La révolte de Gênes ou révolte des capette[1],[2] est l'insurrection de cette cité, alors possession du roi de France Louis XII, du 18 juillet 1506 au 29 avril 1507. Tout d'abord dirigé contre l'aristocratie locale, le mouvement finit par s'en prendre aux intérêts du roi, qui se vit obliger d'intervenir. Vaincus, les rebelles firent leur soumission.

Révolte de Gênes
Description de cette image, également commentée ci-après
Louis XII sort d'Alexandrie pour aller assiéger Gênes.
Informations générales
Date 1506-1507
Lieu Gênes
Issue Victoire royale
Belligérants
Royaume de France Gênes révoltée
Commandants
Louis XII
Charles d'Amboise
Paul de Novi
Pertes
25-26 avril 1507:
1400 morts

Contexte

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En 1499, au cours de la deuxième guerre d'Italie, le roi de France Louis XII fait l'acquisition de Gênes et de son territoire. Selon le traité rédigé à l'occasion, la cité se voit accorder une large autonomie s'apparentant à une quasi-indépendance. Le roi ne peut par exemple pas imposer de nouvel impôt à la Commune et même lui interdire de commercer librement avec l'Espagne en cas de guerre avec la France[1]. Ces privilèges sont réaffirmés par Louis lors d'une visite en 1502, mais dans les faits,son emprise sur la ville ne cessera de se renforcer.

Rapidement, le roi et son gouverneur sur place, Philippe de Ravenstein, s'immiscent dans les affaires politico-judiciaire de la Commune. Plusieurs procès furent ainsi repris et cassés par le roi, ce qui est contraire au traité de 1499. En 1505, les Génois sont interdits par l'autorité royale d'aider Pise, leur allié, contre Florence[3]. La cité commençait même à perdre le contrôle de son arrière-pays. Monaco fait ainsi cession d'avec Gênes avec la bénédiction du roi dès 1500[1]. Le manquement du roi à ses promesses concernant la souveraineté de Gênes joua sans doute un rôle dans la tournure anti-française du soulèvement, mais celui-ci fut au départ provoqué par les tensions entre le peuple et l'aristocratie.

Depuis 1499, la noblesse locale doit allégeance au roi, lequel s'attache sa fidélité en lui distribuant des charges et des terres. En conséquence, l'aristocratie génoise se détache de la Commune et de son peuple, envers qui elle adopte une attitude hautaine, voir brutale. Les incidents violents entre le peuple et les nobles se multiplient. Parmi les seconds, certains se divertissent même en insultant voir en agressant les premiers[4],[3]. Cet éclatement du corps sociale est ce qui va finalement mettre le feu aux poudres plutôt que les ingérences royales.

Déroulement

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Début du soulèvement

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Le 18 juillet 1506, selon le récit qu'en fait Jean d'Authon, la révolte est déclenchée spontanément par une énième altercation entre un seigneur et un bourgeois de Gênes. Le premier ayant frappé le second d'un coup de poing, ce dernier se mit à appeler le peuple aux armes[4]. De là, une violente émeute qui gagne la ville en une heure et prend les aristocrates pour cible. Certains sont assassinés, tandis que les autres inquiets pour leur vie, quittent la cité jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un. Même Jean-Louis de Flisco, très appréciés de Génois malgré ses origines nobles, voit son palais assiégé par les émeutiers et doit prendre la fuite comme les autres[4].Les nobles s'étant tous sauvés, leurs demeures sont mise à sac. Tant qu'il s'agit d'une affaire entre Génois, le roi et le gouverneur Ravenstein tentent d'apporter leur médiation, mais la situation ne va faire que pourrir graduellement. Les rebelles font irruption dans l'arrière pays et se rendent maîtres de plusieurs places appartenant aux nobles, sans réaction française. Grisés par les premiers succès, encouragés à aller plus loin par la mollesse des Français qui ne font rien de signifiant pour contenir le mouvement, les Génois franchissent un nouveau seuil en fin d'année et fomentent une action en vue de s'emparer de Monaco, qu'ils comptent bien faire revenir dans leur giron.

Le siège de Monaco

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Monaco est alors le siège de la puissance des Grimaldi, qui possèdent en outre plusieurs places sur le littoral provencal. Pour cette expédition, les Génois font appel à leur alliés de Pise, lesquels leur envoient volontiers un contingent[5]. L'entreprise est placée sous la direction de l'ingénieur pisan Tarlatino[6]. Après s'être emparés facilement de Menton et Roquebrune, laquelle fut brûlée[5], les assiégeants plantent leurs tentes devant Monaco le 7 décembre 1506. La ville est défendue par le seigneur des lieux, Lucien Grimaldi, secondé par ses frères Barthélemy et Charles. Rapidement, le siège tourne mal; les Génois et alliés ne s’avèrent capables ni de prendre la place d'assaut ni même de lui imposer un véritables blocus, de sorte qu'elle continu d'être ravitaillée[6]. L'impasse durent ainsi pendant plus de trois mois jusqu'à ce que, en mars, un secours français mené par Yves d'Alègre, gouverneur de Savone, soit signalé faisant route vers Monaco pour faire lever le siège. Ce qu'apprenant, les Génois tentent un dernier assaut pour emporter la ville le 19 mars. Les attaquant parviennent un moment à franchir le rempart, mais une barricade de fortune élevée par les défenseurs les repoussent finalement après cinq heures de combat[6]. Sèchement battus, les assiégeants lèvent le camp immédiatement. Lucien Grimaldi et Alègre ayant fait leur jonction, les quelques place prises par les Génois précédemment sont ensuite facilement reconquises

Guerre ouverte avec le roi

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Si le soulèvement était au départ la conséquence de tensions sociales entre indigènes, avec l’expédition de Monaco, les Génois tendent vers la sécession d'avec la France. Pour autant, les Français n'ont jusqu'ici jamais été attaqués; ils entretiennent même encore une garnison et un gouverneur dans la ville alors que le siège de Monaco bat son plein. Néanmoins, les tensions commencent à se faire jour. Le 8 février, l'officier Galéas de Salluzart arrête des citadins qui n'étaient pourtant pas menaçants[7]. Le 5 mars, des violences éclatent après que les Français eurent commencé d'assembler des provisions dans le château de Gênes, comme pour se préparer à une confrontation ouverte[2]. Inquiet de l'orage qui se forme, le gouverneur par intérim Philippe de Roqubertin préfère partir discrètement pour Milan. Enfin, le 11 du même mois, des navires français tirent sur le port[2]. Le lendemain, le castellaccio, forteresse posée sur les hauteurs de Gênes et qui abritent alors vingt soldats français et des femmes, est attaqué par les habitants, qui font tirer au canon dessus. La faible garnison, en échange de la vie, capitule bien vite. Mais en sortant de la place, les soldats sont attaqués et lynchés par la foule, excepté un qui parvient à rejoindre les siens au castelletto, en contrebas du castellaccio[8]. Les rebelles tentent ensuite d'attaquer le castelletto et les collège Saint Francis attenant, mais les Français, commandés par Galéas de Salluzart, résistent avec succès.

Descente de Louis XII en Italie et soumission de la ville

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En réaction au siège de Monaco, le roi décide d'une expédition armée pour ramener l'ordre. Parti de Bourges le 29 janvier avec la maison du roi, il traverse les Alpes et atteint Alexandrie le 23 avril. A Buzalla, à peu de distance au nord de Gênes, les garnison françaises d'outre-monts se sont rassemblées et, précédant le roi, marchent sur la ville rebelle. Les forces royales comptent alors plus de dix mille hommes, dont de nombreux Suisses et des hommes de guerres confirmés comme Odet de Foix, Yves d'Alègre, Jacques de Chabannes ou Bayard. Entre temps, les Génois ont atteint le point de non retour en attaquant la garnison française et en procédant à l'élection le 10 avril du dénommé Paul de Novi, teinturier de son état, comme doge[2].

Le 25 avril, l'avant-garde française, commandée par Charles d'Amboise, paraît devant Gênes et en commence aussitôt le siège; il ne durera guère. Un assaut est lancé le jours même contre les hauteurs qui dominent la place. Après un vif combat où se distingue la fleure de la noblesse, les Génois sont lourdement battus, laissent plusieurs centaines d'hommes dans l'affaire, mais tiennent encore la position haute du castelaccio à la fin de la journée[9]. Les assiégés ne se reconnaissent pas encore vaincus et compte contre-attaquer le lendemain. Le jours suivant, dans l'après-midi et alors que le roi vient de rejoindre le siège avec le reste de l'armée, la garnison opère une attaque massive pour récupérer les positions perdues la veille. A nouveau, les rebelles sont culbutés par un retour offensif des Français qui les ramènent en arrière l'épée dans les reins. Deux cent Génois gisent morts sur la montagne[10]. Cette échec achève de vaincre l’esprit de résistance des assiégés. Paul de Novi et les plus compromis dans le soulèvement fuient la ville, laquelle offre sa reddition le lendemain 27 avril. Le roi accepta la capitulation et fit son entrée en vainqueur dans la ville en grande pompe. Dans les faubourgs l'attendent trente bourgeois tout en noir qui le prient d'être miséricordieux avec les habitants[3]. Ce cours siège aurait coûté 1400 morts aux Génois et de très nombreux blessés[2].

Le roi veut se montrer clément envers la ville rebelle et en interdit notamment le pillage par la troupe[2]. En revanche, les principaux responsables de l'aventure insurrectionnelle sont châtiés, à commence par Paul de Novi, le doge éphémère. Intercepté dans sa fuite, livré à Louis, il est exécuté le 5 juin suivant et son corps partagé en plusieurs morceaux pour être exposé en différents endroits de la ville[2]. Pour Gênes, la défaite signifie également la perte définitive de ses privilèges; les institutions locales ne sont désormais plus l'égale du roi. Cette perte de souveraineté est officiellement actée en 1511 par un décret royale proclamant que la ville a les mêmes devoirs et privilèges que n'importe quelle autre du royaume[1].

Sources et références

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  1. 1 2 3 4 « La domination française à Gênes (1499-1512) »
  2. 1 2 3 4 5 6 7 Antoine- Marie Graziani, Histoire de Gênes, , Ch. 15
  3. 1 2 3 « Louis XII à Gênes : le roi et la ville »
  4. 1 2 3 Jean d'Authon, Chroniques de Louis XII, vol. 4 (lire en ligne), ch. VII
  5. 1 2 Authon, ch. VIII
  6. 1 2 3 Gustave Saige, Monaco, (lire en ligne), p. 119
  7. Authon, ch. XII
  8. Authon, ch. XIII
  9. Authon, ch XXII
  10. Authon, ch XXIII