Sultanat de l'Aïr

ancien pays

Le Sultanat de l'Aïr, également appelé Sultanat Ténéré de l'Aïr[1] ou encore Sultanat d'Agadez ou Asbin est un royaume berbère de la région de l'Aïr, au Niger. Il s'agit de la plus grande unité politique touareg dirigée par un chef suprême appelé amenukal ou sultan.

Sultanat de l'Aïr
Taselṭanit n Ayăr

1405–1500
(95 ans)
1591–1906
(315 ans)

Description de cette image, également commentée ci-après
Emplacement du Sultanat sur une carte datant de 1858.
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Tadaliza, Tin Chaman, Agadez
Langue(s) Tamasheq, Hausa
Religion Islam
Histoire et événements
1405 Fondation
1430 Agadez devient le siège du sultanat
1500 Conquête par l'Empire Songhaï
1591 Chute de l'Empire Songhaï
1906 Conquête par la France
Amenokal
1405 - 1424 Yunus

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Histoire

modifier

Origine traditionnelle

modifier

Avant l'établissement du sultanat, l'autorité de l'amenukal s'étend sur un ensemble de populations appelées les Kel Amenukal le peuple du Sultan »), principalement pastorales, mais comprenant aussi des groupes sédentaires ou semi-sédentaires. Ces groupes incluent les Itesen, les Kel Faday, les Kel Ferwan et les Kel Geres. Les traditions orales et les chroniques font état d'une situation d'anarchie. À la fin du XIVe siècle, une situation de crise s'installe dans la région. Les Itesen forment alors le groupe touareg le plus puissant, mais leur suprématie est contestée et certaines factions refusent d'obéir à leur chef, Aghumbulu. Après l'émigration des Gobirawa (des populations d'agriculteurs sudaniques), la gestion sociale s'apparente à celle des Arabes, reposant uniquement sur des juges anciens pour arbitrer les litiges. Cette instabilité pousse les clans à rechercher un arbitre suprême extérieur à leurs systèmes locaux d'alliance[2].

Les récits sur la création du sultanat présentent plusieurs variantes. La Chronique d'Agadez fait remonter celle-ci à l'an 1405. Le premier sultan reconnu par la tradition orale est Yunus auquel succède son neveu Akkasan. La généalogie des premiers sultans comporte des noms féminins, attestant d'un mode de succession matrilinéaire berbère. La tradition veut que le sultan descende du sultan de Constantinople. Cette origine symbolique ou mythique lui confère une autorité spirituelle et temporelle lui permettant de trancher les différends sans être parti prenant dans les rivalités des clans nobles[2].

Installation à Agadez

modifier

Les premiers sultans s'installent d'abord dans les zones montagneuses et rocheuses du sud de l'Aïr (notamment dans la région des Itesen), à proximité des voies de passage des caravanes du commerce transsaharien. La décision de déplacer le siège du pouvoir vers Agadez découle de facteurs militaires et économiques. Le conflit et la victoire d'un groupe touareg hostile contraint la famille royale à quitter les montagnes pour chercher la sécurité d'Agadez. Sur le plan économique, la ville devient le carrefour des routes commerciales reliant les royaumes haoussa à l'Afrique du Nord. L'essor commercial est renforcé par la renaissance du Kanem-Bornou à l'est et des cités-états haoussa au sud[2].

Le recueil de traditions orales Tarikh Asli Wilayat Amir Abzin VIII rapporte un récit légendaire concernant la fondation du palais : lors des guerres contre Tigidda au XVIe siècle, les Touaregs font appel à Aligurran, ancêtre mythique associé aux inscriptions en tifinagh. Celui-ci lance une grande lance de cuivre et d'or depuis Tadaliza. Après des recherches, la lance est retrouvée au bord d'un cours d'eau bordé d'euphorbes. Les Touaregs y coupent les plantes, construisent le palais et y installent le sultan[2].

Cependant, après l'installation, les Touaregs nomades considèrent qu'Agadez est un lieu de passage destiné aux Arabes et aux Maggades (habitants d'Agadez d'origine songhaï). Ils quittent la ville en y laissant leurs serviteurs et esclaves. Par la suite, lorsqu'ils viennent en ville pour rendre visite au sultan ou pour le commerce, ils logent chez leurs clients ou familles serviles plutôt que d'y posséder un domicile personnel[2].

Rôle et pouvoir du sultan

modifier

À l'époque précoloniale, le sultan agit comme le principal arbitre et juge lors des conflits entre les différents groupes touaregs. Il procède à l'investiture de leurs chefs suprêmes. Toutefois, son autorité reste limitée : il ne peut pas s'immiscer dans les affaires internes des clans et parvient rarement à empêcher les affrontements fréquents entre eux. Sous l'administration coloniale française, le pouvoir des chefs de tambours individuels diminue, tandis que celui du sultan de l'Aïr est renforcé, s'appuyant sur la force coercitive de l'État central. Durant la conquête française, le sultan Tegama s'illustre en prenant part à la résistance touarègue[2].

Après l'indépendance du Niger, le sultan d'Agadez sert de relais entre le gouvernement central de Niamey et la population locale, étant notamment chargé de la collecte des impôts et de l'inscription scolaire. Entre 1990 et 1995, le sultan se retrouve pris au piège du conflit armé opposant les rébellions indépendantistes touarègues au gouvernement du Niger. À la suite de ces événements, plusieurs manifestations culturelles touarègues ont été déplacées du palais sultanat vers la Maison des Jeunes en périphérie de la ville, et le sultan réside désormais une grande partie de son temps à Niamey[2].

Liste des sultans

modifier
No  Nom Début de règne Fin de règne
1 Yunus 1405 1424
2 Agassane 1424 1430
3 Illissawan 1430 1449
4 Amani 1449 1453
5 Tagata Azarete 1453 1453
6 Ibrahim Ben Halezi 1453 1462
7 Yusuf 1462 1478
8 Mohamed El Kabir 1478 1487
9 Ibrahim Mohamed Sataf 1487 1494
10 Mohamed Ben Abderrahmane 1494 1502
11 Mohamed Hamad 1502 1516
12 Mohamed Ben Talazou 1516 1556
13 Mohamed Ben Talit 1556 1591
14 Akanfaye 1591 1597
15 Yusuf 1597 1624
16 Tunus 1624 1654
17 Mohamed Almobarek 1654 1687
18 Mohamed Agaba 1687 1721
19 Mohamed El Amin 1721 1722
20 Mohamed Al Agali 1722 1724
21 Mohamed El Moumine 1724 1725
22 Mohamed Ag Abatcha 1725 1735
23 Mohamed Hamat 1735 1740
24 Mohamed Gomma 1740 1745
25 Mohamed Hamat 1745 1750
26 Mohamed Gomma 1750 1763
27 Mohamed Hamat 1763 1768
28 Mohamed El Abdel 1768 1793
29 Mohamed Ed Dian 1793 1798
30 Mohamed El Bagary 1798 1799
31 Mohamed Gomma 1799 1804
32 Ibrahim 1804 1813
33 Mohamed Gomma 1813 1818
34 Ibrahim 1818 1828

Notes et références

modifier
  1. James B. Minahan, Encyclopedia of Stateless Nations: Ethnic and National Groups around the World, 2nd Edition, ABC-CLIO, (ISBN 978-1-61069-954-9, lire en ligne), p. 418
  2. 1 2 3 4 5 6 7 Kevin Shillington, Encyclopedia of African history, Fitzroy Dearborn, (ISBN 978-1-57958-245-6, 978-1-57958-453-5 et 978-1-57958-454-2), p. 27-28

Liens externes

modifier