Sara (Le Cap)
Sara ou Zara, née vers 1648 et trouvée morte le à la ville du Cap, est une travailleuse domestique khoïkhoï. Tout de suite après sa mort, trois juges de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales l'inculpent de suicide, et la condamnent post-mortem à être exposée sur les fourches patibulaires.
Biographie
modifierDès son jeune âge, Sara est placée comme servante chez le sekunde (af) weselois Hendrik Lacus[1]. Lors du procès de ce dernier pour vol et détournement de fonds, les indications de Sara sont incorporées aux poursuites du procureur. Toutefois, elle n'est pas autorisée à comparaître officiellement comme témoin, car elle considérée comme une « païenne » par les colons, tout comme Catharina van Bengale (af), femme esclavagisée par Lacus, ne peut comparaître car elle est réduite en esclavage[1]. Suite à la démise de Lacus, Sara rejoint le foyer d'Ansela (en), une femme affranchie originaire du Bengale. Peu de temps après, le , Ansela trouve Sara morte dans sa bergerie, pendue par sa ceinture. Le jour même, le procureur Hendrik Crudop convoque le conseil de la colonie (af) en formation judiciaire au fort de Bonne-Espérance[2]. Un coroner fait disséquer le cadavre de Sara. Dans son récit de voyage, Willem ten Rhijne présente l'anatomie génitale de Sara, divulguée par le chirurgien légiste, comme une curiosité piquante sur celles qu'il appelle les « Hottentotes »[3]. Un point de jurisprudence sur lequel buttent les trois juges assemblés est que Sara n'étant ni esclavagisée, ni néerlandaise, elle n'est normalement pas sujette à la juridiction de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, qui prétend respecter les ordres juridiques autochtones de ses colonies. Afin de justifier la condamnation pour suicide, le conseil fait appel à la doctrine du droit naturel et statue que Sara, ayant travaillé pour des colons toute sa vie et ayant appris le néerlandais et le portugais, devrait être assimilée à une chrétienne batave et soumise au droit romain. La préoccupation majeure des fonctionnaires de la VOC est de dissuader les autres travailleuses khoïkhoï de se donner la mort en suivant l'exemple de Sara. Le médecin raccommode le corps, qui est trainé jusqu'au gibet et pendu. Le , il est retrouvé à terre. Selon l'historienne Kerry Ward, ce déplacement pourrait avoir été un acte de résistance khoïkhoï au châtiment humiliant de Sara. Les colons raccrochent la corde au gibet le [2].
Commémoration
modifierDans la performance Womb of Fire créée en 2017 à Grahamstown par Rehane Abrahams (en), le transcript de l'entrée de journal de la VOC rapportant le procès de Sara est projeté en vidéo sur un écran[1].
Références
modifier- 1 2 3 (en) Sara Matchett, « The application of a translational performance method using archival material, personal narrative, mythology and somatic practices: the making of Womb of Fire », SATJ : South African Theatre Journal, Taylor & Francis, vol. 33, no 1, , p. 34‑51 (DOI 10.1080/10137548.2020.1742780)
- 1 2 (en) Kerry Ward, « Monitoring death at the Cape of Good Hope », South African Historical Journal, UNISA Press, vol. 59, no 1, , p. 153‑170 (DOI 10.10520/EJC93818)
- ↑ Master 2004.
Bibliographie
modifier- (en) Premesh Lalu, « Sara's suicide: history and the representational limit », Kronos: Journal of Cape History, University of the Western Cape, vol. 26, no 1, , p. 89‑101 (présentation en ligne, lire en ligne)
- (en) Mansell G. Upham, « Sara (c.1648–1671): An Inquiry into the (Mis)Application of Traditionally Prescribed Punishment against Persons Committing Suicide during the VOC's Colonial Occupation of the Cape of Good Hope », Capensis, no 4,
- (en) Sharad Master, « Sarah, Sarah: More on Sarah Bartmann and her equally tragic namesake », Quarterly Bulletin of the National Library of South Africa, vol. 58, no 2, , p. 76‑86
Voir aussi
modifierLiens externes
modifierArticles connexes
modifier- Maria Mouton, autre femme exposée au gibet du Cap.
- Krotoa, contemporaine de Sara.