Römer (verre)
Un römer - en français roemer[1] - est un verre traditionnel de l'aire vinicole du Rhin, le plus souvent utilisé pour le vin blanc. Il prend sa source dans la fabrication du verre à l'aide du carbonate de potassium du Moyen Âge central jusqu'à l'époque moderne, à l'époque, les produits verriers sont généralement verdâtres du fait de la présence d'oxydes ferreux (waldglas).

Au XIXe siècle, à l'ère de l'historicisme, le récipient à boire du style « vieil-allemand », désormais produit industriellement, revient à la mode. Jusqu'à aujourd'hui, les roemers sont très répandus, notamment dans la restauration.
Origine
modifierRömer en allemand est souvent réputé avoir pour étymologie «verre romain», selon le Dictionnaire étymologique de Kluge (1883): «Römer, verre à vin vert bulbeux, uniquement en allemand moderne; à comparer avec le néerlandais roemer, l'anglais rummer (qui est un grand verre à boire[2]), le verre romain (römisches Glas )?»[3]. L'art de la verrerie d'Edouard Gerspach donne la définition suivante: «Römer: verre de la forme classique des verres à vin du Rhin»[4] avec pour origine «Le verre à boire du XIVe siècle qui devient le romer, le verre à vin du Rhin»[4].
Le roemer, verre renflé en forme de tulipe dont le large pied creux, est souvent représenté dans la peinture de genre aux XVI et XVIIe siècle. Il est abondamment produit par les verreries allemandes[5].

Description
modifierTraditionnellement le roemer est en verre soufflé, mais des roemers en cristal sont produits très tôt à Venise, ils sont mentionnés en 1603 dans les importations de Liège[6]. La conformation primitive est celle d'une coupe en forme tonneau, piriforme ou d'un ballon décoré sur une jambe ramassée et creuse, avec un pastillage appliqué de même couleur. Le pied conique à la base puis cylindrique[7] est évasé avec des motifs de verre[7].

Ces verres sont souvent représentés dans la peinture flamande : David Teniers le Jeune (1610-1690) et son célèbre buveur flamand[8] ou Gerard van Honthorst, natures mortes de Pieter Claesz, Jan van de Velde, John Torrentius [9].

Les formes actuelles tendent à conserver un pied latéralement concave, souvent canelé, sur une base élargie[10].
Couleur
modifierJacob Kramers (1884) les définit comme «un gobelet en verre vert (pour boire le vin du Rhin)»[11], la couleur verte est due à la présence d'oxyde de fer. Les Annales de la Société archéologique de Namur (1893) écrivent «Les gourmets ne boivent pas le vin du Rhin dans des verres jaunes: le Rheumer (ou Romer, qui n'a de romain que le nom) verre préféré pour cet usage, est essentiellement de couleur vert foncé (dit vert de mer[12]), ce n'est que depuis le présent siècle que, sur les tables des banquets et dans les hôtels des villes d'eaux, on sert les vins d'élite dans des verres d'autres nuances: rose aussi bien que jaune».

Les roemers actuels sont partiellement colorés, bicolores (soit le pied, soit la coupe chez les roemers en cristal[13]) et la gamme de couleur variée[14]. Le verre à vin blanc alsacien ou allemand a la plus souvent un pied vert et une coupe incolore.
Pastillage
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L'usage classique est de rapporter des pastilles de verre diversement travaillées sur la partie cylindrique du pied[7]. Les décors représentent des grappes de raisin. Ces protubérances apparaissent au XIVe siècle à Colmar. Les Krautstrunk (panse en tonnelet avec rebord concave) du XVe siècle ont des pastilles en pointe qui seront aplaties et historiées par la suite. Du XVe au XVIIIe siècle les roemers des régions du Rhin ont tous un décor de pastillage[15].
Gravure
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Le gobelet des roemers classiques est habituellement gravé d'initiales, d'armes[16], de sentences, de décors divers. La graveuse Anna Visscher (1583–1651) est connue pour avoir gravé en 1619 le roemer destiné au poète Constantijn Huygens avec un poème le priant d'aller remplir son verre à la source Hippocrène – demeure des Muses – source d'inspiration[17].
Contenance
modifierSa capacité est de 20 ou 25 cl. Il a existe des roemers hollandais du XVIIe siècle de grande taille[18].
Verre à vin du Rhin
modifierLe Petit Larousse des vins (2021) décrit le verre à vin d'Alsace comme un « petit ballon monté sur une longue jambe teintée en vert »[19]. Ce verre porté par une tige haute, fine et verte est une descendance du roemer épais, bas, au pied cannelé trapu[20].
En Allemagne, les roemers de petite taille sont utilisés comme verre à alcool (Schnaps) ou verre à liqueur[21]. Les verres à vin de Moselle (Moselweinglas) existent toujours sous forme de roemers monochromes verts mais plus communément sont transparents sur un pied fin et haut. Le vert des roemers modernes est d'une teinte peu saturée, il laisse une transparence[22].
Anthologie
modifier- Édouard Garnier (1840-1903), Histoire de la verrerie et de l'émaillerie. Tours, Alfred Mame et fils. 1886. Verres de formes particulières[23]
« Les plus anciens sont vraisemblablement ces coupes hémisphériques portées sur un pied creux évasé, d'un usage commun en Allemagne pour boire les vins du Rhin, et que l'on désigne sous le nom de römer. Suivant une tradition pendant longtemps accréditée, ce nom leur vient de ce qu'ils auraient primitivement été fabriqués avec les débris refondus des verres que l'on trouvait en grande quantité dans les sépultures romaines, ou, d'après quelques auteurs, de ce que leur forme avait été copiée sur celle d'anciens verres romains. Quelle que soit l'origine du nom, le verre est bien allemand, et c'est comme tel qu'il a été chanté par un écrivain du commencement du XVIIe siècle, Guillaume Seibt, dans son hymne en l'honneur de Bacchus
Le Römer que je tiens dans mes mains :
L'Allemagne est sa patrie !
Les römer sont généralement en verre jaune foncé ou vert; le pied est souvent orné de filets en relief superposés, qui forment un enroulement plus ou moins développé; quelquefois il existe un nœud ou renflement peu saillant placé immédiatement au-dessous du gobelet, et sur lequel sont appliqués des pastillages en verre de même couleur, gaufrés ou semés de points en relief assez prononcés: ces nodosités avaient pour objet, croyons-nous, non pas d'enjoliver le verre, mais d'affermir la main du buveur et d'empêcher la coupe de glisser entre ses doigts; on en trouve de fréquents exemples sur les anciens verres cylindriques allemands; il en existe même quelques-uns qui sont hérissés de véritables épines de l'aspect le moins engageant.
Ces verres étaient connus et désignés sous ce nom en France et dans les Pays-Bas dès le XVIe siècle. On lit dans un inventaire de 1570 cité par Houdoy: «Un rumer vert encassé en ung pied d'argent doré et couvercle de meisme, armoyé des armes de la dame de Buren». »
Notes et références
modifier- ↑ « Lot de verres à vin du Rhin dit Roemer, MANUFACTURE ANONYME », sur Portail officiel des Musées de Reims (consulté le )
- ↑ Georges (1849-1922) Auteur du texte Richert, Canevas étymologique du vocabulaire allemand, par G. Richert,..., (lire en ligne)
- ↑ (en) Notes and Queries, Oxford University Press, (lire en ligne)
- 1 2 E. (Edouard) Getty Research Institute, L'art de la verrerie, Paris, A. Quantin, (lire en ligne)
- ↑ Edouard Didron et Louis Clémandot, Rapport sur les cristaux, la verrerie et les vitraux, Imprimerie nationale, (lire en ligne)
- ↑ Paul Laurent, Revue historique ardennaise ..., A. Picard et fils., (lire en ligne)
- 1 2 3 « Collection ROEMER | Verreries des Lumières | Createur Artisan Verrier - Paris », sur www.verreriesdeslumieres.com (consulté le )
- ↑ (en) « David Teniers the Younger | The Merry Drinker (Le Buveur Flamand) | MutualArt », sur www.mutualart.com (consulté le )
- ↑ (de) Alamy Limited, « Roemer trinken -Fotos und -Bildmaterial in hoher Auflösung », sur Alamy (consulté le )
- ↑ « Le Verre Roemer - Symbole Viticole de la Vallée du Rhin », sur Au Brin de Paille (consulté le )
- ↑ Jacob Kramers, Nouveau dictionnaire ..., Van Goor Zonen, (lire en ligne)
- ↑ Florent Pholien, La verrerie au pays de Liège: étude rétrospective, Aug. Bénard, (lire en ligne)
- ↑ Gérard Ingold, Saint-Louis : de l'art du verre à l'art du cristal, de 1586 à nos jours: Ou l'histoire d'une très ancienne verrerie, existant déjà en 1586, devenue verrerie royale en 1767, qui mit au point le cristal pour la première fois en France en 1781, aujourd'hui héritière de 4 siècles de tradition verrière., FeniXX, (ISBN 978-2-307-44868-6, lire en ligne)
- ↑ « Verre Roemer, comment le reconnaître: les vraies réponses à toutes vos », sur Artisan du Cristal KLEIN (consulté le )
- ↑ Danièle Foy, « Verres médiévaux (xiiie-xive siècle) à décor de gouttes rapportées », Archéologie médiévale, no 44, , p. 125–154 (ISSN 0153-9337, DOI 10.4000/archeomed.8193, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Joseph (1853-1931) Auteur du texte Destrée, Musées Royaux des Arts Décoratifs et Industriels : Anciennes Industries d'Art : guide du visiteur / Joseph Destrée, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Roemer with a poem to Constantijn Huygens », sur Rijksmuseum.nl (consulté le )
- ↑ (en) « Roemer - Dutch - The Metropolitan Museum of Art », sur www.metmuseum.org (consulté le )
- ↑ Collectif, Le Petit Larousse des Vins: Découvrir . Reconnaître . Déguster, Larousse, (ISBN 978-2-03-600632-4, lire en ligne)
- ↑ Collectif et Jacques Puisais, Vins et vignobles de France, FeniXX, (ISBN 978-2-7062-4190-1, lire en ligne)
- ↑ « ROEMER - verre à liqueur », sur WULFLUND Boutique Païenne, Bijoux et Accessoires de Cinéma (consulté le )
- ↑ (de) « 4 Römer / Weingläser MOSELWEIN. Rheinische Glashütten AG, Köln-Ehrenfeld, um 1885 », sur Uwe Wolf - Alte Gläser (consulté le )
- ↑ Édouard (1840-1903) Auteur du texte Garnier, Histoire de la verrerie et de l'émaillerie / par Édouard Garnier,... ; illustration d'après les dessins de l'auteur ; gravure de Trichon, (lire en ligne)