Ruthénie

ancienne région historique et géographique s’étendant du Sud-Ouest de l’Ukraine actuelle au Nord-Ouest de la Russie

La Ruthénie (en latin médiéval Ruthenia ou Rutenia) est une dénomination historique employée principalement dans les sources latines et occidentales pour désigner la Rus' et, selon les périodes, différents territoires et populations slaves orientales associés à son héritage politique, culturel, linguistique et religieux. Son étendue géographique, sa signification et ses usages ont considérablement évolué entre le Moyen Âge et l'époque contemporaine[1],[2].

À l'origine, les différentes formes latines apparentées à Rus' furent utilisées pour désigner les populations et les territoires de la Rus' de Kiev, ensemble politique médiéval dont Kiev constituait l'un des principaux centres de pouvoir. Après la fragmentation de cet ensemble, ces dénominations continuèrent d'être employées pour plusieurs de ses anciennes composantes, notamment les principautés de Polotsk, de Tourov-Pinsk et de Galicie-Volhynie, puis pour les territoires ruthènes intégrés au grand-duché de Lituanie et au royaume de Pologne[1],[3].

Du XIVe siècle au XVIIIe siècle, le terme fut particulièrement associé, dans une partie de la documentation occidentale, aux populations slaves orientales des États polonais et lituanien. Les territoires correspondant principalement aux actuels Ukraine et Bélarus occupaient une place essentielle dans cet ensemble politique et culturel. Dans la république des Deux Nations, le nom de Ruthénie coexistait avec des désignations régionales telles que la Ruthénie rouge, la Ruthénie blanche et la Ruthénie noire, dont les significations géographiques n'étaient ni uniformes ni constantes[4],[5].

À la suite des partages de la république des Deux Nations, la dénomination connut de nouvelles évolutions. Dans la monarchie de Habsbourg, le terme allemand Ruthenen fut notamment employé pour désigner les populations slaves orientales de Galicie, de Bucovine et, dans certains contextes, des régions carpathiques appartenant au royaume de Hongrie. L'affirmation progressive des identités nationales ukrainienne et bélarussienne au cours des XIXe et XXe siècles transforma les usages des noms « Ruthénie » et « Ruthènes »[6],[7].

Après la Première Guerre mondiale, le nom fut notamment conservé dans l'appellation de Ruthénie subcarpathique, territoire intégré à la Tchécoslovaquie et correspondant principalement à l'actuelle Transcarpatie ukrainienne. Il demeure également présent dans les dénominations historiques, culturelles et identitaires de certaines communautés rusynes d'Europe centrale et orientale[8].

La Ruthénie ne correspond donc pas à un État unique ayant conservé des frontières constantes. Son histoire relève conjointement de la géographie historique, de l'évolution des dénominations politiques et ethnolinguistiques et des transformations territoriales de l'Europe centrale et de l'Europe orientale[1],[5].

Étymologie et terminologie

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Le nom de Rus'

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Le nom Rus'' (en vieux slave oriental : Русь) apparaît dans les sources médiévales pour désigner des groupes humains, puis des territoires et des formations politiques de l'Europe orientale. Les expressions Rus' et Rus'ka zemlia (Руська земля, « terre de Rus' ») possédaient des significations variables selon les périodes et les contextes documentaires[1].

Les origines du nom ont suscité de nombreux débats linguistiques et historiographiques.

Une explication largement retenue le rattache à un ensemble de termes scandinaves et fenniques associés aux populations venues de la région de la mer Baltique. Le finnois Ruotsi, désignant la Suède, est fréquemment rapproché de formes norroises relatives à la navigation et aux rameurs.

Cette hypothèse s'inscrit dans les recherches concernant les Varègues, les réseaux commerciaux reliant la Baltique à la mer Noire et le rôle des élites scandinaves dans les premières formations politiques de la Rus'[2].

D'autres étymologies, notamment slaves ou iraniennes, ont également été proposées. La question étymologique doit cependant être distinguée de celle de la formation des populations et des cultures slaves orientales, qui résulte de processus historiques plus complexes que l'origine d'un ethnonyme[1].

Les formes latines médiévales

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Le nom français « Ruthénie » dérive du latin médiéval Ruthenia, dont les graphies ont varié selon les régions et les périodes.

Les sources occidentales emploient notamment les formes Ruscia, Rucia, Russia, Ruthenia et Rutenia, ainsi que les ethnonymes Rutheni ou Ruteni.

Ces dénominations ne possèdent pas nécessairement des significations identiques dans l'ensemble de la documentation médiévale. Leur emploi dépend du milieu de rédaction, des traditions linguistiques et des relations politiques ou ecclésiastiques entre les différents territoires[1].

Le latin antique connaissait déjà le nom Ruteni, désignant les Rutènes, peuple de la Gaule antique établi dans une région correspondant approximativement à une partie de l'actuel Aveyron.

L'utilisation médiévale du nom Rutheni pour les populations de la Rus' témoigne de la réinterprétation et de la latinisation des dénominations ethniques dans la culture savante occidentale.

Les Annales d'Augsbourg comportent notamment, à l'année 1089, une attestation du nom Ruteni appliqué aux populations de la Rus'. Il convient toutefois de distinguer l'attestation d'un ethnonyme de celle d'un nom géographique possédant une extension territoriale déterminée[9].

Ruthénie, Rus', Russie et Moscovie

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Les termes « Ruthénie », « Rus' » et « Russie » possèdent une origine historique et linguistique apparentée, mais leur équivalence varie selon les époques.

Dans les sources latines médiévales, Russia peut désigner la Rus' ou certains de ses territoires sans renvoyer nécessairement à la Russie contemporaine.

À partir de la fin du Moyen Âge, les sources occidentales distinguent plus fréquemment les terres ruthènes de Pologne-Lituanie des territoires gouvernés par les princes de Moscou. Les formes Moscovia et Moscovitae sont alors employées pour désigner respectivement la Moscovie et ses habitants[1].

Cette distinction n'exclut pas l'existence de traditions politiques et religieuses concurrentes se réclamant de l'héritage de la Rus'.

L'historien Serhii Plokhy souligne que les formes d'identification héritées de la Rus' furent progressivement réinterprétées dans plusieurs espaces politiques, notamment au sein de la Moscovie, du grand-duché de Lituanie et de la république des Deux Nations[1].

Les dénominations slaves

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Dans les langues slaves, les désignations dérivées de Rus'' ont suivi des évolutions distinctes.

En polonais, Ruś désigne historiquement la Rus' et différents territoires ruthènes. L'adjectif ruski peut se rapporter aux populations, aux langues et aux traditions de ces territoires. Il doit être distingué de rosyjski, qui désigne la Russie dans son acception moderne.

En ukrainien, les formes Русь (Rus'), руський (rus'kyï) et русин (rusyn) appartiennent à une longue tradition historique, bien que leurs usages aient considérablement évolué.

En bélarussien, le nom Русь (Rus') et les termes apparentés participent également à l'histoire des dénominations des populations slaves orientales. Le nom moderne Беларусь (Belarus) dérive de l'expression historique Белая Русь (Belaïa Rus, « Ruthénie blanche »)[5],[7].

Les formes nationales modernes ne doivent pas être considérées comme de simples équivalents intemporels des dénominations médiévales.

Premières mentions documentaires

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Les sources occidentales

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Les premières mentions des Rhos et des Rus apparaissent dans plusieurs traditions documentaires médiévales.

Les Annales de Saint-Bertin rapportent qu'en 839 une délégation venue de l'Empire byzantin se présenta auprès de l'empereur Louis le Pieux. Parmi les membres de cette délégation figuraient des hommes se désignant comme Rhos.

Le récit constitue un témoignage important pour l'histoire des premiers groupes associés au nom de Rus'. Il ne s'agit cependant pas d'une attestation du terme latin Ruthenia dans son acception géographique ultérieure[1].

Les chroniqueurs latins des Xe et XIe siècles utilisent ensuite différentes formes du nom de Rus' pour désigner les populations et les territoires de l'Europe orientale.

Leur vocabulaire témoigne de la diversité des traditions occidentales et de l'absence d'une terminologie géographique uniformément fixée.

Les sources byzantines

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Les auteurs byzantins emploient notamment le nom grec Ῥῶς (Rhôs).

Au Xe siècle, l'empereur Constantin VII Porphyrogénète évoque les Rhôs dans son traité De administrando imperio, consacré notamment aux peuples, aux territoires et aux relations diplomatiques de l'Empire.

Les informations concernant les itinéraires commerciaux du Dniepr et les différentes dénominations de ses rapides constituent des témoignages importants pour l'étude des contacts entre les mondes scandinave, slave et byzantin[2].

Les sources slaves orientales

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La Chronique des temps passés, compilation élaborée au début du XIIe siècle, constitue une source fondamentale pour l'histoire de la Rus'.

Elle présente notamment une tradition relative à l'arrivée des Varègues et à l'établissement des premières dynasties princières.

Ce récit doit être étudié comme une construction historiographique médiévale, rédigée plusieurs générations après les événements qu'il rapporte. Il ne saurait être considéré comme une description directement contemporaine des origines de la Rus'[1].

Les chroniques médiévales emploient également l'expression Rus'ka zemlia, dont la signification peut varier entre une région politique particulière et un ensemble territorial plus étendu.

La Rus' médiévale et ses principales composantes

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La Rus' de Kiev

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Territoires de la Rus' de Kiev vers le milieu du XIe siècle, représentés par rapport aux frontières contemporaines. La carte illustre une situation politique particulière et non les limites permanentes de la Ruthénie.

La Rus' médiévale se développa entre les IXe et XIIIe siècles autour d'un ensemble de centres politiques et commerciaux reliés notamment par les grands cours d'eau d'Europe orientale.

Kiev occupa une place centrale dans la construction du pouvoir princier, sans que l'ensemble des territoires rattachés à la Rus' ait constitué un État centralisé au sens contemporain.

Les principautés de Novgorod, de Polotsk, de Tchernihiv, de Pereïaslav et de Vladimir participèrent, à des degrés variables, aux structures politiques et dynastiques de cet ensemble[1],[2].

La christianisation engagée sous le règne de Vladimir le Grand, à la fin du Xe siècle, favorisa le développement d'institutions ecclésiastiques, de traditions littéraires et de pratiques culturelles communes.

La diffusion du christianisme de tradition byzantine contribua durablement à la formation des cultures de la Rus'.

La fragmentation politique progressive de cet ensemble permit l'affirmation de plusieurs principautés dont les trajectoires historiques divergèrent aux siècles suivants.

La principauté de Polotsk

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Localisation approximative de la principauté de Polotsk, formation politique médiévale dont les territoires se situaient principalement dans le nord de l'actuel Bélarus.

La principauté de Polotsk (en bélarussien Полацкае княства, Polatskaïe kniastva) constitua l'un des principaux centres politiques de la Rus' occidentale.

Située dans le bassin de la Dvina occidentale, elle occupait une position stratégique sur les itinéraires commerciaux reliant la mer Baltique aux régions intérieures de l'Europe orientale.

Le territoire de la principauté correspondait principalement à une partie du nord de l'actuel Bélarus, avec des extensions variables selon les périodes.

Polotsk apparaît dans les chroniques médiévales comme un centre politique important, possédant ses propres traditions princières et dynastiques.

La ville fut notamment associée à Rogvolod de Polotsk et à ses descendants, dont les relations avec les princes de Kiev furent marquées par des alliances et des rivalités successives[7],[2].

Sous Vseslav de Polotsk, au XIe siècle, la principauté conserva une influence politique considérable.

Ses rapports avec Kiev et Novgorod illustrent l'autonomie relative dont pouvaient disposer les différents centres princiers de la Rus'.

La fragmentation ultérieure de la principauté favorisa la constitution d'apanages et de pouvoirs régionaux, notamment autour de Vitebsk et de Minsk.

Entre les XIIIe et XIVe siècles, les territoires de l'ancienne principauté furent progressivement intégrés au grand-duché de Lituanie.

Cette intégration s'effectua dans un contexte de transformations dynastiques et politiques complexes. Elle ne peut être réduite à une simple succession de conquêtes militaires[10].

Dans l'historiographie bélarussienne, l'histoire de Polotsk occupe une place essentielle dans l'étude des formations politiques médiévales ayant précédé l'intégration des terres du Bélarus au grand-duché de Lituanie.

La principauté ne doit toutefois pas être assimilée à un État national bélarussien au sens contemporain.

La principauté de Tourov-Pinsk

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La principauté de Tourov-Pinsk constitua un autre ensemble politique important dans l'histoire des territoires méridionaux de la Rus'.

Ses principaux centres étaient Tourov (en bélarussien Тураў, Turaŭ) et Pinsk (Пінск), situés dans la région historique de Polésie.

La principauté entretenait d'étroites relations dynastiques et politiques avec Kiev, ainsi qu'avec les territoires de Volhynie.

Les régions de Tourov et de Pinsk furent associées à plusieurs branches de la dynastie des Riourikides, dont les possessions évoluèrent au cours des XIe et XIIIe siècles.

L'histoire de cet ensemble illustre les liens qui unissaient les territoires correspondant aujourd'hui au sud du Bélarus et au nord de l'Ukraine.

Elle témoigne également de l'importance des bassins du Pripiat et du Dniepr dans l'organisation territoriale et économique de la Rus' médiévale[7],[2].

À partir du XIIIe siècle, la région fut progressivement concernée par l'expansion des puissances voisines, notamment la principauté de Galicie-Volhynie et le grand-duché de Lituanie.

La position de Tourov-Pinsk entre plusieurs espaces politiques contribue à expliquer les différences entre ses trajectoires historiques et celles des territoires septentrionaux de Polotsk.

Les territoires de Novahroudak et du haut Niémen

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La région de Novahroudak (en bélarussien Навагрудак, Navahroudak) occupa une place importante dans les transformations politiques du XIIIe siècle.

Située dans le bassin supérieur du Niémen, elle se trouvait à la rencontre des espaces baltes et slaves orientaux.

Son histoire fut notamment liée à l'expansion des premiers souverains lituaniens et aux relations entre les principautés ruthènes et les élites baltes.

Dans certaines traditions historiographiques bélarussiennes, Novahroudak occupe une place centrale dans les interprétations relatives aux origines du grand-duché de Lituanie.

Ces interprétations ont fait l'objet de débats, notamment sur la part respective des élites lituaniennes et ruthènes dans la formation de l'État[10],[7].

Les travaux de Viachaslau Nasevich soulignent la diversité des approches développées dans l'historiographie bélarussienne du XXe siècle, entre les conceptions d'un État lituano-ruthène et celles accordant un rôle prépondérant aux territoires du Bélarus actuel dans sa formation[10].

La principauté et le royaume de Galicie-Volhynie

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Les territoires de la principauté de Galicie-Volhynie au XIIIe siècle. Cette formation politique ne correspondait pas à l'ensemble des terres historiquement désignées comme ruthènes.

La principauté de Galicie-Volhynie, constituée à la fin du XIIe siècle, représenta l'un des principaux centres politiques de la Rus' occidentale.

Ses territoires correspondaient principalement à des régions situées dans l'ouest de l'actuelle Ukraine, avec des extensions et des possessions variables selon les périodes.

Sous le règne de Daniel Romanovitch, également appelé Danylo Romanovytch, la principauté connut une importante phase de consolidation politique.

En 1253, Daniel reçut une couronne royale avec l'appui de la papauté et porta le titre de roi de Rus'. Cette reconnaissance dynastique s'inscrivait notamment dans la recherche d'alliances face à la puissance mongole[2].

Dans l'historiographie occidentale, cet ensemble est également désigné comme le royaume de Rus' ou le royaume de Ruthénie.

Son histoire doit être distinguée de celle de la Ruthénie au sens géographique général : le royaume constituait une formation politique particulière et non l'ensemble des territoires auxquels les auteurs médiévaux pouvaient appliquer des dénominations dérivées de Rus'.

Au XIVe siècle, l'affaiblissement de la dynastie régnante et les rivalités entre puissances voisines favorisèrent l'intégration progressive de ses territoires aux ensembles politiques polonais et lituanien[2],[3].

La fragmentation de la Rus'

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À partir du XIIe siècle, l'autonomie croissante des différentes principautés transforma les équilibres politiques de la Rus'.

La multiplication des centres de pouvoir, les rivalités dynastiques et l'évolution des réseaux commerciaux contribuèrent à cette fragmentation.

Les invasions mongoles du XIIIe siècle accélérèrent les transformations politiques déjà engagées.

La prise de Kiev en 1240 constitua un événement majeur, mais ne provoqua pas la disparition immédiate de l'ensemble des institutions et des traditions héritées de la Rus'.

Les territoires occidentaux et septentrionaux poursuivirent leur évolution au sein de formations politiques distinctes, tandis que les principautés du nord-est connurent d'autres formes de relations avec la Horde d'or.

Ces évolutions expliquent en partie la diversité des usages ultérieurs du nom de Ruthénie[1].

Les terres ruthènes dans les États polonais et lituanien

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L'expansion du grand-duché de Lituanie

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Le grand-duché de Lituanie vers 1430, représenté par rapport aux frontières contemporaines. Une partie considérable de son territoire appartenait à l'espace historique et culturel ruthène.

Du XIIIe siècle au XVe siècle, le grand-duché de Lituanie étendit progressivement son autorité sur de vastes territoires hérités des anciennes principautés de la Rus'.

Cette expansion concerna notamment les régions de Polotsk, Vitebsk, Minsk, Volhynie, Kiev et, à certaines périodes, Smolensk.

Les terres ruthènes occupèrent ainsi une place considérable dans la composition territoriale, démographique et culturelle du grand-duché[3],[4].

Cette expansion n'entraîna pas la disparition immédiate des structures sociales et juridiques locales.

Les élites princières et nobiliaires ruthènes conservèrent une influence importante, tandis que les traditions juridiques, religieuses et écrites issues de la Rus' participèrent au fonctionnement de l'État lituanien.

L'influence ruthène fut notamment perceptible dans la culture de chancellerie et dans la documentation administrative.

Il convient cependant de distinguer cette influence de la souveraineté politique exercée par les grands-ducs de Lituanie.

Le grand-duché constituait un ensemble politique composite, associant des populations de langues, de religions et de traditions différentes[3].

L'historien Andrius Jurkevičius souligne l'importance des particularités régionales des terres ruthènes dans l'étude des transformations politiques et culturelles du grand-duché entre les XIIIe et XVIe siècles[4].

Les territoires ruthènes du Bélarus dans le grand-duché

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Les territoires correspondant principalement à l'actuel Bélarus occupèrent une place majeure dans l'organisation politique et territoriale du grand-duché de Lituanie.

Les régions de Polotsk, de Vitebsk, de Minsk, de Hrodna, de Navahroudak et de Brest furent progressivement intégrées à cet ensemble politique, selon des modalités et des chronologies différentes.

Plusieurs de ces régions conservèrent des traditions administratives, juridiques et religieuses héritées des anciennes principautés ruthènes.

Les élites locales participèrent à l'évolution des institutions du grand-duché et aux transformations de sa noblesse.

La coexistence de populations baltes et slaves orientales contribua à la formation d'un espace culturel plurilingue, dans lequel les pratiques ruthènes occupaient une place importante[7],[10].

L'historiographie bélarussienne souligne notamment le rôle des territoires de Polotsk et de Novahroudak dans les premiers développements du grand-duché.

Les travaux universitaires consacrés à cette question montrent toutefois que la formation de l'État ne peut être attribuée exclusivement à une seule composante ethnolinguistique.

L'identification du grand-duché de Lituanie à un État national moderne serait anachronique, de même que l'effacement de ses importantes composantes ruthènes[10],[3].

La noblesse et les élites ruthènes

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La noblesse et les familles princières ruthènes participèrent à la vie politique du grand-duché de Lituanie puis de la république des Deux Nations.

Leur intégration s'effectua selon des modalités variables, en fonction des territoires, des appartenances confessionnelles et des évolutions institutionnelles.

Certaines lignées conservèrent des traditions dynastiques issues des principautés de la Rus', tandis que d'autres adoptèrent progressivement des pratiques culturelles et politiques polonaises ou lituaniennes.

Ces transformations ne correspondent pas à une succession simple d'identités nationales, mais à des processus d'adaptation au sein d'une société nobiliaire plurilingue et multiconfessionnelle[3],[1].

L'union de Horodło de 1413 illustre notamment l'importance des distinctions confessionnelles dans l'accès à certains privilèges politiques.

Les élites orthodoxes ruthènes occupaient une position particulière dans un État dont les institutions furent progressivement marquées par l'influence du catholicisme latin.

Ces différences n'empêchèrent toutefois ni les alliances dynastiques ni la participation de nombreuses familles ruthènes aux institutions du grand-duché.

La langue ruthène dans les chancelleries

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Page de titre du troisième Statut de Lituanie, imprimé en 1588 dans la langue ruthène de chancellerie. Ce document illustre l'importance de cette tradition écrite dans les institutions du grand-duché.

La langue de chancellerie traditionnellement désignée par les historiens comme ruthène joua un rôle essentiel dans l'administration du grand-duché de Lituanie.

Cette langue écrite appartenait à la tradition slave orientale et possédait des caractéristiques linguistiques qui contribuèrent ultérieurement aux développements des traditions écrites bélarussienne et ukrainienne.

Elle ne doit pas être assimilée sans précaution à l'une des langues nationales modernes[11].

Les Statuts de Lituanie, publiés successivement en 1529, 1566 et 1588, furent rédigés dans cette tradition linguistique.

Ils constituent des témoignages majeurs de la place du ruthène dans l'organisation juridique du grand-duché.

La documentation conservée permet également de mesurer l'importance des pratiques administratives en ruthène, notamment dans les actes de chancellerie, les privilèges, les correspondances et les documents judiciaires[4].

Le statut de cette langue constitue cependant un sujet de débat historiographique.

Dans une étude publiée dans Lithuanian Historical Studies, Artūras Dubonis analyse les différentes interprétations de son statut dans le grand-duché. Il souligne notamment la nécessité de distinguer l'emploi effectif du ruthène dans les documents administratifs de l'existence d'une réglementation linguistique comparable à celle des États contemporains[11].

L'usage des langues évoluait en fonction des institutions, des territoires, des catégories documentaires et des pratiques sociales.

Le polonais, le latin et le lituanien possédaient également des fonctions particulières dans cet ensemble plurilingue.

Ruthène de chancellerie et histoire de la langue bélarussienne

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Les relations entre le ruthène de chancellerie et le bélarussien constituent un domaine important de la linguistique historique slave.

Dans une partie de l'historiographie bélarussienne, la langue de chancellerie du grand-duché est traditionnellement désignée comme « ancien bélarussien ».

D'autres chercheurs privilégient l'appellation « ruthène » afin de tenir compte des caractéristiques partagées par les traditions écrites qui se développèrent dans les territoires correspondant principalement aux actuels Bélarus et Ukraine.

Ces différences terminologiques ne traduisent pas nécessairement un désaccord sur l'existence des documents ou leurs caractéristiques linguistiques. Elles concernent également leur classification et la manière de décrire les rapports entre les langues écrites prémodernes et les langues nationales ultérieures[11],[1].

L'étude du ruthène de chancellerie doit tenir compte de plusieurs facteurs : la tradition du vieux slave oriental, les pratiques régionales, l'influence du slavon d'église, les contacts avec le polonais et l'évolution des usages administratifs.

Les textes produits dans les régions septentrionales et méridionales du grand-duché ne présentaient pas nécessairement des caractéristiques linguistiques identiques.

Il serait donc réducteur de considérer cette tradition écrite comme une langue nationale parfaitement homogène.

Inversement, l'existence d'une tradition ruthène commune n'implique pas l'absence de particularités régionales ayant contribué à l'évolution ultérieure du bélarussien et de l'ukrainien[11].

Francysk Skaryna et l'imprimerie ruthène

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Portrait gravé de Francysk Skaryna figurant dans une édition publiée à Prague en 1517. Originaire de Polotsk, Skaryna joua un rôle majeur dans les débuts de l'imprimerie slave orientale.

Francysk Skaryna (en bélarussien Францыск Скарына), originaire de Polotsk, constitue l'une des principales figures de l'histoire intellectuelle des territoires ruthènes du grand-duché de Lituanie.

Humaniste, traducteur, médecin et imprimeur, il participa au développement de l'imprimerie slave orientale dans la première moitié du XVIe siècle.

Après des études à Cracovie et à Padoue, Skaryna entreprit à Prague la publication de plusieurs livres bibliques à partir de 1517.

Ses éditions associaient la tradition du slavon d'église à des particularités linguistiques ruthènes, notamment dans les préfaces, les commentaires et certains éléments de traduction[12].

Parmi ses réalisations figure notamment la publication d'un Psautier en 1517, suivie de plusieurs livres de l'Ancien Testament.

Le développement de son activité éditoriale à Vilnius contribua ensuite à l'implantation de l'imprimerie dans le grand-duché de Lituanie.

L'œuvre de Skaryna constitue un témoignage essentiel pour l'histoire de la culture écrite ruthène, de la diffusion des textes religieux et des transformations linguistiques du XVIe siècle[12].

Son héritage occupe une place importante dans l'histoire culturelle du Bélarus contemporain, sans que son activité puisse être interprétée exclusivement à travers les catégories nationales modernes.

Une publication collective dirigée sous l'égide de la Bibliothèque nationale du Bélarus a notamment recensé et étudié les exemplaires conservés de ses éditions à l'occasion du cinq-centième anniversaire des débuts de son activité d'imprimeur[13].

Exemplaire d'une édition biblique de Francysk Skaryna, conservé dans les collections de l'Oberlausitzische Bibliothek der Wissenschaften, à Görlitz.

Les terres ruthènes du royaume de Pologne

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Au XIVe siècle, le royaume de Pologne étendit son autorité sur une partie des territoires de l'ancien ensemble galicien-volhynien.

Les campagnes et les négociations engagées sous Casimir III le Grand participèrent à l'intégration progressive de ces régions à la Couronne.

Les possessions acquises furent désignées dans certaines sources et traditions administratives comme les terres de Rus' ou de Ruthénie.

En 1434, la voïvodie de Ruthénie fut organisée autour de plusieurs territoires de l'ancienne Galicie, avec Lwów, aujourd'hui Lviv, comme principal centre administratif[2].

Cette voïvodie ne correspondait cependant pas à l'ensemble de la Ruthénie historique.

Les terres ruthènes de la Couronne présentaient une grande diversité sociale, religieuse et culturelle.

Les populations de tradition slave orientale coexistaient avec des communautés polonaises, juives, arméniennes et d'autres groupes établis dans les villes et les campagnes.

Les échanges commerciaux, le développement urbain et la diffusion du droit de Magdebourg favorisèrent l'intégration de ces territoires aux réseaux économiques de l'Europe centrale.

L'union de Lublin et la république des Deux Nations

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L'union de Lublin, conclue en 1569, transforma profondément l'organisation politique des territoires ruthènes.

La création de la république des Deux Nations s'accompagna du transfert à la Couronne de Pologne de plusieurs territoires auparavant placés sous l'autorité du grand-duché de Lituanie.

Ces changements concernèrent notamment la Volhynie, la région de Bracław et les terres de Kiev, tandis que d'autres territoires ruthènes demeurèrent dans le grand-duché[14].

Les territoires de Polotsk, Vitebsk, Minsk et Novahroudak conservèrent notamment leur appartenance au grand-duché.

La Ruthénie se trouva ainsi répartie entre plusieurs circonscriptions administratives au sein d'un ensemble politique commun.

Les élites nobiliaires ruthènes participèrent aux institutions de la République, tandis que les appartenances religieuses et les évolutions linguistiques contribuèrent à différencier les trajectoires sociales et culturelles.

L'historien Robert Frost souligne que l'union polono-lituanienne doit être étudiée comme un système politique composite, dans lequel plusieurs peuples et traditions participèrent à la construction d'une communauté politique commune[3].

Le projet de grand-duché de Ruthénie

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Représentation cartographique du projet de république tripartite de Pologne-Lituanie-Ruthénie envisagé en 1658. Il s'agit d'un projet politique qui ne fut pas durablement réalisé.

Au XVIIe siècle, les conflits qui affectèrent les territoires ukrainiens de la république des Deux Nations entraînèrent plusieurs projets de réorganisation politique.

L'insurrection de Khmelnytsky de 1648 favorisa l'émergence d'un pouvoir cosaque autonome, généralement désigné dans l'historiographie comme l'Hetmanat cosaque.

En 1658, les négociations entre les représentants de la République et le hetman Ivan Vyhovsky aboutirent au traité de Hadiach.

Le projet prévoyait notamment la constitution d'un grand-duché de Ruthénie destiné à devenir une troisième composante de la République, aux côtés du royaume de Pologne et du grand-duché de Lituanie[15].

Une version modifiée du traité fut ratifiée par la diète de Varsovie en 1659.

Les dispositions envisagées pour le grand-duché ne furent cependant pas durablement appliquées et le projet d'une République tripartite n'aboutit pas.

Cet épisode illustre néanmoins la persistance d'une identité politique ruthène susceptible de servir de fondement à un projet institutionnel au sein de l'ensemble polono-lituanien[15].

Les dénominations géographiques de la Ruthénie

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Les sources médiévales et modernes emploient plusieurs appellations régionales associant le nom de Rus' à une couleur.

Ces désignations ne constituent pas les subdivisions administratives permanentes d'un même État.

Leur signification dépend des traditions cartographiques, des usages diplomatiques et des évolutions politiques[5].

Ruthénie rouge

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La Ruthénie rouge' (en polonais Ruś Czerwona, en ukrainien Червона Русь, Tchervona Rus) est une dénomination historique appliquée principalement à la Galicie et à certaines régions voisines.

Son extension géographique a varié selon les auteurs et les périodes.

Dans la documentation de l'époque moderne, elle fut fréquemment associée aux territoires de l'ancienne principauté de Galicie, notamment aux régions constituant la voïvodie de Ruthénie et les territoires voisins de la Couronne de Pologne.

Certains géographes étendirent cependant cette appellation à des espaces plus vastes[2].

Les relations entre l'expression « Ruthénie rouge » et les villes de Tcherven font l'objet de discussions historiographiques.

Il convient de distinguer les mentions médiévales des villes de Tcherven, l'histoire politique de la Galicie et l'emploi ultérieur du nom géographique « Ruthénie rouge ».

L'identification systématique de ces réalités ne saurait être considérée comme établie sans examen de leur chronologie documentaire.

Ruthénie blanche

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La Ruthénie blanche' (en polonais Ruś Biała, en bélarussien Белая Русь, Belaïa Rus) est une appellation historique dont les significations géographiques ont considérablement varié.

Elle occupe une place essentielle dans l'histoire des dénominations du Bélarus et dans l'évolution des identités des populations slaves orientales du grand-duché de Lituanie.

Les sources médiévales et modernes ont employé ce nom pour désigner différentes régions de l'Europe orientale et du nord-est de l'ancienne Rus'.

L'appellation fut progressivement associée à des territoires correspondant principalement à une partie de l'actuel Bélarus, sans que cette identification ait été constante au cours de son histoire[5].

L'historien Thomas M. Bohn a consacré une étude spécifique aux emplois historiographiques et cartographiques de cette dénomination.

Son ouvrage Weißrussland oder Belarus? Die Weiße Ruß in Historiographie und Kartographie, publié en 2025, montre que les localisations de la Ruthénie blanche ont connu des transformations importantes entre le Moyen Âge et le XXe siècle[5].

L'évolution du terme doit notamment être replacée dans l'histoire des relations entre la Pologne-Lituanie et la Moscovie, ainsi que dans les processus de différenciation des populations slaves orientales.

La Ruthénie blanche ne correspondait donc pas nécessairement à l'ensemble des territoires de l'actuel Bélarus.

Son extension pouvait varier selon les auteurs et les conventions géographiques employées.

Ruthénie noire

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La Ruthénie noire' (en polonais Ruś Czarna, en bélarussien Чорная Русь, Tchornaïa Rus) désigne, dans une partie de la tradition historique, des territoires situés principalement dans l'ouest de l'actuel Bélarus.

Elle est notamment associée au bassin supérieur du Niémen et aux régions de Navahroudak, Hrodna et Slonim.

Son histoire médiévale fut marquée par les rivalités entre les différentes principautés ruthènes et les premières phases de l'expansion du grand-duché de Lituanie[7],[10].

Comme dans le cas de la Ruthénie blanche, les limites de cette appellation et ses usages cartographiques ont varié.

Les interprétations historiographiques de la Ruthénie noire doivent également être replacées dans l'histoire des relations entre les populations baltes et slaves orientales.

Origine des dénominations chromatiques

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L'origine de l'association des noms de régions ruthènes à des couleurs demeure discutée.

Plusieurs interprétations ont été proposées, faisant notamment intervenir des traditions géographiques, des associations symboliques ou des systèmes de désignation des directions cardinales.

Aucune explication unique ne peut être appliquée avec certitude à l'ensemble des appellations et à toutes les périodes.

L'étude de ces termes nécessite donc de privilégier leurs attestations documentaires et leurs contextes d'emploi plutôt que de supposer l'existence d'un système chromatique ancien et uniformément organisé[5].

La Ruthénie et l'histoire du Bélarus

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Les héritages de la Rus'

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L'histoire des territoires correspondant à l'actuel Bélarus est étroitement liée à celle des principautés occidentales et septentrionales de la Rus'.

Les principautés de Polotsk et de Tourov-Pinsk, ainsi que les régions de Minsk, de Vitebsk et du haut Niémen, participèrent aux transformations politiques et culturelles de l'Europe orientale médiévale.

Leur intégration progressive au grand-duché de Lituanie entraîna la constitution de nouvelles structures politiques et administratives, sans provoquer la disparition immédiate des traditions ruthènes antérieures.

Dans cette perspective, l'histoire du Bélarus ne peut être séparée de celle de la Rus', mais elle ne saurait être réduite à une simple continuité politique entre un État médiéval et l'État contemporain[7],[10].

Les identités ruthènes et lituaniennes

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Les populations slaves orientales du grand-duché de Lituanie pouvaient être désignées par différents noms en fonction des contextes politiques, territoriaux, linguistiques et religieux.

Les dénominations associées à Rus'' renvoyaient notamment aux traditions historiques et culturelles slaves orientales.

Les termes dérivés de « Lituanie » pouvaient également être employés dans des contextes d'appartenance politique ou territoriale.

Ces catégories ne correspondaient pas nécessairement à des identités ethniques exclusives.

La distinction entre une appartenance à la communauté politique du grand-duché et une identification culturelle ruthène constitue un élément essentiel pour comprendre les sources de l'époque moderne[1],[3].

Le terme Litvin, employé dans plusieurs traditions slaves orientales et polonaises, pouvait notamment renvoyer à une appartenance territoriale ou politique au grand-duché de Lituanie.

Son usage ne permet pas, à lui seul, de déterminer la langue maternelle ou l'origine ethnoculturelle d'un individu.

Les transformations des identités dans les territoires du Bélarus actuel résultèrent ainsi de processus historiques progressifs et non d'une simple substitution de noms nationaux.

Les transformations de l'époque moderne

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Entre les XVIe et XVIIIe siècles, les territoires ruthènes du grand-duché connurent d'importantes transformations sociales, religieuses et linguistiques.

Le développement des institutions de la république des Deux Nations, la diffusion du polonais dans les milieux nobiliaires et les changements confessionnels contribuèrent à modifier les pratiques culturelles.

L'usage du ruthène dans certains secteurs administratifs diminua progressivement, tandis que les parlers slaves orientaux continuaient d'être employés dans la vie quotidienne.

Les communautés orthodoxes, gréco-catholiques, catholiques latines, protestantes et juives participaient à la diversité religieuse des territoires du grand-duché[7],[11].

Les transformations du XVIIe siècle, notamment les guerres avec la Moscovie et les conflits affectant la république des Deux Nations, contribuèrent également à modifier les équilibres démographiques et politiques.

Les identités locales et régionales ne disparurent pas pour autant.

Elles continuèrent de coexister avec des appartenances politiques, confessionnelles et linguistiques plus larges.

De la Ruthénie blanche au Bélarus

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L'évolution de la dénomination « Ruthénie blanche » constitue une composante majeure de l'histoire de la formation du nom moderne « Bélarus ».

Au cours de l'époque moderne, les désignations associées à la Ruthénie blanche furent progressivement utilisées dans des contextes géographiques, administratifs et savants différents.

Leur extension territoriale demeura variable.

L'historien Thomas M. Bohn souligne notamment le rôle des traditions cartographiques et historiographiques dans la fixation progressive des représentations géographiques de la Ruthénie blanche[5].

Au XIXe siècle, l'affirmation des mouvements culturels et nationaux contribua à transformer ces appellations historiques en catégories d'identification collective.

La diffusion du nom Беларусь (Belarus') s'inscrit dans ce processus.

L'apparition d'une identité nationale bélarussienne moderne ne signifie cependant pas que les populations médiévales ou modernes se définissaient selon les mêmes catégories.

L'étude de cette évolution nécessite de distinguer les appellations documentaires, les identités sociales et les constructions politiques des différentes périodes[5],[10].

Langues, religions et cultures ruthènes

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Les traditions linguistiques

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L'histoire linguistique des territoires ruthènes est marquée par la coexistence de plusieurs traditions.

Le vieux slave oriental, les variétés locales slaves orientales et le slavon d'église participèrent à la formation des cultures écrites médiévales.

À l'époque du grand-duché de Lituanie et de la république des Deux Nations, les pratiques écrites ruthènes évoluèrent au contact du polonais, du latin et d'autres langues employées dans les institutions politiques, religieuses et urbaines[11].

La langue de chancellerie ruthène ne correspond pas directement à une langue nationale standardisée au sens contemporain.

Ses formes régionales présentent des caractéristiques aujourd'hui étudiées dans le cadre de l'histoire des langues bélarussienne et ukrainienne.

La distinction entre les traditions administratives, littéraires, religieuses et vernaculaires demeure essentielle pour comprendre cette évolution.

Le christianisme oriental

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La christianisation de la Rus' favorisa durablement l'implantation des traditions chrétiennes orientales.

Les institutions ecclésiastiques héritées de la Métropole de Kiev continuèrent de jouer un rôle majeur après la fragmentation politique de la Rus'.

Dans les territoires intégrés aux États polonais et lituanien, les communautés orthodoxes évoluèrent au contact du christianisme latin.

Les appartenances religieuses contribuèrent à structurer les identités sociales et culturelles, sans correspondre nécessairement à des frontières linguistiques ou ethniques fixes[1].

La place du clergé orthodoxe et des institutions monastiques fut particulièrement importante dans la conservation et la transmission des traditions littéraires slaves orientales.

L'union de Brest

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L'union de Brest, conclue en 1596, constitua un tournant majeur dans l'histoire religieuse des territoires ruthènes.

Une partie de la hiérarchie orthodoxe de la république des Deux Nations accepta l'union avec l'Église catholique romaine, tout en conservant la tradition liturgique byzantine.

Cette décision entraîna la constitution d'une tradition ecclésiastique gréco-catholique et suscita d'importants conflits religieux, sociaux et politiques.

L'union ne fut pas acceptée par l'ensemble des communautés orthodoxes, qui continuèrent d'exister au sein de la République[1].

Dans les territoires de l'actuel Bélarus, la diffusion de l'Église uniate constitua une composante importante de l'histoire religieuse des XVIIe et XVIIIe siècles.

Les transformations confessionnelles doivent être distinguées de celles des appartenances linguistiques et nationales.

Les différentes Églises de tradition byzantine conservèrent une place essentielle dans la transmission des langues, des pratiques liturgiques et des mémoires historiques ruthènes.

La culture nobiliaire

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Les territoires ruthènes participèrent à plusieurs traditions politiques successives ou coexistantes.

La culture princière de la Rus', les structures du grand-duché de Lituanie, les institutions de la Couronne de Pologne et celles de la république des Deux Nations contribuèrent à l'évolution des élites locales.

La noblesse ruthène ne constituait pas un groupe culturellement uniforme.

Certaines familles adoptèrent progressivement le catholicisme latin et la langue polonaise, tandis que d'autres conservèrent leur appartenance orthodoxe ou participèrent au développement des Églises gréco-catholiques.

Ces évolutions pouvaient se produire au sein d'une même lignée sur plusieurs générations.

L'histoire des élites ruthènes doit donc être étudiée en tenant compte de la distinction entre origine familiale, appartenance confessionnelle, culture linguistique et participation politique[3],[1].

La Ruthénie dans la monarchie des Habsbourg

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Les partages de la république des Deux Nations

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Les partages de la république des Deux Nations, réalisés en 1772, 1793 et 1795, transformèrent profondément la géographie politique des territoires ruthènes.

Une partie importante de ces territoires fut intégrée à l'Empire russe, notamment les régions correspondant à une grande partie de l'actuel Bélarus.

La monarchie des Habsbourg acquit pour sa part la Galicie lors du premier partage de 1772.

Les autorités autrichiennes organisèrent les territoires acquis sous le nom de royaume de Galicie et de Lodomérie.

Cette dénomination reprenait des références historiques aux anciennes principautés de Galicie et de Volhynie, bien que les limites de la province autrichienne ne correspondissent pas à celles de l'ancien ensemble médiéval[2],[6].

Le royaume de Galicie et de Lodomérie au sein de l'Autriche-Hongrie vers 1914.

L'emploi administratif du nom de Ruthènes

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Dans la monarchie autrichienne, le terme allemand Ruthenen fut employé pour désigner les populations slaves orientales de tradition ruthène.

La désignation s'appliquait notamment aux habitants de Galicie et de Bucovine, tandis que les populations apparentées du royaume de Hongrie étaient également connues sous différentes appellations locales dérivées de Rus'.

L'usage administratif du terme se consolida au XIXe siècle, notamment dans le contexte des politiques impériales relatives aux langues et aux nationalités[6].

La distinction entre les Ruthènes et les Russes de l'Empire russe prit une importance croissante dans les pratiques politiques et administratives.

Il convient toutefois de distinguer les catégories employées par les autorités impériales des différentes formes d'auto-identification des populations concernées.

Les mouvements culturels du XIXe siècle

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Le XIXe siècle fut marqué par le développement de mouvements culturels et politiques dans les territoires ruthènes de la monarchie des Habsbourg.

En Galicie, la diffusion de l'enseignement, la production littéraire et les transformations du clergé contribuèrent à l'émergence de nouvelles formes d'identification collective.

La Triade ruthène, groupe littéraire actif dans la première moitié du XIXe siècle, joua notamment un rôle dans la valorisation des traditions linguistiques et culturelles locales.

La révolution de 1848 favorisa l'affirmation politique des populations ruthènes de Galicie.

Le Conseil suprême ruthène, fondé à Lviv en mai 1848, revendiqua notamment la reconnaissance d'une nationalité distincte et défendit plusieurs projets de réorganisation administrative de la province[6].

Ces mouvements ne présentaient cependant pas une orientation unique.

Les courants russophiles, ukrainophiles et ceux attachés aux traditions ruthènes régionales participèrent aux débats sur l'avenir politique et culturel de ces populations.

La diffusion progressive de l'appellation « Ukrainiens » en Galicie ne provoqua pas la disparition immédiate du nom « Ruthènes », qui demeura présent dans les usages administratifs, religieux et culturels jusqu'à la fin de la monarchie[6].

La Galicie, la Bucovine et les Carpates

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Les différentes régions ruthènes de la monarchie des Habsbourg connurent des trajectoires institutionnelles distinctes.

La Galicie appartenait aux territoires administrés dans la partie autrichienne de la monarchie.

La Bucovine posséda également ses propres institutions provinciales, tandis que les régions situées au sud des Carpates relevaient historiquement du royaume de Hongrie.

Après le compromis austro-hongrois de 1867, ces distinctions administratives furent maintenues dans le cadre de la Double Monarchie.

Elles contribuèrent à différencier les expériences politiques et culturelles des populations ruthènes, malgré l'existence de traditions linguistiques et religieuses apparentées[2],[8].

La Ruthénie à l'époque contemporaine

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Les transformations politiques de 1918

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L'effondrement de l'Autriche-Hongrie à la fin de la Première Guerre mondiale entraîna une profonde réorganisation des territoires habités par des populations historiquement désignées comme ruthènes.

La Galicie orientale devint notamment l'un des principaux enjeux de la lutte entre les projets nationaux polonais et ukrainien.

La République populaire d'Ukraine occidentale fut proclamée en 1918, avant que la région ne passe sous administration polonaise à l'issue des conflits de l'après-guerre.

La Bucovine et les régions carpathiques connurent d'autres évolutions territoriales.

Le nom de Ruthénie demeura particulièrement présent dans les débats concernant l'avenir des territoires situés au sud des Carpates[2],[8].

La Ruthénie subcarpathique dans la Tchécoslovaquie

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À la suite de la Première Guerre mondiale, une partie des territoires historiquement associés à la Ruthénie hongroise fut intégrée à la Tchécoslovaquie.

Le traité de Saint-Germain-en-Laye (1919) prévoyait l'intégration du territoire ruthène situé au sud des Carpates à l'État tchécoslovaque, avec des garanties d'autonomie.

La région prit officiellement le nom de Ruthénie subcarpathique, en tchèque Podkarpatská Rus.

Elle forma une entité administrative particulière au sein de la Tchécoslovaquie entre l'entre-deux-guerres et 1938, bien que l'autonomie prévue n'ait été pleinement mise en œuvre qu'à la fin de cette période[8].

Carte historique de 1921 représentant la Slovaquie et la Ruthénie subcarpathique dans l'ensemble tchécoslovaque.

La ville d'Oujhorod constituait l'un de ses principaux centres administratifs.

La population de cette région présentait une importante diversité linguistique, confessionnelle et culturelle.

Les débats sur l'identité nationale y opposèrent notamment plusieurs orientations favorables à une identité rusyne distincte, à une orientation ukrainienne ou à une proximité culturelle avec la Russie.

Ces orientations ne correspondaient pas toujours à des divisions sociales ou territoriales nettement définies[8].

L'Ukraine carpathique et les événements de 1938-1939

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Situation géopolitique de la Ruthénie carpathique en 1938, dans le contexte des revendications territoriales consécutives aux accords de Munich.

La crise de l'État tchécoslovaque en 1938 permit la mise en place d'un gouvernement autonome dans la région.

L'appellation d'« Ukraine carpathique » fut progressivement adoptée par les autorités autonomes.

Le 15 mars 1939, dans le contexte de la disparition de la Tchécoslovaquie, une république d'Ukraine carpathique fut proclamée.

Cette indépendance demeura extrêmement brève, la région étant envahie puis annexée par la Hongrie[8].

Les événements de 1938-1939 illustrent la diversité des projets politiques développés dans les territoires de la Ruthénie subcarpathique pendant l'entre-deux-guerres.

La Seconde Guerre mondiale et le rattachement à l'URSS

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La Seconde Guerre mondiale entraîna de nouvelles transformations territoriales.

La Ruthénie subcarpathique, annexée par la Hongrie en 1939, passa sous contrôle soviétique à la fin de la guerre.

Un accord conclu le 29 juin 1945 entre la Tchécoslovaquie et l'Union soviétique organisa le transfert du territoire à l'URSS.

La région fut intégrée à la République socialiste soviétique d'Ukraine, où elle forma l'oblast de Transcarpatie[8].

L'intégration à l'Ukraine soviétique modifia profondément les cadres administratifs et les politiques linguistiques et culturelles de la région.

Le nom de Ruthénie cessa d'être employé comme appellation administrative officielle de ce territoire, sans disparaître des usages historiques ou identitaires.

Les Rusyns et les identités ruthènes contemporaines

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Les termes « Rusyns », « Ruthènes » et « Carpatho-Rusyns » sont aujourd'hui employés pour désigner certaines populations slaves orientales historiquement établies dans la région des Carpates.

Ces communautés vivent notamment en Ukraine, en Slovaquie, en Pologne, en Hongrie, en Roumanie et en Serbie, ainsi que dans plusieurs pays d'émigration.

L'identité rusyne contemporaine ne doit pas être assimilée sans distinction à l'ensemble des populations historiquement désignées comme ruthènes[8].

Les Rusyns présentent une diversité de traditions linguistiques et culturelles.

Les variétés linguistiques rusynes appartiennent à l'ensemble slave oriental et présentent des caractéristiques liées à leur histoire régionale et aux contacts avec les langues voisines.

Le statut du rusyn comme langue distincte ou ensemble de variétés apparentées à l'ukrainien a fait l'objet de débats linguistiques, culturels et politiques.

Les classifications peuvent varier selon les institutions, les pays et les traditions scientifiques[16].

La reconnaissance institutionnelle des identités rusynes varie également selon les États.

En Slovaquie, les Rusyns sont reconnus comme une minorité nationale distincte.

En Ukraine, les politiques de classification ethnolinguistique ont traditionnellement privilégié leur rattachement à l'ensemble ukrainien.

Ces différences reflètent notamment les divergences entre les conceptions nationales, linguistiques et historiques de l'identité rusyne[8],[16].

Il convient donc de distinguer trois réalités historiques :

  • la Ruthénie comme dénomination géographique et politique médiévale ou moderne ;
  • les populations historiquement qualifiées de ruthènes dans les sources européennes ;
  • les communautés rusynes contemporaines qui revendiquent ou conservent une identité ethnolinguistique particulière.

Ces catégories se recoupent partiellement, sans être parfaitement équivalentes.

La Ruthénie dans l'historiographie

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Une notion aux significations multiples

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L'étude historique de la Ruthénie repose sur une difficulté terminologique fondamentale : les sources utilisent des dénominations semblables pour désigner des territoires, des populations et des institutions différents.

L'historien doit notamment distinguer les noms employés par les populations elles-mêmes de ceux utilisés dans les administrations, les chancelleries, les documents ecclésiastiques et les ouvrages géographiques.

Une autre difficulté réside dans l'évolution des significations des termes entre le Moyen Âge, l'époque moderne et la période des nationalismes contemporains.

Les travaux récents privilégient généralement l'examen des contextes documentaires et la distinction entre les formes anciennes d'appartenance et les identités nationales modernes[1].

L'historiographie bélarussienne

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L'historiographie bélarussienne accorde une place particulière à l'histoire des principautés de Polotsk et de Tourov-Pinsk, à la formation du grand-duché de Lituanie, à la langue ruthène de chancellerie et à l'évolution des dénominations de la Ruthénie blanche.

Les travaux de l'historien Henadz Sahanovitch (Генадзь Сагановіч) ont notamment contribué au développement d'une histoire du Bélarus replacée dans le contexte politique et culturel de l'Europe centrale et orientale[7].

L'historien Viachaslau Nasevich a étudié les différentes interprétations de la formation du grand-duché de Lituanie dans l'historiographie bélarussienne du XXe siècle.

Il distingue notamment plusieurs traditions historiographiques attribuant des rôles différents aux composantes lituaniennes et ruthènes dans la formation de l'État[10].

L'étude des dénominations territoriales constitue également un domaine important des recherches consacrées au Bélarus.

L'ouvrage de Thomas M. Bohn, publié en 2025, contribue notamment à renouveler l'analyse des usages cartographiques et historiographiques de la Ruthénie blanche[5].

L'ensemble de ces travaux montre que l'histoire des territoires ruthènes correspondant à l'actuel Bélarus ne peut être réduite à une simple dépendance politique de puissances voisines.

Elle doit être étudiée à partir de ses propres traditions documentaires, tout en tenant compte des multiples appartenances politiques et culturelles des populations concernées.

L'historiographie ukrainienne

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Dans l'historiographie ukrainienne, l'histoire de la Ruthénie occupe une place importante dans l'étude des continuités politiques, culturelles et linguistiques entre la Rus' médiévale et les territoires ukrainiens des époques ultérieures.

Les travaux de Mykhaïlo Hrouchevsky ont notamment contribué à renouveler l'interprétation de la Rus' et de l'histoire des principautés occidentales, en contestant leur intégration exclusive dans un récit historique centré sur Moscou.

Les recherches contemporaines ont également mis en évidence le rôle des élites ruthènes dans les institutions de la république des Deux Nations et dans les transformations politiques de l'Ukraine des XVIe et XVIIe siècles[1],[2].

L'historiographie polonaise

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L'historiographie polonaise étudie les territoires ruthènes notamment à travers l'histoire de la Couronne de Pologne, des institutions nobiliaires, des voïvodies orientales et de la république des Deux Nations.

La Ruthénie rouge et les territoires de l'ancienne Galicie occupent une place importante dans ces recherches.

L'étude des relations politiques, religieuses et culturelles entre les élites polonaises et ruthènes permet notamment de comprendre les transformations de la noblesse, les évolutions confessionnelles et la place des langues dans l'administration[3].

L'historiographie lituanienne

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Les études lituaniennes consacrées à la Ruthénie portent notamment sur l'expansion du grand-duché de Lituanie, les relations entre les élites baltes et ruthènes et l'organisation administrative des territoires orientaux.

Les travaux d'Andrius Jurkevičius contribuent à renouveler l'étude des régions ruthènes du grand-duché, notamment par l'analyse des structures administratives et des transformations culturelles[4].

L'historien Artūras Dubonis a pour sa part étudié les débats historiographiques relatifs à la langue de chancellerie et à sa place dans les institutions du grand-duché[11].

Ces recherches permettent de distinguer l'existence d'une importante composante ruthène dans l'État lituanien de la question de son autorité politique et de ses institutions centrales.

L'historiographie russe et l'héritage de la Rus'

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L'héritage historique de la Rus' occupe également une place centrale dans l'historiographie russe.

À partir de l'époque moderne, les constructions politiques et historiques développées autour de la Moscovie, puis de l'État russe, ont contribué à établir différentes interprétations des relations entre la Rus' médiévale et les formations politiques qui lui succédèrent.

Certaines traditions historiographiques ont privilégié une continuité politique entre la Rus' de Kiev, les principautés du nord-est et l'État russe.

D'autres approches insistent davantage sur la pluralité des trajectoires politiques issues de la fragmentation de la Rus', notamment celles des territoires intégrés aux États polonais et lituanien.

Les recherches de Serhii Plokhy montrent que les différentes interprétations de cet héritage doivent être replacées dans l'histoire de la formation des identités politiques et nationales d'Europe orientale[1].

L'utilisation contemporaine de l'histoire de la Rus' dans les discours politiques ne doit pas être confondue avec l'étude des sources médiévales et modernes.

Les approches historiographiques contemporaines

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Les recherches actuelles tendent à privilégier une histoire croisée des territoires ruthènes, intégrant les perspectives politiques, linguistiques, religieuses et sociales.

L'étude des chroniques, des actes diplomatiques, des documents de chancellerie, des sources pontificales et de la cartographie historique permet de reconstituer les différentes significations du nom de Ruthénie.

Les travaux consacrés aux identités prémodernes, à l'histoire de la Pologne-Lituanie et aux traditions linguistiques ukrainiennes et bélarussiennes soulignent la nécessité de ne pas projeter les frontières et les identités nationales contemporaines sur les populations médiévales[1],[3].

La Ruthénie apparaît ainsi moins comme une entité géographique permanente que comme une notion historique évolutive, dont les usages témoignent des transformations politiques et culturelles de l'Europe centrale et orientale.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 (en) Serhii Plokhy, The Origins of the Slavic Nations: Premodern Identities in Russia, Ukraine, and Belarus, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-86403-9, DOI 10.1017/CBO9780511496837, lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en) Paul Robert Magocsi, A History of Ukraine: The Land and Its Peoples, University of Toronto Press, (ISBN 978-1-4426-1021-7)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (en) Robert I. Frost, The Oxford History of Poland-Lithuania : Volume I: The Making of the Polish-Lithuanian Union, 1385–1569, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-820869-3, DOI 10.1093/acprof:oso/9780198208693.001.0001)
  4. 1 2 3 4 5 (lt) Andrius Jurkevičius, « Lietuvos Didžiosios Kunigaikštystės rusėniški regionai – tarp Rytų ir Vidurio rytų Europos », Lietuvos istorijos metraštis, vol. 2021, no 1,‎ , p. 29-57 (DOI 10.33918/25386549-202101002, lire en ligne)
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (de) Thomas M. Bohn, Weißrussland oder Belarus? : Die Weiße Ruß in Historiographie und Kartographie, vol. 11, Harrassowitz Verlag, coll. « Historische Belarus-Studien », (ISBN 978-3-447-12380-8, lire en ligne)
  6. 1 2 3 4 5 (en) Michael A. Moser, « The Fate of the “Ruthenian or Little Russian” (Ukrainian) Language in Austrian Galicia (1772–1867) », Harvard Ukrainian Studies, vol. 35, nos 1-4,‎ 2017-2018, p. 87-104 (lire en ligne)
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (be) Генадзь Сагановіч, Нарыс гісторыі Беларусі ад старажытнасці да канца XVIII стагоддзя, Мінск, Энцыклапедыкс,‎ , 412 p. (ISBN 978-9-856-59934-0, OCLC 50393398, lire en ligne)
  8. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Paul Robert Magocsi, With Their Backs to the Mountains: A History of Carpathian Rus’ and Carpatho-Rusyns, Central European University Press, (ISBN 978-615-5053-46-7)
  9. ↑ (en) « Ruthenians », sur Internet Encyclopedia of Ukraine, Canadian Institute of Ukrainian Studies
  10. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) Viachaslau Nasevich, « Issues of the Grand Duchy of Lithuania Formation: A Review of the Belarusian Historiography », Lietuvos istorijos studijos, vol. 22,‎ , p. 39-57 (DOI 10.15388/LIS.2008.36973, lire en ligne)
  11. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Artūras Dubonis, « The Prestige and Decline of the Official (State) Language in the Grand Duchy of Lithuania (Fifteenth–Sixteenth Century): Problems in Belarusian Historiography », Lithuanian Historical Studies, vol. 20,‎ , p. 1-30 (DOI 10.30965/25386565-02001002)
  12. 1 2 (en) « Skoryna, Frantsisk », sur Internet Encyclopedia of Ukraine, Canadian Institute of Ukrainian Studies
  13. ↑ (be) Сусветная спадчына Францыска Скарыны [« World Heritage of Francysk Skaryna »], Мінск, Беларуская Энцыклапедыя імя Петруся Броўкі,‎ (ISBN 978-985-11-0973-5, lire en ligne)
  14. ↑ (en) Robert I. Frost, « Lublin », dans The Oxford History of Poland-Lithuania, Oxford University Press, , 477-494 p. (DOI 10.1093/acprof:oso/9780198208693.003.0039)
  15. 1 2 (en) Omeljan Pritsak, « Concerning the Union of Hadjač (1658) », Harvard Ukrainian Studies, vol. 2, no 1,‎ , p. 116-118 (lire en ligne)
  16. 1 2 (en) Paul Robert Magocsi et Ivan Pop, Encyclopedia of Rusyn History and Culture, University of Toronto Press, (ISBN 978-1-4426-7443-1)

Voir aussi

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Bibliographie

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Études générales

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  • (en) Paul Robert Magocsi, A History of Ukraine: The Land and Its Peoples, University of Toronto Press, (ISBN 978-1-4426-1021-7)
  • (en) Robert I. Frost, The Oxford History of Poland-Lithuania : Volume I: The Making of the Polish-Lithuanian Union, 1385–1569, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-820869-3)

Histoire du Bélarus et des territoires ruthènes

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  • (be) Генадзь Сагановіч, Нарыс гісторыі Беларусі ад старажытнасці да канца XVIII стагоддзя [« Esquisse de l'histoire du Bélarus, des origines à la fin du XVIIIe siècle »], Мінск, Энцыклапедыкс,‎ (ISBN 978-9-856-59934-0, OCLC 50393398)
  • (en) Viachaslau Nasevich, « Issues of the Grand Duchy of Lithuania Formation: A Review of the Belarusian Historiography », Lietuvos istorijos studijos, vol. 22,‎ , p. 39-57 (DOI 10.15388/LIS.2008.36973)
  • (de) Thomas M. Bohn, Weißrussland oder Belarus? : Die Weiße Ruß in Historiographie und Kartographie, vol. 11, Harrassowitz Verlag, coll. « Historische Belarus-Studien », (ISBN 978-3-447-12380-8)
  • (pl) Hienadź Sahanowicz, Historia Białorusi: od czasów najdawniejszych do końca XVIII wieku, Instytut Europy Środkowo-Wschodniej, (ISBN 978-83-85854-73-9)

Grand-duché de Lituanie et chancelleries ruthènes

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  • (lt) Andrius Jurkevičius, « Lietuvos Didžiosios Kunigaikštystės rusėniški regionai – tarp Rytų ir Vidurio rytų Europos », Lietuvos istorijos metraštis, vol. 2021, no 1,‎ , p. 29-57 (DOI 10.33918/25386549-202101002)
  • (en) Artūras Dubonis, « The Prestige and Decline of the Official (State) Language in the Grand Duchy of Lithuania (Fifteenth–Sixteenth Century): Problems in Belarusian Historiography », Lithuanian Historical Studies, vol. 20,‎ , p. 1-30 (DOI 10.30965/25386565-02001002)

Langues et cultures ruthènes

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  • (en) Michael A. Moser, « The Fate of the “Ruthenian or Little Russian” (Ukrainian) Language in Austrian Galicia (1772–1867) », Harvard Ukrainian Studies, vol. 35, nos 1-4,‎ 2017-2018, p. 87-104
  • (be) Сусветная спадчына Францыска Скарыны [« World Heritage of Francysk Skaryna »], Мінск, Беларуская Энцыклапедыя імя Петруся Броўкі,‎ (ISBN 978-985-11-0973-5)

Ruthénie carpathique et Rusyns

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  • (en) Paul Robert Magocsi, With Their Backs to the Mountains: A History of Carpathian Rus’ and Carpatho-Rusyns, Central European University Press, (ISBN 978-615-5053-46-7)
  • (en) Paul Robert Magocsi et Ivan Pop, Encyclopedia of Rusyn History and Culture, University of Toronto Press, (ISBN 978-1-4426-7443-1)

Articles connexes

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Liens externes

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