit respectée, et ils ne se quittent plus jusqu'à leur mort respective[11]. Rubén s'entoure également de femmes paysannes pauvres, issues du mouvement zapatiste, dont deux deviennent ses gardes du corps à sa demande : Paula Batalla et Nativida Guzman[11]. Les femmes passent les messages, ravitaillent en nourriture et en eau les rebelles et jouent un rôle important[12].

En 1944, le président Manuel Ávila Camacho invite Jaramillo à Mexico pour négocier la fin des combats. Ávila accordael'amnistie[pas clair] aux Jaramillistas et garantit leur sécurité[13].

Pendant les neuf années suivantes, Jaramillo lutte pour une réforme agraire au sein du système électoral. Il fonde le Parti travailliste agraire de Morelos (Partido Agrario Obrero Morelense, ou PAOM), qui compte rapidement 15 000 membres. Jaramillo se présente comme son candidat au poste de gouverneur de Morelos en 1946 et 1952[14]. Il perd les élections les deux fois, bien que lui et ses partisans aient contesté les résultats officiels des élections[15],[16]. Le jour du scrutin du 20 mars 1952, l'armée et la police empêchent les militants du PAOM de voter, ou font disparaître les urnes[17].

Au sein du PAOM est créée une section féminine qui revendique le droit de vote[11]. Certaines déléguées sont enlevées et torturées, comme Rosa Ocampo de Mariaca, et Natividad Guzman. Les résultats de l'élection sont contestés également par le candidat du Federación de Partidos del Pueblo Mexicano (es) le général Miguel Henríquez Guzmán (en) avec lequel la PAOM a fait alliance, et une manifestation à Mexico est sévèrement réprimée avec des morts et 500 arrestations, donant lieu au massacre de La Alameda (es) en 1952. Vingt paysans sympathisants du PAOM sont exécutés, et le PAOM est démantelé. Eleuterio Sánchez est enlevé et torturé à mort[18].

En 1953, face à cette situation, Jaramillo s'enfuit et organise à nouveau une révolte armée contre le gouvernement[19]. Pendant les cinq années suivantes, lui et les Jaramillistes échappent à l'armée. L'armée déploie la cavalerie et l'artillerie contre les rebelles, et elle bénéficie du soutien de l'aviation. Finalement, une amnistie est négociée avec le président Adolfo López Mateos en 1958[20],[21].

López Mateos promet à Jaramillo qu'il soutiendra les paysans de Morelos, mais Jaramillo est bientôt déçu[21]. Lorsque les éleveurs de bétail commencent à s'approprier les terres précédemment concédées sous forme d'ejidos, le gouvernement fédéral ne fait rien. Jaramillo mène des milliers d'agriculteurs dans la résistance[22]. Jaramillo tente de négocier avec le gouvernement en leur nom. Pendant que le gouvernement tarde à agir, les paysans occupent illégalement les terres. Le gouvernement demande à Jaramillo d'aider à expulser les squatteurs pendant que la procédure judiciaire suit son cours. La plupart des agriculteurs acceptent de partir. Lorsque le gouvernement fédéral rejette finalement la demande des agriculteurs pour les terres Jaramillo fait appel à López Mateos, mais le président refuse de le rencontrer. En 1961, les paysans occupent à nouveau les terres. Cette fois, l'armée les élimine brutalement[23].

Assassinat en 1962

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Le , le domicile de Jaramillo est perquisitionné par un groupe de policiers judiciaires fédéraux et de soldats. Deux camions de l'armée et et deux jeeps, ainsi qu'une voiture grise sans plaque d'immatriculation, arrivent dans la cour de sa ferme située au 12 rue Mina à Tlaquiltenango, à 15 kilomètres de Zapatec où il est en train de scier du bois pour construire un poulailler[24]. Sont présents dans les véhicules le capitaine José Martínez Sánchez, Heriberto Espinoza dit el Pintor, un ancien camarade de lutte de Jaramillo[25].

Lui, sa femme enceinte Epifanía et ses trois beaux-fils Filémon, 18 ans, Ricardo 21 ans et Enrique 16 ans sont emmenés à Xochicalco, dans l'État de Morelos, où ils sont battus violemment et assassinés en dehos de toute légalité, puisque Jamarillo (en espagnol : Jaramillo) est sous la protection d'un amparo du deuxième juge de district Clotario Margalli[26],[27]. Le seul membre survivant de la famille est Raquel, sa belle-fille, qui a fui pour demander l'intervention au maire de la ville, Inocencio Torres[28].

Norberto López Ávala, gouverneur de l'État du Morelos est suspecté d'avoir trempé dans l'organisation de l'assassinat de la famille. Il avait posé le 10 avril 1919 dans une photo avec le corps d'Emiliano Zapata avec quatre autres jeunes gens[29].

Quelques jours après les meurtres, Carlos Fuentes se rend à Xochicalco et écrit un article publié dans Siempre ! , un magazine populaire[30] :

Ils l'ont poussé à terre. Jaramillo ne pouvait se retenir, c'était un lion sur le terrain, cet homme... Il s'est jeté sur la bande d'assassins ; il défendait sa femme et ses enfants, et surtout l'enfant à naître ; ils l'ont abattu avec la crosse de leurs fusils, ils lui ont crevé un œil. Epifanía se jeta sur les meurtriers ; ils déchirèrent son rebozo, ils déchirèrent sa robe, ils la jetèrent sur les pierres. [L'un des fils] les maudit ; ils ouvrirent le feu et il se plia en deux et tomba près de sa mère enceinte, sur les pierres. Alors qu'il était encore en vie, ils lui ont ouvert la bouche, ont pris des poignées de terre, lui ont tiré la bouche vers l'extérieur et, en riant, l'ont remplie de terre. Après cela, tout s'est passé très vite ; [les autres fils] sont tombés criblés de balles ; les mitraillettes ont craché leurs balles sur les cinq corps à terre. L'équipe a attendu qu'ils cessent de respirer. Mais ils ont continué à vivre. Ils pointèrent leurs pistolets sur le front de la femme et des quatre hommes. Ils ont tiré les coups de grâce[31].

Hommage et postérité

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La mort de Jaramillo a fait la une des journaux du monde entier[32]. Il est devenu un héros populaire. Des villages et des écoles furent nommés en son honneur[33]. L'article de Fuentes a été largement reproduit. L'auteur-compositeur-interprète américain Phil Ochs a écrit la chanson « Bullets of Mexico » à propos de Jaramillo[34]. Personne n'a jamais été inculpé pour ces meurtres[2]. Les dépouilles de la famille Jaramillo Zúñiga reposent au cimetière civil de Tlayehualco[4].

Le groupe révolutionnaire Comando Jaramillista Morelense 23 de Mayo (en) actif de 2004 à 2009 choisit de porter son nom en son hommage.

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Rubén Jaramillo » (voir la liste des auteurs).

Références

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  1. 1 2 Castellanos 2009, p. 27.
  2. 1 2 3 The Mexico Reader: History, Culture, Politics, Durham, N.C., Duke University Press, (ISBN 0-8223-3042-3, lire en ligne Inscription nécessaire), 482
  3. Donald Clark Hodges et Ross Gandy, Mexico Under Siege: Popular Resistance to Presidential Despotism, London, Zed Books, (ISBN 1-84277-124-8, lire en ligne), p. 40
  4. 1 2 3 (es) Rubén Jaramillo, Autobiografía, Libertad Bajo Palabra, .
  5. Castellanos 2009, p. 26-27.
  6. 1 2 Castellanos 2009, p. 28.
  7. 1 2 3 Castellanos 2009, p. 29.
  8. (es) Azael Abdí Vázquez Román, Tlaquiltenango, Breve Reseña Históric, Proyecto de Investigación Histórica "Historia de Tlaquiltenango", .
  9. Bill Weinberg, Homage to Chiapas: The New Indigenous Struggles in Mexico, London, Verso, (ISBN 1-85984-719-6, lire en ligne), p. 241
  10. Castellanos 2009, p. 30.
  11. 1 2 3 Castellanos 2009, p. 40.
  12. Castellanos 2009, p. 41.
  13. Hodges et Gandy, Mexico Under Siege, Zed Books, (ISBN 9781842771259, lire en ligne), p. 45
  14. Hodges et Gandy, Mexico Under Siege, Zed Books, , 45–46 p. (ISBN 9781842771259, lire en ligne)
  15. Jorge Cadena-Roa, States, Parties, and Social Movements, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-81679-3), « State Pacts, Elites, and Social Movements in Mexico's Transition to Democracy », p. 115
  16. Hodges et Gandy, Mexico Under Siege, Zed Books, (ISBN 9781842771259, lire en ligne), p. 46
  17. Castellanos 2009, p. 53.
  18. Castellanos 2009, p. 54-55.
  19. Castellanos 2009, p. 55.
  20. Donald Clark Hodges et Ross Gandy, Mexico: The End of the Revolution, Westport, Conn., Praeger, (ISBN 0-275-97330-1, lire en ligne), p. 92
  21. 1 2 Hodges et Gandy, Mexico Under Siege, Zed Books, (ISBN 9781842771259, lire en ligne), p. 49
  22. Weinberg, Homage to Chiapas, Verso, (ISBN 9781859843727, lire en ligne), p. 242
  23. Hodges et Gandy, Mexico Under Siege, Zed Books, , 51–52 p. (ISBN 9781842771259, lire en ligne)
  24. Castellanos 2009, p. 22.
  25. Castellanos 2009, p. 12.
  26. Castellanos 2009, p. 57.
  27. Harms, « Rural Resistance in the Land of Zapata: The Jaramillista Movement and the Myth of the Pax Priísta, 1940–1962 (Book review) », Canadian Journal of History, vol. 44, no 3, (DOI 10.3138/cjh.44.3.568, lire en ligne Inscription nécessaire, consulté le )
  28. Hodges et Gandy, Mexico Under Siege, Zed Books, (ISBN 9781842771259, lire en ligne), p. 55
  29. Castellanos 2009, p. 25.
  30. Earl Shorris, The Life and Times of Mexico, New York, W. W. Norton and Company, (ISBN 0-393-05926-X, lire en ligne Inscription nécessaire), 335
  31. Enrique Krauze, Mexico: Biography of Power : A History of Modern Mexico, 1810–1996, New York, HarperCollins, (ISBN 0-06-016325-9, lire en ligne Inscription nécessaire), 642
  32. Hodges et Gandy, Mexico, Bloomsbury Academic, (ISBN 9780275973308, lire en ligne), p. 103
  33. « A 41 años de la fundación de la Rubén Jaramillo – Conurbados Morelos », conurbados.com, (consulté le )
  34. Shorris, The Life and Times of Mexico, W. W. Norton & Company, (ISBN 9780393059267, lire en ligne), p. 336

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Laura Castellanos (trad. Tessa Brisac), Le Mexique en armes : Guérilla et contre.insurrection 1943-1981 México armado. 1943-1981 »], Montréal, Lux éditeur, , 463 p. (ISBN 978-2-89596-075-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Carlos Fuentes, A New Time for Mexico, Berkeley, Calif., University of California Press, (1re éd. 1996) (ISBN 0-520-21183-9), « Agrarian Mexico: The Death of Rubén Jaramillo »
  • (es) Rubén Jaramillo et Froylán Manjarrez, Autobiografía, Mexico City, Editorial Nuestro Tiempo, (OCLC 1301556)
  • (es) Raúl Macín, Jaramillo: Un Profeta Olvidado, Montevideo, Tierra Nueva, (OCLC 1684221)
  • Tanalís Padilla, Rural Resistance in the Land of Zapata: The Jaramillista Movement and the Myth of the Pax Priísta, 1940–1962, Durham, N.C., Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-4337-0)

Articles connexes

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Liens externes

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