Saint Etienne (groupe)
Saint Etienne est un groupe anglais formé à Londres et composé de Sarah Cracknell, Bob Stanley et Pete Wiggs, évoluant entre la musique électronique et la pop indépendante. Le nom du groupe fait référence à l'AS Saint-Étienne, un club de football français particulièrement célèbre dans les années 70.
| Pays d'origine |
Londres, Angleterre |
|---|---|
| Genre musical | House music, indie dance, pop indépendante, rock alternatif |
| Années actives | 1990 à aujourd'hui |
| Labels |
Creation Records Sub Pop Sanctuary Records Heavenly Recordings |
| Site officiel | www.saintetienne.com |
| Membres |
Sarah Cracknell Bob Stanley Pete Wiggs |
|---|
Connu pour faire un usage important des samples, et ses nombreux changements de style au cours des années, le groupe a sorti douze albums entre 1990 et 2025, dont le premier, Foxbase Alpha (1990), figure dans l'ouvrage Les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie.
Historique
modifierFoxbase Alpha, les débuts (1990-1991)
modifierPete Wiggs et Bob Stanley, des amis d'enfance ayant grandi à Croydon, une ville de la banlieue sud de Londres, fondent le groupe en 1990, après avoir emménagé dans le quartier de Camden. Fans de musique depuis leur plus jeune âge, ils souhaitent produire de la musique électronique basée sur des samples de vieux morceaux pop britanniques, une technique alors en pleine démocratisation avec la baisse du coût des samplers[1].
Après avoir signé avec le label indépendant Heavenly, ils sortent le single Only Love Can Break Your Heart, une reprise de Neil Young avec la voix de Moira Lambert (en). Le single connait un petit succès inattendu[2], atteignant la 39e place du Official Singles Chart au Royaume-Uni[3] et rentrant par la suite dans le Billboard Hot 100 aux Etats-Unis[4]. Un second single, Let's Kiss and Make Up, est enregistré avec Donna Savage (du groupe Dead Famous People (en)), puis ils font la rencontre de Sarah Cracknell, qui devient la chanteuse attitrée de Saint Etienne avec le single Nothing Can Stop Us.
Leur premier album, Foxbase Alpha, sort en septembre 1991 et rencontre un certain succès critique, étant notamment nommé pour le Mercury Prize en 1992[5],[6]. Intégralement composé à partir de samples musicaux - le single Nothing Can Stop Us reprenant par exemple un titre de Dusty Springfield - il contient également de nombreux extraits de films, un choix artistique que l'on retrouve sur les albums suivants du groupe[7].
Second album, succès divers (1993-1997)
modifierLeur deuxième album, So Tough, sort en 1993 : c'est le plus grand succès du groupe dans les charts (7e place)[3], avec les singles Avenue, You're In a Bad Way et Hobart Paving. Sarah Cracknell est désormais associée à la composition. L'album repose toujours largement sur des samples, le New York Times le qualifiant notamment de « chef d’œuvre typique de la culture du sampling des années 90 »[8]. La ville de Londres en est le principal décor, comme dans la chanson Mario's Cafe, qui fait référence à un pub du quartier de Kentish Town[9]. Publié l'année suivante (1994), l'album Tiger Bay s'écarte quant à lui du style purement électronique de leurs débuts, introduisant des influences folk. Le single Like A Motorway s'inspire par exemple de la ballade folk traditionnelle Silver Dagger, déjà popularisée par Joan Baez[10].
L'EP Reserection, en collaboration avec le chanteur français Étienne Daho, sort en 1995. La même année, leur single He's On the Phone, un morceau eurodance inspiré de Week-end à Rome d’Étienne Daho, atteint la 11e place des charts au Royaume-Uni, leur meilleur résultat pour un single. Deux compilations sortent par la suite : Casino Classics en 1996, entièrement composé de remixes, et Continental en 1997, une compilation de titres inédits originellement réservée au Japon. La même année, Sarah Cracknell publie un premier album solo, Lipslide.
Changement de son, retour à Londres (1998-2005)
modifierLe quatrième album de Saint Etienne, Good Humor, sort en 1998 : enregistré en Suède avec le producteur Tore Johansson, il s'éloigne encore du son électronique de leurs débuts au profit d'une pop plus sophistiquée[11], obtenue pour la première fois avec des musiciens en studio[12]. L'album suivant du groupe, Sound of Water, est lui enregistré à Berlin, et propose un son à nouveau différent, plus proche de l'ambient et de l'electronica, et travaillé en collaboration avec le trio post-rock To Rococo Rot (en) et Sean O'Hagan (The High Llamas). Le single How We Used to Live est leur plus long jamais publié, durant plus de 9 minutes[13].
La même année, leur collaboration avec le DJ allemand Paul van Dyk, Tell Me Why (The Riddle), est un succès au Royaume-Uni : remix trance d'un titre de Paul Van Dyk avec Sarah Cracknell au chant, il atteint la 7e du UK Singles Chart, et la première du classement Dance[3].
Leurs deux albums suivants, évoquant largement la ville de Londres, sont jugées plus proches de leurs premières sorties par la presse musicale. Finisterre (2002), plus électro que les précédents disques du groupe[14], reprend les thèmes et idées de Foxbase Alpha selon The Guardian, « avec 10 ans de maturité et de colère en plus »[15]. Un documentaire éponyme sur la ville de Londres, réalisé par Paul Kelly (en) avec l'album Finisterre en bande-son, sortira également en 2005. Tales From Turnpike House (2005) est un album concept pour sa part, racontant la vie d'habitants d'un même immeuble de Londres, situé dans le quartier de Goswell Road[1]. Il contient en outre des collaborations du collectif Xenomania et du chanteur David Essex.
Années 2010, nouvel album concept (2012-2021)
modifierLe huitième album du groupe, Words and Music by Saint Etienne, est publié en 2012 : centré sur la musique et « ce qu'elle signifie pour chacun de nous au fil des années »[16], il s'ouvre sur Over the Border, une chanson à moitié parlée évoquant tous les groupes chers à Sarah Cracknell pendant sa jeunesse[17]. Bien reçu par la critique[18], il est aussi le meilleur résultat commercial de Saint Etienne depuis Tiger Bay, atteignant la 26e place des charts[3]. L'album Home Counties suit en 2017, avec comme thème central la vie dans la grande banlieue de Londres (les « comtés domestiques »)[19].
Neuvième album du groupe, I've Been Trying to Tell You (2021) est un nouvel album concept, consistant entièrement en des samples de chansons pop des années 1997 à 2001, revisitant avec nostalgie une période vue comme « optimiste »[20],[21]. On y retrouve notamment un sample de Natalie Imbruglia (Beauty on the Fire), utilisé pour le titre Pond House.
Derniers albums, fin annoncée du groupe (2024-2025)
modifierLe onzième album du groupe, The Night (2024) est un disque au style résolument ambient, se voulant selon Bob Stanley « apaisant, réconfortant et plein de sérénité »[22].
En mai 2025, Saint Etienne annonce la sortie de son douzième album pour septembre, International, et explique vouloir mettre fin au groupe après celui-ci[23], disant vouloir « partir alors qu'ils sont encore au top de ce qu'ils peuvent faire ». Disque aux sonorités dance-pop proche de leurs débuts, il comporte notamment un featuring avec le duo électro-pop australien Confidence Man (Brand New Me) et est décrit par The Guardian comme « une grande fête d'adieu remplie de bangers »[21]. L'album atteint la 8e place des charts britanniques[3] et reçoit un bon accueil de la critique musicale, qui salue globalement ce dernier album ainsi que le reste de la discographie du groupe[24].
Saint Etienne annonce également une tournée d'adieu en 2026 au Royaume-Uni, ainsi que quelques dates en Europe[25].
Style et particularités
modifierD'après le site Sputnikmusic, le style musical de Saint Etienne peut être qualifié de « dance, rock et techno, mixant le courant dance-pop et house des années 90 et la pop britannique des années 60 (...) évoluant également plus tard vers un son plus acoustique et des influences trip hop »[26]. Le magazine Classic Pop (en) juge quant à lui que Saint Etienne se démarque par sa façon de « reprendre l'imagerie des Swinging Sixties avec des technologies modernes et des beats électroniques ». Le rôle du sampling dans la musique de Saint Etienne - que ce soit à partir d'anciennes chansons ou d'extraits de films - est également souvent mis en avant, contribuant à créer une effet « collage » ou de « kaléidoscope »[27],[28]. Le terme de « patchwork » a aussi parfois été utilisé pour décrire la palette de genres musicaux présents dans leurs disques[29].
Saint Etienne se démarque par une discographie particulièrement fournie, ayant sorti en plus de ses douze albums studio un grand nombre de compilations, EP et singles inédits, dont certains réservés à son fan club[30]. Ils sont également connus pour sortir chaque année une chanson consacrée à Noël[31], le titre I Was Born On Christmas Day (en duo avec Tim Burgess) ayant même atteint la 37e place des charts en 1993[3].
Ils ont aussi collaboré avec un certain nombre d'autres artistes, parmi lesquels Étienne Daho, Kylie Minogue[32], Aphex Twin, The Chemical Brothers[33] ou Kid Loco[34].
Bande-sons et films
modifierEn 1998, Saint Etienne a publié The Misadventures of Saint Etienne, un album inédit servant de bande-son au film Les Folies de Margaret (1998), avec Parker Posey et Brooke Shields[35]. En 2010, ils ont aussi composé la musique de la série animée américaine Maryoku Yummy (en)[36].
Le groupe a par ailleurs collaboré avec le réalisateur Paul Kelly (en) pour une trilogie de films documentaires sur la ville de Londres et son évolution, réalisés à partir de vidéos personnelles et d'images d'archives : Finisterre (2003), qui utilise la musique de leur album éponyme, What Have You Done Today Mervyn Day? (2005) et This Is Tomorrow (2007)[37]. Le film How We Used To Live, dont le nom est tiré de l'album éponyme, est lui sorti en 2014, également sur Londres[38]. Un moyen métrage intitulé I've Been Trying to Tell You, réalisé par Alasdair McLellan, est enfin sorti en 2021, pour accompagner la sortie de l'album éponyme.
Discographie
modifierAlbums
modifier- Foxbase Alpha (1991)
- So Tough (1993)
- Tiger Bay (1994)
- Good Humor (1998)
- Sound of Water (2000)
- Finisterre (2002)
- Tales from Turnpike House (2005)
- Words and Music by Saint Etienne (2012)
- Home Counties (2017)
- I've Been Trying to Tell You (2021)
- The Night (2024)
- International (2025)
Compilations et EP
modifier- You Need a Mess of Help to Stand Alone (1993)
- Fairytales from Saint Étienne (1995)
- Casino Classics (1996)
- Continental (1997)
- Fairfax High (1998)
- Interlude (2001)
- Reserection (mini-album avec Étienne Daho) (1995)
Références
modifier- 1 2 (en) Tim Peacock, « Saint Etienne », sur U Discover,
- ↑ (en) Ben Osborne, « How Saint Etienne's 'Only Love Can Break Your Heart' united the indie and dance worlds », sur DJ Mag,
- 1 2 3 4 5 6 (en) « SAINT ETIENNE songs and albums | full Official Chart history », sur Official Charts (consulté le )
- ↑ (en) « St. Etienne | Biography, Music & News », sur Billboard (consulté le )
- ↑ (en) Jude Rogers, « ‘The 90s seem like yesterday’: Saint Etienne on 30 years as pop auteurs », sur The Guardian,
- ↑ (rn) Cam Lindsay, « 26 Years Later, the Story Behind Saint Etienne’s Genre-Bending Debut ‘Foxbase Alpha’ », sur VICE,
- ↑ (en) « Saint Etienne samples », sur British 60's cinema (consulté le )
- ↑ (en) Hua Hsu, « Saint Etienne’s Nineties Nostalgia », sur The New York Times,
- ↑ (en) Michael Hann, « This article is more than 21 years old Frying up the charts », sur The Guardian,
- ↑ (en) Neil Cooper, « Back to Tiger Bay: 25 years of Saint Etienne », sur The Herald,
- ↑ (en) Targetski, « Saint Etienne - Good Humor », sur Debaser,
- ↑ (en) Justin Chadwick, « Saint Etienne’s ‘Good Humor’ Turns 25 | Album Anniversary », sur Albumism,
- ↑ (en) Liz Ohanesian, « Why It's Time to Revisit 2000 Saint Etienne Album Sound of Water », sur Audiofemme,
- ↑ (en) David Merryweather, « Saint Etienne - Finisterre », sur Drowned in Sound,
- ↑ (en) Dorian Lynskey, « Saint Etienne: Finisterre », sur The Guardian,
- ↑ (en) Doron, « Listen Up! Music Interview: Saint Etienne », sur Londonist,
- ↑ (en) Arnold Pan, « Saint Etienne: Words and Music », sur Pop Matters,
- ↑ (en) « Words & Music by Saint Etienne », sur Metacritic (consulté le )
- ↑ (en) Joe Heaney, « Saint Etienne – Home Counties », sur CLASH,
- ↑ (en) Robin Murray, « Saint Etienne – I’ve Been Trying To Tell You », sur CLASH,
- 1 2 (en) Fergal Kinney, « 'We want to stop in our prime’: Saint Etienne on their final album, turning down Cher’s Believe, and why pop is a dying art », sur The Guardian, 30/054/2025
- ↑ (en) Justin Chadwick, « Saint Etienne Navigate the Nocturnal on Thoughtfully Crafted 'The Night' | Album Review », sur Albumism, justin chadwick
- ↑ (en) Laura Molloy, « Saint Etienne announce final album ‘International’ with euphoric single ‘Glad’ », sur NME,
- ↑ « International, by Saint Etienne », sur Metacritic (consulté le )
- ↑ (en) Liberty Dunworth, « Saint Etienne add extra dates to 2026 UK farewell tour », sur NME,
- ↑ « Saint Etienne », sur Sputnikmusic (consulté le )
- ↑ (en) Ramzy Alwakeel, « A Thumbs-Up To The People We Liked: How We Used Saint Etienne To Live », sur The Quietus,
- ↑ (en) Martin Gray, « Saint Etienne: Foxbase Alpha 30 years on », sur Louder Than War,
- ↑ Martyn Young, « Saint Etienne - Words And Music By Saint Etienne », sur DIY Magazine,
- ↑ (en) « Saint Etienne - discography », sur Discogs (consulté le )
- ↑ (en) Tim Worthington, « Christmas Time In London Town »,
- ↑ « Kylie Minogue – Confide In Me », sur Discogs
- ↑ (en) Carrie Battan, « Saint Etienne to Reissue Remix Comp Featuring Aphex Twin, Chemical Brothers, Underworld, More », sur Pitchfork,
- ↑ Vincent Caffiaux, « KID LOCO », sur Star Wax,
- ↑ « Les folies de Margaret - Distribution et équipe technique », sur IMDB
- ↑ (en) Sean Michaels, « Saint Etienne to soundtrack children's TV series », sur The Guardian,
- ↑ « A London Trilogy », sur Record Collector,
- ↑ (en) Mike McCahill, « How We Used to Live review – pleasurable collage-history of London », sur The Guardian,
Liens externes
modifier- Site officiel
- Ressources relatives à la musique :