Shadows of the Moulin Rouge
Shadows of the Moulin Rouge est un film dramatique muet américain réalisé par Alice Guy pour les Solax Studios. Sorti le 26 décembre 1913, il constitue l'une des principales productions en quatre bobines de la société et plonge le spectateur dans les bas-fonds parisiens, entre le Moulin-Rouge, les cabarets d'Apaches, les asiles d'aliénés et les égouts de Paris.
| Réalisation | Alice Guy |
|---|---|
| Scénario | Alice Guy |
| Acteurs principaux |
Joseph Levering Claire Whitney Fraunie Fraunholz (en) |
| Sociétés de production | Solax Studios |
| Pays de production |
|
| Genre | Drame |
| Durée | 4 bobines |
| Sortie | 1913 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
À sa sortie, le film reçoit un accueil très favorable de la presse professionnelle. Le critique W. Stephen Bush, du Moving Picture World, le considère comme « le meilleur long métrage jamais produit par Solax » et salue les progrès accomplis par Alice Guy dans la mise en scène des films de plusieurs bobines[1].
Le film est aujourd'hui considéré comme perdu[2].
Synopsis
modifierLe docteur Chevrele, médecin sans scrupules, nourrit une passion obsessionnelle pour Madame Dupont, l'épouse de son bienfaiteur Henri Dupont. Après avoir été repoussé, il met au point une vengeance particulièrement machiavélique.
Profitant de la ressemblance entre Madame Dupont et une prostituée récemment décédée, il substitue le cadavre de cette dernière à celui de la jeune femme, qu'il enlève et séquestre dans les bas-fonds de Paris. À son réveil, après avoir été plongée dans un sommeil artificiel, Madame Dupont est amenée à croire qu'elle est une habituée du Moulin-Rouge.
À son retour d'un voyage organisé par le docteur, Henri Dupont découvre le corps sans vie de celle qu'il croit être son épouse. Seuls quelques détails observés sur la main de la défunte éveillent ses soupçons. Chevrele parvient alors à faire interner son ami dans un asile psychiatrique en le faisant passer pour fou.
Pendant que Madame Dupont tente de survivre parmi les criminels des quartiers mal famés, son mari s'évade de l'asile et entreprend de la retrouver. Son enquête le conduit dans les cabarets fréquentés par les Apaches parisiens, au Café de l'Assassin, dans les égouts de Paris et jusqu'au Moulin-Rouge, où l'affrontement final se déroule au milieu d'une foule déchaînée[3].
Fiche technique
modifier- Titre : Shadows of the Moulin Rouge
- Réalisation : Alice Guy
- Scénario : Alice Guy
- Société de production : Solax Studios
- Distribution : Box Office Attractions Company
- Pays de production :
États-Unis - Format : noir et blanc — film muet — 35 mm — 1,33:1
- Genre : drame
- Longueur : 4 bobines
- Date de sortie :
États-Unis : 26 décembre 1913
Distribution
modifier- Joseph Levering : Mr Dupont
- Claire Whitney : Mrs Dupont
- Fraunie Fraunholz (en) : Dr Chevrele
- John Scott
- George Paxton
- Mrs. Baker
Production
modifierRéalisé à la fin de l'année 1913, Shadows of the Moulin Rouge fait partie de la politique de Solax visant à produire des films de quatre bobines capables de rivaliser avec les grands longs métrages alors diffusés aux États-Unis.
Le scénario, écrit par Alice Guy, s'inspire ouvertement du roman-feuilleton français et du mélodrame criminel. Toute l'intrigue repose sur la substitution d'un cadavre à une femme vivante, procédé qui permet à la réalisatrice de multiplier les rebondissements tout en explorant les contrastes entre les milieux bourgeois et les bas-fonds de Paris.
Bien que tourné aux États-Unis, le film reconstitue plusieurs lieux emblématiques de la capitale française, notamment le Moulin-Rouge, le Café de l'Assassin, les repaires des Apaches et les égouts de Paris, qui servent de décor aux principales scènes d'action[3].
Analyse
modifierShadows of the Moulin Rouge illustre l'évolution d'Alice Guy vers des productions de plus grande ampleur au cours des dernières années des Solax Studios. En quatre bobines, la réalisatrice développe un récit complexe fondé sur les thèmes du double, de l'usurpation d'identité, de l'enfermement arbitraire et de la corruption morale.
Le critique W. Stephen Bush souligne la parenté du scénario avec l'univers d'Honoré de Balzac. Selon lui, l'intrigue, profondément française dans son inspiration, reprend les procédés narratifs des grands romans-feuilletons du XIXe siècle, tout en les adaptant aux exigences du cinéma. Il estime que la réussite d'Alice Guy tient à sa capacité à condenser une matière romanesque abondante en un récit cinématographique fluide et dépourvu de longueurs[4].
L'originalité du film réside également dans sa représentation d'un Paris populaire et criminel. Bien que tourné aux États-Unis, il fait revivre plusieurs lieux emblématiques de la capitale française, comme le Moulin-Rouge, les cabarets fréquentés par les Apaches, le Café de l'Assassin et les égouts de Paris. Ces décors ne constituent pas un simple arrière-plan mais participent pleinement au développement dramatique de l'intrigue[5].
Le scénario repose sur une succession de renversements de situation. La substitution d'un cadavre à une femme vivante, l'internement abusif du héros dans un asile psychiatrique et la perte d'identité de Madame Dupont entretiennent un suspense permanent jusqu'au dénouement. Cette construction dramatique annonce plusieurs thèmes qui deviendront récurrents dans le cinéma policier et le thriller psychologique.
Accueil critique
modifierÀ sa sortie, Shadows of the Moulin Rouge reçoit un accueil très favorable dans la presse professionnelle américaine.
Dans son compte rendu publié le 24 janvier 1914, W. Stephen Bush considère qu'il s'agit du meilleur long métrage produit jusqu'alors par Solax. Il salue les progrès accomplis par Alice Guy dans la mise en scène des films de plusieurs bobines et estime qu'elle maîtrise désormais parfaitement les exigences du long métrage[4].
Le critique souligne la remarquable construction dramatique du récit. Malgré la complexité de l'intrigue, le spectateur ne perd jamais le fil de l'action. Bush insiste sur l'absence de toute confusion narrative et sur la capacité de la réalisatrice à maintenir la tension dramatique pendant toute la durée du film[4].
Il loue également la qualité des décors, l'organisation des scènes de foule et la reconstitution des différents milieux parisiens, estimant que les figurants et les personnages secondaires contribuent fortement au réalisme de l'ensemble. Selon lui, même les séquences consacrées aux bas-fonds de Paris évitent tout sensationnalisme excessif ou toute complaisance, malgré leur intensité dramatique[4].
Bush met enfin en avant la qualité de l'interprétation, qu'il juge supérieure à la moyenne, ainsi que la photographie et le travail de la caméra. Il conclut qu'aucune scène ne paraît superflue et qu'il serait impossible de retrancher une cinquantaine de pieds de pellicule sans nuire au rythme ou à la progression dramatique du film[4].
Conservation
modifierAucune copie connue de Shadows of the Moulin Rouge n'est conservée.
Le film est considéré comme perdu par l’American Silent Feature Film Survival Catalog de la Bibliothèque du Congrès, qui ne recense aucun élément connu dans les collections publiques ou privées[2].
Le site spécialisé Silent Era le classe également parmi les films présumés perdus du cinéma muet américain[6].
Postérité
modifierPar son ambition narrative et sa qualité technique, Shadows of the Moulin Rouge est aujourd'hui considéré comme l'une des productions majeures réalisées par Alice Guy pour Solax à la veille du déclin du studio.
La disparition du film est particulièrement regrettée, les critiques contemporaines laissant entrevoir une œuvre importante dans l'évolution artistique de la réalisatrice. Les historiens du cinéma le citent régulièrement parmi les longs métrages les plus ambitieux de sa période américaine.
Bibliographie
modifier- (en) Alison McMahan, Alice Guy Blaché: Lost Visionary of the Cinema, Continuum, (ISBN 9780826413918)
Références
modifier- ↑ (en) W. Stephen Bush, « The Shadows of the Moulin Rouge », Moving Picture World, (lire en ligne)
- 1 2 (en) « The Library of Congress American Silent Feature Film Survival Catalog – Shadows of the Moulin Rouge » (consulté le )
- 1 2 (en) « Shadows of the Moulin Rouge », Moving Picture World, , p. 60 (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 (en) W. Stephen Bush, « The Shadows of the Moulin Rouge », Moving Picture World, , p. 476 (lire en ligne)
- ↑ (en) « Shadows of the Moulin Rouge », Moving Picture World, , p. 60 (lire en ligne)
- ↑ (en) « Shadows of the Moulin Rouge », sur Silent Era (consulté le )
Liens externes
modifier- * (en) « Shadows of the Moulin Rouge », sur AFI Catalog of Feature Films, American Film Institute (consulté le )
- (en) « Shadows of the Moulin Rouge », sur Silent Era
- (en) « The Library of Congress American Silent Feature Film Survival Catalog – Shadows of the Moulin Rouge »