Sinzo Aanza

écrivain, dramaturge et artiste plasticien congolais (RDC)

Sinzo Aanza, né en 1990 à Goma, est un écrivain, dramaturge et artiste visuel congolais. Son travail se déploie entre littérature, théâtre et arts visuels, notamment à travers la photographie, l'installation et la performance[1],[2]. Son travail explore la fiction, la fabrication des récits, leur concurrence et leur impact sur le réel, mais aussi la mémoire et les formes de représentation[3],[4].

Sinzo Aanza
Sinzo Aanza en 2024
Biographie
Naissance
Nationalité
Activités

Le Congo constitue un terrain historique, politique et imaginaire récurrent de son œuvre[1],[5].

Biographie

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Sinzo Aanza grandit entre Goma et Butembo, dans le Nord-Kivu, durant les années de guerre qui marquent la région[6]. Ce contexte de destruction et de déstabilisation des populations et des territoires marque son rapport à la création et occupe par la suite une place importante dans son travail artistique[7].

Il publie en 2015 son premier roman, Généalogie d'une banalité, aux éditions Vents d'ailleurs[8].

Le roman prend pour point de départ l'effondrement d'une mine dans un quartier populaire de Lubumbashi. Il développe une construction polyphonique dans laquelle se confrontent différentes formes de mémoire et différentes représentations de la réalité sociale[9].

La réception critique du roman a notamment porté sur les relations entre mémoire et histoire, sur les imaginaires liés à l'économie minière et sur l'utilisation et le détournement des discours politiques, sociaux et médiatiques[9],[10],[11].

Théâtre

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L'œuvre dramatique de Sinzo Aanza interroge les rapports entre langage, pouvoir, violence et institutions[10],[5].

Que ta volonté soit Kin, mise en scène par Aristide Tarnagda, est créée le 26 octobre 2018 lors de la dixième édition des Récréâtrales à Ouagadougou[12]. Le texte fait également l'objet d'une lecture au Festival d'Avignon en 2018[13]. La production est ensuite présentée notamment à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, à Paris et à la Comédie de Caen[14],[15].

Le Jour du massacre est présenté aux Praticables de Bamako dans une mise en scène d'Aristide Tarnagda, puis à Kinshasa dans le cadre du festival Ça se passe à Kin, dans une mise en scène de Philip Boulay[16],[17].

Histoire générale des murs, mise en scène par Philip Boulay, est présentée à Kinshasa dans le cadre du festival Ça se passe à Kin[18].

Plaidoirie pour vendre le Congo, mise en scène par Aristide Tarnagda, est créée en octobre 2020 à Ouagadougou lors de la onzième édition des Récréâtrales[19]. Elle est ensuite présentée en France, notamment au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine et à la Comédie de Reims[19],[20].

La pièce met en scène les membres du comité de surveillance d'un quartier populaire de Kinshasa chargés de déterminer le montant des indemnisations à verser aux familles de personnes tuées par l'armée. L'évaluation monétaire de la vie humaine constitue ainsi l'un des dispositifs centraux du texte[19],[20].

La Nature de la loi, de Sinzo Aanza, est présentée en 2021 dans le cadre du festival africologne, en coopération avec le Schauspiel Köln[21].

Arts visuels

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À partir des années 2010, Sinzo Aanza développe parallèlement à son activité littéraire une pratique dans le champ des arts visuels, associant photographie, installation, performance, son et texte[1].

En 2017, il est résident au WIELS à Bruxelles, où il développe Projet d'attentat contre l'image ?, un travail consacré aux représentations du Congo et à leur rôle dans la construction des identités, depuis l'imagerie coloniale jusqu'aux représentations contemporaines du pays[22].

The Irregular Line, Biennale des arts graphiques de Ljubljana, 2025.

Son travail est présenté en 2018 aux Rencontres de la photographie d'Arles avec Épreuve d'allégorie[23],[24]. La même année, Pertinences citoyennes est présentée à Paris ; le projet interroge notamment les représentations de l'identité nationale congolaise, le pouvoir et les formes de violence politique[25]. En 2019, il figure dans l'exposition collective Multiple Transmissions: Art in the Afropolitan Age au WIELS[26].

Parmi ses projets ultérieurs figure The Improbable Memorial (Le Mémorial improbable), consacré aux conséquences humaines et mémorielles de l'exploitation minière en République démocratique du Congo. Le projet prend la forme d'une architecture imaginaire et en partie virtuelle, de textiles et d'installations et associe mémoire, fiction et réflexion sur l'extractivisme[1],[27].

The Lord is dead, long life to the Lord est développé dans Le projet met en jeu l'histoire des collections européennes d'objets africains, leur imagerie et les récits qui les accompagnent tels qu’ils ont contribué à façonner des assignations identitaires. Il utilise pour cela le marché de l’art comme lieu de construction de recits à travers les matériaux liés aux recherches du marchant d’art et ethnologue Hans Himmelheber[28].

D'autres projets sont présentés dans différents contextes internationaux, notamment au Kunsthaus Zürich, à la Biennale de Lubumbashi et à la Biennale de Lyon[29],[30],[31]. En 2025, Aanza présente The Irregular Line à la 36e Biennale des arts graphiques de Ljubljana, où l'œuvre reçoit le prix du public[32].

Démarche artistique

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Le recours à la fiction chez Sinzo Aanza ne se limite pas à l'écriture littéraire. Il se prolonge dans ses œuvres plastiques et performatives, où des matériaux documentaires, des objets, des images et des situations construites sont intégrés à des dispositifs narratifs[1],[33].

Plusieurs de ses travaux prennent pour objet les conditions dans lesquelles se construisent et circulent les discours. L'histoire coloniale, l'exploitation des ressources minières, l'espace urbain et les usages politiques de l'image y apparaissent moins comme des thèmes autonomes que comme des éléments à partir desquels sont examinées les formes de production du savoir et de l'imaginaire[1],[34],[35].

Cette démarche se retrouve dans des œuvres consacrées à l'extractivisme, où l'exploitation est envisagée dans ses effets sur les territoires, les structures sociales, les corps et les imaginaires. Les travaux critiques consacrés à Aanza ont ainsi rapproché l'organisation matérielle des espaces des formes narratives et plastiques par lesquelles ceux-ci sont appréhendés[35],[36].

Le passage d'un médium à l'autre participe de ce travail : certains motifs et procédés élaborés dans l'écriture sont repris ou transformés par le théâtre, la performance et l'installation. Cette circulation entre formes littéraires et plastiques a elle-même fait l'objet d'analyses critiques[33].

Réception critique

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L'œuvre de Sinzo Aanza a fait l'objet de travaux dans les études littéraires et, plus largement, dans la critique consacrée à l'art contemporain africain. Une part importante de cette réception s'est d'abord développée autour de Généalogie d'une banalité, dont la construction polyphonique, les temporalités historiques et l'usage des discours politiques, sociaux et médiatiques ont donné lieu à plusieurs analyses[9],[10],[37].

Ces lectures mettent en évidence la manière dont le roman confronte différents régimes de discours et inscrit les réalités contemporaines dans des temporalités plus longues. L'histoire coloniale et ses persistances y sont ainsi abordées à partir de leurs effets sur la ville, les structures sociales, les corps et les formes narratives[9],[34].

Un autre ensemble de travaux s'est concentré sur l'exploitation minière, le sous-sol et les transformations des territoires. Dans ces analyses, l'extractivisme ne constitue pas seulement un contexte économique : il intervient dans l'organisation des espaces, des conditions d'existence et de l'écriture elle-même[35],[36].

La réception de l'œuvre s'étend par ailleurs au passage entre écriture et pratiques visuelles. Les analyses consacrées à cette dimension abordent la circulation de son travail entre écriture, théâtre, performance et installation, tandis que certains projets plastiques ont été examinés à partir de l'extractivisme, de l'héritage colonial et des usages contemporains des archives[33],[1],[38].

Distinctions

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Publications

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  • Généalogie d'une banalité, Vents d'ailleurs, 2015.
  • Que ta volonté soit Kin, Éditions Nzoi / Éditions Passages, 2018.
  • Plaidoirie pour vendre le Congo, Éditions Nzoi, 2023.
  • Histoire générale des murs, Éditions Nzoi, 2026.
  • « Pan Africanism in Katanga », The Chimurenga Chronic, Le Cap, 2015[42].
  • « The Papers », The Chimurenga Chronic, Le Cap, 2016[42].
  • « La rivière sans fin », dans Or, catalogue d'exposition, Mucem / Éditions Hazan, 2018[43].
  • « We saw you on TV », The Chimurenga Chronic, Le Cap, 2019[42],[44].
  • « Jour de malédiction », dans Dominique Malaquais (dir.), Kinshasa Chroniques / Kinshasa Chronicles, Éditions de l'Œil, 2019, [45] (ISBN 978-2-35137-260-9).
  • « Le capital de l'imaginaire. Ce qu'il y a et ce qui n'est pas », Multitudes, no 81, 2020/4, dossier « Kinshasa Star Line »[46].
  • « Sinzo Aanza's Poetic Prose », Versopolis, Festival of Hope, 29 avril 2020[47].
  • Contribution à Timescapes – aller-retour: Erzählungen aus afrikanischen Kontexten, C. W. Leske Verlag, Düsseldorf, 2022 ; l'anthologie trilingue comprend deux nouvelles de Sinzo Aanza[48],[49].
  • Contribution à Recaptioning Congo: African Stories and Colonial Pictures, sous la direction de Sandrine Colard, Lannoo Publishers, 2022[50].
  • Plädoyer für den Verkauf des Kongo, traduction allemande de Plaidoirie pour vendre le Congo par Francesca Spinazzi, dans SPUREN – Zeitgenössische Theatertexte aus afrikanischen Ländern und der afrikanischen Diaspora, Theater der Zeit, Berlin, 2025[51].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 Roxana Azimi, « Sinzo Aanza, « poète de la ville » et plasticien de la mémoire congolaise », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  2. « Sinzo Aanza, inspiration démocratique au Congo », sur Radio France internationale, (consulté le )
  3. (en) « Sinzo Aanza », sur KADIST (consulté le )
  4. Justin Bisanswa, « Généalogie d'une banalité de Sinzo Aanza. Le roman des moins-que-rien et des héros médiocres », Présence Francophone: Revue internationale de langue et de littérature, vol. 94, no 1, (lire en ligne, consulté le )
  5. 1 2 Céline Gahungu, « Débords – Sinzo Aanza », Continents manuscrits, no 10, (DOI 10.4000/coma.1154, lire en ligne, consulté le )
  6. « Sinzo Aanza – Interview », sur L'Ombre du Regard, (consulté le )
  7. Nataša Petrešin-Bachelez, « Le Mémorial improbable », sur Imane Farès (consulté le )
  8. « Généalogie d’une banalité de Sinzo Aanza », sur Vents d'ailleurs, (consulté le )
  9. 1 2 3 4 Elara Bertho, « Cacophonies de la mémoire et éblouissements impériaux (Sinzo Aanza, Généalogie d'une banalité) », Francofonia, no 76, , p. 83-97 (lire en ligne, consulté le )
  10. 1 2 3 Alice Desquilbet, « Polémiques congolaises : les armes discursives de Sony Labou Tansi et Sinzo Aanza », Revue des sciences humaines, no 351, (lire en ligne, consulté le )
  11. Justin Bisanswa, « Généalogie d'une banalité de Sinzo Aanza. Le roman des moins-que-rien et des héros médiocres », Présence Francophone: Revue internationale de langue et de littérature, vol. 94, no 1, (lire en ligne, consulté le )
  12. « Aristide Tarnagda – Que ta volonté soit Kin de Sinzo Aanza », sur Festival d'Automne à Paris (consulté le )
  13. « Que ta volonté soit Kin », sur Festival d'Avignon, (consulté le )
  14. « Autour des écritures internationales », sur Comédie de Caen, (consulté le )
  15. « Que ta volonté soit Kin », sur Odéon-Théâtre de l'Europe (consulté le )
  16. Silvia Riva, « Global Congo. Politiques et esthétiques d’une littérature (et d’une critique) mondiale », Continents manuscrits, no 15, (lire en ligne, consulté le )
  17. « Ça se passe à Kin : le théâtre se donne rendez-vous en RDC », sur ADIAC / Le Courrier de Kinshasa, (consulté le )
  18. « « Ça se passe à Kin », un autre visage de la République démocratique du Congo », sur Africalia (consulté le )
  19. 1 2 3 « Aristide Tarnagda – Plaidoirie pour vendre le Congo », sur Festival d'Automne à Paris, (consulté le )
  20. 1 2 « Plaidoirie pour vendre le Congo », sur Comédie de Reims (consulté le )
  21. (de) « africologne Festival 2021 – Programm », sur africologne, (consulté le )
  22. « Sinzo Aanza », sur WIELS (consulté le )
  23. « Sinzo Aanza », sur Rencontres de la photographie d'Arles, (consulté le )
  24. RFI, « L'artiste congolais Sinzo Aanza, d'Arles à Avignon », sur Radio France internationale, (consulté le )
  25. « Pertinences Citoyennes », sur Centre national des arts plastiques, (consulté le )
  26. « Multiple Transmissions: Art in the Afropolitan Age », sur WIELS, (consulté le )
  27. (en) « The Improbable Memorial », sur Afterall, (consulté le )
  28. « Fiktion Kongo », sur Museum Rietberg (consulté le )
  29. (en) « Time. From Dürer to Bonvicini », sur Kunsthaus Zürich, (consulté le )
  30. « Sinzo Aanza », sur Biennale de Lyon, (consulté le )
  31. « Sinzo Aanza », sur Biennale de Lubumbashi, (consulté le )
  32. (en) « The 36th Ljubljana Biennale of Graphic Arts », sur Ljubljana Biennale of Graphic Arts, (consulté le )
  33. 1 2 3 Céline Gahungu, « Poétiques des bas-fonds : Fiston Mwanza Mujila et Sinzo Aanza », dans Penser le roman francophone contemporain, Presses de l'Université de Montréal, , 58-67 p. (DOI 10.1515/9782760641600-005, lire en ligne)
  34. 1 2 Pierre-Philippe Fraiture, « Tracking the Potholes of Colonial History: Sinzo Aanza's Généalogie d'une banalité and Fiston Mwanza Mujila's Tram 83 », dans Unfinished Histories: Empire and Postcolonial Resonance in Central Africa and Belgium, Leuven University Press, , 359-380 p. (lire en ligne)
  35. 1 2 3 Xavier Garnier, Écopoétiques africaines : Une expérience décoloniale des lieux, Karthala, coll. « Lettres du Sud », (ISBN 978-2-8111-2994-1, lire en ligne)
  36. 1 2 Éloïse Brezault, « Suturing the City: Poetics of Extractivism in the Congolese Novels of Sinzo Aanza and Fiston Mwanza Mujila », Journal of the African Literature Association, vol. 20, no 1, , p. 133-154 (DOI 10.1080/21674736.2025.2531309, lire en ligne, consulté le )
  37. Kasereka Kavwahirehi, « La fonction critique du roman francophone : À propos de Congo Inc. de Jean Bofane, Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila et Généalogie d'une banalité de Sinzo Aanza », Congo-Afrique, no 519, , p. 931-947
  38. (de) « « Fiktion Kongo » im Museum Rietberg: Vibrierende Kunstwelten », sur SWI swissinfo.ch, (consulté le )
  39. (en) « PinchukArtCentre announces artists shortlist for the 7th edition of the Future Generation Art Prize », sur Future Generation Art Prize, (consulté le )
  40. « Sinzo Aanza receives the Audience Award of the 36th Ljubljana Biennale of Graphic Arts », sur MGLC, (consulté le )
  41. « Prix Sony Labou Tansi : lauréate 2026 et sélection pour 2026/2027 », sur ARTCENA, (consulté le )
  42. 1 2 3 « Sinzo Aanza », sur Imane Farès (consulté le )
  43. « La Rivière sans Fin », sur Akademie Schloss Solitude – Schlosspost, (consulté le )
  44. « Chimurenga in Paris », sur Chimurenga, (consulté le )
  45. Dominique Malaquais (dir.), Kinshasa Chroniques / Kinshasa Chronicles, Éditions de l'Œil, (ISBN 978-2-35137-260-9)
  46. Sinzo Aanza, « Le capital de l'imaginaire. Ce qu'il y a et ce qui n'est pas », Multitudes, no 81, (lire en ligne, consulté le )
  47. « Sinzo Aanza's Poetic Prose », sur Versopolis, (consulté le )
  48. « Sinzo Aanza », sur C. W. Leske Verlag (consulté le )
  49. « Booklaunch /Timescapes – aller-retour/ », sur Université Heinrich-Heine de Düsseldorf, (consulté le )
  50. (en) Sandrine Colard (dir.), Recaptioning Congo: African Stories and Colonial Pictures, Lannoo Publishers,
  51. SPUREN – Zeitgenössische Theatertexte aus afrikanischen Ländern und der afrikanischen Diaspora, Berlin, Theater der Zeit, (ISBN 978-3-95749-546-4)

Voir aussi

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