Rouleaux illustrés de la fondation du Seikō-ji
Les Rouleaux illustrés de la fondation du Seikō-ji (星光寺縁起絵, Seikō-ji engi emaki) est un emaki japonais datant du XVe siècle à l’époque de Muromachi. Il est classé bien culturel important du Japon et est entreposé au musée national de Tokyo. Traditionnellement, la réalisation des peintures est attribuée à Tosa Mitsunobu en 1487 ; toutefois, il est possible que l’œuvre actuelle n’en soit qu’une copie conçue peu de temps après.
Seikō-ji engi emaki
| Artiste |
Attribué à Tosa Mitsunobu et Sanjōnishi Sanetaka |
|---|---|
| Date | |
| Type | |
| Technique |
Encre et couleurs sur rouleau de papier |
| Dimensions (H × L) |
33 × 1063,9 - 971,8 cm |
| Format |
Deux rouleaux de papier. |
| Mouvement | |
| Propriétaire |
Institut national du patrimoine culturel (en) |
| No d’inventaire |
A-10454 |
| Localisation | |
| Protection |
Contexte
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Apparu au Japon grâce aux échanges avec l’Empire chinois, l’art de l’emaki se diffusa largement auprès de l’aristocratie à l’époque de Heian (794–1185). Un emaki se compose d’un ou plusieurs longs rouleaux de papier narrant une histoire au moyen de textes et de peintures de style yamato-e. Le lecteur découvre le récit en déroulant progressivement les rouleaux avec une main tout en le ré-enroulant avec l’autre main, de droite à gauche (selon le sens d’écriture du japonais), de sorte que seule une portion de texte ou d’image d’une soixantaine de centimètres est visible. La narration suppose un enchaînement de scènes dont le rythme, la composition et les transitions relèvent entièrement de la sensibilité et de la technique de l’artiste. Les thèmes des récits étaient très variés : illustrations de romans, de chroniques historiques, de textes religieux, de biographies de personnages célèbres, d’anecdotes humoristiques ou fantastiques[1],[2]…
La production des emaki est très soutenue durant l’époque de Kamakura (1185-1333), notamment en raison de l’émergence de nombreuses écoles bouddhiques qui alimentent le besoin en images religieuses. À partir de l’époque de Muromachi (1333–1573) qui suit, l’art des emaki s’essouffle quelque peu, leur réalisation devenant plus amateur et populaire. Plusieurs rouleaux à sujet religieux commandés par l’aristocratie restent cependant de relativement bonne facture durant cette époque[3],[4].
Description
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L’emaki se compose de deux rouleaux de papier (33 × 1 063,9 cm ; 33 × 971,8 cm) composés d’une succession de textes et de peintures[5]. Datant de 1487 (époque de Muromachi)[4], il est communément attribué à Tosa Mitsunobu pour les peintures et Sanjōnishi Sanetaka pour les textes, bien qu’un doute subsiste sur l’authenticité de l’œuvre actuelle, qui pourrait être une copie des rouleaux de Tosa Mitsunobu réalisée peu de temps après 1487[5],[6]. L'attribution des calligraphies à Sanjōnishi Sanetaka repose sur une annotation de son propre journal, le Sanetaka-kō ki, tandis que celle des peintures à Tosa Mitsunobu provient d'un colophon rédigé par son descendant Tosa Mitsuoki (1617-1691) à la fin de chaque rouleau. Comparé à d'autres œuvres de Mitsunobu comme le Tenji engi et le Sensui engi, le Seikō-ji engi emaki présenterait des figures humaines de profil complet, une gestuelle plus vive et des expressions faciales plus animées, suggérant une œuvre de sa première période[7].
Le rouleau narre la fondation du temple Seikō-ji par Taira no Sukechika vers 1230, ainsi que les miracles qui lui sont associés. La principale déité du temple est Jizō, un bodhisattva dont le culte est très répandu au Japon. Dans l’emaki, Jizō est fréquemment incarné sous la forme d’une statue sacrée[8],[6]. Le premier rouleau retrace les origines du temple, fondé par Taira no Sukechika à l'ouest de Kyōto : un moine de passage lui demande de récupérer une statue de Jizō abandonnée dans un lieu sauvage, puis Sukechika voit en rêve le bodhisattva se laver les pieds et découvre le lendemain matin des empreintes à l'endroit précis de son rêve, ce qui le convainc de rapporter la statue chez lui avant de l'installer dans une chapelle. Le rouleau relate ensuite l'histoire d'une vieille marchande de pinceaux de calligraphie de la même région qui priait chaque jour devant la statue ; après qu'une tempête eut emporté le toit de sa cabane, elle se fâcha contre Jizō pour ne pas l'avoir protégée malgré sa dévotion constante, mais de jeunes moines apparurent mystérieusement le lendemain pour reconstruire le toit avant de disparaître ; Jizō lui apparut alors en rêve pour la réprimander d'avoir douté de sa foi, et l'accompagna au paradis bouddhique à la fin de sa vie. Le second rouleau illustre d'autres miracles accomplis par Jizō en faveur de ses dévots. En hommage à cette histoire, l'œuvre est également connue sous le titre de Yanefuki Jizō Engi (« L'Engi de Jizō le réparateur de toits »), sous lequel elle est mentionnée dans plusieurs journaux intimes de la fin du XVe siècle[9].
Style
modifierLes peintures s’inscrivent dans le mouvement yamato-e tardif de l’école Tosa. Le style de Tosa Mitsunobu, qui a réalisé plusieurs emaki pour le compte de commanditaires prestigieux, est marqué par le réalisme des visages, l’intérêt apporté aux petits métiers, et l’usage intensif de l’or et de l’argent[4].
Il utilise des procédés classiques pour la composition, notamment le fukinuki yatai qui consiste à ne pas représenter le toit des bâtiments afin d’en montrer l’intérieur depuis un point de vue éloigné[10], ainsi que l’usage de brumes pour suggérer la profondeur[11].
Reproduction des deux rouleaux
modifierRéférences
modifier- ↑ (en) Kōzō Sasaki, « (iii) Yamato-e (d) Picture scrolls and books », Oxford Art Online, Oxford University Press (consulté le )
- ↑ Okudaira 1962, p. 1-3.
- ↑ Okudaira 1962, p. 106-107.
- 1 2 3 Shimizu 2001, p. 226-227.
- 1 2 « Rouleau illustré temple Séikôji », Institut national pour l’héritage culturel (consulté le ).
- 1 2 McCormick 2009, p. 291-292.
- ↑ (it) Marco Milone, Per un'introduzione sugli emaki, Milan, Mimesis, (ISBN 9788857565521), p. 135-136
- ↑ Umezu 1980, p. 1-5.
- ↑ (it) Marco Milone, Per un'introduzione sugli emaki, Milan, Mimesis, (ISBN 9788857565521), p. 134-135
- ↑ Okudaira 1962, p. 126.
- ↑ Umezu 1980, p. 15.
Bibliographie
modifier- (ja) Jirō Umezu (dir.), 地蔵菩薩霊験記絵 ; 矢田地蔵緣起絵 ; 星光寺緣起絵, vol. 29, Kadokawa Shoten, coll. « Shinshū Nihon emakimono zenshū », (OCLC 19451053).
- (en) Hideo Okudaira, Emaki : Japanese picture scrolls, C. E. Tuttle Co., .
- (en) Melissa McCormick, Tosa Mitsunobu and the small scroll in medieval Japan, Seattle/London, University of Washington Press, , 292 p. (ISBN 978-0-295-98902-0).
- Christine Shimizu, L’art japonais, Flammarion, coll. « Tout l’art », , 448 p. (ISBN 978-2-08-013701-2).
Lien externe
modifier- Description et reproduction de l’œuvre, Institut national pour l’héritage culturel, emuseum.jp.