Le style alpin fait référence aux alpinistes qui effectuent des ascensions en haute altitude de manière autonome en transportant eux-mêmes leur équipement, de la même façon que dans les Alpes. Ce style s'oppose au style d'expédition où les alpinistes établissent des camps fixes, reliés par des cordes fixes, alimentés en matériel et en nourriture par des porteurs (les sherpas notamment) et utilisent souvent des bouteilles d'oxygène afin de réduire les effets de l'altitude.

Marek Holeček et Tomas Petrecek devant le Gasherbrum I sur le point de commencer leur ascension en style alpin en 2015.

Description

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En 1995, l'alpiniste britannique Stephen Venables livrait cette définition en préambule de son ouvrage L’Himalaya en style alpin : « Le style alpin tel que nous l’entendons est plutôt un état d’esprit qu’une série de règles – son principe fondamental étant de s’efforcer de « faire plus avec moins ». Effectuer une ascension himalayenne d’une seule traite constitue sans doute la tactique la plus satisfaisante esthétiquement – et souvent la plus efficace –, mais dans certains cas, le risque est excessif, et un compromis paraît souhaitable. L’important n’est pas le dogme, mais de réussir une grande et belle aventure en allant jusqu’au bout de ses possibilités, avec un impact minimal sur l’environnement. »[1].

Le style alpin est considéré comme le style d'alpinisme le plus pur[2]. C'est le style privilégié aujourd'hui par les alpinistes au plus haut niveau. Il est pratiqué par des cordées réduites typiquement à deux ou trois personnes et est basé sur la rapidité de l'ascension, afin de réduire les risques : avalanches, aléas météorologiques… Malgré tout, l'ensemble de l'aventure reste long ; Élisabeth Revol explique que « dans une expédition, il y a deux mois de préparation. Puis pendant deux mois, on vit le projet et on met deux mois pour récupérer[3]. »

Ce style est aussi moins coûteux, car il nécessite beaucoup moins de matériel, les alpinistes emportant le strict minimum afin d'être légers et donc rapides. « Ils font leurs sacs et partent en direction du sommet, tout simplement : pas de camps intermédiaires, pas d'aller-retours et pas de matériel à monter » raconte Adam Bielecki à propos d'une ascension du Broad Peak par Aleksander Lwow (pl) et Maciek Berbeka (pl)[4]. En revanche, l'engagement lié à cette pratique est très important, les alpinistes étant souvent isolés et ne pouvant pas espérer de secours rapide en cas d'accident. Pour son expédition en duo au Nanga Parbat, décrivant le moment de faire l'aller retour du camp IV au sommet, Élisabeth Revol écrit : « C'est la phase la plus appréciable de l'ascension : plus de sac à porter, plus de camp à déplacer. Nous n'emportons chacun qu'un litre d'eau, trois barres de céréales, nos masques, nos GoPro et caméras, une pharmacie d'altitude pour deux, mon inReach, une paire de gants et une paire de moufles de secours. […] Nous savons tous deux que nous sommes seuls, sans secours ni recours possible, hormis nous-mêmes. Monter et descendre très vite […] Sans laisser de trace de notre passage, sans aide extérieure ni oxygène, en adéquation avec notre éthique, notre philosophie en montagne. […] Nous n'avons pas le droit à l'erreur[2]. » Un exemple connu des risques inhérents à cette pratique est l'aventure relatée par Joe Simpson dans La Mort suspendue. Il faut attendre les années 2010 pour qu'une ascension hivernale en style alpin soit réussie sur un 8 000[4].

Histoire

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Broad Peak (Himalaya).

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'alpiniste britannique Albert F. Mummery a été un pionnier de l'alpinisme sans guide, s'engageant déjà en Himalaya sur le Nanga Parbat (8 125 m) en 1895, en compagnie de ses amis Norman Collie, Geoffrey Hastings et de deux porteurs Gurkhas. Il atteint l’altitude approximative de 6 600 m avant de disparaître, emporté par une avalanche[1].

Reinhold Messner en 1985.

En 1933, le Bhagirathi III (6 454 m) est lui aussi gravi dans un style « épuré » par Colin Kirkus et Charles Warren. Entretemps, le style expédition lourde et coûteuse s'impose pour gravir les géants de l'Himalaya à l'exception de l’ascension en solitaire et sans oxygène du Nanga Parbat par Hermann Buhl en 1953 et la réussite sans porteurs d’altitude ni oxygène du Broad Peak (8 047 m) quatre ans plus tard par le même Buhl et Kurt Diemberger. On ne parlait pas encore de « style alpin » mais ces réussites ouvrent des portes à la génération suivante, représentée principalement par Reinhold Messner[1].

Dans les années 1970, Reinhold Messner se fait en Himalaya le grand promoteur du style alpin. Doté d'une résistance exceptionnelle, il s'attaque dans ce style aux sommets les plus élevés de l'Himalaya par des itinéraires atteignant la limite des capacités humaines en particulier dans la zone de la mort. En 1970, il conquiert l’immense versant Rupal du Nanga Parbat en compagnie de son frère Günther, ce dernier disparaissant dans une avalanche lors de la descente sur le versant Diamir. En 1975, c'est le tour de la face nord-ouest du Gasherbrum I (8 080 m) en compagnie de Peter Habeler. En 1978, les deux compagnons de cordée récidivent à l’Everest (8 848 m) dont ils réalisent la première ascension sans oxygène. Il est le premier à gravir sans oxygène les quatorze sommets de plus de 8 000 mètres d'altitude[1]. Cette pratique éthique de l'alpinisme se popularise parmi les meilleurs alpinistes. En 1978, Georges Bettembourg et Yannick Seigneur gravissent en style alpin le Broad Peak. L'année suivante, Georges Bettembourg réédite cette performance au Nuptse (7 861 m) avec Doug Scott, Alan Rouse et Brian Hall.

Pierre Béghin en 1990.

Dans les années 1980, les performances en style alpin s'enchaînent à face sud-ouest du Shishapangma (8 013 m) par Alex MacIntyre, Doug Scott et Roger Baxter-Jones en 1982, celle de la face sud de l’Annapurna (8 091 m) par les Catalans Nil Bohigas et Enric Lucas Llop en 1984, ou encore celle du couloir Hornbein à l’Everest parcouru en 43 h aller-retour par la cordée Erhard Loretan et JeanTroillet en 1986. Les ascensions en style alpin sont ainsi devenues pour les alpinistes de pointe l'ultime limite à laquelle peuvent s'ajouter d'autres défis : ascension hivernale, en solitaire, non-stop du camp de base au sommet, en enchaînement, descente à ski, etc.[1].

Compte tenu des risques plus élevés, un nombre significatif d'alpinistes adeptes du style alpin (souvent en solitaire) ont toutefois trouvé la mort au cours d'ascensions en particulier dans l'Himalaya : Albert F. Mummery, Hermann Buhl, Pierre Béghin, Jean-Christophe Lafaille, Alex MacIntyre, Renato Casarotto, Ueli Steck, etc.

Références

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  1. 1 2 3 4 5 Jérôme Blanc-Gras, « Sur quel fil évolue le style alpin ? », sur Montagnes Magazine, (consulté le )
  2. 1 2 Élisabeth Revol, Vivre : Ma tragédie au Nanga Parbat, Paris, Arthaud, , 232 p. (ISBN 978-2-08-147909-8), p. 18 à 20
  3. ↑ Émilie Brouze et Bérénice Rocfort-Giovanni, « Élisabeth Revol : Naufragée des cimes », L'Obs, no 2815,‎ , p. 48 à 52 (ISSN 0029-4713)
  4. 1 2 Adam Bielecki (trad. du polonais par Agnieszka Warszawska), Le gel ne me fermera pas les yeux, Chamonix/Paris, éditions Paulsen, , 301 p. (ISBN 978-2-35221-288-1), p. 59

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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