Selknam

peuple amérindien originaire de la Grande Île de Terre de Feu

Les Selknam (aussi appelés Selk'nam, Shelknam ou Onas par les Yagans) sont un peuple amérindien originaire de la grande île de la Terre de Feu (selknam : Kárwkènká) longtemps dit disparu après les effets dévastateurs de la colonisation. Invisibilisé pendant des décennies[4], il est officiellement reconnu en tant que peuple vivant en 1995 par le gouvernement argentin (Communauté Indigène Selk'nam Rafaela Ishton, décret du )[5] et en 2023 par le gouvernement chilien (bulletin n°12862)[6]. Certains habitent toujours la grande île de la Terre de Feu. Le nom d’« Onas » s'applique aussi aux mánekenks ou hausch, étroitement apparentés aux Selknam.

Selknam
Description de cette image, également commentée ci-après
Enfants selknam.
Populations importantes par région
Drapeau du Chili Chili 1 392 (2024)[1]
Drapeau de l'Argentine Argentine 1 206 (2022)[2]
Population totale 2 761 (2010)
Autres
Langues Espagnol, selknam[3]
Religions Religion selknam, christianisme (catholicisme, anglican)

Histoire

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Distribution des populations pré-hispaniques au Chili.

Lors de leur arrivée, en 1520, les Espagnols rencontrent les Selknam au nord-est de la grande île de la Terre de Feu. Ce peuple est un rameau des « patagons » ou « Tehuelches » qui avaient pénétré dans l'île depuis le XIVe siècle, forçant ainsi les Yagans (ou yamanas) et les Kawéskar (ou Alakalufs) à se déplacer vers les côtes méridionales et occidentales. Ils étaient chasseurs et cueilleurs et vivaient principalement du guanaco qu'ils chassaient avec de petits arcs et des flèches à pointe en pierre. En plus du guanaco, ils s'alimentaient de divers autres animaux : pinnipèdes, manchots, cétacés, mollusques, crustacés et cormorans. Ils consommaient aussi en abondance un champignon parasite du Nothofagus, le Cyttaria.

À partir de 1880, les estancieros ou propriétaires terriens d'estancia (ferme d'élevage), principalement d'origine britannique, commencèrent la colonisation des terres des Selknam. Celles-ci, qui sont un espace libre pour ces chasseurs nomades, sont en grande partie clôturées par le développement de l'élevage des ovins. Beaucoup de Selknam brisent ces nouvelles clôtures afin de continuer à chasser librement pour se nourrir[7]. Ils tuent des moutons importés, qu'ils appellent les « guanacos blancs ». Bénéficiant de la passivité, si ce n'est de la complicité des gouvernements chilien et argentin, des éleveurs font de la réaction des indigènes un prétexte pour s'organiser en milices ou recruter des tueurs à gage, afin de les chasser et les assassiner. Inférieurs en nombre, disposant seulement d'arcs et de couteaux, ces Amérindiens se défendent malgré tout ; des colons se concertent alors et projettent l'extermination des hommes et la déportation dans des réserves d'une partie des femmes et des enfants selknam.

Il existe des photos, bien ou mal légendées Exposition universelle de Paris, 1898, dans ou hors d'un zoo humain. Certaines photos sont prises dans des villes occidentales[8],[9].

En 1905, il ne reste plus que 500 Selknam sur une population estimée à 4 000 en 1880. Quelques-uns sont pris en charge et survivent auprès de missions salésiennes de Terre de Feu, où ils sont sujets à des épidémies à la suite de maladies contractées auprès des colons. Parmi les Selknam connus, Kiepja (Lola) meurt en 1966, Ángela Loij en 1974[10] et Virginia Choquintel, une selk'nam ayant vécu la majeure partie de sa vie en banlieue de Buenos Aires, en 1999[11]. Un musée de Rio Grande porte son nom : le Museo Virgina Choquintel[réf. souhaitée].

L'extermination des Selknam, longtemps ignorée ou occultée par l'histoire nationale, fut qualifiée de génocide en 2003 par une commission instituée par le gouvernement chilien, la « commission pour la vérité historique et un nouveau traitement des peuples indigènes », et des sénateurs chiliens proposèrent en 2007 de reconnaître officiellement le génocide[12],[13]. Depuis 2021 en Terre de Feu argentine, le est le Jour de commémoration du Génocide Selk'nam[14].

Recensements

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Selknam rassemblés sur l'île Dawson.

Le recensement national de 2010 en Argentine révèle l'existence de 2 761 personnes qui se considèrent comme Selknam dans l'ensemble du pays, 294 d'entre eux vivant dans la province de Terre de Feu, Antarctique et Îles de l'Atlantique Sud. Dans le recensement chilien de 2017, 1 144 personnes s'identifient selknam, vivant dans toutes les régions du Chili[15].

La langue selknam est une langue amérindienne, andine méridionale qui se parle en Patagonie. Elle est aussi classifiée dans le groupe chon de la famille « mosetén-chonán » du tronc des langues « macro-pano ». C'est le rameau le plus austral du tehuelche et on le parlait en Terre de Feu, et en Patagonie argentine et chilienne.

Un dictionnaire selknam-français est établi en 1898 par Emil Racoviță, naturaliste de l'expédition belge en Antarctique Belgica[16].

Religion

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De religion monothéiste, ils croyaient en leur dieu nommé Temaukel, avec une croyance pour une vie après la mort. Ils avaient beaucoup de rituels mystiques, comme le fait de se peindre le corps.[réf. nécessaire]

Des découvertes archéologiques de l'université de Magallanes et menées par Alfredo Prieto décrivent des rituels funéraires complexes et démontrent des interactions riches entre ce peuple et les peuples voisins (Kawesqar et Yagan)[17].

Personnalités liées

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  • Ángela Loij (1900-1974).
  • Enriqueta Gastelumendi (1913-2004), sculptrice sur bois.
  • Mirtha Salamanca, arrière-petite-fille de Kiepja[18], membre du Conseil participatif indigène d'Argentine pour les Selknam (Institut National des Affaires Indigènes, INAI) et ayant représenté son peuple en France en 2019 lors du festival Haizebegi[19],[20].
  • Kiepja, aussi connue sous le nom de Lola (?-1966), femme chamane et informatrice principale de l'ethnologue et anthropologue franco-américaine Anne Chapman. Un corpus de chants interprétés par Kiepja ont été enregistrés par cette dernière, avant d'être publiés par le Smithsonian Institute dans les années 70[21].
  • Virginia Choquintel (1942-1999), considérée comme la dernière selk'nam « pure » par l'Argentine dans les années 80. Née à Rio Grande, elle passa son enfance au sein de la mission salésienne de Rio Grande avant de partir vivre plusieurs décennies à Buenos Aires. Elle revint à la fin de sa vie en Terre de Feu argentine et l'un des principaux musées de Rio Grande porte son nom : Museo Municipal Virgina Choquintel[22].

Notes et références

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  1. (es) Instituto Nacional de Estadísticas de Chile, « Resultados características de la población: censo 2024 » [PDF], sur XX Censo Nacional de Población y IX de Vivienda, (archivé sur archive.org).
  2. (es) « Censo 2022 », sur INDEC (archivé sur archive.org)
  3. (es) « El joven que está reviviendo un idioma agonizante », sur BBC News Mundo, (archivé sur archive.org).
  4. (es) « Selkham, la raparicion de un pueblo... », sur DW (archivé sur archive.org).
  5. (es) Instituto Nacional de Asuntos Indígenas, « Comunidades con personería jurídica registrada y/o relevamiento efectuado al 11/15/2023 » Accès libre, sur public.tableau.com, (consulté le )
  6. Karukinka, « Le Chili intègre le peuple selk'nam à la liste des peuples indigènes reconnus par l'Etat (source: site internet de la chambre des députés chiliens, le 4 septembre 2023) - Karukinka », sur karukinka.eu, (consulté le )
  7. Irène Bellier, Les peuples autochtones face au génocide, à l'ethnocide, à l’écocide. Penser les génocides. Itinéraires de recherches, CNRS Editions, 2021, (ISBN 978-2-271-13845-3), ffhal-04079357f.
  8. (en) « HugeDomains », sur HugeDomains (consulté le ).
  9. « Humains et exhibitions coloniales », sur cairn.info.
  10. Anne Chapman, « Angela Loij », sur www.thereedfoundation.org, (consulté le ).
  11. « Le Peuple oublié d’Argentine », .
  12. (en) Jérémie Gilbert, Nomadic Peoples and Human Rights, coll. « Routledge Research in Human Rights Law », , 272 p. (ISBN 978-1-136-02016-2, lire en ligne), p. 23-24.
  13. (es) « Informe Comisión Verdad Histórica y Nuevo Trato con les pueblos indígenas », 16 octobre 2008, 684 pages, texte intégral.
  14. Karukinka, « Le premier événement officiel commémorant la Journée du génocide de Selk’nam s’est tenu à Río Grande (Gouvernement de Terre de Feu, 25/11/2022) », sur https://karukinka.eu, (consulté le )
  15. Karukinka, « "Selk'nam: réapparition d'un peuple que l'on croyait disparu" par Victoria Dannemann (DW, 28/10/2021) - Karukinka », sur karukinka.eu, (consulté le ).
  16. Alexandre Marinescu, Émile Racovitza et l'expédition Belgica, éd. All, 1998 (ISBN 973-9431-06-2).
  17. Karukinka, « Des objets inconnus apparaissent dans la sépulture d’un enfant Selk’nam en Terre de Feu (Agencia SINC, 23/10/2019) », sur https://karukinka.eu, (consulté le )
  18. Association Karukinka, « Portrait de Mirtha Salamanca, descendante selk’nam de Kiepja (« Femmes de notre histoire », pour le centenaire de la ville de Rio Grande) », sur karukinka.eu, (consulté le )
  19. Karukinka, « Les peuples autochtones fuéguiens seront présents en France, lors d'un nouvel événement international dédié à la culture des peuples autochtones (Gouvernement de Tierra del Fuego, Argentine, 4 octobre 2019, "Pueblos Originarios fueguinos estarán presentes en Francia, en un nuevo evento internacional sobre Cultura de los Pueblos Originarios) » Accès libre, sur https://karukinka.eu,
  20. Association Karukinka, « Festival Haizebegi 2019 » Accès libre, sur https://karukinka.eu
  21. (en) « Selk'nam Chants of Tierra del Fuego, Argentina, Lola Kiepja » Accès libre, sur https://folkways.si.edu/
  22. Karukinka, « Le musée municipal « Virginia Choquintel » est reconnu comme membre du Circuit National des Musées Argentins (24/7/2020) », sur Karukinka, (consulté le )

Annexes

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Bibliographie

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  • Fernand Lahille, Matériaux pour servir à l'histoire des Oonas indigènes de la Terre de feu (1926)
  • (es) Nelly Iris Penazzo de Penazzo et Guillermo Tercero Penazzo, Wot'n : documentos del genocidio Ona, Vol. 1, 2 et 3, Éditions Arlequín de San Telmo, 1995, notice Sudoc.
  • Patricio Manns, Cavalier seul, Phébus, 1996
  • Anne Chapman, Quand le soleil voulait tuer la lune, Rituels et théâtre chez les Selk’nam de Terre de Feu, Métaillé, 2008, (ISBN 9782864246503)
  • « L'histoire oubliée des Selk'nam », in Sciences Humaines, no 195, (dont un article sur la cérémonie du Hain).
  • (es) Los Selknam (Onas) de Tierra del Fuego : muestra homenaje a la antropóloga Dra. Anne Chapman (1922-2010), Museo Mitre, Buenos Aires, 2010?, 32 p.
  • (en) Arnoldo Canclini, The Fuegian Indians : Their life, habits and history, Buenos Aires, Ediciones Monte Olivia, , 158 p. (ISBN 978-950-754-377-7)
  • (es) Romina Casali, Conquistando el fin del mundo : La Misión La Candelaria y la salud de la población Selk'nam (Tierra del Fuego 1895-1931), Prohistoria, Rosario, 2013, 258 p. (ISBN 978-987-185565-0)
  • Martin Gusinde, L'Esprit des hommes de la Terre de feu, catalogue de l'exposition (Arles, 2015), éditions Xavier Barral, 2015.
  • (es) José Luis Alonso Marchante, Selk'nam - genocidio y resistencia, Tafalla, Txalaparta, , 496 p. (ISBN 8419319597 et 978-8419319593)

Filmographie

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  • Le peuple Ona : vie et mort en Terre de Feu, film documentaire de Ana Montes de Gonzales, en collab. avec Anne Chapman, CNRS Audiovisuel, Meudon, 2009 (cop. 1977), 49 min (DVD)
  • Le Bouton de nacre (2015), essai documentaire de Patricio Guzmán
  • Blanc sur blanc (Espagnol : Blanco en blanco), film hispano-chilien réalisé par Theo Court (2019), 100 min

Articles connexes

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Liens externes

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