Sarah Nyendwoha Ntiro

militante et universitaire ougandaise

Sarah Nyendwoha Ntiro, née le à Hoima et décédée le à Kampala, est une pédagogue, militante et universitaire ougandaise. Elle demeure la première femme d'Afrique de l'Est et centrale à avoir obtenu un diplôme universitaire, délivré par l'université d'Oxford en 1954[1],[2].

Sarah Nyendwoha Ntiro
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
(à 92 ans)
Kampala, Ouganda
Nom de naissance
Sarah Nyendwoha
Nationalité
Formation
Activité
Période d'activité
À partir de Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Sam Joseph Ntiro
Enfants
2
Autres informations
A travaillé pour
Kyebambe Girls' Secondary School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Première femme diplômée universitaire d'Afrique de l'Est et centrale

Biographie

modifier

Jeunesse et formation

modifier

Sarah Nyendwoha naît à Hoima en 1926, fille d'Erasto B. Nyendwoha Akiiki, du clan Bakwonga, et de Jane Nsungwa Nyendwoha Adyeri, du clan Babiito. Tous deux exercent la profession d'enseignant[3]. Elle commence sa scolarité à Duhaga Girls' School à Hoima, où elle étudie jusqu'à la quatrième année primaire.

En 1938, elle intègre King's College Budo, établissement où elle poursuit ses études pendant huit années, de la cinquième primaire à la sixième secondaire. À l'issue de ce parcours en 1945, elle réussit les examens d'entrée au Makerere College et y suit une formation d'enseignante durant trois ans, étudiant l'histoire, la géographie, l'anglais et la pédagogie[4].

Un incident marquant survient durant ses études au Makerere College. Alors qu'elle souhaite étudier les mathématiques, domaine alors réservé aux hommes, le professeur refuse catégoriquement d'enseigner à une femme. Lorsqu'elle se présente en classe de mathématiques où elle est la seule femme parmi 32 étudiants, l'enseignant quitte la salle et pose un ultimatum : il n'enseignera pas tant qu'elle « polluera sa classe de sa présence »[3].

Après avoir effectué son stage pratique à King's College Budo et à Kyebambe Girls' School, elle obtient son certificat d'enseignante. En 1951, elle part pour l'Angleterre et s'inscrit au St. Anne's College de l'université d'Oxford. Elle en ressort diplômée en 1954 avec un baccalauréat spécialisé en histoire, devenant ainsi la première femme d'Afrique de l'Est et centrale à obtenir un diplôme de cette prestigieuse institution, à une époque où aucun établissement d'enseignement supérieur ne délivrait de diplômes universitaires en Afrique de l'Est[1],[5].

Carrière dans l'enseignement

modifier

De retour en Ouganda en 1954, elle commence à enseigner à Kyebambe Girls' School à Fort Portal. L'année suivante, en 1955, elle rejoint Gayaza High School. C'est là qu'elle découvre que son salaire sera inférieur à celui de ses collègues masculins, malgré des qualifications identiques. Face à cette discrimination salariale, elle adopte une position radicale : elle propose de travailler gratuitement pendant un an pour rembourser les frais de ses études, annonçant qu'elle démissionnera ensuite pour trouver un emploi qui la rémunérera « non pas comme une femme, mais comme une travailleuse ordinaire ». Cette protestation porte ses fruits. L'épouse du gouverneur britannique Andrew Cohen, Lady Anne Cohen, intervient personnellement, et Sarah Ntiro obtient finalement l'égalité salariale avec ses homologues masculins. Cette action est considérée comme une victoire majeure dans la lutte pour l'égalité des salaires en Ouganda[4].

Par la suite, elle quitte Gayaza pour rejoindre Duhaga Junior Secondary School à Hoima, où elle enseigne pendant deux ans avant de démissionner du service d'enseignement actif en 1958. En , elle retourne à King's College Budo comme enseignante, poste qu'elle occupe jusqu'en 1971[6].

Engagement civique et politique

modifier

L'engagement de Sarah Ntiro dans la société civile débute dès les années 1940. Alors qu'elle étudie à King's College Budo, un de ses professeurs, marié au commandant d'un camp de réfugiés dans la forêt de Budongo, l'invite à enseigner l'anglais aux réfugiés polonais installés en Ouganda après la Seconde Guerre mondiale[4].

À la fin des années 1950, lorsque les autorités britanniques annoncent l'indépendance prochaine de l'Ouganda, elle organise des sessions d'éducation civique au siège du district de Hoima pour sensibiliser la population à la démocratie et aux élections. De 1958 à 1961, elle siège au Conseil législatif de l'Ouganda, où elle dépose notamment un projet de loi privé sur l'enregistrement des mariages en 1961. Elle s'implique également activement dans plusieurs organisations féminines, notamment le Uganda Council of Women et la YWCA[4].

De 1965 à , elle travaille au ministère de l'Éducation comme secrétaire du Teaching Service Committee, qui deviendra plus tard l'Education Service Commission.

Carrière universitaire et administrative

modifier

En 1971, Sarah Ntiro quitte l'enseignement pour rejoindre l'université Makerere en tant que secrétaire assistante au bureau du secrétaire de l'université et greffière du conseil universitaire, fonction qu'elle exerce de 1971 à 1976. Durant cette période, elle siège également au conseil d'administration de l'East African Posts and Telecommunications Corporation, qui introduit les communications par satellite en Afrique de l'Est. Elle préside aussi la Commission des conditions de service de l'Église d'Ouganda[4].

En 1976, elle est transférée à l'administration conjointe de la Faculté des arts et de la Faculté des sciences sociales, où elle travaille jusqu'en .

Exil et travail humanitaire

modifier

En 1978, face à la situation politique en Ouganda, Sarah Ntiro s'exile au Kenya, où elle demeure jusqu'en 1986. Durant cette période, elle poursuit son engagement pour l'éducation et les réfugiés. De 1978 à 1980, elle occupe le poste d'agent de conférence pour la Conférence africaine des réfugiés de la All Africa Conference of Churches. En 1981, elle devient représentante pour l'Afrique de l'Est du World University Service[3].

De 1982 à 1986, elle dirige Afrecon Services, un cabinet de conseil éducatif qui offre aux réfugiés d'Afrique de l'Est l'opportunité de poursuivre leurs études secondaires et supérieures en Afrique de l'Est et à l'étranger.

Retour en Ouganda et fin de carrière

modifier

Sarah Ntiro rentre en Ouganda en 1986 pour occuper le poste de directrice de la coordination de l'aide au Bureau du Premier ministre. En 1991, elle est transférée au Bureau du Vice-président, où elle dirige l'unité de suivi des services sociaux. Elle fait partie de la délégation ougandaise à la Conférence mondiale sur les femmes qui se tient à Pékin en 1995[3].

Elle prend sa retraite du service public à temps plein en 1996, mais continue à servir comme vice-présidente du NPART (Non Performing Assets Recovery Trust) de 1997 à 2000. Elle est membre fondatrice du Development Network of Indigenous Voluntary Associations (DENIVA) et participe à la formation du Tripartite Training Programme, qui regroupe trois ONG locales : DENIVA, URDT (Uganda rural development and training programme) et ACFODE (Action for development)[7].

Vie privée

modifier

En , Sarah Nyendwoha épouse Sam Joseph Ntiro. Le couple a deux fils : Joseph Kakindo Ntiro Amooti, né en 1960, et Simbo Nyakwera Ntiro Atenyi[3].

Héritage et reconnaissance

modifier

L'impact de Sarah Ntiro sur l'éducation des filles en Ouganda et en Afrique de l'Est reste considérable. Son succès à Oxford en 1954 marque un tournant culturel majeur : des pères qui n'éduquaient pas leurs filles commencent à le faire après son exemple[5]. L'université Makerere lui rend hommage en organisant des conférences mémorielles en son honneur, la première ayant eu lieu en dans le cadre des célébrations du centenaire de l'université[8].

La Foundation of Activists for Women's Education in Uganda (FAWEU) lui décerne le prix « Woman of Distinction » pour avoir utilisé ses accomplissements et son statut afin de promouvoir l'éducation des filles. Une école secondaire professionnelle pour filles porte son nom à Hoima : la Sarah Ntiro Girl's Vocational Secondary School. En 2000, le Spellman College d'Atlanta, en Géorgie, lui confère un doctorat honorifique[9].

Sarah Nyendwoha Ntiro décède le à Kampala, alors qu'elle est transportée à l'hôpital Mengo. Elle avait 92 ans[1].

Publications

modifier

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 (en) « First woman university graduate in East and Central Africa dies », sur Monitor, (consulté le )
  2. (en-US) John Musinguzi, « Why Sarah Ntiro remains a woman of her own pedigree », sur The Observer, (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 (en-GB) Geoffery Serugo, « Uganda mourns Dr Sara Ntiro », sur Eagle Online, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 (en-US) Denis Wamala, « Dr Sarah Nyendwoha Ntiro: The story of a Ugandan Rosa Parks », sur Makerere University News, (consulté le )
  5. 1 2 (en) Mildred Europa Taylor, « This Ugandan became the first female graduate in East and Central Africa », sur Face2Face Africa, (consulté le )
  6. (en) « Uganda mourns Dr Sara Ntiro », sur Eagle Online,
  7. (en) Francis Mugerwa, « First woman university graduate in East and Central Africa dies », sur Daily Monitor,
  8. (en) « Makerere Celebrates East Africa's First Female Graduate, Sarah Ntiro », sur ChimpReports,
  9. (en-US) John Musinguzi, « Nnaabagereka shines at Sarah Ntiro lecture », sur The Observer, (consulté le )

Liens externes

modifier