La socio-oncologie désigne un modèle innovant de recherche-action interdisciplinaire dans le domaine de la lutte contre les cancers[1]. L'innovation tient de son applicabilité selon un continuum allant de la prévention à l'après-cancer. Elle constitue non une théorie mais un cadre d'application basé sur des repères académiques suffisamment robustes et structurants pour rendre possible l'émergence de pratiques nouvelles et opérer des changements[2]. Le modèle ainsi pensé permet la mise en commun et la thésaurisation des expériences multiples, originales, mais aussi des difficultés rencontrées par les parties-prenantes engagées dans le lutte contre les cancers dans les sociétés modernes. De ce fait, la socio-oncologie procède d'une démarche analytique partagée entre le secteur de la santé et celui du social. Elle s'appuie également sur une méthodologie de recherche qui combine l'acquisition de connaissances scientifiques théoriques et des actions transformatrices sur le terrain résultant du travail social contextualisé[3].

Objectifs

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La socio-oncologie vise à développer une approche intégrée et multidimensionnelle de la lutte contre le cancer, articulant prévention, prise en charge clinique et interventions sociales. Ses objectifs principaux peuvent être détaillés comme suit :

  1. Réduction de l’incidence et de la mortalité par cancer : La socio-oncologie cherche à intervenir sur les déterminants sociaux, comportementaux et environnementaux qui influencent le risque de survenue des cancers[4]. En intégrant des stratégies de prévention adaptées aux contextes sociaux spécifiques, elle vise à diminuer l’exposition aux facteurs de risque et à améliorer l’accès aux programmes de dépistage, contribuant ainsi à la réduction de l’incidence et à une détection plus précoce, facteur clé de survie.
  2. Atténuation du fardeau socio-économique de la maladie : La maladie cancéreuse génère des conséquences économiques et sociales importantes pour les individus, les familles et les collectivités. La socio-oncologie s’attache à identifier et à réduire ces impacts en proposant des dispositifs d’accompagnement social, en facilitant l’accès aux soins et en intégrant des mesures de soutien psychosocial, éducatif et économique. Ces interventions visent à limiter les inégalités et à réduire les coûts indirects liés à la maladie.
  3. Amélioration des parcours de prévention, de diagnostic et de prise en charge : En articulant les dispositifs médicaux et sociaux, la socio-oncologie optimise la continuité des soins et la coordination des acteurs. Elle favorise l’adaptation des parcours aux contraintes sociales, culturelles et économiques des patients, en intégrant les connaissances sur leurs pratiques, représentations et expériences. Cette approche contribue à renforcer l’efficacité des programmes de dépistage, à faciliter l’accès aux traitements et à promouvoir des soins personnalisés et contextualisés.
  4. Optimisation de la qualité de vie avant, pendant et après la maladie : La socio-oncologie accorde une attention particulière aux dimensions psychosociales, fonctionnelles et environnementales de la qualité de vie des personnes. Elle inclut des interventions de réhabilitation physique et psychologique, des dispositifs de soutien social et des stratégies de vigilance multidimensionnelle, visant à accompagner les patients tout au long de leur parcours, depuis la prévention jusqu’à la rémission ou la guérison.

En complément, la socio-oncologie enrichit la recherche sur l’étiologie des cancers en intégrant les déterminants sociaux et culturels dans l’analyse des risques, dans la conception des messages de prévention et dans l’évaluation des inégalités de santé. Cette dimension scientifique permet de développer des interventions plus ciblées, fondées sur une compréhension fine des interactions entre facteurs biologiques, sociaux et environnementaux, et de contribuer à l’élaboration de politiques de santé publique plus équitables et efficaces.

Fondements et méthode

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Conçu et théorisé par Guy-Albert Rufin Duhamel, docteur ès sciences (PhD), socio-épidémiologiste et ingénieur social, le modèle de socio-oncologie repose sur une démarche analytique intégrée et partagée, articulant de manière systémique :

  • l’acquisition de connaissances scientifiques théoriques issues des sciences sociales, de l’épidémiologie, de la médecine et de la santé publique ;
  • la mise en œuvre d’actions transformatrices contextualisées, fondées sur un travail social de terrain ancré dans les réalités sociales, culturelles et territoriales des populations.

La socio-oncologie privilégie une immersion prolongée dans les contextes identitaires, sociaux, culturels, environnementaux et politiques permettant l’analyse des représentations de la maladie, des pratiques de soins, des contraintes vécues et des déterminants sociaux structurant les parcours de santé. Les interventions se déploient hors des cadres institutionnels, au plus près des lieux de vie, et s’inscrivent dans une logique de décloisonnement des dispositifs sanitaires, sociaux et médico-sociaux.

Cette approche place le parcours de vie et de santé au cœur de l’analyse, en intégrant l’ensemble des séquences du continuum oncologique : prévention, dépistage, diagnostic, prises en charge médicales et psychosociales, ainsi que la réhabilitation physique, psychique et sociale post-maladie. Elle permet également d’aborder l’étiologie des cancers à partir d’une lecture systémique, prenant en compte les interactions complexes entre facteurs biologiques, environnementaux et sociaux, et d’intégrer ces déterminants dans la conception des interventions et des stratégies de prévention.

Développement académique

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La socio-oncologie a donné lieu à la création du Diplôme Universitaire européen de socio-oncologie, porté par l’Université de Nîmes, en partenariat avec l’IFME et plusieurs universités françaises et internationales[5],[6]. Ce diplôme constitue une étape structurante dans la formalisation académique de cette discipline. D’autres niveaux de certification sont en cours de développement pour constituer un parcours universitaire et pratique complet.

Notes et références

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  1. Laurent Chambaud, « La recherche-action en santé communautaire, en travail social et en éducation : une nouvelle pratique ou un alibi pour professionnel? », Revue service social, , Chambaud, L., Mayer, R. & Richard, G. (1986). La recherche-action en santé communautaire, en travail social et en éducation : une nouvelle pratique ou un alibi pour professionnel? Service social, 35(1-2), 158–187. https://doi.org/10.7202/706300ar (lire en ligne).
  2. Roland Janvier, Conduire le changement en action sociale : Mutations sociétales, transformation des pratiques et des organisations (2ème édition), Paris, ESF éditeur, (ISBN 978-2-85086-280-9).
  3. « Accompagnement social – Groupement d'intérêt public – Plateforme régionale d'oncologie de Martinique » (consulté le ).
  4. Robert A. Hiatt et Nancy Breen, « The social determinants of cancer: a challenge for transdisciplinary science », American Journal of Preventive Medicine, vol. 35, no 2 Suppl, , S141–150 (ISSN 0749-3797, PMID 18619394, PMCID 10773976, DOI 10.1016/j.amepre.2008.05.006, lire en ligne, consulté le )
  5. « 1ER DIPLOME UNIVERSITAIRE DE SOCIO-ONCOLOGIE », sur ifme (consulté le )
  6. « Quatrième rapport au président de la République - Février 2018 », sur www.cancer.fr (consulté le )

Annexes

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Articles connexes

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Liens externes

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