Synaptula est un genre de concombres de mer de la famille des Synaptidae.

Description et caractéristiques

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Ce genre est l'un des plus diversifiés de sa famille, encore mal compris, et les espèces y sont assez difficiles à déterminer du fait d'une grande polymorphie chromatique au sein même des espèces (ainsi qu'entre les espèces) - c'est d'ailleurs plutôt la constance chromatique des autres genres de la famille qui sert pour les distinguer (le plus proche étant Opheodesoma). Ces holothuries passent généralement le plus clair de leur vie sur des éponges, dont elles sont symbiotiques, de jour comme de nuit[2].

Toutes les espèces ont entre 10 et 13 tentacules (munis de 4 à 30 digitations), sauf S. hydriformis et S. reciprocans qui peuvent monter jusqu'à 12 ou 15. Certaines espèces ont une coloration unie, et d'autres tachée (par exemple H. recta, psara, denticulata) ou variable. Parmi celles qui semblent avoir un patron de coloration stable :

D'après H. L. Clark, d'autres espèces comme S. recta sont « extraordinarily variable in colour » (en l'occurrence, du rougeâtre au brun-pourpre, parfois lilas rayé ou olive). A Samalona, Claude Massin a récolté 82 S. cf. reticulata sur une seule éponge, qui présentaient toute la gamme, du presque blanc à points bruns au blanc à lignes rouille, et la couleur ne dépendait pas de celle de l’éponge. Certaines espèces ont une coloration qui se conserve en alcool (comme S. media), d'autre non. Chez Heding, les patrons blancs (albolineata, ater, recta, psara, striata, virgata) sont explicitement « due to heaps of miliary granules ». Ce sont donc des structures squelettiques, et non des pigments. Les patrons pigmentaires (réseau ou lignes pourpres, rouge) se retrouvent surtout dans le groupe à 10 tentacules, qui est le plus labile.

La taille (bien que variant avec l'âge) peut aussi être un facteur. D'après Heding :

  • petites espèces : S. alba est donnée à 8 cm, S. jolensis à 5 cm, S. tualensis entre 6 et 8 cm, S. neirensis 2 cm, S. hydriformis entre 5 et 7, rarement 10 cm, comme S maculata et S. lamperti, S. rosetta 3 cm, S. reticulata entre 1 et 4 cm, S. lactea entre 4 et 10 cm, S. minima 1 cm
  • espèces moyennes : S. rosea environ 13 cm, S. albolineata environ 20 cm, comme S. virgata (mais jusqu'à 35 cm pour la forme aspera), S. denticulata à 6-8 et rarement jusqu'à 20 cm, S. ater environ 16 cm (holotype tronqué)
  • grandes espèces : S. recta de 30 à 40 cm, S. psara et S. madreporica autour de 30 cm

S. reciprocans mesure entre 6 et 12 cm selon Heding, mais dépasse 40 cm en mer Rouge et Méditerranée.

Dans l'océan Indien, on ne connaît que Synaptula mortensenii, Synaptula recta, Synaptula reciprocans et Synaptula varians[5] ; cette dernière est également la seule espèce présente en Méditerranée (par invasion lessepsienne), et deux seules espèces atlantiques sont Synaptula hydriformis (Caraïbes) et Synaptula secreta (Brésil).

De nombreuses espèces autrefois bien délimitées par leur patron de coloration ont depuis été placées en synonymie (notamment avec Synaptula recta)[6], et beaucoup sont abusivement identifiées comme Synaptula lamperti. D'après Claude Massin et Gustav Paulay, cette espèce serait elle-même une variante de couleur de S. reticulata.

Liste des espèces

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Selon World Register of Marine Species ()[6] :


Espèces acceptées par WoRMS (octobre 2026) et caractères du matériel original
Espèce Localité type Matériel original Tentacules Coloration décrite Longueur Remarques
S. alba Heding, 1928[7] Au large de Neira, îles Banda (Indonésie), 13 m 1 spécimen 13 Blanc pur, tentacules compris 8 cm Deux à trois tailles d'ancres et de plaques ; couronne calcaire à projections antérieures.
S. albolineata Heding, 1928[8] Banda, estran 1 spécimen 13 Gris verdâtre, cinq bandes blanches ambulacraires (amas de granules miliaires) ; tentacules annelés de blanc 21 cm Couronne calcaire verte à sutures blanches.
S. ater Heding, 1928[9] Tual, îles Kei (Indonésie), 1 à 2 m 1 fragment ? Violet sombre, une bande blanche par ambulacre Fragment de 16 cm Extrémité antérieure (tentacules, couronne calcaire) manquante.
S. bandae Heding, 1928[10] Au large de Waling, Banda, 15 m 3 spécimens, dont un d'identification douteuse 10 Blanc pur ; le spécimen douteux porte une faible ligne pourpre par ambulacre Environ 3 cm Tentacules très courts, 4 à 5 paires de digitations.
S. denticulata Heding, 1928[11] Tual, îles Kei 14 spécimens 13 Petits individus gris-vert tachés de blanc ; grands presque incolores, marbrés de vert et de blanc 6 à 8 cm, jusqu'à 16 à 20 cm Couronne calcaire verte à bandes blanches. Spécimens de Sulawesi brun clair à points blancs, rapportés avec doute à l'espèce[12].
S. hydriformis (Lesueur, 1824)[13] Guadeloupe[14] ? 12 Verte ou rougeâtre Jusqu'à 7 cm chez Heding ; 10 à 15 cm selon H. L. Clark Espèce type du genre (sous le nom de S. vivipara). Vivipare ; bâtonnets dans les tentacules ; gonades peu ou pas ramifiées.
S. indivisa (Semper, 1867) Philippines ? 13[15] ? ? Tentacules atteignant le tiers de la longueur du corps, gonades non ramifiées ; validité mise en doute par Heding[16].
S. jolensis Heding, 1928[17] Au large de Jolo, archipel de Sulu (Philippines), environ 45 m 1 spécimen 13 Rouge pâle, quelques bandes blanches irrégulières 5 cm Peut-être synonyme de S. virgata selon Heding lui-même.
S. lactea (Sluiter, 1887)[18] Java ? 10 Rose très pâle à presque blanc (en alcool) 4 à 10 cm (spécimens de Heding) Digitations libres, couronne calcaire très épaisse.
S. lamperti Heding, 1928[19] Banda, environ 20 m, sable et éponges 1 spécimen 10 Gris, cinq bandes pourpres ambulacraires 5 cm Synonymes : S. purpurea et S. membrana Heding, 1928[20]. Holotype sans boucle intestinale. Nom souvent appliqué à tort aux Synaptula des éponges[21].
S. macra (H. L. Clark, 1938) Australie ? ? ? ? Décrite dans le genre Chondrocloea.
S. maculata (Sluiter, 1887)[22] Java ? 10 (11) Gris rougeâtre, à taches ou anneaux brun foncé 3 à 13 cm (spécimens de Heding) Décrite comme variété de S. reticulata ; couronne calcaire faible, teintée de vert.
S. madreporica Heding, 1928[23] Zamboanga (Mindanao, Philippines) 6 spécimens 13 Gris sombre uniforme, face dorsale plus foncée Jusqu'à 31 cm Canal hydrophore enroulé chez les adultes.
S. media Cherbonnier & Féral, 1984[24] Lagon sud-ouest de Nouvelle-Calédonie, 20 m Holotype et 23 paratypes 10 Gris à gris rosé, parcouru d'une vingtaine de minces lignes longitudinales mauves à violacées 1 à 4 cm (holotype 3,5 cm) ; 11,5 cm à Sulawesi[25] Sur les éponges, notamment Ircinia gigantea, parfois par centaines. Intestin sans boucle.
S. minima Heding, 1928[26] Au large de Doe Roa, îles Kei, environ 40 m 1 spécimen 10 Gris, 4 à 5 fines lignes pourpres par interambulacre ; tentacules bruns 1 cm Juvénile ; validité mise en doute par Heding lui-même.
S. mortensenii Heding, 1929 Zanzibar[27] ? 12[27] Blanc, translucide (spécimen de Madagascar)[27] 1,5 cm (spécimen de Madagascar)[27] Bâtonnets dans les tentacules et gonades non ramifiées, comme chez S. hydriformis[27].
S. neirensis Heding, 1928[28] Au large de Neira, Banda, environ 10 m 1 spécimen 13 Violet pâle uniforme 2 cm Sclérites de forme particulière, souvent déformés en arrière du corps.
S. psara (Sluiter, 1887)[29] Baie de Jakarta (Java)[30] ? 13 Gris rougeâtre pâle à taches blanches (Heding) ; brun clair à brun foncé à taches blanches (Massin)[30] Environ 30 cm Paroi du corps épaisse en avant.
S. reciprocans (Forsskål, 1775)[31] Mer Rouge ? 15 (14 à Madagascar[32]) Brun sombre (Heding) ; noirâtre[33] 6 à 12 cm (Suez) ; 8 à 9 cm (Madagascar)[32] Seule espèce à 15 tentacules. Signalée en Méditerranée orientale (Chypre, Israël) depuis 1986[33].
S. recta (Semper, 1867)[34] Bohol (Philippines)[35] ? 13 Gris rougeâtre vif à taches blanches (Heding) ; coloration très variable, du rougeâtre au brun pourpre[35] 31 à 40 cm (Heding) ; 8 à 19 cm (Massin) Synonymes : S. striata (Sluiter, 1887) et Chondrocloea albopunctata Sluiter, 1901[35] ; S. rubra et S. boweniensis Heding, 1931[20]. Indo-Pacifique, de la mer Rouge au Pacifique occidental[35].
S. reticulata (Semper, 1867)[36] Bohol (Philippines)[37] ? 10 (9) Pourpre plus ou moins sombre, réticulé ; juvéniles plus sombres ; tentacules pourpres 1 à 4 cm (spécimens de Heding) Synonyme : S. østergreni Heding, 1928, à titre provisoire[37]. Les Synaptula des éponges de Sulawesi, de coloration très variable, sont rapportées à S. cf. reticulata[21].
S. rosea Heding, 1928[38] Au large de Jolo (archipel de Sulu, Philippines), environ 27 m 1 spécimen 14 Rougeâtre vif 13 cm Peut-être une simple forme de S. reciprocans[32].
S. rosetta Heding, 1928[39] Au large de Jolo, environ 27 m, sable corallien 1 spécimen 12 (13 ?) Rouge pâle uniforme 3 cm Nombre de tentacules incertain selon Heding.
S. secreta Ancona Lopez, 1958 Côte sud du Brésil ? ? ? ? Date de publication à vérifier (1957 ou 1958).
S. spinifera Massin & Tomascik, 1996[40] Lac anchialin de l'île Kakaban (îles Derawan, Kalimantan oriental) ? ? ? ? ?
S. tualensis Heding, 1928[41] Tual, îles Kei, 2 m 3 spécimens, dont un fragment 13 Gris-vert taché de blanc 6,5 et 7,5 cm Proche de S. denticulata ; peut-être juvénile selon Heding.
S. varians (Nair, 1946) Golfe du Bengale ? ? ? ? Décrite dans le genre Chondrocloea.
S. violacea Heding, 1928[42] Koh Sarlak, golfe de Thaïlande 1 fragment ? Brun pourpre uniforme Fragment de 3 cm (2 cm de diamètre) Extérieur semblable à Chiridota violacea selon Heding.
S. virgata (Sluiter, 1901)[43] Indonésie (expédition Siboga) ? 13 Pourpre, strié de bandes blanches de granules miliaires 23 cm (spécimens de Heding) Synonyme : S. aspera (Sluiter, 1901), pourtant seule espèce décrite sans granules miliaires[44].

Problèmes taxonomiques

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En révisant le genre, Heding a décrit 17 espèces en 1928. Onze reposent sur un seul spécimen ou un fragment : S. rosea, albolineata, alba, jolensis, neirensis, rosetta, lamperti, purpurea, minima, ater, violacea. Heding lui-même soupçonnait que tualensis, rosea, østergreni et minima étaient des juvéniles, et que jolensis était peut-être identique à virgata. Cherbonnier (1988) suggère que S. rosea n’est « qu’une simple forme de reciprocans ».

Cherbonnier & Féral (1984) écrivent, à propos des espèces à 10 tentacules palmés, que les différences sont « parfois si minimes qu’il semble difficile de considérer certaines de ces espèces comme différentes ».

Plusieurs caractères de la clé sont fragiles :

  • la couleur (paramètre utilisé par Heding) varie au sein des populations (Massin) ;
  • le nombre de digitations et la taille des sclérites augmentent avec la taille de l’animal (Heding, Massin) ;
  • les « cercles de granules » peuvent être des rosettes dissoutes par l’acidité du fixateur, ce que Heding a lui-même démontré ;
  • S. lamperti est diagnostiquée en partie par l’absence de boucle intestinale, or Heding signale cette absence comme une anomalie individuelle chez un S. hydriformis, et S. media n’a pas non plus de boucle.
  • Massin (1999) tient pour une erreur d’identification la Synaptula des éponges figurée comme S. lamperti par Gosliner et al. (1996). Il la rattache à S. cf. reticulata, comme Paulay.

Heding envisageait de séparer S. hydriformis, qui a des bâtonnets dans les tentacules, des gonades non ramifiées et est vivipare. Les espèces indo-pacifiques prendraient alors le nom de Chondrocloea, dont l’espèce type est Synapta indivisa. Or S. mortensenii (océan Indien occidental) partage avec elle les 12 tentacules, les bâtonnets tentaculaires et les gonades non ramifiées (Cherbonnier 1988).

Bibliographie

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Références taxinomiques

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Notes et références

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  1. ↑ Integrated Taxonomic Information System (ITIS), www.itis.gov, CC0 https://doi.org/10.5066/F7KH0KBK, consulté le .
  2. ↑ (en) Christopher Mah, « Synaptid Sea Cucumbers! Big, Long & Wormy or small and live in bunches on sponges! », sur Echinoblog, .
  3. ↑ Heding, S.G. (1928). Papers from Dr. Th. Mortensen's Pacific Expedition 1914—16. XLVI. Synaptidæ. Videnskabelige Meddelelser fra Dansk naturhistorisk Forening i Kjøbenhavn. 85: 105-323, pls. II-III.
  4. ↑ Gustave Cherbonnier et Jean-Pierre Féral, « Les holothuries de Nouvelle-Calédonie, Deuxième contribution. Deuxième partie: Stichopodidae, Cucumariidae, Phyllophoridae et Synaptidae », Bulletin Muséum National Histoire Naturelle Paris. 4 série, vol. 6, no 4,‎ , p. 827-851 (lire en ligne).
  5. ↑ (en) A.M. Clark et F.W.E. Rowe, Monograph of Shallow-water Indo-West Pacific Echinoderms, Londres, Trustees of the British Museum (Natural History), , 238 p. (lire en ligne).
  6. 1 2 World Register of Marine Species, consulté le .
  7. ↑ Heding 1928, p. 171–172.
  8. ↑ Heding 1928, p. 169–171.
  9. ↑ Heding 1928, p. 200–202.
  10. ↑ Heding 1928, p. 195–197.
  11. ↑ Heding 1928, p. 177–179.
  12. ↑ Massin 1999, p. 109–111.
  13. ↑ Heding 1928, p. 183–188.
  14. ↑ Madeira et al. 2019, p. 180.
  15. ↑ Heding 1928, p. 155, 158.
  16. ↑ Heding 1928, p. 155.
  17. ↑ Heding 1928, p. 174–176.
  18. ↑ Heding 1928, p. 198–199.
  19. ↑ Heding 1928, p. 193–194.
  20. 1 2 Rowe & Gates 1995.
  21. 1 2 Massin 1999, p. 121–125.
  22. ↑ Heding 1928, p. 190–191.
  23. ↑ Heding 1928, p. 181–182.
  24. ↑ Cherbonnier & Féral 1984, p. 843–844.
  25. ↑ Massin 1999, p. 113–114.
  26. ↑ Heding 1928, p. 200.
  27. 1 2 3 4 5 Cherbonnier 1988, p. 254.
  28. ↑ Heding 1928, p. 180–181.
  29. ↑ Heding 1928, p. 176–177.
  30. 1 2 Massin 1999, p. 115–116.
  31. ↑ Heding 1928, p. 160–162.
  32. 1 2 3 Cherbonnier 1988, p. 254–257.
  33. 1 2 Cherbonnier 1986.
  34. ↑ Heding 1928, p. 167.
  35. 1 2 3 4 Massin 1999, p. 116–119.
  36. ↑ Heding 1928, p. 191–193.
  37. 1 2 Massin 1999, p. 119–121.
  38. ↑ Heding 1928, p. 162–163.
  39. ↑ Heding 1928, p. 188.
  40. ↑ Massin & Tomascik 1996.
  41. ↑ Heding 1928, p. 179–180.
  42. ↑ Heding 1928, p. 202–203.
  43. ↑ Heding 1928, p. 172–174.
  44. ↑ Heding 1928, p. 163–167.