Solange de Ganay
Solange de Ganay, comtesse de Breteuil, née le à Salbris et morte le dans le 8e arrondissement de Paris, est une ethnologue française, ayant notamment travaillé sur les peuples Dogon et Bambara du Mali.
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Gérard de Ganay (d) |
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Zélie Schneider (d) |
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Henriette de Ganay (d) Étienne de Ganay Régine van den Broek d'Obrenan |
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Elle a également mené des recherches en ethnobotanique, en anthropologie religieuse, en mythologie et sur les systèmes symboliques des sociétés mandingues aux côtés de Dominique Zahan, Germaine Dieterlen, Marcel Griaule et Jean Rouch.
Biographie
modifierMarie Madeleine Jacqueline Solange de Ganay est la fille de Gérard de Ganay et de Zélie Schneider, la petite-fille de Henri Schneider[1] et la nièce de Jean de Ganay.
En 1932, elle épouse Charles Le Tonnelier, comte de Breteuil, homme de presse actif en Afrique. Ils ont un fils, Michel de Breteuil, fondateur du magazine Amina et président de La Revue littéraire du monde noir. Le couple divorce en 1936. Charles épouse en seconde noce Madeleine Redier, dite « Boule de Breteuil » avec qui il aura un second fils, Jean de Breteuil[2].
Son frère Étienne de Ganay et sa belle-sœur Monique, ainsi que sa sœur Régine et son beau-frère Charles van den Broek, participent à l’expédition de La Korrigane dans les mers du Sud entre 1934 et 1936.
Elle découvre l'Afrique lors de voyages en 1931, destinés à la chasse et au tourisme, avec son époux Charles de Breteuil, ainsi qu'avec sa sœur Henriette de Ganay et son mari, l'industriel Jean Lebaudy[2].
Les missions africaines
modifierEn 1935, Solange de Ganay participe à la mission Sahara-Soudan dirigée par Marcel Griaule. Cette première expérience de terrain dure environ quatre mois. Elle y consacre une part importante de son activité à la botanique et à la collecte d’informations sur les usages des végétaux[3].
En 1937, devenue chargée de mission à l’Institut d’ethnologie, elle entreprend un séjour de dix mois en Afrique. Elle travaille alors avec Marcel Griaule et Germaine Dieterlen, notamment dans le cadre des recherches menées au pays dogon. En 1938-1939, elle prend part à la mission Lebaudy-Griaule, parfois désignée comme la mission Niger-Lac Iro. À partir de cette période, elle oriente davantage ses recherches vers le monde mandingue et les Bambara[4].
Elle participe encore à plusieurs missions après la Seconde Guerre mondiale : en 1946, avec Marcel Griaule, Germaine Dieterlen et Geneviève Calame-Griaule ; en 1948, avec Germaine Dieterlen et Dominique Zahan ; de 1949 à 1956, au cours de sept missions effectuées le plus souvent seule, sans rattachement institutionnel permanent, principalement auprès des Bambara[5]. Ses enquêtes portent notamment sur les institutions religieuses, les rites agraires, les systèmes de parenté, les représentations du monde, la langue et les formes de symbolisme. Elle s’intéresse également à la manière dont les sociétés étudiées classent les êtres, les objets, les lieux et les phénomènes naturels[6].
Formation universitaire et travaux
modifierParallèlement à ses missions, Solange de Ganay poursuit sa formation académique. Elle obtient en 1940 le diplôme de l’École pratique des hautes études, section des sciences religieuses, puis, en 1941, une licence ès lettres comprenant des certificats d’ethnologie, d’histoire des religions, de sociologie, d’esthétique et de morale[7].
Son premier ouvrage important, Les Devises des Dogons, paraît en 1941 dans les travaux et mémoires de l’Institut d’ethnologie. Elle y étudie les devises ou formules associées aux personnes, aux lieux et aux groupes, en les reliant à la mémoire, à l’histoire et aux forces symboliques qui structurent l’univers dogon. L’ouvrage est publié dans le contexte des recherches collectives menées autour de Marcel Griaule[8].
Les Dogon et le rituel du Sigi
modifierEn 1969, elle retourne au pays dogon et se rend à Sangha, dans la région des falaises de Bandiagara. Elle assiste alors, avec Geneviève Calame-Griaule, Germaine Dieterlen et Jean Rouch, aux cérémonies du Sigi, grand cycle rituel dogon célébré à intervalles de plusieurs décennies. Cette présence s’inscrit dans la continuité des enquêtes conduites par l’équipe de Marcel Griaule et permet d’observer un événement rituel exceptionnel, difficilement accessible aux chercheurs.
La contribution de Solange de Ganay à l’étude des Dogon portent aussi sur le vocabulaire, les devises, les peintures, les plantes, les cultes agraires et les relations entre les dimensions sociales, religieuses et cosmologiques de la vie collective[9].
Les recherches sur les Bambara et le sanctuaire de Kangaba
modifierSes recherches ultérieures sont surtout consacrées aux Bambara et au monde mandingue. En 1954, elle observe pour la première fois les rites de restauration du sanctuaire Kama blon, à Kangaba. Elle revient au Mali en 1975 puis en 1982 afin d’étudier ces cérémonies septennales. Ces enquêtes aboutissent à son dernier grand ouvrage, publié en 1995, consacré à l’histoire du sanctuaire, à ses mythes, à ses peintures pariétales et à son rôle religieux et politique.
Une ethnologue et une collectionneuse de plantes
modifierLa botanique occupe une place importante dans son travail, particulièrement lors de ses premières missions. Solange de Ganay recueille et classe de nombreuses plantes, tout en interrogeant ses informateurs sur leurs noms, leurs usages médicinaux, alimentaires, rituels et techniques. Elle constitue ainsi un herbier important, aujourd’hui conservé dans le fonds Solange de Ganay de la bibliothèque Éric de Dampierre à Nanterre[10].
Publications
modifier- Les Ogol : plan parcellaire provisoire (Dogons des falaises de Bandiagara), 1936
- Notes sur le culte du lebe chez les Dogons du Soudan français, 1937
- Rôle protecteur de certaines peintures rupestres du Soudan français, 1940
- Le génie des eaux chez les Dogons, les Kouroumba et les Sara, 1940
- Les Devises des Dogons, 1941
- Observations sur les habitudes d'un lièvre et d'un écureuil palmiste, 1941
- Le binou Yébéné, 1942
- Le xylophone chez les Sara du Moyen-Chari, 1942
- L'origine de quelques noms de villages du Soudan français, 1943
- Notes sur les pirogues et la pêches dans la région du Bahr Salamat, 1943
- Emploi des photographies aériennes dans les travaux de toponymie, 1946
- Un jardin d'essai et son hôtel chez les Bambara, 1947
- Toponymie et anthroponymie en Afrique noire, 1948
- Aspects de mythologie et de symbolique bambara, 1949
- On a form of cicatrization among the Bambara, 1949
- Notes sur la théodicée bambara, 1949
- Représentations et symbolisme des nombres chez les Bambara, 1947-1949
- Symbolisme de quelques scarifications au Soudan français en rapport avec l'excision, 1947-1949
- Les noms de personnes dans la boucle du Niger, 1949
- Graphies bambara des nombres, 1950
- Graphie de voyages mythiques chez les Bambara, 1951
- Une graphie soudanaise du doigt du Créateur, 1951
- Instruments aratoires et herminettes dogons, 1953
- Les communautés d'entraide chez les Bambara du Soudan français, 1956
- Symbolisme des biens de la fiancée chez les Bambara, 1960
- La tortue, symbolisme et croyances, 1976
- Un enseignement donné par le Komo, 1978
- Une statuette d'ancêtre, 1984
- Lecture sur une pirogue, 1987
- Le sanctuaire Kama blon de Kangaba. Histoire, mythes, peintures pariétales et cérémonies septennales, 1995
Sources
modifier- ↑ Dominique Schneider, Caroline Mathieu, Bernard Clément, Les Schneider, Le Creusot : une famille, une entreprise, une ville (1836 -1960), 1995
- 1 2 Geneviève Calame-Griaule et Youssouf Cissé, « Solange de Ganay (1902-2003) », Journal des Africanistes, Socitété des Africanistes, vol. 73, no 2, , p. 169–173 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Solange de Ganay, « Rôle protecteur de certaines peintures rupestres du Soudan français », Journal des Africanistes, Socitété des Africanistes, vol. 10, no 1, , p. 87–98 (DOI 10.3406/jafr.1940.2487, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Gaëlle Weiss, « De la mission Niger-Lac Iro (1938-1939) à l’université de Strasbourg : La collection Lebaudy-Griaule entre connaissance, goût et pédagogie », dans Histoire d'objets extra-européens : collecte, appropriation, médiation, Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, coll. « Histoire et littérature du Septentrion (IRHiS) », (ISBN 978-2-490296-37-8, DOI 10.4000/books.irhis.6444, lire en ligne)
- ↑ Albert Lebrun, « Mission de S. de Ganay et G. Dieterlen chez les Dogon (Soudan français) ; Mission du R. P. Taslevin en Afrique centrale », Journal des Africanistes, Socitété des Africanistes, vol. 7, no 2, , p. 227–233 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Archives des ethnologues », sur www.archivesethnologues.fr (consulté le )
- ↑ Marianne Lemaire, « La chambre à soi de l’ethnologue. », L’Homme. Revue française d’anthropologie, Éditions de l’EHESS, no 200, , p. 83–112 (ISSN 0439-4216, DOI 10.4000/lhomme.22849, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) G. I. Jones, « Les Âmes des Dogons Les Devises des Dogons », Nature, Nature Publishing Group, vol. 161, no 4095, , p. 622–622 (ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/161622a0, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Julien Bondaz, « L’ethnographie comme chasse », Gradhiva. Revue d'anthropologie et d'histoire des arts, Musée du quai Branly, no 13, 2011/mai/18, p. 162–181 (ISSN 0764-8928, DOI 10.4000/gradhiva.2069, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Julien Bondaz, « De l’herbier à l’arbre cosmique : L’École Griaule et l’ethnobotanique (1926-1965) », dans Le spécimen et le collecteur : Savoirs naturalistes, pouvoirs et altérités (xviiie-xxe siècles), Publications scientifiques du Muséum, coll. « Archives », , 349–383 p. (ISBN 978-2-85653-881-4, DOI 10.4000/books.mnhn.4365, lire en ligne)
- Geneviève Calame-Griaule, Youssouf Cissé, Solange de Ganay (1902-2003), une femme du monde dans la falaise, 2003,
Liens externes
modifier- Ressources relatives à la recherche :