Syndicat en France
En France, il existe différents types de syndicats de salariés. Moins de 10 % des salariés français sont syndiqués (8,4 % dans le secteur privé)[1], mais la participation aux élections professionnelles, qui est en moyenne de 43 % des inscrits dans les entreprises de plus de cinquante salariés, est un baromètre de représentativité permettant aux délégués syndicaux de peser dans les négociations avec leurs employeurs.
En comparaison avec d'autres pays, le taux de syndicalisation en France est très bas. En 2012, avec un taux de syndicalisation de 7,7 %, la France est le troisième pays le moins syndicalisé de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)[2], et le dernier au niveau de l'Union européenne. En 2013, le chiffre de 8 %, longtemps avancé, a été réévalué à 11 % par le ministère du Travail[3].
Périmètre
modifierUn syndicat est défini comme « une association privée d'un groupe d'individus pour défendre leurs intérêts »[4]. Si cette définition s'applique à des copropriétaires ou des détenteurs de titres financiers, son sens à tendance en France, depuis la moitié du XIXe siècle, à se limiter aux intérêts économiques, voir professionnels[4]. Les syndicats sont connus pour leurs actions collectives pour une meilleure rémunération, même si elles s'appliquent aux conditions de travail en général[5.1].
Histoire
modifierSi la loi Waldeck-Rousseau autorise la création des syndicats en 1884 dans un contexte de naissance du monde ouvrier, ceux-ci existent déjà auparavant sous la forme d'associations de métiers[6.1]. À l'image des autres pays industrialisés, jusqu'au début du XXe siècle, le syndicalisme français est rattaché à une corporation de métier[5.2]. Cette « logique de métier » intervient au moment de l'embauche ou pour fixer les salaires et reste présente dans certains domaines[5.2]. Pendant longtemps en France, dans certaines branches professionnelles, en raison des effets de groupes et de socialisation, le syndicalisation était quasiment obligatoire[5.3]. À la différence d'autres pays, le nombre de syndicats est nombreux, divisé historiquement par ceux issus du mouvement ouvrier (CGT, FO), ceux du catholicisme social (CFTC, CFDT) et ceux catégoriels (syndicats autonomes)[5.3].

jaune : Union syndicale ; bleu : Confédération interprofessionnelle
Types de syndicats
modifierUnions nationales
modifierElles regroupent leurs adhérents par branches professionnelles (fédérations) et par zones géographiques (Unions régionales et unions départementales). Certaines sont affiliées à la Confédération européenne des syndicats (CES).
On distingue usuellement des autres, les syndicats bénéficiant d'une représentativité reconnue par la réglementation.
Cinq confédérations historiques
modifierEn vertu des dispositions de l'arrêté du [7], cinq confédérations étaient reconnues comme « représentatives de droit » avec, par ordre alphabétique :
- Confédération française de l'encadrement - Confédération générale des cadres (CFE-CGC)
- Confédération française démocratique du travail (CFDT) affiliée à la CES
- Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) affiliée à la CES
- Confédération générale du travail (CGT) affiliée à la CES
- Confédération générale du travail - Force ouvrière (CGT-FO) affiliée à la CES
En vertu des règles légales et réglementaires antérieures à la promulgation de la loi du , d'une part, seuls ces syndicats pouvaient signer des accords à l'échelle nationale ou inter-professionnelle, et d'autre part, au sein d'une entreprise, tout syndicat professionnel affilié à l'une de ces organisations représentatives au niveau national était considéré comme représentatif dans la structure[8].
Transitoirement, jusqu'à la première détermination des organisations syndicales de salariés reconnues représentatives au niveau national et interprofessionnel, qui doit être réalisée au plus tard cinq ans après la publication de la loi du , ces cinq organisations sont présumées représentatives à ce niveau[9].
Autres organisations interprofessionnelles
modifierD'autres unions syndicales existent, mais avec des droits plus réduits du fait de leur non-représentativité de droit :
- Fédération syndicale unitaire (FSU)
- Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) affiliée à la CES
- Union syndicale Solidaires (USS) regroupe les différents SUD mais aussi des syndicats comme le SNJ ou le SNUI (anciennement appelé Groupe des Dix, ou G10)
- Confédération nationale du travail (CNT)
- Confédération nationale du travail - Association internationale des travailleurs (CNT-AIT)
- Confédération nationale des travailleurs-Solidarité ouvrière (CNT-SO)
- Confédération autonome du travail (CAT)
- Syndicat des travailleurs corses (STC)
- Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI)
- Union des syndicats gilets jaunes (USGJ)
Ces syndicats doivent prouver leur représentativité à la lumière des critères légaux[10]. C'est le juge qui peut décider qu'un syndicat répondant à ces critères est représentatif : ce dernier pourra alors disposer d'une section syndicale et aura le droit de présenter des candidats au 1er tour des élections professionnelles[11].
Syndicats de branches
modifierEn France, les organisations syndicales professionnelles sont des syndicats professionnels en prises directes avec les professions ; elles s’attachent à défendre les intérêts des adhérents de leur branche professionnelle ou branche d'activité respective.
Les organisations professionnelles de branche peuvent être affiliées à une des confédérations représentatives au niveau national, ou bien peuvent être indépendantes.
Elles sont consultées par l’État à propos de leur secteur économique et social respectif. De plus, ces organisations ont des activités de négociations entre elles visant à faire évoluer les conditions de travail. (exemple : Syndicat national des infirmiers-anesthésistes (SNIA), Syndicat national des professionnels immobiliers (SNPI)…)
Fonctionnement
modifierEn France, on adhére d'abord à un syndicat qui, lui-même, est affilié à une confédération[5.4]. Leur contour est lié à la communauté qu'il défend : structure, catégorie, bassin d'emploi, ville, national, etc.[5.5]. Le syndicat est également lié à une fédération professionnel, d'où le terme de « double intégration »[5.6].
Représentativité
modifierLa représentativité s'établit sous différentes formes. Les principes démocratiques donnent souvent une légitimité aux syndicats de salariés. Des élections existent notamment pour les prud'hommes et dans les entreprises où des syndicats de salariés peuvent représenter des salariés. En application de la loi de 2008, au niveau national et interprofessionnel, comme au niveau des branches professionnelles, une organisation syndicale pour être représentative doit recueillir au moins 8 % des suffrages exprimés et satisfaire aux autres critères de représentativité (respect des valeurs républicaines, indépendance, transparence financière, ancienneté de deux ans, les résultats de la seconde mesure de l'audience (2013-2016)[12], donnent cinq organisations qui remplissent ces conditions : CFDT : 26,37 %, CGT : 24,85 %, CGT-FO : 15,59 %, CFE-CGC : 10,67 %, CFTC : 9,49 % .
Adhésion
modifierEn France, la moitié des nouvelles adhésions se font pour des raisons utilitaristes (besoin d'information, de défense de ses droits), l'adhésion étant la manière indirecte de payer pour cette aide[5.7]. Viennent ensuite les adhésions de conviction, guidée par des valeurs ou une histoire personnelle liée aux valeurs défendues par les syndicats[5.7]. Enfin, une petit part des personnes adhérent sous une pression multiforme de leur entourage professionnel ou familial qui fait franchir le pas et n'est donc pas une contrainte[5.7].
La proportion des salariés syndiqués représente plus de 30 % des actifs en 1950[13]. Depuis cette époque, on assiste à une diminution +de ce pourcentage avec 25 % en 1970, 20 % en 1980, 10 % en 1990 et moins de 9 % en 2006. Une personne salariée sur six est syndiquée dans la fonction publique et seulement 8 % à 9 % dans le secteur privé[13]. Ce taux est stable depuis la fin des années 1980. Dans le secteur privé, 7,5 % des cadres sont syndiqués contre 5 % des ouvriers[13].
Cela s'explique par le fait que, contrairement à l'Europe du Nord, la France n'a jamais été un pays de syndicalisme de service[14].
Toutefois, la baisse des adhésions constatée en avance en France s'est également produite plus tard dans le reste de l'Europe.
Alors qu'en France, moins d'un salarié sur dix est syndiqué, plus de neuf salariés sur dix bénéficient d'une convention collective.
La diminution du taux d'adhésion s'explique en partie par l’augmentation de la flexibilité du travail. Seuls 2 % des intérimaires et des salariés en CDD sont syndiqués, 6 % des CDI à temps partiel, et 9 % des CDI à temps plein[14].
Financement
modifierHistoriquement et jusqu'en 2008, les Syndicats français de salariés détenaient en tant que syndicat professionnel la particularité d'être les seules personnes morales (avec les autres syndicats professionnels) non tenues par la loi de tenir une comptabilité, bien que, selon la loi, tout organisme qui reçoit des subventions publiques doit publier ses comptes[5.8]. L'objectif est de protéger les syndicats[5.8].
Cette situation a engendré des abus. En particulier, à la suite de l'affaire de l'UIMM, s'est posé la question du financement des syndicats français, « auxquels les cotisations ne suffisent plus depuis longtemps » selon Les Échos[15],[16].
La loi no 2008-789 du fait désormais obligation aux syndicats d'établir des comptes annuels, d'en assurer la publicité et, au-delà d'un certain seuil de ressources, de les faire certifier.
Les cotisations des salariés représentent seulement entre 20 et 30 % du budget des syndicats. Leur financement provient essentiellement de l’argent public, directement grâce aux subventions publiques ou indirectement en utilisant les caisses des retraites, des mutuelles ou des organismes de formation. Selon le rapport Hadas-Lebel, les sommes tirées de la formation professionnelle assureraient 20 % des besoins de la CFTC et 13 % de ceux de la CGC.
Profil des personnes syndiquées
modifierLe profil-type est un homme du secteur public et dont l'âge moyen augmente[5.9]. Les femmes y sont trois fois moins présentes, malgré le fait qu'elle sont 45% des emplois salariés, en raison d'une organisation en secteur et non en métier (le métier de secrétaire peut se retrouver dans de nombreux domaines), des doubles journées de travail des femmes et des violences sexistes et sexuelles au sein des organisations[5.9]. Malgré une augmentation des adhésions après 1945, leur sous-représentation est soulignée dès 1956, ainsi que le besoin d’un soutien spécifique de la part des organisations syndicales[17]. Les jeunes et les personnes issues du privé sont peu représentées[5.10].
Action syndicale
modifierPour parvenir à une discussion avec l'employeur, les syndicats utilisent plusieurs leviers comme les tracts, les manifestations et les grèves[5.11].
Négociations
modifierLes syndicats participent à la négociation des relations de travail ; en France, chaque année plus de 1 000 accords de branche et près de 35 000 accords d’entreprise sont conclus.
Notes et références
modifier- ↑ « Étude de l'INSEE 2006 », sur Insee via Internet Archive.
- ↑ Taux de syndicalisation, http://stats.oecd.org.
- ↑ « Taux de syndicalisation : le vrai du faux », sur franceculture.fr, .
- 1 2 Dominique Andolfatto, « Introduction », dans Les syndicats en France, p. 9-16
- Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, Sociologie des syndicats, La Découverte, , 128 p. (ISBN 978-2-7071-3257-4)
- Blaise Wilfert et Pierre Karila-Cohen, Leçon d'histoire sur le syndicalisme en France, Presses universitaires de France, , 472 p. (ISBN 978-2-13-048861-3, OCLC 40747067, lire en ligne)
- ↑ 7
- ↑ L’arrêté du 30 mai 2013 fixant la liste des organisations syndicales reconnues représentatives au niveau national et interprofessionnel, sur le site de Légifrance https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027481245
- ↑ art. L412-4 du Code du travail (ancien).
- ↑ art. 11 de la LOI n° 2008-789 du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail
- ↑ Art. L2121-1 du Code du travail.
- ↑ « Représentation des salariés, site de la CFDT. »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?).
- ↑ « Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Résultats de la mesure de l’audience pour la représentativité syndicale. Communiqué de presse », sur travail-emploi.gouv.fr, (consulté le )
- 1 2 3 Thomas Amossé et Maria-Teresa Pignoni, « La transformation du paysage syndical depuis 1945 », Données sociales - La société française, (lire en ligne
) - 1 2 transformation [PDF], sur travail-emploi.gouv.fr, La transformation du paysage syndical depuis 1945, Thomas Amossé, Maria-Teresa Pignoni*, 2006
- ↑ « La loi favorise l'opacité du financement des syndicats »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), sur le site des Échos, article du 9 octobre 2007.
- ↑ Romain Gubert avec Séverine Cazes, Catherine Lagrange et Stéphane Siret, « Leur argent noir » [réf. obsolète], Le Point, .
- ↑ (en) Alva Myrdal et Viola Klein, Women’s Two Roles, Londres, Routledge & Kegan Paul, , 2e éd. (1re éd. 1956), 213 p., p. 160
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Guillaume Bernard et Jean-Pierre Deschodt (dir.), Les Forces syndicales françaises, Paris, PUF, coll. « Major », , 512 p. (ISBN 978-2-13-057782-9)
- Les syndicats en France, Paris, La documentation française, , 236 p. (BNF 43588976)
Liens externes
modifier- Pratiques syndicales du droit - vidéo-documentaire en ligne (2014) où l'historien Michel Pigenet et le syndicaliste André Narritsens analysent les rapports des organisations syndicales avec le droit. Film produit par le CHS (CNRS / Paris1)
