Rupes Nigra
Rupes Nigra, toponyme latin signifiant littéralement « Parois rocheuse noire », est une île fantôme qui serait faite de roche noire et serait située au pôle Nord magnétique.
| Localisation | Pôle Nord magnétique |
|---|---|
| Caractéristiques | Roches noires magnétiques |
| Première mention | Nova et aucta orbis terrae descriptio ad usum navigantium emendate accomodata (Mercator) |
Histoire
modifierAu Moyen Âge, son existence supposée permet une explication au fait que les boussoles pointent dans sa direction. L'idée en est apparue dans un ouvrage perdu intitulé Inventio Fortunate et elle apparaît sur les cartes du XVIe et XVIIe siècles, dont celles de Gérard Mercator et de ses successeurs.
Elle apparait pour la première fois en 1569 sur la carte de Gérard Mercator intitulée Nova et aucta orbis terrae descriptio ad usum navigantium emendate accomodata, mappemonde dont la Bibliothèque nationale de France conserve une des trois copies[1]. Dans le coin inférieur gauche de la carte figure un encart consacré à l'Arctique où est indiquée Rupes Nigra au point de rencontre de quatre fleuves septentrionaux. Pour Mercator, le rocher n'est pas ce qui attire l'aiguille de la boussole puisque le géographe situe le pôle Nord magnétique ailleurs sur la même carte. Dans une légende, il mentionne comme source un certain Jacob Cnoyen relatant le voyage qu'aurait effectué un moine d'Oxford en Arctique en 1360 par le moyen de la magie bien que ce voyage est à l'époque physiquement impossible, la technologie navale ne le permettant pas. Louis-Edmond Hamelin émet l'hypothèse que la configuration de l'Arctique de Mercator pouvait correspondre à l'état de la banquise arctique lors du Petit âge glaciaire[2] bien qu'il soit difficilement concevable comment cet état de la banquise aurait pu être observé et cartographié.
L'épistémologue de la cartographie Alban Berson souligné les similitudes entre Rupes nigra et altissima et le centre ou l'axe du monde tel qu'il est décrit dans plusieurs mythes, qu'ils soient païens ou chrétiens. La pierre est notamment située au point de rencontre de quatre fleuves, au centre d'une croix donc, comme l'est le Christ — dont le lieu de naissance Bethléem signifie la maison en hébreu[3],[4] — sur plusieurs manuscrits médiévaux, à la jonction des quatre rivières du paradis. Les sources consultées par Mercator seraient de nature ésotérique et symbolique mais le géographe les aurait interprétées littéralement[5].
Dans la culture
modifierDans l'œuvre de Jules Verne, Les Aventures du capitaine Hatteras (1866), le pôle Nord est occupé par l'île de la Reine, créé par un volcan — le mont Hatteras — au milieu de la mer libre du pôle.
Honneur
modifierL'astéroïde (152341) Rupesnigra est nommé en référence à cette île[6].
Notes et références
modifier- ↑ lire en ligne sur Gallica
- ↑ Louis-Edmond Hamelin, Stéfano Biondo et Joë Bouchard, L'apparition du Nord selon Gérard Mercator, Québec, Septentrion, , 192 p.
- ↑ (en) David Noel Freedman et Allen C. Myers (dirs.), Eerdmans Dictionary of the Bible, Amsterdam University Press, , p. 172.
- ↑ Daniel Marguerat, La Bible en récits : L'exégèse biblique à l'heure du lecteur, Labor et Fides, , 461 p. (ISBN 978-2-8309-1106-0, présentation en ligne), p. 54.
- ↑ Alban Berson, L'île aux démons et autres mirages cartographiques de l'Amérique du Nord, 1507-1647, Québec, Septentrion, , 152 p., p. 90-92
- ↑ « (152341) Rupesnigra = 2005 UE67 », WGSBN Bulletin, vol. 6, no 7, , p. 8 (lire en ligne).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Giorgio Mangani, Rupe nigra: Mercator and magnetism, Ancona, Università Politecnica delle Marche, après 2012, 22 p. (lire en ligne)
- (en) Dirk Liesemer, In Phantom Islands Search of Mythical Lands, Ancona, Haus Publishing Ltd, (lire en ligne), p. 242