Schutzpolizei
La Schutzpolizei (litt. « police de protection », souvent abrégée en Schupo) désigne, au sein des polices des Länder allemands, la composante en uniforme chargée des missions générales de sécurité et d'ordre publics ainsi que de première intervention. Elle exerce également des missions de police judiciaire et de sécurité routière. Son organisation et la répartition de ses attributions varient selon les Länder. Elle se distingue notamment de la Kriminalpolizei, principalement chargée des enquêtes criminelles.


Histoire
modifierAu XIXe siècle, la distinction entre police générale en uniforme et police criminelle se formalise en Prusse[1]. À Berlin, la Königliche Schutzmannschaft, créée en 1848, préfigure la Schutzpolizei. En 1854, elle devient une division autonome de la direction de la police, comme la Kriminalpolizei[2]. Cette différenciation se diffuse progressivement à travers les États allemands[3].
Cette police générale en uniforme se développe principalement dans les villes[4], les campagnes restant surtout du ressort des gendarmeries[5]. Selon les États et les villes, elle relève directement de l'État ou des autorités municipales[6],[7].
Au début de la république de Weimar, pendant la révolution de 1918-1919, des Sicherheitspolizeien (de) militarisées et casernées sont créées pour faire face aux troubles[8]. Dans le cadre du désarmement de l’Allemagne prévu par le traité de Versailles, les Alliés imposent leur dissolution en 1920[9]. Leurs effectifs sont alors en partie intégrés aux polices des Länder. Les Schutzpolizeien associent dès lors le service policier ordinaire (Einzeldienst) à un service de maintien de l'ordre en unités constituées (Bereitschaftsdienst)[10].
À partir de 1933, les Schutzpolizeien sont mises au pas par le régime nazi. En 1934, la loi pour la reconstruction du Reich transfère la souveraineté policière des Länder au Reich. En 1935, les forces de police casernées sont transférées à la Wehrmacht, nouvellement créée. Ce transfert réduit fortement les capacités de maintien de l'ordre de la police ; de nouvelles unités sont donc rapidement créées[11].
En 1936, la nomination de Heinrich Himmler comme chef de la police allemande achève la centralisation. La Schutzpolizei est alors intégrée à l'Ordnungspolizei, qui regroupe les forces de police en uniforme[12],[13].
En 1939, une grande partie des formations constituées et d’instruction de la Schutzpolizei sert à former les premiers Polizeibataillone[14]. Des formations casernées subsistent néanmoins dans les grandes villes allemandes, où elles servent de réserve mobile[15].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Schutzpolizei est également implantée dans certains territoires occupés[16], où elle participe à la répression et à des massacres du régime nazi, notamment aux massacres de Lidice et de Ležáky en 1942[17], ainsi qu'aux exécutions de masse de Šķēde, lors des massacres de Liepāja, en décembre 1941[18].
Après 1945, l'organisation policière centralisée du Reich est dissoute[11].
Dans les zones d'occupation occidentales, la Schutzpolizei est réorganisée dans des structures policières décentralisées, dont certaines municipales[19], et les unités de police casernées sont d'abord interdites[11]. À partir de 1950, des Bereitschaftspolizeien (de) distinctes sont créées au niveau des Länder pour assurer le maintien de l'ordre en unités constituées[19].
Dans la zone d'occupation soviétique, puis en Allemagne de l'Est, la Schutzpolizei subsiste comme branche de la Deutsche Volkspolizei, progressivement centralisée ; la suppression des Länder en 1952 achève cette centralisation[19],[20].
Dans les Länder ouest-allemands, au cours des années 1950 et 1960, après une année en école de police, les aspirants à la Schutzpolizei passent généralement deux à trois ans dans la Bereitschaftspolizei casernée avant de rejoindre l'Einzeldienst. Cette formation reste fortement marquée par les modèles militaires[19].
La mort de Benno Ohnesorg, tué par un policier lors d'une manifestation à Berlin-Ouest le 2 juin 1967, ouvre une phase de rupture et de réforme au sein de la police ouest-allemande[21]. Les confrontations avec le mouvement étudiant provoquent une crise du modèle policier traditionnel et renforcent les courants réformateurs. À partir de la fin des années 1960, la Schutzpolizei est modernisée dans les Länder, selon des modalités variables, vers un modèle civil et davantage professionnalisé[19].
En 1974, les Länder adoptent un uniforme commun vert mousse et beige conçu par le couturier Heinz Oestergaard (de)[22].
En 1975, l'intégration des polices municipales aux polices des Länder, engagée au début des années 1950, s'achève avec celle de Munich, dernière ville à conserver une police de plein exercice[19].
Berlin ouvre la Schutzpolizei aux femmes en 1978 ; les autres Länder suivent, jusqu'à la Bavière en 1990[23].
Lors de la réunification en 1990, les structures de Schutzpolizei issues de la Deutsche Volkspolizei sont reprises et réorganisées au sein des polices des nouveaux Länder[24].
À partir de 2005, les Länder abandonnent progressivement l'uniforme vert-beige commun pour le bleu, afin de se rapprocher de l'apparence des autres polices européennes[25]. Faute d'accord sur un modèle unique, les uniformes des Länder se diversifient à nouveau[26].
Organisation
modifierL'organisation de la Schutzpolizei relève de chaque Land, qui détermine librement l'organigramme et les appellations de ses services[27]. Les polices des Länder distinguent fonctionnellement la Schutzpolizei de la Kriminalpolizei ; environ 80 % de leurs policiers appartiennent à la Schutzpolizei[25]. La Bereitschaftspolizei, distincte, intervient en unités constituées lors des grands engagements[28].
Missions
modifierLa Schutzpolizei assure principalement le service courant de sécurité et d'ordre publics : patrouilles, réception des plaintes, circulation et prévention des dangers. Elle effectue les premières constatations et mène des enquêtes sur certaines infractions et contraventions ; les affaires graves nécessitant des compétences spécialisées relèvent principalement de la Kriminalpolizei[27],[23].
Références
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- ↑ Anja Johansen, « « Être tout pour tous » : Le Bobby anglais au cœur des débats sur les réformes policières en Allemagne, 1848-1914 », dans Circulations policières, Presses universitaires du Septentrion, 119-135 p. (lire en ligne)
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