Stéphanites
Les Stéphanites sont une secte dissidente de l'Église orthodoxe éthiopienne qui apparaît au XVe siècle. Elle prend son origine dans l'enseignement du moine Estifanos sur la Trinité. L'histoire de ce groupe est difficile à connaître car de nombreux documents[1] sont issus des adversaires de cette doctrine.
Historique
modifierLes XIVe siècle et XVe siècle sont une période de grande effervescence intellectuelle et théologique dans l'Église orthodoxe éthiopienne, particulièrement en ce qui concerne la Trinité. Le roi Zara Yaqob cherche alors à unifier la doctrine et l'Église sur l'ensemble du territoire éthiopien.
En 1409, Estifanos (1397/8-1444), de son nom civil Hadega Anbasā, devient moine au monastère de Dabra Quayasâ[2]. il commence alors à recruter des disciples, dont Abakerazun, mais ses doctrines hétérodoxes le font chasser, lui et ses disciples. Estifanos crée alors une communauté indépendante dans le Takkazê. La communauté grossissant, Abakerazun est élu supérieur d'une fondation dans le Siré dont elle fut chassée peu après[3].
En 1437, le Négus Zara Yaqob fait arrêter Estifanos et Abakerazun devient le chef de la communauté installée maintenant près de la ville de Matarā. Les persécutions ne vont pas cesser. En 1454, une mission du Négus et du patriarche Matthieu II d'Alexandrie fait condamner les Stéphanites accusés de ne vénérer ni la Croix ni la Vierge. Abakerazun meurt dans les années 1470[3].
Sous le règne de Naod, Ezra le moine qui succéde à Abakerazun, est autorisé à séjourner auprès du roi, ce qu'il fait de 1499 à 1508 pendant les neuf dernières années de son règne, et fait lever les persécutions des Stéphanites. Grâce aux bonnes relations d'Ezra avec son successeur Marqos (métropolite d'Ethiopie de 1508 à 1530), de nombreux Stéphanites obtinrent l'ordination sacerdotale et firent consacrer leurs Tabots. Cependant, dès la mort du Négus en 1508, les persécutions reprennent et Ezra doit se réfugier au couvent de Dabra Kaswâ (Gunda-Gundë)[4].
Doctrine
modifierIl leur fut principalement reproché de s'opposer aux cultes de la Croix et la Vierge alors en plein renouveau en Éthiopie. Leurs doctrines hétérodoxes sur la Trinité (L'Esprit saint créé) et la Communion ainsi que leur ignorance de certaines prières étaient le motif de leur persécution. Mais c'est surtout leurs divergences avec un Négus voulant plus fortement contrôler l'Église qui provoquent les persécutions à leur encontre[2].
Références
modifier- ↑ notamment dans le Matshafa Milad de Zara Yaqob.
- 1 2 Robert Beylot, « Estifanos, hétérodoxe éthiopien du XVe siècle », Revue de l'histoire des religions, vol. 198, no 3, , p. 279 (lire en ligne)
- 1 2 Robert Beylot, « Un épisode de l'histoire ecclésiastique de l'Éthiopie. Le mouvement stéphanite. Essai sur chronologie et sa doctrine », Annales d'Ethiopie, vol. 8, , p. 104 (lire en ligne)
- ↑ Robert Beylot, « Sur quelques hétérodoxes éthiopiens. Estifanos, Abakerazun, Gabra Masih, Ezra », Revue de l'histoire des religions, vol. 201, no 1, , p. 29 (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- Beylot Robert. Sur quelques hétérodoxes éthiopiens. Estifanos, Abakerazun, Gabra Masih, Ezra. In: Revue de l'histoire des religions, tome 201 n°1, 1984. pp. 25-36.
- Beylot Robert. Un épisode de l'histoire ecclésiastique de l'Éthiopie. Le mouvement stéphanite. Essai sur chronologie et sa doctrine. In: Annales d'Ethiopie. Volume 8, année 1970. pp. 103-116.
- Beylot Robert. Estifanos, hétérodoxe éthiopien du XVe siècle. In: Revue de l'histoire des religions, tome 198 n°3, 1981. pp. 279-284.
- Steven Kaplan (1985). The Fälasha and the Stephanite: an episode from Gädlä Gäbrä Mäsih. Bulletin of the School of Oriental and African Studies, 48, pp 278-282 doi:10.1017/S0041977X00033358
- Beylot Robert. « La dissidence stéphanite en Ethiopie au XVe siècle », dans J.-C. Attias (éd.), De la conversion, Centre d’Etudes des Religions du Livre, Paris, Le Cerf, 1997, p. 119-132.