Réunion Express
Le Réunion Express est un projet de train express régional porté par la Région Réunion, destiné à desservir le littoral de l'île de La Réunion sur environ 140 kilomètres entre Saint-Benoît et Saint-Joseph, en passant par Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre[1]. Ce projet, dont le coût est évalué entre 4 et 6 milliards d'euros selon les choix techniques retenus[2], a été saisi par la Région auprès de la Commission nationale du débat public (CNDP) le 17 octobre 2025[3]. Un débat public est organisé du 19 août au 26 novembre 2026[4].
| Réunion Express | |
Logo du projet | |
| Terminus | Saint-Benoît Saint-Joseph |
|---|---|
| Communes desservies | 16 (Saint-Benoît, Bras-Panon, Saint-André, Sainte-Suzanne, Sainte-Marie, Saint-Denis, La Possession, Le Port, Saint-Paul, Trois-Bassins, Saint-Leu, L'Étang-Salé, Saint-Louis, Saint-Pierre, Petite-Île, Saint-Joseph |
| Histoire | |
| Mise en service | 2035 pour les premiers tronçons 2050 pour la ligne entière |
| Infrastructure | |
| Conduite (système) | Conducteur (conduite à vue) |
| Écartement des rails | normal |
| Électrification | Oui |
| Exploitation | |
| Points d’arrêt | Environ 25 |
| Longueur | Environ 140 km |
| Temps de parcours | Estimé à 135 min |
| Jours de fonctionnement | L, Ma, Me, J, V, S, D |
| Lignes connexes | Car Jaune, Citalis, Kar'Ouest, Alternéo, CarSud, Estival |
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Contexte
modifierUne île sans transport ferroviaire depuis 1976
modifierLa Réunion a été dotée d'une ligne de chemin de fer, le chemin de fer réunionnais, qui reliait autrefois Saint-Benoît à Saint-Pierre le long du littoral avant sa fermeture définitive en 1976[5]. Depuis, l'emprise a été réemployée, par exemple pour créer le sentier littoral Nord. Dans le même temps, plusieurs projets ont visé à réintroduire un mode de transport guidé sur l'île.
Le précédent du tram-train (1995-2010)
modifierDès 1995, l'ancien président de Région Paul Vergès avait porté un projet de « tram-train » devant relier Saint-Denis à Saint-Paul par un transport collectif sur rail[6]. Le contrat de réalisation, confié en décembre 2009 au groupement Tram'Tiss (associant notamment Bouygues, Veolia Transport, Colas, Axa et Bombardier) dans le cadre d'un partenariat public-privé de 45 ans, portait sur un premier tronçon de 40 kilomètres entre l'aéroport Roland-Garros et Saint-Paul, pour un coût d'environ 1,6 milliard d'euros[7]. Après le refus de l'État d'accorder un complément de financement de 80 millions d'euros, le nouveau président de Région Didier Robert, élu en 2010, a annoncé l'abandon définitif du projet le 31 mai 2010, les crédits publics initialement destinés au tram-train étant redirigés vers le financement de la Nouvelle route du Littoral[8]. Cette décision a suscité la contestation du groupement Tram'Tiss ainsi que des critiques de plusieurs élus d'opposition[9].
Des États généraux des mobilités à la feuille de route de 2025
modifierLa Région a ensuite engagé, sous l'égide de la CNDP, des États généraux des mobilités (EGM) menés en deux temps : une consultation ouverte au grand public entre mai et juillet 2023, ayant recueilli près de 11 000 contributions, puis une assemblée citoyenne des mobilités réunie d'octobre à décembre 2023, qui a formulé 180 propositions et dégagé cinq priorités pour l'avenir des déplacements sur l'île, parmi lesquelles la création d'un mode de transport collectif structurant capable de transporter voyageurs et marchandises[10]. Cette orientation a été reprise dans une feuille de route des mobilités signée en août 2025 par l'ensemble des autorités organisatrices de mobilité de l'île, faisant du futur train la « colonne vertébrale » d'un réseau intermodal à l'échelle du territoire[10].
Saisine de la CNDP et débat public
modifierPar un courrier du 17 octobre 2025, la présidente de la Région Réunion a saisi la CNDP, pour le compte de la Région maître d'ouvrage, du projet de train express régional dit « Réunion Express »[3]. Réunie en séance plénière le 5 novembre 2025, la CNDP a décidé d'organiser un débat public, considérant que le projet présente une forte incidence territoriale, de forts enjeux socio-économiques ainsi que des impacts significatifs sur l'environnement et l'aménagement du territoire[11]. Elle a désigné Renée Aupetit, déléguée régionale de la CNDP pour La Réunion et Mayotte, à la présidence de la commission particulière chargée de l'animation du débat[3].
Le dossier du maître d'ouvrage (DMO), élaboré par la Région avec la supervision de la commission particulière, a été validé lors d'une séance plénière de la CNDP le 3 juin 2026, qui a également arrêté le calendrier et les modalités du débat[1]. Le débat public se tient du 19 août au 26 novembre 2026[4],[12]. La commission particulière doit ensuite publier son bilan fin 2026 ou début 2027, avant que la Région ne prenne une décision sur la poursuite du projet[4].
Présentation du projet
modifierTracé et desserte
modifierLe Réunion Express est conçu comme une ligne ferroviaire de 140 kilomètres desservant le littoral de l'île par le nord, l'ouest et le sud, reliant Saint-Benoît à l'est à Saint-Joseph au sud, en passant notamment par Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre[11]. Le projet prévoit 25 gares, espacées d'environ 5 à 6 kilomètres[4]. Les temps de parcours annoncés entre les principales villes varient de 15 à 45 minutes, avec par exemple environ 35 minutes entre Saint-Benoît et Saint-Denis et 40 minutes entre Saint-Pierre et Saint-Paul[4]. Dans l'agglomération de Saint-Denis, une insertion du tracé sans impact sur le massif de La Montagne est recherchée, tandis qu'en dehors des agglomérations l'insertion le long des infrastructures existantes vise à limiter l'impact sur le foncier agricole[2].
Matériel roulant et exploitation
modifierLe projet est présenté comme un système ferroviaire à traction entièrement électrique, avec une vitesse de pointe visée d'environ 100 km/h afin, selon ses promoteurs, de concurrencer la voiture individuelle[4]. Une fréquence de 10 à 15 minutes serait proposée en heures de pointe[4]. Outre le transport de voyageurs, pour lequel une fréquentation potentielle de 100 000 passagers par jour est avancée, la ligne est également destinée au fret, notamment entre le grand port maritime de La Réunion et l'est de l'île, ainsi qu'entre les aéroports Roland-Garros et de de Pierrefonds[1].
Coût et financement
modifierLe coût d'investissement du projet est évalué, selon les sources et les choix techniques retenus, entre 4 et 6 milliards d'euros pour l'ensemble du linéaire[2], la Région avançant un montant de référence de 5,2 milliards d'euros hors taxes, intégrant une provision pour aléas de 15 %[13]. Un coût d'exploitation annuel de l'ordre de 70 millions d'euros est également évoqué[10]. Les modalités de financement du projet ne sont pas arrêtées et doivent être discutées dans le cadre du débat public[10].
Gouvernance
modifierPour porter le projet, la Région envisage la création d'une Société Réunionnaise des Grands Projets (SRGP), établissement public local à caractère industriel et commercial, qui regrouperait la Région et les cinq autorités organisatrices de la mobilité de l'île — la CINOR, le Territoire de l'Ouest, la CIVIS, la CASUD et la CIREST — afin d'assurer la cohérence entre le futur réseau ferroviaire et les réseaux de transport urbain existants[10]. Ce montage s'inspire de structures dédiées mises en place pour d'autres grands projets nationaux, comme la Société du Grand Paris, devenue Société des grands projets, ou les infrastructures des Jeux olympiques de Paris 2024[10].
Calendrier prévisionnel
modifierEnjeux et réactions
modifierLe projet est présenté par ses promoteurs comme une réponse à la saturation du réseau routier de La Réunion : la Région évoque plus de 2,5 millions de déplacements quotidiens sur un territoire de 2 500 km2, plus de 475 000 véhicules en circulation et une trentaine de kilomètres de bouchons enregistrés chaque jour, une situation qualifiée de « coma circulatoire »[4]. Selon la Région, ce projet aurait recueilli l'adhésion de 77 % des Réunionnais consultés lors des États généraux des mobilités[4].
Des élus locaux du sud et de l'est de l'île ont salué l'annonce du projet tout en réclamant des garanties concernant la desserte des Hauts[10]. Le tracé dans l'ouest de l'île, notamment le choix entre une implantation basse près du cap la Houssaye et de la savane de Saint-Paul ou une connexion avec la route des Tamarins, ainsi que les options d'insertion à Saint-Denis, restent des points à trancher dans le cadre du débat public[13].
Notes et références
modifier- 1 2 3 « Train express régional de La Réunion (Réunion Express) (974) », sur CNDP
- 1 2 3 « Synthèse du dossier du maître d'ouvrage – Réunion Express », sur CNDP,
- 1 2 3 « Décision n° 2025/147/RÉUNION EXPRESS/1 du 5 novembre 2025 », sur Légifrance
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Réunion Express : 140 km de voies ferrées pour La Réunion à l'horizon 2035, la Région ouvre le débat », sur Imaz Press,
- ↑ « Grands projets avortés : le Tram-Train de la Réunion », sur Réunionnais du Monde,
- ↑ « Hommage à Paul Vergès : le "Tram Train", le projet de transport collectif défendu par l'ancien président de Région », sur linfo.re,
- ↑ « Le projet de tram-train de La Réunion définitivement enterré », sur Ville, Rail & Transports,
- ↑ « La Réunion abandonne le tram-train », sur Ville, Rail & Transports,
- ↑ « L'Alliance et Europe Écologie dénoncent l'abandon du projet tram train », sur linfo.re
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « 140 km de rails, 25 gares : la Région dévoile les contours de son "Réunion Express" », sur Zinfos974,
- 1 2 « Projet de train express régional de La Réunion : un débat public courant 2026 », sur CNDP
- ↑ « L'île de la Réunion prépare un projet de train régional », Rail Passion, no 347, , p. 7 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 « Le train « Réunion Express » reliera Saint-Benoît à Saint-Joseph : les premières mises en service en 2035 », sur linfo.re
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Réunion Express – Débat public », sur debatpublic.fr
- « Dossier du maître d'ouvrage – Réunion Express », sur debatpublic.fr