Samuel Bochart
Samuel Bochart, né à Rouen le et mort à Caen le , est un érudit français, ministre de la religion réformée.
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Pasteur, orientaliste, géographe, étudiant, théologien, philosophe, curé |
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XVIIe siècle |
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Sa vie
modifierSamuel Bochart est le fils de René Bochart (1560-1614), ministre protestant à Rouen (noblesse de robe originaire de Bourgogne, « seigneurs de Champigny »), et d'Esther Du Moulin, sœur du théologien Pierre Du Moulin. Il est envoyé très jeune à Paris, où il étudie le latin et le grec sous Thomas Dempster, puis va faire sa philosophie à l'Académie de Sedan, où il soutient en 1615 une courte thèse sur la nature de la réalité physique devant un jury présidé par Johannes Smetius. En 1618, il gagne Saumur où il étudie la théologie sous John Cameron et l'hébreu sous Louis Cappel. En 1620, il accompagne Cameron en Angleterre et fait un séjour à Oxford. Le , il s'inscrit à l'université de Leyde, et pendant deux ans, il y étudie l'arabe, le syriaque et le chaldéen sous la direction de Thomas van Erpe. Dans la suite de sa vie, il s'intéresse aussi à plusieurs autres langues, dont le guèze, le copte et le persan pour les langues orientales, ou le gaulois en Occident. Son don pour les langues peut s'illustrer par le fait qu'en 1613, à quatorze ans, il compose en grec ancien un poème de 44 vers à la louange de Thomas Dempster, que celui-ci juge digne de figurer en tête de son ouvrage Antiquitatum Romanarum corpus. Il compose pendant toute sa vie, avec une grande facilité, de la poésie en latin et en grec.
En 1623, il retourne faire un séjour à Oxford, et en 1624, il est appelé à Caen pour y devenir pasteur. Il y exerce cette fonction jusqu'à sa mort, pendant quarante-trois ans. Du au , il a au château de Caen une conférence avec le jésuite François Véron, en présence du duc de Longueville, gouverneur de Normandie ; les deux controversistes publient chacun leur compte-rendu de la conférence, Bochart à Saumur en 1630, avec une préface historique et des dissertations théologiques.
En 1630, ayant poursuivi son étude de l'arabe, il compose pour cette langue un dictionnaire de plus de trente mille mots (dont il parle dans son compte-rendu de la conférence de 1628). Il ne fait jamais imprimer cet ouvrage, qui n'est pas conservé, et qu'il doit considérer comme inutile après la publication à Leyde du dictionnaire de Jacob Golius en 1653.
En 1636, Antoine Gosselin (d), principal du collège du Bois, publie un livre intitulé Histoire des anciens Gaulois. Bochart en fait un examen critique et y relève de nombreuses erreurs, révélant l'érudition qu'il a acquise dans le domaine des antiquités gauloises, discipline alors nouvelle ; mais par égard pour Gosselin et ses proches, il ne montre alors sa réfutation qu'à quelques amis, et elle n'est publiée que dans l'édition qu’Étienne Morin (d) fait de ses œuvres à Utrecht en 1692.
C'est en 1646 qu'est imprimée à Caen sa Geographia Sacra, ouvrage qui lui attire l'admiration de toute l'Europe savante. Il est constitué de deux parties intitulées Phaleg et Canaan ; le Phaleg traite de l'origine et de la descendance des peuples mentionnés dans la Genèse, le Canaan est consacré aux Phéniciens, à leur langue et aux nombreuses colonies qu'ils ont fondées. Dans ce vaste ouvrage, se déploie une érudition remarquable, empruntée à des textes de treize ou quatorze langues différentes. S'agissant de la langue phénicienne, il essaie entre autres d'interpréter les passages très corrompus en cette langue qui se trouvent dans le Poenulus de Plaute. La passion qu'il développe pour les Phéniciens et leur langue le conduit d'ailleurs à proposer de nombreuses étymologies jugées ensuite fantaisistes. Pierre-Daniel Huet raconte que c'est en lisant la Geographia Sacra qu'il décide d'abandonner l'étude du droit et de se lancer dans celle du grec et des langues orientales, et qu'il va rendre visite de nuit à l'auteur (à cause de sa famille catholique), ce qui fait le début d'une longue et étroite relation entre les deux hommes, gâchée à la fin par une dispute.
Parmi ses disciples, il faut aussi signaler Wentworth Dillon, 4e comte de Roscommon (1633-1685), neveu du comte de Strafford qui est ministre du roi Charles Ier. À la chute de l'oncle (1641), le neveu, âgé alors de huit ans, est envoyé à Caen. Ce comte de Roscommon se fait ensuite un nom comme poète en Angleterre (tenant du classicisme, admiré par Alexander Pope).
En 1650, la reine Christine de Suède écrit de sa main à Bochart pour l'engager à venir à Stockholm. Il s'y refuse tout d'abord, puis céde à une seconde lettre. En 1652, il part accompagné du jeune Pierre-Daniel Huet, âgé de vingt-deux ans. Il passent par la Hollande, l'Allemagne septentrionale et le Danemark. Ils restent une année entière à Stockholm où ils sont logés dans le palais royal. Ils peuvent étudier tout à loisir dans la grande bibliothèque que la reine a fait assembler par Isaac Vossius (avec notamment treize manuscrits arabes). Bochart prépare son Hiérozoïcon (traité sur les animaux cités dans la Bible), et il a le plaisir de se voir offrir par la reine un manuscrit du fameux livre d'al-Qazwini (Les Merveilles des choses créées et les curiosités des choses existantes). Claude Saumaise se trouve aussi alors à Stockholm.
À son retour à Caen, il trouve qu'on y a fondé en son absence une Académie des sciences, arts et belles-lettres et qu'il a été inscrit sur la première liste des membres. Il participe ensuite aux réunions de cette académie, qui a à l'époque une grande notoriété, Caen passant pour le second foyer intellectuel de la France après Paris. En 1659, il représente la Normandie au synode national protestant de Loudun, le dernier qui se tient au XVIIe siècle. Entre 1661 et 1664, il est seul pasteur à Caen (alors qu'auparavant ils étaient quatre, le protestantisme étant très implanté à l'époque dans cette ville). En 1664, il est rejoint par Étienne Morin, savant orientaliste comme lui.
Ce surcroît d'activités pastorales a ralenti ses travaux (et dans les derniers temps des attaques d'apoplexie). Il y a aussi le harcèlement judiciaire contre les protestants qui commence vers 1665, dans le but notamment de faire démolir les temples. Il fait quand même paraître son Hiérozoïcon à Londres en 1663. Il s'agit d'un ouvrage consacré à l'identification de tous les animaux qui sont mentionnés dans la Bible, mais qui embrasse aussi une foule de sujets accessoires. Environ mille auteurs y sont cités. Bochart a notamment exploité l’Histoire des animaux d'al-Damiri, dont il s'est procuré deux manuscrits. Il projette aussi des ouvrages équivalents sur les plantes et sur les pierres précieuses mentionnées dans la Bible, et un autre sur la situation du paradis terrestre, mais la mort l'empêche de les mener à bien, et on n'en a conservé que des fragments préparatoires[1].
Dans les dernières années de sa vie, il rédige des sermons sur chacun des chapitres de la Genèse, et à sa mort il en est au chapitre 49. Ces textes sont publiés de 1705 à 1714, en trois volumes in-12, par le libraire Henri Desbordes (en), installé à Amsterdam. C'est, avec les actes de la conférence de 1628, la seule œuvre imprimée de Bochart qui soit rédigée en français. On a publié aussi de lui des lettres (ou des échanges épistolaires) portant sur des points de doctrine religieuse, notamment dans le cadre des controverses avec les jésuites.
C'est en débattant avec Pierre-Daniel Huet, qui l'a accusé de traduction défectueuse d’un manuscrit d’Origène sur la transsubstantiation, que Samuel Bochart succombe à une apoplexie le , en pleine séance de l’Académie de Caen. Ses contemporains semblent, à cette triste occasion, prendre le parti du défunt contre l’esprit d’intransigeance et de chicane de Huet réputé être « de ces gens contre lesquels il n’est pas possible d’avoir raison ».
Il épouse en 1631 ou 1632 une certaine Susanne de Boutesluys, dont il a une fille unique, Esther, qui épouse elle-même en 1649 Pierre Le Sueur, seigneur de Colleville, conseiller au Parlement de Normandie ; ce dernier couple a un fils, Samuel Le Sueur, seigneur de Cormelles et de Colleville, également conseiller au Parlement de Normandie. Samuel Bochart est inhumé à Cormelles-le-Royal, dans la propriété de son gendre et de sa fille, en un lieu qui est longtemps appelé le « cimetière des protestants ».
Sa maison à Caen, au 17, rue Neuve-Saint-Jean, une maison du XVIe siècle qu'il a achetée en 1640, est longtemps un lieu de visite. Elle est largement détruite par les bombardements de l'été 1944, et après la guerre, on a déblayé les ruines. Sa bibliothèque est donnée à l'université de Caen, en 1732, par son arrière-petit-fils, Guillaume Le Sueur de Colleville. 140 volumes se trouvent encore à la Bibliothèque municipale de Caen, souvent chargés d'annotations marginales de Bochart.
« Son siècle, et même les siècles passés, ont eu peu de personnes dont le savoir pût être comparé au sien »
— Pierre-Daniel Huet.
Citations récentes à son sujet
modifier- « Si ses écrits peuvent sembler plus vieillis que le Discours de la Méthode, on doit lui reconnaître le mérite d’avoir fait sortir le monde phénicien du milieu des mythologistes amateurs de fables pour l’avoir projeté, avec éclat, sur la scène de l’Histoire. »
- Michel Gras, Pierre Rouillard et Javier Teixidor, L’Univers phénicien, 1989 (1re éd.)
- « Aujourd’hui encore, les meilleurs historiens s’accordent à saluer Samuel Bochart comme le premier au monde à avoir fait un exposé cohérent et organisé sur la langue et les colonies phéniciennes »
- Jean-Pierre Thiollet, Je m’appelle Byblos, 2005.
Notes et références
modifier- ↑ Le Suédois Olof Celsius compose un Hiérobotanicon sur les plantes de la Bible, en utilisant les travaux de Samuel Bochart.
Publications
modifier- Actes de la conférence tenue à Caen entre Samuel Bochart et Jean Baillehache, ministres de la parole de Dieu en l'Église réformée, d'une part, et François Véron, prédicateur des controverses, et Isaac Le Conte, doyen du Saint-Sépulcre à Caen, de l'autre, Saumur, Jean Lesnier et Isaac Desbordes, 1630 ;
- Geographia Sacra, seu Phaleg et Canaan, Caen, Pierre de Cardonel, 1646 ;
- De consiliandis in religionis negotio protestantibus, 1662 ;
- Hierozoicon, sive Bipertitum opus de animalibus Sacræ Scripturæ, Londres, Thomas Roycroft, 1663 ;
- Traduction de l'Énéide de Virgile, par Jean Regnault de Segrais (2 vol., Paris, 1668 et 1681), avec une lettre, ou dissertation, de Samuel Bochart sur la question de savoir si Énée a jamais été en Italie.
- avec Isaac Vossius, Correspondance, 1645-1661, éd. de Pierre-Olivier Léchot, Paris, H. Champion, 2026.
Il y eut deux éditions d’Opera omnia en Hollande après sa mort, l'une et l'autre en trois volumes in-f° : en 1692 et en 1712.
Sources
modifier- Louis-Daniel Paumier, Éloge historique de Samuel Bochart, avec des notes supplémentaires sur sa vie et ses ouvrages, Rouen, Nicétas Périaux, 1840, 48 p. ; portrait.
- Edward-Herbert Smith, Samuel Bochart : recherches sur la vie et les ouvrages de cet auteur illustre, Caen, Chalopin, imprimeur de l'académie ; Rouen, Frère ; Paris, J. A. Mercklein, 1833, 63 p. ; portrait ; in-8°.
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
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