Réalisme poétique
La réalisme poétique est un courant du cinéma français principalement développé durant les années 1930.
Historique
modifierLe réalisme poétique est influencé par plusieurs courants littéraires du XIXe siècle (le réalisme et le naturalisme), par les avant-gardes des années 1920 et par le cinéma expressionniste allemand. Il est illustré par des films de Jean Vigo, René Clair, Jean Renoir, Marcel Carné, Marcel L'Herbier, Marc Allégret, Jacques Becker, Jean Grémillon, Jacques Feyder et Julien Duvivier.
Pour René Prédal[1], le réalisme poétique relève plus d'une tendance que d'un véritable mouvement cinématographique puisqu'il a influencé le cinéma français dès la fin du cinéma muet et jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après celle-ci, il continue d'avoir une influence importante. Prédal considère que Feyder, Carné et Duvivier sont les fondateurs du mouvement. Historiquement, le « réalisme poétique » ne renvoie qu'à l'année 1938 et, de manière plus restrictive, au seul film Le Quai des brumes de Marcel Carné (1938).
Les grands noms
modifierLes scénaristes et dialoguistes ont eu un rôle important. Les plus connus sont Jacques Prévert, Henri Jeanson, l'écrivain et producteur Marcel Pagnol ou le scénariste belge Charles Spaak.
Les chefs-opérateurs Boris Kaufman, Eugen Schufftan, Claude Renoir, Christian Matras ou Henri Alekan ont marqué ce mouvement.
Les musiciens représentatifs sont Joseph Kosma, Maurice Jaubert, Georges van Parys.
Le directeur artistique Lazare Meerson et le décorateur hongrois Alexandre Trauner ont construit l'esthétique du réalisme poétique.
Les acteurs du réalisme poétique sont Louis Jouvet, Jean-Louis Barrault, Michel Simon, Jean Gabin, Arletty et Michèle Morgan.
Le réalisme poétique influencera ensuite le cinéma néoréaliste italien et la Nouvelle Vague.
Les caractéristiques
modifierLe réalisme poétique se reconnaît par deux tendances : des personnages et un environnement populaires (ouvriers surtout, mais aussi soldats, prostituées etc.) ; et des personnages maudits, souvent marginaux et parias (le déserteur du Quai des brumes par exemple)[2].
Le courant accompagne le mouvement du Front populaire en France. La quasi-totalité des films se situe dans un cadre urbain, concentré sur l'idée même de la ville et des échanges qui y ont lieu.
Les personnages représentent une classe sociale et sont marqués par le destin et la fatalité, très présents dans ces films, comme, par exmple Le jour se lève ou La Bête humaine.
Signes esthétiques et thématiques
modifierLe réalisme poétique est le premier grand courant cinématographique français du cinéma parlant. Il romance et met en évidence les enjeux dramatiques, notamment sous l'influence de Prévert. Une partie des scènes sont tournées pour servir ces dialogues : la parole, l'idée exprimée verbalement, devient le centre d'attention. Ce traitement est issu à la fois du cinéma expressionniste et du documentaire.
Les films expressionnistes des années 1920 représentent souvent la ville comme la personnification du vice : les rues sont déformées, les architectures torturées, suggérant une déviance des milieux bourgeois. Le réalisme poétique reprend cette idée de façon plus souterraine.
Le travail sur la lumière est caractéristique du réalisme poétique. Les scènes de jour sont traitées de façon naturaliste, à la manière du documentaire[3]. Dans les scènes de nuit, l'éclairage des rues subit des effets discrets, les rues sont brumeuses, ombrées, baignant dans une sorte d'entre-deux.
Les décorateurs recherchent une sublimation du réel plus qu'un réalisme. Ils créent des structures qui permettent des jeux de lumière et de caméra : des plans inclinés permettent des perspectives forcées[4] ; ils juxtaposent décors en studios et décors naturels[5]. Les studios donnent aux techniciens le contrôle de l'espace.
Films emblématiques
modifier
- Sous les toits de Paris, de René Clair (1930)
- À nous la liberté, de René Clair (1931)
- Cœur de lilas, d'Anatole Litvak (1932)
- 14 juillet, de René Clair (1933)
- Liliom, de Fritz Lang (1934)
- La Rue sans nom, de Pierre Chenal (1934)
- L'Atalante, de Jean Vigo (1934)
- Le Grand Jeu de Jacques Feyder (1934)
- Pensions mimosas de Jacques Feyder (1935)
- La Kermesse héroïque, de Jacques Feyder (1935)
- La Belle Équipe, de Julien Duvivier (1936)
- Pépé le Moko, de Julien Duvivier (1937)
- La Grande Illusion, de Jean Renoir (1937)
- Entrée des artistes, de Marc Allégret (1938)
- Le Quai des brumes, de Marcel Carné (1938)
- Hôtel du Nord, de Marcel Carné (1938)
- La Bête humaine, de Jean Renoir (1938)
- Le jour se lève, de Marcel Carné (1939)
- Remorques, de Jean Grémillon (1941)
- Les Enfants du paradis, de Marcel Carné (1945)
Notes et références
modifier- ↑ René Prédal, Histoire du cinéma français: des origines à nos jours, Nouveau monde éditions, coll. « Chronos », (ISBN 978-2-36942-742-1)
- ↑ André Gagnon et Nicky Ackland-Snow, 3 minutes pour comprendre 50 grands courants et acteurs de l'histoire du cinéma, c 2019 (ISBN 978-2-7029-1517-2 et 2-7029-1517-5, OCLC 1127536495, lire en ligne)
- ↑ Vincent Pinel, Ecoles, genres et mouvements au cinéma, Paris, Larousse, , p. 184-185.
- ↑ Jean-Pierre Berthome, Le décor au cinéma, Paris, 2003.
- ↑ Léon Barsacq, Le décor de film, Paris, 1970.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Jean-Louis Comolli, « Réalisme poétique, cinéma français », dans Encyclopædia Universalis , consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/realisme-poetique-cinema-francais/
- Vincent Pinel, « Réalisme poétique », dans Écoles, genres et mouvements au cinéma, Larousse, Comprendre et reconnaître, Paris, 2000. p. 184-185
- René Prédal, « Réalisme poétique et populisme tragique », dans Histoire du cinéma français. Des origines à nos jours, Nouveau monde éditions, 2018. p. 139-146