Rugulopteryx okamurae

espèce d'algues brunes

Rugulopteryx okamurae est une espèce d'algue brune de la famille des Dictyotaceae.

Rugulopteryx okamurae
Description de l'image Icones of Japanese algae (Pl. CIX) (8006302486).jpg.
Classification AlgaeBase
Empire Eukaryota
Règne Chromista
Sous-règne Harosa
Infra-règne Heterokonta
Embranchement Ochrophyta
Sous-embr. Phaeista
Infra-embr. Marista
Super-classe Fucistia
Classe Phaeophyceae
Ordre Dictyotales
Famille Dictyotaceae
Tribu Dictyoteae
Genre Rugulopteryx

Espèce

Rugulopteryx okamurae
(E.Y.Dawson) I.K.Hwang, W.J.Lee & H.S.Kim, 2009

Synonymes

  • Dilophus okamurae. E.Y.Dawson, 1950[1].
  • Dictyota okamurae (E.Y.Dawson) Hörnig, R.Schnetter & Prud'homme van Reine, 1993.
  • Dictyota marginata. Okamura, 1913.
  • Dilophus marginatus. (Okamura) Okamura, 1915.

Dénomination

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Le nom d'usage francisé de cette espèce est Dictyote d'Okamura, mais il ne s'agit pas d'un nom normalisé[2].

Étymologie

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Le nom générique Rugulopteryx vient du latin rugulosus qui signifie légèrement plissé et du grec pteron qui signifie aile. Ce nom de genre fait référence aux surfaces rugueuses du thalle. L'épithète spécifique okamurae a été donné en hommage à Kintaro Okamura (1867-1935), phycologue japonais[2].

Description

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En Corée, zone qui fait partie de son milieu d'origine, l'espèce présente un thalle dichotomique atteignant 15 cm de hauteur. Il est fixé à la base par des fibres stolonifères cylindriques. Deux types de ramifications sont observées : dans les côtes sud du pays, des spécimens très ramifiés présentant des segments internodaux de 14 à 16 mm. Le long des côtes de l'est du pays, les spécimens sont peu ramifiés avec des entre-nœuds de 5 à 10 mm. L'apex est constitué d'une cellule apicale lenticulaire saillante (de 55 μm de haut, et 85 μm de large) divisée transversalement, générant un thalle tri-stratifié. Le cortex est uni-stratifié (avec des cellules de 38 à 41 μm de long, 12 à 13,5 μm de large et 17 à 18 μm de haut), localement épaissi à deux-trois couches. La médulle est uni-stratifiée au centre, devenant multi-stratifiée aux marges par divisions transversales, ce qui épaissit les bords. Les cellules médullaires du deuxième entre-nœud ont de 106 à 130 μm de haut, 64 à 87 μm de long, 53 à 58 μm de large en région médiane et 108 à 113 μm de haut, 23 à 25 μm de long, 28 à 33 μm de large près des marges. Des sores de poils phéophycéens issus des cellules corticales sont irrégulièrement répartis sur les deux faces, sauf sur les apex et les marges. D'août à novembre, des proliférations ramiformes sont présentes sur les deux surfaces. En culture elles sont capables de produire des plantes identiques au thalle parent[3].

Spécimens de l'étang de Thau

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Chez ces spécimens, le thalle est membraneux et dressé, formant des touffes embrouillées faisant jusqu'à 10 cm de diamètre. La fixation au substrat est assurée par des rhizoïdes hyalins unicellulaires et des segments stoloniens donnant naissance à de nouvelles frondes. Celles-ci atteignent 5 cm de hauteur avec une ramification dichotomique formant un éventail. Elles sont de couleur brun-jaune sur le vivant, s'assombrissant avec l'âge sans iridescence. Les apex sont obtus à légèrement échancrés. Les segments mesurent de 3,0 à 11,3 mm de long, se dilatent en forme cunéiforme sous les dichotomies (2,5 à 6,0 mm de large). ils ont des marges entières et épaissies. L'organisation médullaire est variable : une cellule au centre et deux à trois cellules près des marges dans les parties supérieures et moyennes ; trois à quatre couches de cellules polygonales à parois épaisses (20-60 μm en section transversale) au niveau de la base[4].

Habitat

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C'est une espèce d'algue brune originaire de l'océan Pacifique qui habite les côtes des Philippines, de Taiwan, du Japon, de Chine et de Corée. Dans son habitat naturel, elle vit généralement à des profondeurs comprises entre 0,5 et 5 mètres, parfois jusqu'à 15 mètres[3]. Dans l'étang de Thau où elle a été introduite, elle se rencontre depuis la surface jusqu'à une profondeur de 2 m sur des substrats rocheux[4].

Espèce envahissante

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En dehors de son habitat naturel, sa présence a été détectée dès 2002 dans la lagune côtière de l'étang de Thau en France, où elle est probablement arrivée à l'occasion d'une importation d'huîtres (Crassostrea gigas) en provenance du Japon pour l'aquaculture. Depuis 2015, elle s'est établie dans les eaux proches du détroit de Gibraltar, où elle se comporte comme une espèce envahissante et cause de sérieux dommages aux écosystèmes naturels de la région[5],[6]. Sa présence est notamment préoccupante dans la calanque de Callelongue à Marseille[7].

L'espèce est inscrite depuis 2022 sur liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne[8]. Cela signifie qu'elle ne peut pas être importée, cultivée, commercialisée, plantée, ou libérée intentionnellement dans la nature, et ce nulle part dans l’Union européenne[9].

Elle est également considérée envahissante sur les côtes algériennes[10].

Dynamique de l'invasion

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L'invasion par l'algue Rugulopteryx okamurae en Méditerranée et dans l'Atlantique nord-oriental suscite un intérêt scientifique croissant, marqué par une augmentation significative des publications depuis 2020. La recherche a progressivement évolué d'une focalisation initiale sur la distribution et la propagation de l'espèce vers l'analyse de ses impacts écologiques et socio-économiques, ainsi que vers l'exploration de valorisations potentielles de sa biomasse, susceptibles d'atténuer certaines conséquences négatives.La capacité d'adaptation de R. okamurae à une large gamme de températures (de 10 °C dans l'Atlantique nord à 30 °C en Méditerranée) favorise son expansion régionale. La littérature identifie comme principaux moteurs de colonisation les activités humaines liées à l'aquaculture et au trafic maritime, ainsi que des facteurs environnementaux tels que la circulation océanique et le réchauffement climatique. La persistance et l'expansion de l'algue s'expliquent par sa tolérance thermique étendue, sa reproduction rapide dans des conditions favorables et la présence de multiples vecteurs de dispersion. Toutefois, des incertitudes majeures subsistent concernant les routes principales de propagation.Les impacts écologiques incluent le déplacement des espèces indigènes, la dégradation des habitats et des effets physiologiques négatifs sur la faune clé. Au plan socio-économique, l'invasion affecte négativement les secteurs de la pêche et du tourisme, entraînant des pertes économiques dues à la réduction des captures et à l'accumulation de biomasse sur les plages, ce qui en diminue l'attrait touristique. Si la dispersion via les courants marins rend impossible la prévention totale de l'arrivée de l'algue, les vecteurs liés à l'aquaculture et au trafic maritime peuvent être atténués par des mesures de gestion des risques (normes de quarantaine, méthodes de nettoyage). La mesure la plus efficace pour éviter son établissement semble être le maintien d'écosystèmes en bonne santé. La promotion d'une économie circulaire et d'initiatives locales pour valoriser la biomasse de R. okamurae pourrait offrir des opportunités de mitigation[11].

Valorisation de la biomasse

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Plusieurs voies de valorisation sont identifiées dans la littérature[12]. Parmi elles, la production de biogaz, le compostage, l'élaboration de bioplastiques et le développement de formulations pharmaceutiques d'extraits présentant des activités anti-inflammatoires, antimicrobiennes et anti-diabétiques par l'inhibition de l'α-glucosidase. Ces applications pourraient permettre de réduire les coûts de ramassage supportés par les collectivités tout en conférant une valeur ajoutée à une biomasse actuellement enfouie en décharge. Toutefois, plusieurs limites sont soulignées. En digestion aérobie et en compostage, R. okamurae ne peut être employée seule, elle doit être utilisée en co-substrat avec une matière riche en azote pour déclencher la biodégradation. De même, le profil antimicrobien reste mal caractérisé, une activité ayant été observée contre une seule bactérie. Les recherches sur les propriétés anti-inflammatoires, antimicrobiennes et antidiabétiques demeurent embryonnaires et appellent à des études plus approfondies, notamment pour identifier les métabolites responsables et évaluer leur potentiel médicinal réel. Des perspectives futures sont aussi envisagées dans les domaines des cosmétiques (soins cutanés), des textiles médicaux (pansements) et des bioplastiques, sous réserve d'améliorations techniques[12].

Notes et références

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  1. ↑ Rugulopteryx okamurae. World Register of Marine Species.
  2. 1 2 « Rugulopteryx okamurae | DORIS », sur doris.ffessm.fr (consulté le )
  3. 1 2 (en) Hwang, I.-K., Lee, W. J., Kim, H.-S., De Clerck, O., « Taxonomic reappraisal of Dilophus okamurae (Dictyotales, Phaeophyta) from the western Pacific Ocean », Phycologia, Taylor & Francis, vol. 48, no 1,‎ , p. 1‑12 (ISSN 0031-8884, DOI 10.2216/07-68.1)
  4. 1 2 (en) Marc Verlaque, Frédérique Steen et Olivier De Clerck, « Rugulopteryx (Dictyotales, Phaeophyceae), a genus recently introduced to the Mediterranean », Phycologia, vol. 48, no 6,‎ , p. 536–542 (ISSN 0031-8884, DOI 10.2216/08-103.1, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Rugulopteryx okamurae (E.Y. Dawson) I.K. Hwang, W.J. Lee & H.S. Kim (Dictyotales, Ochrophyta), alga exótica “explosiva” en el estrecho de Gibraltar. Observaciones preliminares de su distribución e impacto, 2017
  6. ↑ Occurrence of the invasive brown seaweed Rugulopteryx okamurae (E.Y.Dawson) I.K.Hwang, W.J.Lee & H.S.Kim (Dictyotales, Phaeophyta) in Morocco (Mediterranean Sea), 2018
  7. ↑ Clara Lalanne, « Info France 3. Le littoral protégé des calanques menacé par une algue verte asiatique invasive en Méditerranée », sur francetvinfo.fr, (consulté le ).
  8. ↑ (en) Commission Implementing Regulation (EU) 2022/1203 of 12 July 2022 amending Implementing Regulation (EU) 2016/1141 to update the list of invasive alien species of Union concern, (lire en ligne)
  9. ↑ « Règlement (UE) No 1143/2014 du parlement européen et du conseil du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes »
  10. ↑ Face à une algue brune invasive, l'Algérie nettoie ses plages, RTBF, 7 août 2025
  11. ↑ (en) Salvador Román et Rubén Vázquez, « Assessment of the Rugulopteryx okamurae invasion in Northeastern Atlantic and Mediterranean bioregions: Colonisation status, propagation hypotheses and temperature tolerance thresholds », Marine Environmental Research, vol. 207,‎ , p. 107093 (ISSN 0141-1136, DOI 10.1016/j.marenvres.2025.107093, lire en ligne, consulté le )
  12. 1 2 (en) Ligia Barcellos, Christopher K. Pham, Gui M. Menezes et Raúl Bettencourt, « A Concise Review on the Potential Applications of Rugulopteryx okamurae Macroalgae », Marine Drugs, vol. 21, no 1,‎ , p. 40 (ISSN 1660-3397, DOI 10.3390/md21010040, lire en ligne, consulté le )

Voir aussi

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Références taxonomiques

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Liens externes

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