Sygmunt Stein
Sygmunt Stein, né en 1899 au village de Dobromil près de Lemberg, l'actuelle Lvov en Galicie et mort le à Paris, est un journaliste et militant communiste juif, ayant milité au Parti communiste de Pologne (1918-1938), puis au Parti communiste tchécoslovaque. Volontaire en 1936 pour les Brigades internationales, il est désigné à Albacete, centre des Brigades comme commissaire à la propagande. Rapatrié en France à l’été 1937 pour être soigné dans un hôpital près de Paris, il repart en Espagne après sa guérison pour se battre comme simple soldat sur le front dans une compagnie spécifiquement juive des Brigades, la compagnie Botwin qui est décimée en février 1938 lors de violents combats sur le front d'Estrémadure. Il est connu pour ses souvenirs désabusés, publiés en yiddish en 1961, traduits en français en 2012 sous le titre Ma guerre d'Espagne : Brigades internationales : la fin d'un mythe.
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Biographie
modifierIssu d’une famille juive très pauvre et très religieuse, il suit l’école élémentaire traditionnelle de son village où les garçons suivent un enseignement religieux puis est placé par ses parents comme apprenti horloger. Il ne supporte pas les prescriptions contraignantes du judaïsme, se révolte et quitte sa famille. Il adhère d’abord au mouvement socialiste Bund (Union générale des travailleurs juifs), puis au Parti communiste de Pologne (1918-1938). Il devient secrétaire d’une organisation de ce parti en Galicie orientale et rédacteur en chef d’une publication en yiddish Undzer veg. Autodidacte, il étudie les auteurs classiques de la littérature yiddish, en particulier les écrivains et poètes yiddish de l'Union soviétique. Menacé par la répression du mouvement communiste en 1934 en Pologne, le Parti l’autorise à transférer son activité en Tchécoslovaquie où il organise, avec le Parti communiste tchécoslovaque, un mouvement, le Gezerd, financé par des juifs fortunés de Prague, pour promouvoir le Birobidjan, désigné en 1928 par le régime soviétique comme la future « Palestine sibérienne » pour les Juifs. Il édite une revue en allemand, Biribidjan in Bau où il chante les louanges de la Républiqua autonome juive[1].
En 1936, Il part comme volontaire en Espagne dans les Brigades internationales - selon son témoignage, heurté par les procès de Moscou[2] durant la Grande Terreur initiée par Staline de 1936 à 1938, il veut trouver de nouvelles raisons de croire dans le communisme. Arrivé à Albacete, centre des Brigades internationales, ses talents connus de propagandiste le font nommer commissaire à la propagande. Il est chargé de maintenir le moral des combattants, de manière directe en organisant des exposés sur des thèmes marxistes et de manière indirecte en préparant des spectacles et des concerts idéologiquement corrects. Il est aussi responsable des journaux muraux et des décorations idéologiques des salles. C’est donc de l’intérieur de l’appareil qu’il participe à la guerre jusqu’à l’été 1937 où, gravement malade, il est soigné, d’abord à l’hôpital de Murcie puis dans un hôpital français près de Paris. Guéri, il veut repartir en Espagne, cette fois pour se battre sur le front. Il s’engage comme simple soldat dans une compagnie spécifiquement juive des Brigades, la compagnie Botwin[3] qui fait partie de la XIIIe Brigade Internationale[4] et qui sera décimée en février 1938 lors de violents combats sur le front d'Estrémadure. Rescapé mais à nouveau malade, il est rapatrié à Paris en avril 1938 dans un train sanitaire.
Sans papiers, sans argent, ne parlant pas français, il est pris en charge par la mouvance communiste juive yiddishophone de Paris. Il rencontre Perla Fajnmel, juive de Varsovie qu’il épouse en 1939. En 1940, le couple passe clandestinement en zone libre, puis en Suisse quand la zone libre est occupée. En 1946, ils rentrent à Paris. Perla, dont les parents vendaient jadis à Varsovie des vêtements qu’ils confectionnaient et qui connait le métier de couturière, fait de la couture pour la lingerie Etam puis lance un atelier de confection avec deux machines et trois employés. Sygmunt, qui parle le yiddish, l’hébreu, le polonais, l’ukrainien et l’allemand et l’espagnol, aide sa femme et essait de gagner sa vie en donnant des conférences littéraires en yiddish (dont une sur Kafka) et en publiant des articles dans Undzer vort, un quotidien yiddish parisien. Il meurt le 18 mars 1968 à l’hôpital Tenon dans le 20e arrondissement de Paris[5].
Il écrit ses souvenirs de guerre à son retour d'Espagne fin 1938 mais perd son manuscrit pendant la guerre. Le correspondant parisien de Forverts, journal juif américain, l'écrivain Avrom Shulman le persuade de réecrire pour son journal ce qui demeure vivant dans sa mèmoire. L'ouvrage est publié en yiddish en 1961 sous le titre Der birger-krig in Shpanioe. Zikroines fun a militsioner (La guerre civile en Espagne. Mémoires d'un combattant). Il ne sera traduit en français qu'en 2012.
Notes et références
modifier- ↑ Sygmunt Stein, Ma guerre d'Espagne, Seuil,2012, p.13-15.
- ↑ Journaliste 20minutes, « "Ma guerre d'Espagne : brigades internationales : la fin d'un mythe" de Sygmunt Stein chez Seuil (Paris, France) », 20 minutes, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « Sciences humaines », sur seuil.com (consulté le ).
- ↑ « La compagnie dite juive Naftali Botwin, une clef de lecture exemplaire des Brigades internationales comme un projet politique plutôt que militaire », sur Circé. Histoire, Savoirs, Sociétés, (consulté le ).
- ↑ Sygmunt Stein, Ma guerre d'Espagne, Seuil,2012, note biographique de sa fille Odette Stein, p.243-247.
Bibliographie
modifier- Sygmunt Stein, Ma guerre d'Espagne, Paris, Seuil, 2012, 272 p. (ISBN 2021039323).