La règle de Taylor est une règle de politique monétaire, selon laquelle la banque centrale doit fixer ses taux d'intérêt en fonction de l'écart entre l'inflation désirée et l'inflation effective. Elle relie le taux d'intérêt décidé par la banque centrale au taux d'inflation de l'économie et à l'écart entre le niveau du PIB et son niveau potentiel.

Elle a été énoncée en premier lieu par l'économiste John B. Taylor, en 1993, dans un article intitulé Discretion versus Policy Rules in Practice, publié dans la revue Carnegie-Rochester Conference Series on Public Policy.

Origine et contexte historique

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Au début des années 1990, les banques centrales des pays développés cherchaient à formaliser leur conduite de la politique monétaire après les épisodes d'inflation élevée des années 1970 et la désinflation difficile des années 1980. John B. Taylor, économiste à l'Université Stanford, proposa en 1993 une règle simple permettant de décrire et d'évaluer le comportement de la Réserve fédérale américaine (Fed) sur la période 1987–1992[1].

Taylor constatait que, malgré l'absence de règle formelle explicite, le comportement effectif de la Fed sur cette période pouvait être bien approximé par une formule reliant le taux des fonds fédéraux à l'inflation courante et à l'écart de production. Cette règle présentait l'avantage d'être à la fois simple, transparente et cohérente avec les deux grands objectifs de la Fed : la stabilité des prix et le plein emploi.

À l'origine, Taylor avait l'intention de fournir une règle pour établir les contours de la politique des taux d'intérêt de la Fed[2]. Il mettait l'accent sur la simplicité et la robustesse : la règle devait servir à comprendre et évaluer la politique monétaire, tout en introduisant un concept de ligne directrice guidant les décisions des banques centrales[3].

Concept

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La règle se formalise ainsi :

avec comme variables :

  • le taux directeur fixé par la banque centrale à l'instant
  • le niveau d'inflation
  • la cible d'inflation de la banque centrale
  • le taux d'intérêt réel de long terme (parfois noté , le taux neutre)
  • le niveau du PIB
  • le niveau du PIB potentiel
  • le coefficient d'importance attribuée à l'inflation[4]
  • le coefficient d'importance attribuée à la croissance[5]

Dans sa formulation originale de 1993, Taylor proposait , et , ce qui donne la forme condensée :

L'équation fournit ainsi un moyen de calculer le principal taux directeur, lequel exerce une grande influence sur l'ensemble des taux d'intérêt de la zone économique. Taylor a cherché à donner des valeurs « optimales » aux coefficients en les estimant sur les périodes où la banque centrale semble avoir atteint ses objectifs — d'où le caractère normatif de la règle. Extrapoler ces tendances passées reste toutefois une opération délicate dans un environnement économique en constante évolution[6].

Interprétation

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Selon cette règle, et doivent être positifs (Taylor proposait ). La règle suggère un taux d'intérêt relativement haut (politique monétaire restrictive) quand l'inflation dépasse sa cible ou quand l'économie est « en surchauffe », et inversement un taux relativement bas (politique monétaire accommodante) dans les situations opposées.

Parfois, les objectifs peuvent être contradictoires — par exemple lors d'une stagflation, où l'inflation dépasse sa cible tandis que l'économie est en sous-emploi. La règle de Taylor aide alors à mettre en balance ces différentes considérations. Plus précisément, en spécifiant , Taylor suggère que les banques centrales doivent relever le taux d'intérêt nominal de plus d'un point pour chaque point d'inflation supplémentaire, afin d'augmenter effectivement le taux d'intérêt réel et d'ancrer les anticipations inflationnistes. Ce résultat, connu sous le nom de principe de Taylor, constitue une condition nécessaire à la stabilité des prix dans les modèles néo-keynésiens standard[7].

Variantes de la règle

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Depuis la formulation originale de 1993, plusieurs variantes ont été développées pour mieux rendre compte des spécificités de chaque banque centrale ou zone économique.

Règle inertielle

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La version inertielle intègre le taux directeur de la période précédente, afin de tenir compte du gradualisme effectivement observé dans les décisions des banques centrales :

est le coefficient de lissage. Ce comportement de gradualisme est souvent justifié par la volonté d'éviter des chocs brusques sur les marchés financiers et de préserver la crédibilité de la banque centrale.

Règle anticipative

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Une variante dite « anticipative » (forward-looking) substitue l'inflation future attendue à l'inflation courante :

Cette formulation est particulièrement adaptée aux banques centrales qui ciblent explicitement l'inflation à un horizon de un à deux ans, comme la Banque d'Angleterre ou la Banque centrale européenne.

Règle augmentée

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Certains économistes ont proposé d'intégrer des variables supplémentaires — taux de change, conditions financières, prix de l'immobilier — pour mieux refléter les objectifs effectifs des banques centrales dans les économies ouvertes[8].

Limites et critiques

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La règle de Taylor a fait l'objet de nombreuses critiques portant à la fois sur ses fondements théoriques et ses performances empiriques.

Difficulté d'estimation du PIB potentiel

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L'écart de production () est une variable non directement observable. Le PIB potentiel est estimé à partir de modèles économétriques et peut faire l'objet de révisions importantes après coup. Des erreurs d'estimation de cet écart peuvent conduire à des prescriptions de politique monétaire erronées. Athanasios Orphanides a montré que l'utilisation de données en temps réel — plutôt que de données révisées — modifie substantiellement les prescriptions de la règle et peut expliquer les erreurs de politique monétaire des années 1970[9].

Le taux neutre en question

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Le paramètre est supposé constant dans la formulation originale, alors qu'il évolue dans le temps. La baisse tendancielle du taux neutre depuis les années 1980, documentée par Laubach et Williams, implique que la règle de Taylor doit être recalibrée régulièrement pour rester pertinente[10].

La borne inférieure des taux

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Lors de la crise financière de 2007-2008, la règle prescrivait dans certaines configurations des taux directeurs fortement négatifs, incompatibles avec la borne inférieure zéro (zero lower bound) des taux nominaux. Aux États-Unis, certaines estimations suggéraient entre 2010 et 2014 des taux implicites inférieurs à −4 %[réf. nécessaire], ce qui a conduit les banques centrales à recourir à des instruments non conventionnels tels que l'assouplissement quantitatif ou les guidances prospectives.

Chocs d'offre et conditions financières

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La règle ne tient pas compte des chocs d'offre (hausse des prix de l'énergie, ruptures d'approvisionnement) ni des dynamiques financières susceptibles d'amplifier les cycles économiques. Son application mécanique pourrait brider la capacité des banques centrales à répondre à des situations exceptionnelles, raison pour laquelle celles-ci l'utilisent généralement comme outil de référence plutôt que comme contrainte stricte.

Applications pratiques

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La règle de Taylor est couramment utilisée par les économistes, les marchés financiers et les institutions internationales comme FMI ou BRI pour évaluer l'orientation de la politique monétaire d'une banque centrale. Lorsque le taux directeur effectif est nettement supérieur au taux implicite calculé par la règle, la politique est qualifiée de restrictive ; lorsqu'il lui est inférieur, elle est qualifiée d'accommodante.

La Banque de réserve fédérale de Cleveland publie en temps réel plusieurs estimations de la règle de Taylor pour l'économie américaine, selon différentes hypothèses concernant le taux neutre et le PIB potentiel[11]. Des calculs analogues pour neuf grandes banques centrales — dont la Fed, la Banque centrale européenne, la Banque d'Angleterre et la Banque du Japon — sont maintenus par le projet de recherche indépendant Central Bank Watch, qui confronte le taux directeur implicite selon le modèle au taux officiel en vigueur et permet ainsi une comparaison internationale en temps réel[12].

Références

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  1. John B. Taylor, « Discretion versus Policy Rules in Practice », Carnegie-Rochester Conference Series on Public Policy, vol. 39, , p. 195–214 (DOI 10.1016/0167-2231(93)90009-L)
  2. Johannes Treu: Der Taylorzins und die europäische Geldpolitik 1999–2009. (PDF; 234 kB) Moritz-Arndt-Universität Greifswald, Rechts- und Staatswissenschaftliche Fakultät 2010, (ISSN 1437-6989), p. 2–3.
  3. Ralph Anderegg (2007), p. 313.
  4. Ces coefficients sont soit calibrés, soit déterminés économétriquement par les économistes des banques centrales pour la zone monétaire concernée.
  5. Ces coefficients sont soit calibrés, soit déterminés économétriquement par les économistes des banques centrales pour la zone monétaire concernée.
  6. Michael Heine, Hansjörg Herr (2004), p. 150.
  7. Michael Woodford, « The Taylor Rule and Optimal Monetary Policy », American Economic Review, vol. 91, no 2, , p. 232–237 (DOI 10.1257/aer.91.2.232)
  8. Laurence Ball, « Policy Rules for Open Economies », University of Chicago Press, , p. 127–156
  9. Athanasios Orphanides, « Monetary Policy Rules Based on Real-Time Data », American Economic Review, vol. 91, no 4, , p. 964–985 (DOI 10.1257/aer.91.4.964)
  10. Thomas Laubach et John C. Williams, « Measuring the Natural Rate of Interest », Review of Economics and Statistics, vol. 85, no 4, , p. 1063–1070 (DOI 10.1162/003465303772815934)
  11. « Taylor Rule », Federal Reserve Bank of Cleveland (consulté le )
  12. « Central Bank Watch », sur Central Bank Watch (consulté le )

Voir aussi

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