Statue chryséléphantine de Zeus à Olympie
La statue chryséléphantine de Zeus à Olympie est une œuvre du sculpteur athénien Phidias, réalisée vers pour le temple de Zeus à Olympie. Statue monumentale de plus de 12 m de haut, elle représente Zeus, dieu suprême de la religion grecque antique, assis en majesté sur son trône.
| merveille du monde Statue chryséléphantine de Zeus à Olympie | |
Gravure tirée de Le Jupiter olympien ou l'art de la sculpture antique par Quatremère de Quincy (1815), qui s'inspire de la description qu'en fit Pausanias le Périégète au IIe siècle. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Coordonnées | 38° 38′ 16″ nord, 21° 37′ 48″ est |
| Pays | |
| Ville | Olympie |
| Construction | |
| Date | vers |
| Durée | environ 5 ans |
| Matériaux principaux | or et ivoire, bois (ossature) |
| Constructeur | Phidias |
| Utilité | religieuse |
| Destruction | |
| Date | Au plus tard au Ve siècle |
| Cause | Incendie ? |
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Cette statue fait usage de la technique chryséléphantine (du grec ancien χρυσός / chrysós, « or », et ἐλεφάντινος / elephántinos, « en ivoire ») : une armature en bois recouverte de plaques d'ivoire pour représenter la chair, et de plaques d'or pour les cheveux, la barbe, les sandales et les draperies.
La statue a disparu à une date et dans des circonstances incertaines. Une tradition rapporte qu'elle aurait été transférée à Constantinople, où elle aurait été détruite dans l'incendie du palais de Lausos en 475. Une autre hypothèse est qu'elle aurait disparu à Olympie lors de la destruction du temple au Ve siècle, même s'il n'est pas acquis qu'elle ait subsisté jusqu'à cette date. Aucun vestige de la statue n'a été retrouvé avec certitude. L'atelier de Phidias à Olympie, où la statue fut sculptée, a en revanche été retrouvé et fouillé dans les années 1950.
La célébrité de la statue tient autant à ses dimensions et à la richesse de ses matériaux qu'à la réputation de Phidias, considéré comme l'un des plus grands sculpteurs de la Grèce antique. Son aspect est notamment connu par la description détaillée qu'en donne Pausanias au IIe siècle, ainsi que par des représentations sur des monnaies romaines de la même époque. Incluse dans plusieurs listes de Merveilles du monde dès l'Antiquité, la statue de Zeus fait partie, depuis le XVIe siècle, de la liste canonique des Sept Merveilles du monde antique.
Description
modifierSelon Pausanias[1], la statue montrait Zeus assis sur son trône, représentation qui remonte à l'Iliade et qui se répand dans l'art grec à partir du VIe siècle av. J.-C.[2] — il semble au reste que le sculpteur se soit volontairement inspiré d'Homère[3]. Le dieu était couronné d'un rameau d'olivier. Dans la main droite, il tenait une statuette de Niké, personnification de la victoire, elle-même représentée couronnée d'un bandeau et d'une guirlande. Ses proportions restent ignorées. De la main gauche, Zeus tenait un sceptre richement décoré, sur lequel un aigle était perché. Drapé dans un himation (manteau) brodé de figures animales et de fleurs, le dieu portait des sandales. Son trône comportait une décoration à la fois sculptée, incrustée (pierres précieuses, ébène) et peinte. Quatre petites Victoires dansantes couronnaient les pieds du trône.
L'ensemble fut réalisé selon la technique chryséléphantine : des plaques d'or (χρυσός / khrusós) et d'ivoire (ἐλεφάντινος / elephantinos) recouvraient une âme de bois et figuraient respectivement, d'une part les cheveux, la barbe, les sandales et la draperie, d'autre part les parties nues (notamment la peau). La statue mesurait environ douze mètres de haut, dont un mètre pour la base et deux mètres pour le piédestal. Une inscription kalos sur l'un des doigts, « Pantarkès est beau », permet de dater approximativement la statue : le dénommé Pantarkès remporta en l'épreuve de lutte garçons aux Jeux olympiques.
Histoire
modifierLe sanctuaire d'Olympie semble avoir été occupé depuis le IIIe millénaire av. J.-C. ; les Jeux olympiques antiques s'y tiennent tous les quatre ans depuis 776 av. J.-C.. À partir du VIIIe siècle av. J.-C., les cités d'Élis et de Pise entrent en conflit pour le contrôle d'Olympie, mais Élis l'emporte finalement au début du VIe siècle av. J.-C.. Le sanctuaire entre alors dans une période de grande prospérité. Un nouveau temple de Zeus, le plus grand temple de Grèce continentale au moment de sa construction, est érigé entre 480/470 et 456 av. J.-C. ; l'une de ses ailes est destinée à recueillir une statue monumentale du dieu. Les Éléens embauchent le sculpteur athénien Phidias, connu pour avoir précédemment réalisé, entre autres, la statue d'Athéna Parthénos érigée dans le Parthénon à Athènes[4], qui travaille sur site dans un atelier spécialement dédié. La statue de Zeus est finalement érigée dans le temple vers 436 av. J.-C..
La renommée de la statue devient rapidement considérable. Malgré cela, aucune copie en marbre ou en bronze n'est parvenue jusqu'à notre époque, même si des versions approximatives figurent sur des pièces de monnaie d'Élis et de Rome, ainsi que des pierres précieuses gravées (en) ; elle est identifiée de manière plus ou moins sûre sur une série de monnaies romaines frappées de 98 à 198 ap. J.-C.[5]. La description qu'en donne le voyageur Pausanias au IIe siècle constitue l'une des principales sources antiques permettant de connaître son apparence et son décor[1]
La statue demeure à Olympie pendant plusieurs siècles. Le sanctuaire continue à être fréquenté et à recevoir de nouveaux aménagements pendant les périodes hellénistique et romaine. À partir de l'Antiquité tardive, le sanctuaire décline progressivement. Le temple de Zeus est notamment endommagé par plusieurs séismes, tandis que le culte païen est progressivement interdit dans l'Empire romain à partir du IVe siècle. Le sort de la statue n'est pas connu. L'historien byzantin Georges Cédrène relate au XIe siècle qu'elle est enlevée du temple et transportée à Constantinople pour rejoindre la collection de Lausos, chambellan de Théodose II, qui comprenait entre autres l'Aphrodite de Cnide, avant de disparaître dans l'incendie de son palais en 475[6],[7]. Selon une autre version, la statue aurait été détruite dans l'incendie du temple en 425[5]. Une destruction (ou dégradation) antérieure est même sous-entendue à la fin du IIe siècle par Lucien de Samosate dans Timon ou le Misanthrope : « je ne dis pas combien de fois les voleurs ont pillé tes temples ; ils ont été jusqu'à porter les mains sur toi à Olympie[8] ».
L'atelier de Phidias est redécouvert au début des années 1950 approximativement là où Pausanias situait la construction de la statue. Les fouilles archéologiques entreprises entre 1954 et 1958[9] ont mis au jour des outils pour le travail de l'or et de l'ivoire, des éclats d'ivoire, des pierres précieuses et des moules en terre cuite. La plupart de ces derniers ont servi à la fabrication de plaques de verre et à la confection de la robe de la statue à partir de feuilles de verre drapées et pliées de manière naturaliste, puis dorées.
- Statue de Jupiter conservée au musée de l'Ermitage ; sculptée à la fin du Ier siècle, elle est probablement inspirée de la statue d'Olympie.
- Gravure provenant de Octo Mundi Miracula, plus ancienne représentation moderne de la statue (1572) ; eau-forte de Philippe Galle à partir d'un dessin de Maarten van Heemskerck.
- Ruines de l'atelier de Phidias à Olympie en 2005.
Postérité et influence
modifierL'abbé Barthélemy dans Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (1788), écrit que « le Jupiter d'Olympie servira toujours de modèle aux artistes qui voudront représenter dignement l'Être suprême. »
La statue est à l'origine de la représentation du Christ pantocrator de l'art byzantin[réf. nécessaire]. Elle a inspiré Daniel Chester French pour sa représentation d'Abraham Lincoln au Lincoln Memorial et Salvador Dalí, dans son tableau La Statue de Zeus, à Olympie peint en 1954.
Dans la fiction
modifierJeux vidéos et Jeux de société
modifierDans le jeu Assassin's Creed Odyssey (sorti en ), la statue a été modélisée ainsi que le temple d'Olympie (la modélisation de la statue semble être, en grande partie, basée sur celle conservée au musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg)[réf. nécessaire].
La statue, parfois entourée de son temple, peut être construite comme merveille mondiale dans plusieurs opus de la franchise Sid Meier's Civilization (Civilization III, Civilization IV, Civilization V, Civilization VI et C-evo).
La statue fait aussi partie des merveilles qu'il est possible de construire dans le jeu de société 7 Wonders.
Notes et références
modifier- 1 2 Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] (V, 11, 1-9).
- ↑ Ken Dowden, Zeus, Routledge, 2006, p. 24.
- ↑ Dion de Pruse, XII, 25.
- ↑ (en) Janette McWilliam, Sonia Puttock et Tom Stevenson, The Statue of Zeus at Olympia: New Approaches, Cambridge Scholars Publishing, (ISBN 978-1-4438-3032-4), p. 33–34
- 1 2 (en) Gisela M. A. Richter, « The Pheidian Zeus at Olympia », Hesperia, vol. 35, no 2, , p. 166–170 (DOI 10.2307/147305)
- ↑ Georges Cédrène, Historiarum compendium
- ↑ (en) Cyril Mango, Michael Vickers et E.D. Francis, « The Palace of Lausus at Constantinople and Its Collection of Ancient Statues », Journal of the History of Collections, nos 4-1, , p. 89-98 (DOI 10.1093/JHC/4.1.89)
- ↑ Lucien de Samosate, Timon ou le Misanthrope (lire en ligne)
- ↑ Alfred Mallwitz et Wolfgang Schiering, Die Werkstatt des Pheidias in Olympia, 2 tomes = Olympische Forschungen 5 (1964) et 18 (1991).
Bibliographie
modifier- Lexicon Iconographicum Mythologiæ Classicæ (LIMC), Artemis Verlag, 1981-1997, no 89.
- (en) Gisela M. A. Richter, « The Pheidian Zeus at Olympia », dans Hesperia, vol. 35, no 2 (avril-), p. 166-170.
Liens externes
modifier- Ressource relative à l'architecture :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :