Sinn Sisamouth
Sinn Sisamouth (en khmer ស៊ិន ស៊ីសាមុត) (autres translittérations : Sinn Sisamout/h, Sisamut/h ou 'Si' suivi d'un espace : Si Samouth ; prononcer : Sinn Sis-sa-moutt) est un chanteur cambodgien à succès des années 1960 et 1970. Généralement considéré comme le « roi de la musique khmère ». Sisamouth, ainsi que Ros Serey Sothea, Pan Ron et quelques autres, font partie de la grande vague de la musique pop de Phnom Penh qui permet la rencontre d'éléments de la musique traditionnelle cambodgienne avec les sons du rhythm and blues et du rock 'n' roll. Finalement, ces chansons cambodgiennes, occidentalisées pour la première fois de l'histoire de la musique de ce pays, touchant parfois au rock psychédélique ou au garage rock, ont un succès immense au Cambodge de la fin des années 1950 à 1975.
| Naissance |
1932, 1933 ou 1935 Stung Treng (Cambodge) |
|---|---|
| Décès | Autour de 1976 |
| Activité principale | Chanteur |
| Genre musical | variété, films, musique traditionnelle |
| Années actives | 1953-1975 |
Les circonstances précises de sa mort sous le régime khmer rouge nous restent inconnues.
Biographie
modifierEnfance et jeunesse
modifierSinn Sisamouth nait en 1932, 1933 ou 1935 dans la province de Stung Treng[1],[2],[3] d'un père nommé Sinn Leang et d'une mère d'origine laotienne et Han nommée Seb Bunlei.
Sisamouth est le benjamin de sa famille, avec un frère et deux sœurs plus âgées. Son père est militaire durant la période coloniale et a aussi servi comme gardien de prison dans la province de Battambang. Malade, il revient mourir à Stung Treng alors que Sisamouth n'est qu'un enfant. Sa mère se remarie, donnant naissance à deux autres enfants.
Sisamouth est scolarisé à l'école élémentaire de Stung Treng à l'âge de cinq ans. À six ou sept ans, il commence à montrer de l'intérêt pour la pratique de la musique, suivant un oncle paternel lui-même musicien traditionnel dans différentes cérémonies à la pagode ou pour des mariages, des funérailles... et il participe à des représentations scolaires. Très jeune il joue de la mandoline. Ses autres centres d'intérêt étaient l'étude des écritures bouddhiques, la littérature, le football et les cerfs-volants.
Aux alentours de 1951, il obtient son diplôme d'études secondaires et se rend à Phnom Penh pour faire des études médicales. Il obtient un diplôme d'infirmier, tout en continuant à travailler sa voix et à écrire des chansons. De même qu'à l'école à Stung Treng, il devient rapidement populaire dans son école et est fréquemment amené à jouer durant les fêtes ou célébrations.
Lorsque le Cambodge obtint de la France l'indépendance en 1953, Sisamouth se fait déjà remarquer par sa voix particulièrement agréable et est embauché par la radio nationale. Il poursuit ses études en parallèle, travaillant à l'hôpital Preah Ket Mealea.
Carrière musicale sous le règne de Sihanouk
modifierÀ l'issue de ses études médicales, Sisamouth épouse en 1955 sa cousine Khao Thong Nhot[4]. Ils ont quatre enfants. C'est peu près son mariage, qu'il commence à devenir une grande vedette de la chanson au Cambodge.
Sa voix claire de crooner, combinée avec ses compositions (paroles et musique) autour des plaisirs et des douleurs de l'amour, font de lui la grande idole masculine de la musique de l'époque. Son répertoire comprend de nombreuses ballades, mais aussi des titres rocks emmenés par des guitares électriques, orgues explosifs et parties de batterie entraînantes. D'autres titres sont plus proches du latin jazz, avec instruments à vent, cuivres et percussions. Il compose énormément et écrit les paroles en khmer lui-même, il adapte des chansons étrangères en khmer, principalement anglophones ou aussi françaises.
Il interprète les bandes originales de nombreux films à succès, tels que On srey On ou Thavory meas bong. Il enregistre également de nombreux duos avec les chanteuses Pan Ron et Ros Sereysothea. La voix aiguë et précise de cette dernière (l'autre grande star de l'époque) se joint avec bonheur au timbre plus profond de Sisamouth.
Étant considéré comme le plus grand artiste populaire du royaume, Norodom Sihanouk l'appelle pour collaborer à ses films et le fait jouer au palais royal ; il lui demande de diriger l'orchestre du palais, un poste qu'il occupe jusqu'en 1970, date du coup d'État républicain contre la monarchie. Il chante non seulement des morceaux contemporains, mais également de la musique traditionnelle.
En 1973, son éditeur musical, François Monier, directeur du label Krouch Polin, publie Une collection de Chansons Sentimentales, qui contient 500 titres de Sinn Sisamouth. On estime qu'il en a écrit plusieurs milliers, son fils Sinn Chanchaya dit même qu'il en composait un par jour à l'apogée de son succès.
En plus de ses propres compositions, Sisamouth importe de nombreuses mélodies occidentales au Cambodge, écrivant de nouvelles paroles en khmer. On peut citer par exemple le grand classique américain The House of the Rising Sun traduit par « Je t'attends toujours » (une démonstration particulièrement réussie de son phrasé suspendu et de sa voix de baryton), Black Magic Woman (de Peter Green) devenu J'aime les petites femmes, et Quando My Love, un classique pour crooner quelle que soit la langue.
Il se sépare de son épouse pendant sept ans, pour vivre avec une princesse danseuse du ballet royal, avec laquelle il a deux enfants, pour finalement revenir vivre avec son épouse[5].
La période républicaine, la guerre et le régime khmer rouge
modifierÀ la suite du coup d'État du qui remplace Sihanouk par le gouvernement de Lon Nol, Sisamouth dirige des orchestres ministériels sous la République khmère (1970 - 1975). Comme de nombreux Phnompenhois en ces temps de guerre civile, entre républicains d'une part et Khmers rouges soutenus par Sihanouk de l'autre, Sisamouth participe à la défense de la capitale. Lors de l'offensive victorieuse des Khmers rouges contre la ville le , il est parvenu au grade de capitaine. De même que des millions d'autres citadins et réfugiés, il est contraint de quitter Phnom Penh.
Les circonstances précises de sa mort, au cours de la période khmère rouge, restent inconnues, les quelques témoignages entendus sont contradictoires. Ce qui est certain est que Sisamouth représente tout ce qu'abhorrent les Khmers rouges : proche des anciens gouvernants, éducation universitaire, artiste, complétement compromis dans la société « capitaliste » ; tout ce que Pol Pot veut éradiquer sans nuances. Il lui est impossible de se fondre dans la masse des évacués de Phnom Penh : immensément populaire, son visage est connu de tous. Il se raconte, mais c'est sans doute une légende, qu'avant son exécution, Sisamouth demande l'autorisation de chanter une chanson pour le cadre local du parti, mais que les soldats intraitables ne sont guère émus et l'assassinent, à la fin du morceau[6].
Héritage
modifierSa présence et son influence sur la musique cambodgienne sont si importantes que sa notoriété reste intacte encore aujourd'hui auprès du public cambodgien.
Trois enfants issus de son premier mariage survivent au régime khmer rouge et l'un d'eux, Sinn Chanchaya, devient chanteur pour la radio cambodgienne, bien qu'il reconnaisse lui-même ne pouvoir être comparé à son père.
Parmi les milliers de morceaux probablement écrits par Sisamouth, un grand nombre a survécu et continue d'être enregistré par de jeunes artistes.
Bien que tous les supports originaux de ses enregistrements studio soient très probablement perdus ou détruits par la guerre, son œuvre continue d'être diffusée à partir des cassettes et vinyles de l'époque qui ont été transférés sur CD. On les entend encore fréquemment sur les ondes cambodgiennes, dans leurs versions originales, ou dans les versions remixées qui sont actuellement très populaires dans le pays et dans la diaspora cambodgienne en Europe et aux États-Unis.
En 1996 sort la compilation Cambodian Rocks de 22 chansons de rock psychédélique et garage rock cambodgien des années 1960 et du début des années 1970 parmi lesquelles plusieurs sont interprétées par Sinn Sisamouth, les autres l'étant par Yol Aularong, Ros Sereysothea, Pan Ron, Liev Tuk…
Discographie partielle
modifierQuelques chansons (parmi les centaines et peut-être milliers) que Sinn Sisamouth compose et interprète lui-même, parfois avec Ros Sereysothea ou Pan Ron :
Remarque 1 : Les Khmers aiment les métaphores ; dans les chansons dont le titre comporte le mot « fleur » ou le nom d'une fleur particulière tels « Bopha, Champa, Kolap, etc. » il est question d'une jeune fille ou jeune femme. Tandis que lorsque le titre évoque la Lune, une étoile, le soleil, cela met en valeur la beauté d'un personnage masculin comparable à une divinité , etc.. Ainsi des noms d'oiseaux représentent en général des personnages.
Remarque 2 : Les titres des chansons sont translittérés du khmer.
A
modifier- Aé Na Tiw Han Suor? (Où est le Paradis ?) parole et musique de Voy Ho
- Annie…
- Proith Phnom Sompov (Pensées sur le mont Sompov) parole et musique de Sinn Sisamouth
B
modifier- Ba Aun Ban Bang Aun (Oh Bébé si tu m'avais…)
- Battambang Bandol Jet
- Bopha Chiang Mai (Fleur (c.à.d. jeune fille) de Chiang Mai)
- Bopha dei krong (Fleur de la ville)
- Bopha Koah Kong (Fleur de l'île de Koah Kong)
- Bopha tae mouy (Une seule fille) parole et musique de Sinn Sisamouth
C
modifier- Champa Banteay Dek (La belle de Bantey Dek) parole de Ma Lavpy
- Champa Battambang (La belle de Battambang) parole et musique de Sinn Sisamouth
- Chang Kaœth Chea Teuk ចង់កើតជាទឹក (Envie se transformer en eau)parole et musique de Voy Ho
- Chang Trim Tae Khuñ (Je veux juste regarder)
- Chit niw tae prathna
- Chit Phit Kbat (Cœur traître et menteur)
- Chloy chaah mork oun (Répond moi oui chérie) parole et musique de Voy Ho
- Chmous Oun Doch Dourng Dara (Ton nom est comme l'essence d'une étoile)
- Chrolong seik meas ជ្រលងសេកមាស (Passage du perroquet d'or)
D
modifier- Davy Meas Bong ដាវីមាសបង (Davy, mon amour)
- Dorng steung Porthisat
- Dorng steung Sangker, parole de Ma Lavpy
- Dourng netra, parole et musique de Poeuve Sipho
K
modifier- Kal oun nieng roam
- Kandal dourng Chet, parole de Ma Lavpy / Musique de Sinn Sisamouth
- Keng Youl Angrung (Dans le hamac)
- Kheung Pruos Sralanh (Je suis en colère par ce que je t'aime…)
- Klen Phahum ក្លិនផាហ៊ុំ (Parfum d'un grand foulard en soie…)
- Kolap Batdambong (Rose de Battambang)
- Kolap Mouy Tong (La seule rose)
- Kolap Pailin (Rose de Pailin)
- Kom sman Bong phlek (Ne crois pas que j'oublie), paroles et musique de Sinn Sisamouth
L
modifier- Lmorm heuy na srey ( ça suffit oh femme…), parole et musique de Poeuve Sipho
M
modifier- Majas Klen Nov Ty Na?ម្ចាស់ក្លិននៅទីណា? (Où es-tu ma belle parfumée ou mon amour ?)
- Maloub dorng steung por bak khaing
- Meas Teuk Prambei (Or impur), parole et musique de Voy Ho
- Meul Teuk Samotr (Regarde l'eau de l'océan)
- Msel Megn (Hier), parole et musique de Voy Ho
N
modifier- Neary chnam 72 (La fille de l'année 1972)
- Neuk aun jearnich (Je rêve de toi, Je pense à toi ou Tu me manques…)
- Nissay Srey Krub Leak (Assistance à la femme parfait)
O
modifier- Oh oh yeh yeh, chanson de Sinn Sisamouth contenant un refrain en anglais. Titre original « Love you more than i can say ».
- On srey On (On, la fille On)
- Aun mok pee na? (Jeune fille, où étiez-vous ?)
P
modifier- Pailin Soben Snae (Pailin, rêve d'amour)
- Pkai Proeuk (Etoile du matin), parole et musique de Sinn Sisamouth
- Phap Samnarng
R
modifier- Ream Kham Sror Mai (Khmom phgneuy sombok), parole et musique de Sinn Sisamouth
- Roomdourl dorng steung Sangker, parole et musique de Kung Bun Cheurn
- Roomdourl Pothisat (Fleur de Pursat)
- Roomdourl Kok Kong
- Roomdourl kherth Sorin, parole et musique de Mey Bun
S
modifier- Samotr ream
- Sangkhim Cheanich (L'espoir toujours)
- Sday Snea Aphorp
- Snae ney yoeung (Notre amour)
- Soriya reap lich, parole et musique de Sinn Sisamouth
- Srolang tè srey maneak ស្រឡាញ់តែស្រីម្នាក់ (Aimer qu'une seule femme)
- Stoeung Sangker Kom Praeh jet tmey (Rivière Sangker, ne change pas d'avis), parole et musique de Sinn Sisamouth
T
modifier- Tep Thida Khnong Soben, parole et musique de Poeuve Sipho
- Teuk Hô Krom Spean ទឹកហូក្រោមស្ពាន (L'eau coule sous le pont)
- Thavory meas Bang (Thavory, mon amour), parole et musique de Sinn Sisamouth
- Touh yarg nar
- Troap Koap Chenda
- Tumnuñ Kita
V
modifier- Vil Veñ Oun (Reviens, chérie)
- Voasa Dal Haouy (L'hiver est déjà là), parole et musique de Voy Ho
Y
modifier- Youp 12 koert (Nuit inoubliable de la 12e lune)
En duo avec Ros Sereysothea
modifier- Chan Chak Mek ចន្ទចាកមេឃ
- Chhom Chet Pesey
- Jang ban pka avey? (Quelle fleur veux-tu ?)
- Kolarb snaeha (Poème d'amour)
- Konoch veyo
- Oh! snaeha euy! (Jomrirng kou sner), parole et musique de Sinn Sisamouth
- Proleung Keriyea ព្រលឹងកិរិយា (Esprit de prestance)
- Sneaha œt ney (L'amour n'a pas de sens)
- Srey Na Hean Veay (Quelle femme ose me frapper ?)
- Thnom Heuy Thnom (Chérir et chérir encore plus…), parole et musique de Sinn Sisamouth
En duo avec Pen Ran ប៉ែន រ៉ន
modifier- Ah run rah
- Meun chess yul cheth មិនចេះយល់ចិត្ត
- Rom Cha Cha Cha!រាំ ឆា! ឆា! ឆា! (Danse Cha Cha Cha!)
Références
modifier- ↑ (en) Elvis of the Kingdom gets new star role, Will jackson, Phnom Penh Post, 9 mai 2014.
- ↑ (en) Mike Ives, « Overlooked No More: Sinn Sisamouth, 'King' of Cambodian Pop Music », The New York Times, 16 septembre 2021.
- ↑ (en) Tim Brinkhof, « Sinn Sisamouth: A Beginner's Guide », , Songlines, 16 juillet 2026.
- ↑ La translittération anglophone de son nom est Keo Thorng Gnut
- ↑ Les voix d’or du Cambodge revivent, Adrien Le Gal, Courrier international, 7 octobre 2010.
- ↑ Tout allait bien pour les surf-rockers Cambodgiens jusqu'à ce que les Khmers Rouges arrivent, Daniel Woolfson, Vice Noisey, 23 septembre 2014.
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la musique :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Petit article avec chansons en écoute
- (en) "GoKhmer: Sinn Sisamouth Biography".
- (en) "Memories from the Khmer Rouge era: The murder of famous singer Sin Sisamouth".