Salman le Perse
Salman le Perse (en arabe : سلمان الفارسي, Salmān al-Fārisi) ou Salmān Fārsi (en persan : سلمان فارسی), ou encore Salman Pak (« Salman le Pur ») fut l'un des premiers musulmans non arabes et l'un des compagnons de Mahomet. Salman serait né soit dans une petite ville de Perse appelée Kazerun dans la province de Fars (d'où son surnom al-Farsi signifiant originaire de Fars) , soit près d'Ispahan (Iran).
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
Salman Al-Farsi Mosque |
| Nom dans la langue maternelle |
سَلْمَان اَلْفَارِسِيّ |
| Activités |
Prédicateur, traducteur, chef militaire, écrivain |
| Conflits |
|---|
Biographie
modifierIl serait né vers 568[1]. Son vrai nom serait Rouzbeh[2] et il aurait été mazdéen de naissance. Des généalogistes perses affirment que son nom était Mabih ibn Budhakhshan ibn Dih Dirih[réf. nécessaire]. Mahomet lui aurait donné plusieurs surnoms : l'Imam, l'étendard des étendards, l'héritier de l'islam, le juge sage, savant reconnu, membre de la maison du Prophète[1]. Lors de ses réunions avec les autres compagnons, il aurait été appelé Abu Abdillah (« le père de Abdullah »)[3].
Place dans l'islam
modifierLa bataille de Médine
modifierSalman est célèbre pour avoir creusé une tranchée en 627, lors d'une bataille décisive restée sous le nom de bataille de la Tranchée. Les Mecquois étaient alors sur le point de s'emparer de Médine. Selon la Tradition, Salman le Perse suggéra au Prophète de creuser une tranchée autour de la ville pour couper l'élan de la cavalerie mecquoise[4].
Lors de la bataille de la Tranchée, des tribus bédouines, juives, quraychites, mecquoises et autres s'allièrent pour assiéger Médine dans le but d'éradiquer la nouvelle religion. Le Prophète accepta.
Les coalisés menés par Abu Sufyan ibn Harb, furent incapables après un mois de siège de prendre Médine. Ce procédé inconnu des Arabes, mais bien connu des Perses, permit aux musulmans de résister à une armée qui les surpassait en nombre, en équipement et en préparation.
Déclaration de Mahomet
modifierMahomet déclara que Salman faisait partie de sa propre famille. Il lui accorda un statut important et fit en sorte que les autres califes le consultent.
Le gendre de Mahomet, Ali, lui donna le surnom de Loqman le Sage.
Avec l'aide de Bilal l'Éthiopien, Ka'ab al-Ahbar (en)[réf. nécessaire], un des juifs qui s'étaient convertis à la nouvelle religion et d'autres, Salman renforce la dimension de l'universalité de l'islam dans un monde médinois presque exclusivement arabe, mais il est une personnalité (semi-)légendaire.
Salman, barbier de son état, est le patron de cette profession. Il est le premier saint patron d'une guilde dans l'islam[5]. Il occupe une place particulière dans l'interprétation ésotérique des premiers temps de l'histoire de l'islam ; il est le symbole des Perses qui ont embrassé cette religion. En tant que tel, il constitue un modèle pour tous les non-Arabes intégrés dans le monde musulman ; ils y ont apporté leurs propres connaissances et compétences ; les musulmans ont pu les réutiliser ensuite pour améliorer leur vie[5].
Vie selon l'hagiographie
modifierDe père zoroastrien, Salman fut en quête de vérité. Il n’approuvait pas la religion de son père et fut puni par ce dernier pour sa curiosité.
Il entra un jour dans une église et interrogea les pratiquants ; les personnes présentes lui répondirent qu'ils faisaient ce que leur religion leur commandait, à savoir adorer Dieu. Salman fut intéressé par le christianisme ; il demanda où se trouvait la source de leur religion. Salman cherchait la science à ses racines, pour éviter les contradictions. La réponse fut que la source de cette religion se trouvait en Syrie. Il demanda comment s'y rendre ; il n'avait qu'à attendre une prochaine caravane de commerce pour y aller.
Son père apprit l'intérêt de Salman pour le christianisme ; il enferma son fils. Salman réussit à s’échapper et à se rendre en Syrie ; il y reçut un enseignement religieux d’un moine. Il s'associa à plusieurs chrétiens anachorètes (ermites)[Qui ?].
Il suivit les enseignements d'un prêtre[Qui ?] en Syrie et désapprouva son comportement : il volait l'argent des aumônes.
Il apprit la venue d'un dernier prophète ; un ultime messager de Dieu serait envoyé à l’humanité pour faire revivre « la religion d’Abraham » ; les signes étaient réunis, d’après les anciennes écritures. Ce prophète viendrait du pays des Arabes, et s’exilerait dans une région boisée de palmiers. Des signes devaient confirmer cette prophétie : le fait « qu’il accepte les aumônes, mais n'en mange pas et qu'il accepte et ne mange que les offrandes », ainsi que porter dans son dos « le sceau de la prophétie ».
Il voyagea vers le Hijaz, fut capturé, vendu en esclavage et emmené à Médine. Il servit plusieurs années en tant que récolteur de dattes pour le compte des exploitants de la ville, quelques années avant la venue du prophète. Dans cette ville, il rencontra Mahomet.
Salman vit en lui les signes de la prophétie ; il se convertit à l’islam. Mahomet l'aida à réunir les conditions pour acheter sa libération pour une somme considérable : « Salman fut racheté au prix de trois cent soixante arbrisseaux de palmier et quarante oughiyés d'or ». L'oughiyé est une ancienne mesure équivalant à 7 mésghals, soit 35 grammes) soit 1,2 kilogramme d'or. Il planta, avec les autres membres de cette nouvelle communauté, de ses propres mains, les palmiers en question et offrit une pièce d'or. Cet épisode est raconté tel quel dans la Sirat Rasul Allah d'Ibn Ishaq.
Salman accompagna toutes les campagnes des compagnons de Mahomet, notamment celle de Perse. Salman al Farisi fut de fait désigné gouverneur de cette région. Il était le commandant d'une troupe de plus de 30 000 musulmans. Il gouverna avec justice et équité.
Il vendait des paniers d'osiers au prix de trois dirhamss ; un dirham était le prix d'un panier ; un dirham revenait à sa famille et le dernier était distribué aux pauvres. Il donnait tout son salaire de gouverneur aux pauvres. Il vivait de son propre travail manuel. Il ne possédait pas de maison mais vivait sous les arbres se couvrant avec la moitié d'un drap. Il avait l'habitude de dire qu'il était surpris de voir les gens dépenser toute leur vie pour ce bas monde, sans une pensée pour la mort qui les prendrait de ce monde un jour.
Un jour, un Damascène qui venait d'arriver en ville l'aperçut ; il ignorait qu'il était le gouverneur de la région, ce qu'il était devenu après le siège de Médine. Le Damascène lui dit à peu près ceci : « Dis-moi, contre de l'argent, peux-tu me porter mes effets personnels jusqu'à untel ? ». Salman saisit les biens du Damascène et les porta. Tout le long du chemin, les musulmans qui les croisaient disaient : « Que la paix et le salut soient sur le gouverneur ! » ; le Damascène comprit que l'homme était Salman Al-Farisi.
Boukhari rapporte deux Traditions qui montrent la considération de Mohammed à l'égard de Salman :
« Lorsque nous étions assis avec le Prophète, la sourate "Le Vendredi" (Surat-al-Juma) lui fut révélée. Quand le Prophète récita le verset « et Il (Dieu) l'a envoyé (Mahomet) aussi aux autres (que les Arabes)... »(Coran 62:3) Je dis, « Qui sont-ils, Ô Messager de Dieu ? » Le Prophète ne répondit pas jusqu'à ce que je répète trois fois. À ce moment Salman était avec nous » Le Messager de Dieu mit sa main sur Salman, disant : « Si la foi était aux pléiades, même alors certains hommes de ce peuple (celui de Salman) l'auraient atteint. » »
Il mourut durant le règne du calife `Uthman ben Affan et fut enterré à Ctésiphon à côté d'Al-Mada'in (en) en Irak. La ville de Salman Pak (en) située à quelques kilomètres de Bagdad porte son nom.
Notes
modifier- 1 2 Amélie Neuve-Eglise, « Salmân le Perse, du mazdéisme à la vocation d'Initiateur mystique de l'islam », sur La Revue de Téhéran, (consulté le )
- ↑ (en) G. Levi della Vida, « Salman al-Farisi », dans Encyclopedia of Islam, Brill (lire en ligne), p. 701
- ↑ Les mots "islam", "musulman" et "salman" ont la même racine.
- ↑ Annemarie Schimmel, And Muhammad is His Messenger. The veneration of the Prophet in islamic piety, Chapel Hill and London, The University of North Carolina Press, 1985 [1981] (ISBN 978-0-807-81639-4) p. 14 et 22
- 1 2 Annemarie Schimmel, And Muhammad is His Messenger. The veneration of the Prophet in islamic piety, Chapel Hill and London, The University of North Carolina Press, 1985 [1981] (ISBN 978-0-807-81639-4)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Messaoud Abou Oussama, Les Compagnons du prophète, Tome 1 Les premiers hommes de l'Islam, éditions Tawhid
- (en) Dwight M. Donaldson, « Salman the Persian », The Muslim World, vol. 19, no 4, , p. 338-352 (lire en ligne)
- (de) Josef Horovitz, « Salmân al-Fârisi », Der Islam, vol. 12, , p. 178-183 (DOI https://doi.org/10.1515/islm.1922.12.3-4.178)
- Clément Huart, « Selmân de Fârs », dans Mélanges Hartwig Derenbourg, Paris, Leroux, , 297-310 p.
- Louis Massignon (repris dans Opera Minora, rééd. dans Parole donnée, Paris, Seuil, 1983), « Salmān Pak et les prémices spirituelles de l’Islam iranien », Bulletin de la société des études iraniennes, vol. 7, , p. 443-483
- Louis Massignon, « Les origines de la méditation shiite sur Salmân et Fâtima », dans Mélanges d'orientalisme offerts à Henri Massé à l'occasion de son 75e anniversaire, Téhéran, Imprimerie de l'Université, coll. « Publications de l'Université de Téhéran » (no 843),
- Amélie Neuve-Eglise, « Salmân le Perse, du mazdéisme à la vocation d’Initiateur mystique de l’islam », sur teheran.ir, La Revue de Téhéran, n° 36, novembre 2008
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
