Schizophrénie en France
La schizophrénie en France concerne environ 600 000 personnes en 2025. Sa description et sa compréhension hérite d'un historique clinique spécifique mais qui rejoint de nos jours les usages internationaux. Sa prise en charge est principalement assurée par le système de santé national et un réseau associatif liant les patients et leur entourage.
Historique clinique
modifierLe diagnostic de schizophrénie est aujourd'hui dominé par l'usage des critères internationaux du DSM et de la Classification internationale des maladies de l'OMS[1]. Il existe néanmoins un historique spécifiquement français sur le sujet[2],[1].
Données épidémiologiques
modifierLa schizophrénie en France concerne de 400 000 à 600 000 personnes[3].
Prise en charge
modifierLa prise en charge en France relève du système de santé national renforcé par un appui associatif[4].
Assurance maladie et aides pour handicaps
modifierLa schizophrénie est considérée comme une affection de longue durée (ALD) permettant de bénéficier d'une prise en charge à 100 % par l'Assurance Maladie obligatoire y compris pour les consultations et les soins dans les centres médico-psychologiques[4].
Des troubles impactant la vie quotidienne ou sociale autorise le dépôt d'un dossier auprès des maisons départementale des personnes handicapéess qu'il y ait ou pas un diagnostic médical précis[4].
Tissu associatif
modifierDe nombreux acteurs associatifs apportent des informations, proposent des groupes de parole ou encore des programmes et formations[4].
Programme ProFamille
modifierCe programme de psychoéducation est à destination des familles[5]. Gratuit[6] et basé sur la thérapie cognitivo-comportementale[7], il empêche les rechutes du proche malade, notamment les tentatives de suicide diminuent par deux[8],[9],[10]. Il améliore également la qualité de vie des familles[11].
La schizophrénie au travail
modifierIl est possible pour une personne stabilisée d’exercer une activité professionnelle. Le travail permet d'ailleurs d'améliorer l'estime de soi et de renforcer le sentiment d’inclusion et d’utilité sociale pour le malade[12],[13]. Outre ces bénéfices, le travail contribue à la construction d’une identité personnelle autre que celle de malade, et il assure une autonomie financière.
Il existe 2 types de milieux de travail pour une personne vivant avec une schizophrénie :
Milieu protégé
modifierEn milieu protégé, 2 types d'établissements sont possibles :
- Les entreprises adaptées : elles sont régies par les articles L. 5213-13 et suivants du code du travail.
- Les établissements de service d’aide par le travail (ESAT). Dans ces structures, les relations ne sont pas régies par le code du travail mais elles relèvent de l’article L. 312-1 du Code de l’action sociale et des familles. Il peut y avoir un problème de manque de places dans ces structures[13]
Milieu ordinaire
modifierEn milieu ordinaire, si elle décide d’exercer son droit à la RQTH, la personne pourra éventuellement solliciter des aides financières (AGEFIPH et FIPHFP) pour aménager son poste de travail, telle que la prise en charge du financement d’une réduction du temps de travail.
La personne peut aussi se faire aider par différents dispositifs tels que le job coaching, les Prestations d’Appuis Spécifiques handicap psychique et les club-houses[14].
Le salarié reconnu travailleur handicapé peut voir son insertion professionnelle facilitée grâce à l’Obligation d'emploi des travailleurs handicapés (OETH).
Exemples d'aménagements de poste
modifierIl existe un grand nombre d’aménagements à mettre en œuvre pour faciliter le maintien dans l’emploi des salariés, adaptés aux spécificités de la maladie :
- Les salariés vivant avec une schizophrénie peuvent ressentir une fatigue liée à la médication. Cela peut engager la mise en place d’un horaire de travail flexible, de courtes pauses supplémentaires ou encore de favoriser le travail à temps partiel.
- Les salariés vivant avec une schizophrénie rencontrent des problèmes relatifs aux relations sociales. Il est possible, à titre d’exemple, de mettre en place un système de parrainage par un autre salarié.
- Les salariés vivant avec une schizophrénie sont aussi sujets à des troubles de l’attention et de la mémoire et cela engage des aménagements à réaliser dans le cadre de l’organisation et de la planification du travail (fixation d’objectifs avec des échéanciers et supervision plus fréquente).
- Les salariés vivant avec une schizophrénie peuvent ressentir plus de difficultés à gérer le stress inhérent à leur poste de travail, ce qui peut rendre pertinent une introduction progressive du salarié sur le poste.
Rôle du médecin du travail
modifierSelon l’article L. 4624-3 du Code du travail, « le médecin du travail peut proposer, par écrit et après échange avec le salarié et l'employeur, des mesures individuelles d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail ou des mesures d'aménagement du temps de travail justifiées par des considérations relatives notamment à l'âge ou à l'état de santé physique et mental du travailleur ».
Le médecin du travail peut également demander un aménagement du poste de travail en accord avec le salarié, comme appuyer une demande de télétravail. Attention, seules les préconisations formulées par le médecin du travail s’imposent à l’employeur. Si ce dernier ne les respecte pas, il pourra voir sa responsabilité engagée sur la base de l’obligation de sécurité qui lui incombe (article L.4121-1 et L.4121-2 du code du travail).
Le médecin du travail peut également appuyer une demande d’invalidité première catégorie auprès du médecin conseil afin de permettre le travail à temps partiel d’un salarié schizophrène en difficulté.
Obligation de reclassement sur un poste adapté
modifierSelon l’article L. 1226-2 du Code du travail, « lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail (…) à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel ».
Lorsque le licenciement est envisagé pour raison d’inaptitude, l’employeur se doit de mettre en œuvre son obligation de reclassement. À ce titre, il doit proposer plusieurs solutions au salarié concerné. Voir la section "Reclassement du salarié inapte" de la page Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
Société et culture
modifierÉducation et sensibilisation
modifierRecherche
modifierLa recherche est active en France sur le sujet mais selon le Collectif Schizophrénies, elle serait insuffisante, trop dispersée et trop peu appliquée[17].
Schizophrénie de masse
modifierSelon le psychologue Roland Jaccard, la société techo-bureaucratique et capitaliste est vectrice de schizophrénie et provoque chez les «non-fous» des traits schizoïdes. Ainsi, la difficulté à soigner la schizophrénie ne tiendrait pas à son origine mais en ce que ses principaux symptômes sont encouragés par notre civilisation moderne, à ses rapports impersonnels et morcelés, à ses objectifs inhumains ou à son fétichisme de l'apparente jeunesse. L’ethno psychiatre Georges Devereux le soutient dans son analyse[18] : « Notre société devra cesser de favoriser par tous les moyens le développement de la schizophrénie de masse, ou elle cessera d’être. S’il est encore temps de recouvrer notre santé mentale, l’échéance est proche. Il nous faudra regagner notre humanité dans le cadre même de la réalité, ou périr. »
Représentations médiatiques et culturelles
modifierÀ l'intersection entre philosophie et clinique, Gilles Deleuze et Félix Guattari ont développé une pensée en lien avec l'expérience schizophrénique considérant l'état de « maladie » comme un aboutissement négatif non nécessaire d'un processus plus général liant le délire au désir lui-même[19]. Dans L'anti Oedipe, les deux philosophes décrivent le capitalisme comme fondamentalement schizophrène et la schizophrénie comme ultime forme révolutionnaire anti-capitaliste[20].
Dans les arts, Antonin Artaud est un artiste dont la schizophrénie a suscité beaucoup d'intérêt[21].
Notes et références
modifier- 1 2 Sonia Dollfus, chap. 2 « Les différents systèmes de classifications diagnostiques : historique et classifications actuelles », dans Sonia Dollfus (dir.), Les schizophrénies, Lavoisier, (DOI 10.3917/lav.dollf.2019.01.0012, lire en ligne), p. 12-19
- ↑ Jean Garrabé, chap. 1 « Apport des auteurs français dans la nosographie des psychoses », dans Sonia Dollfus (dir.), Les schizophrénies, Lavoisier, (DOI 10.3917/lav.dollf.2019.01.0001, lire en ligne), p. 1-11
- ↑ « La schizophrénie, qu'est ce que c'est ? », sur collectif-schizophrenies.com (consulté le )
- 1 2 3 4 « Journées de la schizophrénie : s’informer et connaître les aides », sur monparcourshandicap.gouv.fr, (consulté le )
- ↑ Olivier Cattiaux, « À Reims, le réseau ProFamille soutient les parents d’enfants schizophrènes », France bleu, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Santé. Un programme pour aider les proches de schizophrènes », Ouest-France, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Emmanuelle Rey, « Un programme pour aider les familles dans l’accompagnement des personnes schizophrènes », La Dépêche, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Profamille : l’aide reste méconnue », DNA, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « En Maine-et-Loire, un programme pour aider les familles d’un proche atteint de schizophrénie », Ouest France, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Un programme pour mieux gérer la schizophrénie », La Dépêche, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « "Une maladie répandue qui atteint 1% de la population": comment le centre hospitalier de Fréjus aide les familles à mieux gérer la schizophrénie », Var-Matin, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Caroline Madeuf, « Schizophrénie au travail : Les conseils de Talenteo », handinova, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 Catherine JAOUEN, « Quelle place au travail pour le malade psychique ? », Ouest-France, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « L'aide à l'emploi », sur collectif-schizophrenies (consulté le ).
- ↑ « Journées de la Schizophrénie », sur collectif-schizophrenies.com, (consulté le )
- ↑ « Historique », sur schizinfo.com – Toute l'info des journées de la schizophrénie (consulté le )
- ↑ « La recherche : trop peu, trop éclatée, trop peu appliquée », sur collectif-schizophrenies.com (consulté le )
- ↑ Roland Jaccard, « L'exil intérieur », sur Cairn, (consulté le )
- ↑ Mickaël Jansen, « Processus schizophrénique et schizo-analyse », Philosophique [En ligne], no 15, (DOI https://doi.org/10.4000/philosophique.702, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Charles Raymond, « Deleuze : schizophrénie, capitalisme et mondialisation », Cités, vol. 1, no 41, (lire en ligne)
- ↑ Laure Westphal, « L’écrivain schizophrène et la construction du délire », L'Évolution Psychiatrique, vol. 82, no 2, , p. 339-350 (lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Sonia Dollfus (dir.), Les schizophrénies, Cachan, Lavoisier, coll. « Psychiatrie », , 472 p. (DOI 10.3917/lav.dollf.2019.01., lire en ligne) – disponible par la bibliothèque Wikipédia.