Coming in

réalisation de son homosexualité ou de sa transidentité
Ceci est une version archivée de cette page, en date du 27 septembre 2022 à 11:59 et modifiée en dernier par Léna (discuter | contributions). Elle peut contenir des erreurs, des inexactitudes ou des contenus vandalisés non présents dans la version actuelle.

Le coming-in, ou coming in, désigne la prise de conscience de sa propre homosexualité ou transidentité. La réalisation de sa propre transidentité est aussi désignée par l'expression to crack one's egg (briser sa coquille).

Histoire des termes

L'expression coming-in apparaît pour la première fois en 2015, en France, sous la plume du jeune chercheur en sexologie Patrick Papazian[1]. Il définit le coming in comme suit : « une prise de conscience et de digestion des affects associés à la pensée suivante : je suis différent parce que je suis homosexuel »[1].

En 2017, Elodie Font réalise un documentaire pour Arte portant sur l'acceptation de sa propre homosexualité et intitulé coming in, qui désigne la même chose mais sans faire référence à l'étude[2],[3]. Un roman graphique adapté de ce documentaire sort en 2021, popularisant le terme.

Concernant la transidentité, l'expression to crack one's egg est souvent employée, la coquille d'œuf représentant l'identité de genre imposée dont la personne trans (le poussin) doit se libérer[4]. "Un œuf" désigne alors une personne qui n'a pas encore conscience de sa propre identité, par exemple une femme trans vivant encore sous une identité d'homme[4].

Modalités

Il remarque aussi que ce processus est souvent source d'angoisse et de sentiments dépressifs et, chez une partie des gays et lesbiennes, des idées suicidaires[1]. Si la majorité des personnes homosexuelles arrive à digérer intérieurement ces affects, il note aussi deux autres stratégies possibles : la première, l'utilisation du coming-out, où le travail intérieur est délégué à la réaction de l'entourage ; la seconde consiste justement en une non-résolution, l'anxiété envers son homosexualité n'étant alors que partiellement résolue par des relations sexuelles, souvent à risque ou réalisées sous l'emprise de la drogue[1].

Avoir un entourage lui-même LGBT peut aider dans le processus de coming in, soit que leur existence soit rassurante en elle-même ou que cet entourage puisse servir d'interlocuteur privilégié par rapport aux questionnements liés au coming in[1].

En 1979, la chercheuse en psychologie Vivienne C. Cass propose un modèle en six étapes de l'acceptation de son identité homosexuelle : la confusion, la comparaison, la tolérance, l'acceptation, la fierté et la synthèse[5].

Confusion: j'ai des comportements perçus comme homosexuels

L'étape de confusion identitaire du coming in correspond au moment où une personne, qui se pense hétérosexuelle et perçue comme telle, est confrontée pour la première fois à l'idée, qu'elle vienne de soi ou des autres, que ses pensées, ses émotions ou ses actions peuvent être considérées comme homosexuelles[5]. Celle-ci ne correspond pas à la première fois que la personne entend parler de l'homosexualité, mais bien quand celle-ci commence à être touchée personnellement[5].

Cette étape est constituée, pour les personnes qui acceptent l'idée qu'elles puissent être homosexuelles, de recherche personnelle, par discussion, recherche de témoignages, lectures sur l'homosexualité[5].

Celles qui ne l'acceptent pas adoptent deux stratégies. Soit elles considèrent qu'elles ont effectivement des pensées ou actions homosexuelles, mais qu'il s'agit d'une erreur de comportement, et donc mettent en place des stratégies d'évitement, pratiquent l'abstinence ou une hétérosexualité de façade, et rentrent dans le déni[5]. Celles qui adoptent au départ cette stratégie, mais ne peuvent maintenir l'illusion de leur propre hétérosexualité, développent une forte homophobie intériorisée[5]. Une autre stratégie est le refus de considérer que les actions ou pensées sont effectivement homosexuelles : ainsi, des femmes ne vont pas considérer que leurs "fort attachement émotionnel" envers une autre femme est de l'amour, et donc ne pas réaliser qu'elles sont lesbiennes, et des hommes qui ont des relations sexuelles avec d'autres hommes vont considérer qu'ils ne sont pas gays car ils n'embrassent pas[5].

Comparaison: je suis différent des autres

Après une acceptation de sa propre identité, l'étape de comparaison consiste en l'acceptation des conséquences sociales de sa propre homosexualité : il s'agit d'une étape d'aliénation plus ou moins intense en fonction de l'acceptation générale de l'homosexualité au sein de son groupe social, ainsi que du deuil des repères de vie passés, présents et futurs qui étaient associés à l'idée de son hétérosexualité[5]. Il s'agit d'une période correspondant à un sentiment d'aliénation[5].

Cette acceptation de sa différence peut se faire plus ou moins facilement. Elle est généralement facile pour trois groupes de personnes ; celles qui avaient déjà eu des pensées, sentiments ou actions homosexuelles, sans les avoir alors labellisées comme telles, celles qui avaient déjà dévié des normes de genre et de l'hétéronormativité, par exemple en ne souhaitant pas avoir d'enfants ; et, enfin, celles pour qui la différence est en-soi une chose positive[5]. Dans son enquête, Papazian décrit un schéma récurrent de la prise de conscience de l'homosexualité : des évènements dans l'enfance, qui auraient pu servir d'élément déclencheur mais sont ignorés, puis la prise de conscience réelle, intervenant souvent à la puberté : le chercheur compare ce processus à un film à suspens, où des indices ponctuent le récit avant de prendre tout leur sens au moment de la réalisation[1]. Cette période correspond aussi à un moment où l'opinion des autres perd de l'importance, même si les personnes continuent à se présenter comme hétérosexuelles[5].

Pour celles qui ne l'acceptent pas, cela peut être l'occasion de stratégies d'évitement, telles que l'identification erronée à la bisexualité accompagnée de l'idée que « tout le monde est un peu bi », ou, plus généralement, de l'idée que la personne pourrait, si elle le voulait, être en réalité hétérosexuelle; de limiter sa propre homosexualité à des circonstances très précises, telles qu'une relation (« je ne suis pas homosexuel, j'aime juste cette personne ») ou le temps présent, avec l'idée de redevenir hétérosexuel ensuite ; enfin, Vivienne C. Cass avance aussi que l'attachement aux théories expliquant l'homosexualité comme étant entièrement subie par les individus, telles que l'idée qu'elle soit complètement innée, relève aussi des stratégies de non-acceptation[5].

Tolérance : je suis probablement homosexuel

La discothèque Amerika (es) de Buenos Aires. La phase de tolérance de son identité homosexuelle est caractérisée par le début de fréquentation des lieux de socialité LGBT

La phase de tolérance correspond au début de l'acceptation d'une identité homosexuelle ; elle correspond à la phase d'homosocialisation, c'est-à-dire d'entrée dans des lieux de sociabilité LGBT (bars, sites de rencontre, association, centre LGBT...) : elle permet notamment de valider son identité gay ou lesbienne par d'autres personnes LGBT[5]. Il s'agit d'une étape de détachement des anciens cercles sociaux, ainsi que de reprise de responsabilité : l'homosexualité n'est alors plus vue comme subie mais réellement vécue[5]. Toutefois, des expériences négatives au sein de la culture gaie et lesbienne peuvent faire régresser les personnes vers une étape antérieur de leur coming in, en particulier si elles avaient déjà une forte homophobie intériorisée[5].

Cette étape correspond aussi à la réalisation que l'identité homosexuelle de la personne peut être connue en-dehors du cercle sécurisant de la communauté LGBT, notamment par les parties les plus homophobes de la société, telle que la police lorsque l'homosexualité est criminalisée[5].

Références

  1. a b c d e et f Patrick Papaszian, « Coming-in : Prise de conscience d’une orientation homosexuelle : affects associés, conséquences sur la sexualité. », Université Claude Bernard Lyon I Faculté de Médecine Rockefeller,‎ (lire en ligne [PDF])
  2. « Coming In | ARTE Radio », sur www.arteradio.com (consulté le )
  3. « Au micro, Elodie raconte son "Coming-In" : "tu le sais pas, mais t'es homo" », sur L'Obs, (consulté le )
  4. a et b (en-US) Rina Metis, « What Cracked My Egg », sur MyUmbrella, (consulté le )
  5. a b c d e f g h i j k l m n o et p Vivienne C. Cass, « Homosexual Identity Formation: », Journal of Homosexuality, vol. 4, no 3,‎ , p. 219–235 (ISSN 0091-8369 et 1540-3602, DOI 10.1300/j082v04n03_01, lire en ligne [PDF], consulté le )

Bibliographie

Voir aussi