Sara Flores
Sara Flores (Tambo Mayo, Ucayali, Pérou, 1950) est une figure majeure dans la diffusion de l'art kené. Ses œuvres reflètent la cosmovision, les valeurs et la spiritualité de la communauté Shipibo-Conibo au Pérou. En 2026, elle représente le Pérou à la Biennale de Venise, où elle devient la première artiste autochtone à porter la représentation du pays.
Biographie
modifierSara Flores est née dans la communauté de Tambo Mai, de culture Shipibo-Conibo, en Amazonie péruvienne. Son nom original est Soi Biri, qui signifie «bien fait» ou «dessiné avec précision» en Shipibo, un nom qui la prédestinait à être artiste[1].
Dès l'enfance, elle a été initiée à l'art du kené, aux motifs géométriques qui représentent la cosmovision de sa communauté. Ce savoir lui a été transmis par sa mère qui, suivant la tradition matriarcale, lui a appris à créer ces motifs à la main, en utilisant des teintures végétales extraites de plantes locales et en les appliquant sur des toiles de coton sauvage[2],[3]. À travers cet art, Sara a appris à relier les forces spirituelles, naturelles et sociales qui sont fondamentales dans saculture [4],[5]. Vers ses 10 ans, la santé de sa mère s'est détériorée, ce qui a poussé la famille à s'installer à Yarinacocha, pour être près de l'Hôpital. Ce changement est une étape importante dans la vie de Sara, car c'est là qu'elle a commencé à aller à l'école, à apprendre l'espagnol, à s'ouvrir sur le monde extérieur.
En 1976, Sara Flores a joué un rôle important dans la création de la première coopérative de femmes du peuple Shipibo-Konibo, avec le soutien de Carolina, une anglaise qui travaillait à Hospital Amazónico de Yarinacocha [3]. Celle-ci voyant les difficultés économiques que traversait la communauté, donne l'idée de commercialiser l'artisanat Shpibo[3]. Sara Flores a participé à l'achat de pièces artisanales et à la sélection des meilleures pièces, ce qui a permis d'établir un réseau de soutien aux femmes de sa communauté [2],[3]. Sara Flores réside toujours à Yarinacocha, où elle crée ses oeuvres, avec le soutien de ses filles, Deysi et Pilar Ramírez, qui l'assistent dans son travail artistique[3]. Sara Flores a voué tout sa vie à la préservation et à la promotion de l'art et de la culture Shipibo-Conibo, spécialement l'art du kené, et au bien-être de sa communauté[5].
Technique artistique
modifierLa technique qu'emploie Sara Flores est le kené, une technique traditionnelle de la communauté Shipibo-Conibo, qui se caractérise par l'usage de motifs géométriques complexes qui reflètent la cosmovision de son peuple. Pour créer ses oeuvres, Sara Flores suit un processus méticuleux chargé de symbolisme.
Le kené est une technique traditionnelle qui pourrait être inspirée de la cosmovision inca, spécialement dans ses représentations cosmiques et spirituelles[6]. Ses créations symbolisent la connexion avec la nature et les êtres spirituels. En avril 2008, l'Institut National de la Culture du Pérou, conscient de l'importance de protéger les droits des peuples natifs et leur patrimoine culturel intangible, a déclaré le kené Patrimoine culturel de la Nation du Pérou[7]. Cela a réaffirmé l’idée que le patrimoine culturel du Pérou, comprend non seulement des objets et sites du passé, des grandes ou petites œuvres de sociétés disparues, mais aussi des éléments culturels vivants et représentatifs du présent[6].
Cette reconnaissance de la shipibo-konibo a permis de faire connaître leur art à tous les péruviens qui le valorisent, tout comme ils ont appris pour créer le kené des modèles incas[6].
Activisme
modifierL'art de Sara Flores est intrinsèquement lié à son activisme, notamment en ce qui concerne la préservation des traditions culturelles et la défense du rôle des femmes dans sa communauté. À travers son travail artistique, Flores non seulement fait vivre la tradition ancestrale de l'art kené, mais elle la projette aussi dans le monde, en donnant une visibilité à une forme d'art qui risque d'être dépossédée de son contexte culturel dans un monde globalisé. Chaque oeuvre est une manifestation de la cosmovision Shipibo-Conibo, dans laquelle la relation à la nature, la spiritualité et la communauté est fondamentale. Au lieu de s'adapter aux tendances artistiques contemporaines, Flores crée un espace pour que son art s'exprime depuis ses racines, tout en préservant l'identité et les pratiques de son peuple[5].
Par ailleurs, son engagement militant se traduit par son implication en faveur de l’émancipation des femmes au sein de sa culture. Dans la communauté shipibo-conibo, l’art kené a été transmis exclusivement par les femmes, et Flores compte parmi les principales figures qui perpétuent et font évoluer cette tradition. Son travail n’est pas seulement une forme d’expression artistique : il constitue également un moyen de renforcer la place des femmes dans la société shipibo, en remettant en question les récits dominants issus des sociétés extérieures. À travers sa pratique, Flores met en valeur la vision singulière des femmes de sa communauté, historiquement gardiennes de cet art, et contribue ainsi à remettre en question la marginalisation des voix autochtones dans le monde de l’art.
Son art est aussi profondément lié à la nature, un lien qui va au-delà de la simple représentation visuelle. Flores travaille avec des matériaux naturels obtenus directement dans son environnement, comme des écorces d'arbres et de teintures extraites de plantes locales[8]. Ce soin pour les ressources naturelles et le processus de travail que s'en suit, fondé sur la collecte et l'usage durable des matériaux, peut également être considéré comme une forme d’activisme environnemental. Son art n'est pas seulement une représentation esthétique, mais aussi un acte de connexion profonde avec la terre, un rappel de l'importance de respecter et de protéger l'environnement naturel[5]
Expositions personnelles
modifier- De otros mundos - From other worlds, Pavillon du Pérou, 61e Biennale de Venise, Italie (2026)
- Akinananti, Galerie White Cube, New York, États-Unis (2026).
- Sara Flores at proyectoamil, Ardez, Suisse (2026)
- Bakish Mai, Galerie White Cube Bermondsey, Londres, Royaume-Uni (2025)
- Non Nete. Un sueño para una nación indígena, Museo de Arte de Lima[9] (MALI), Lima, Pérou (2025)
- Sara Flores, Galerie White Cube, Paris, France (2023)
- Soi Biri, Galerie CLEARING, New York, États-Unis (2023)
- KENÉ, Galerie CLEARING, New York, États-Unis (2022)
Notes et références
modifier- ↑ (en) Revue Magazine, « Entrevista a Sara Flores » [PDF], , p. 138-146
- 1 2 (en-GB) « Sara Flores », White Cube (consulté le )
- 1 2 3 4 5 (es) [vidéo] « La artista peruana Sara Flores, arte ancestral contra el cambio climático • RFI Español », sur YouTube, (consulté le )
- ↑ (en) Moskowitz Martha, « Latin American Artists Take Center Stage at the 2023 Armory Show » [PDF], Frederic Magazine,
- 1 2 3 4 (es) « My Amazon: artist Sara Flores », Art Basel (consulté le )
- 1 2 3 (es) Luisa Elvira Belaunde, Kené : arte, ciencia y tradición en diseño, Lima, Instituto Nacional de Cultura, (ISBN 978-9972-613-78-4)
- ↑ Résolution Directorale RD N° 540/INC-2008
- ↑ (es) « THE PROJECTIVE DRAWING », Shipibo Conibo (consulté le )
- ↑ (es) « Museo de arte de Lima »