Syracusia
Le Syracusia (grec : Συρακουσία ) est un navire marchand utilisé pour le transport de marchandises et de passagers. Il est considéré comme l'un des plus grands navires de l'Antiquité voire le plus grand connu, du moins de l'époque hellénistique.

Il est construit à la demande de Hiéron II de Syracuse et son but est de démontrer la puissance du tyran dans la perspective du déploiement agonistique des ambitions des souverains hellénistiques de l'époque[1].
Sources
modifierL'érudit grec Athénée de Naucratis donne une description détaillée du Syracusia dans son ouvrage les Deipnosophistes. C'est quasiment la seule source qui ait subsisté. Athénée y précise qu'il tient ces informations de Moschion de Phalesis, un écrivain plus ancien dont les écrits sont ensuite perdus. L'identité de Moschion reste incertaine, car il n'est mentionné que par Athénée, qui le désigne simplement comme un « certain Moschion »[2]
Une discussion sur ce navire, ainsi que le texte complet d'Athénée à son sujet se trouve dans le livre de Lionel Casson Ships and Seamanship in the Ancient World[3].
Construction
modifierCommandé par le tyran de Syracuse Hiéron II, le Syracusia est conçu avec plusieurs équipements proposés par Archimède et construit sous la direction de l'architecte Archias de Corinthe vers 240 av. J.-C. Hiéron s'assure également les services des charpentiers de marine et de tous les artisans nécessaires à la réalisation de la tâche. Environ trois cents artisans travaillent sur le chantier, sans compter leurs assistants[4].
Le bois provient de forêts de pins du Mont Etna, les cordages viennent d'Ibérie (Espagne), le chanvre et la poix étanchéifiant la coque est importée des bords du Rhin, tandis que d'autres matériaux proviennent de lieux très divers[5].
La quantité de matériaux utilisée pour le Syracusia correspond à celle nécessaire pour plus de 60 trières conventionnelles[6].
La coque est assemblée à l'aide de chevilles en cuivre. Au bout de six mois, le navire est à moitié construit, on recouvre alors les bordés de feuilles de plomb[5].
Le succès du projet tient tellement à cœur au roi Hiéron II qu'il se rend lui-même au chantier tous les jours pour voir l'avancement de la construction.
La mise à l'eau s’avère extrêmement difficile, suscitant un vif débat parmi les intervenants quant à la méthode à adopter. Finalement, Archimède parvient à mettre le navire à l'eau avec l'aide de quelques hommes seulement, grâce à un système de palans qu'il a lui-même mis au point. L'aménagement intérieur du bateau est réalisé par la suite[2].
Caractéristiques générales
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Avec une longueur de 55 mètres (certaines sources évoquant jusqu'à 120 mètres), une largeur comprise entre 14 et 20 mètres, une hauteur de 13 mètres, il est considéré comme l'un des plus grands navires de l'Antiquité voir le plus grand connu[4],[2].
La capacité de charge du Syracusia est généralement estimée entre 1 700 et 1 900 tonnes[3]. Toutefois, les estimations varient et peuvent dépasser 3 650 tonnes[7]. L'historien Moschion de Phaselis, cité par Athénée, écrit que ce navire pouvait porter une charge de 1600 à 1800 tonnes. Par exemple, le navire pouvait transporter 60 000 sacs de céréales, 10 000 jarres de poisson salé de Sicile, ainsi que 20 000 talents de laine et 20 000 talents d'autres marchandises. Les vivres destinés à l'équipage sont également inclus.
Moschion signale qu'il pouvait aussi embarquer 1942 passagers et plus de 200 soldats[3].
Athénée cite également Moschion pour une épigramme qui aurait été composée par un poète nommé Archimélos, dont on ignore tout par ailleurs. En guise de récompense, Archimélos aurait reçu un don de 1 000 médimnes de grain, que Hiéron fit expédier à ses frais au Pirée. Dans cette épigramme, le poète vante les dimensions immenses du navire, affirmant qu'il pouvait rivaliser avec l'Etna et que son mât supérieur touchait les étoiles. Il célèbre également la cargaison de grain offerte par Hiéron aux îles grecques[2].
Conception
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Le navire fait l'objet d'efforts déployés pour protéger la coque de l'encrassement biologique, notamment en l'enduisant de crin de cheval et de poix[2].
Moschion, cité par Athénée, souligne l'immense profondeur de la cale et mentionne l'utilisation d'une vis d'Archimède comme pompe de cale sur le vaisseau. L'eau de cale, même lorsqu'elle atteint une grande quantité, peut être aisément évacuée par un seul homme grâce à cette vis, inventée par Archimède[2].
Apparence et équipement
modifierPeu de choses sont connues au sujet de l'aspect extérieur du navire. Le "Syracusia" est gréé de trois mâts : le grand-mât, le mât d'artimon et le mât de misaine[2]. Il est équipé de quatre ancres en bois et de huit ancres en fer et Athénée indique que le navire est construit avec « 20 rangées de rames »[2].
Il décrit que le pont supérieur, qui est plus large que le reste du navire, est soutenu par des colonnes en bois magnifiquement ciselées représentant Atlas au lieu de simples colonnes en bois[2].
Sur l'aspect défensif, le navire est équipé de huit tourelles, deux à la poupe, deux à la proue et les autres au milieu du navire. Elles sont chacune équipées de deux archers et de quatre hommes lourdement armés. A l'intérieur de chaque tourelle, une réserve de grosses pierres et de javelots est entreposée[2]. Sur la proue du bateau il y a une plateforme surélevée pour le combat, au sommet de laquelle est installée une catapulte géante pouvant projeter des blocs de 70 kilos et deux balistes gigantesques capables de projeter des traits de cinq mètres de long jusqu'à une distance de cent quatre-vingts mètres[2].
Pour ce qui est du confort des passagers, le Syracusia est l'équivalent du Titanic comparé à d'autres navires de leurs époques respectives[8]. Ce navire est conçu pour offrir tout le luxe nécessaire afin d'accueillir jusqu'à 600 passagers dans ses 142 cabines. Son design innovant et sa taille imposante permet la création de divers espaces de loisirs à bord, dont un jardin et une piscine couverte avec de l'eau chaude[2]. Les niveaux inférieurs du navire sont réservés à l'équipage et aux soldats à bord, tandis que les niveaux supérieurs sont à l'usage des passagers[4],[2]. Selon Athénée, le navire est magnifiquement décoré par l'utilisation de matériaux nobles comme l'ivoire ou le marbre, tandis que tous les espaces publics comprennent des mosaïques représentant toute l'histoire de l’Iliade[4],[2],[9]. Le navire posséde également un manège[5], une bibliothèque, un salon luxueux et un gymnase réservés à l'usage des passagers, ainsi qu'un petit temple dédié à Aphrodite, protectrice des marins[4],[2].
Histoire
modifierSon gigantisme impose de le remorquer à l'aide de plusieurs autres navires. Sa démesure l'amène à ne faire qu'un voyage, rempli de vivres[5], de Syracuse en Sicile à Alexandrie en Égypte ptolémaïque où il est donné à Ptolémée III qui le renomma Alexandria (grec: Συρακουσία )[10],[2].
Héritage
modifierPtolémée IV, le fils et successeur de Ptolémée III, cherche à surpasser le Syracusia. Il ordonne la construction d'un navire de guerre encore plus énorme, le Tessarakonteres , de 423 pieds de haut, 80 pieds de large, et portant plus de 4 000 rameurs et 2 580 soldats [réf. nécessaire]. Le navire est cité par Athénée de Naucratis dans Les Deipnosophistes. Cependant, selon Plutarque dans sa Vies parallèles des hommes illustres, le navire était quasiment incapable de se mouvoir[3],[11].
Controverses sur l'existence du navire
modifierComme ni le navire, ni la source d'information quasi exclusive Moschion, ni le poète Archimélos ne sont mentionnés ailleurs que dans les écrits d'Athénée, la crédibilité de ce récit a été mise en doute et l’existence même du navire reléguée au rang de fable[12]. L'affirmation selon laquelle, grâce à une invention d'Archimède, un seul homme aurait pu vider l'immense cale du navire a été considérée comme suspecte[13].
Plutarque rapporte qu'Archimède mit à l'eau un navire à trois mâts pour Hiéron II à l'aide d'un système de poulies[14]. Toutefois, il ne fait pas état, dans ce texte, d'une taille ou d'un statut exceptionnels pour ce navire, détails qu'il n'aurait pu omettre[15]. Proclus, qui reprend également cette anecdote, rapporte au Ve siècle dans son commentaire sur Euclide que l'ensemble des Syracusains ne parvenait pas à mettre à l'eau le navire à trois mâts destiné à Ptolémée d'Égypte[16]. Enfin, chez Jean Tzétzès, auteur du « Livre d'histoire ou Chiliades » au XIIe siècle, Archimède accomplit cet exploit alors que le navire était chargé de 600 000 médimnes[17].
Cependant, la richesse des détails de la description est généralement considérée comme une preuve de son exactitude[18]. Selon Lionel Casson, le « Syracusia » était le plus grand navire de l'Antiquité[3], ou du moins de l'époque hellénistique[19],[4].Les matériaux de construction mentionnés par Moschion — notamment le chanvre et le lin de la péninsule Ibérique ainsi que la poix du Rhin — ne purent être obtenus qu'après la fin de la première guerre punique, en 241 av. J.-C. La construction n'a donc pu débuter qu'en 240 av. J.-C. au plus tôt.
Notes et références
modifierRéférences
modifier- ↑ Alain Guillerm, La Marine dans l'Antiquité, PUF, 1995, p. 98
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] (lire en ligne), V, 40.
- 1 2 3 4 5 Lionel Casson, Ships and Steamanship in the Ancient World, JHU Press, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 Alan Hirshfeld, « Eureka man: the life and legacy of Archimedes », Walker Publishing Company Inc., (consulté le )
- 1 2 3 4 Jean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile, Pluriel / Fayard, 2018, p. 79
- ↑ (en) « The Syracusia Ship by Michael Lahanas », sur www.hellenicaworld.com (consulté le )
- ↑ Jean Macintosh Turfa, Alwin G. Steinmayer Jr.: The Syracusia As a Giant Cargo Vessel. In: The International Journal of Nautical Archeology. Band 28, Nr. 2, 1999, S. 108 f.; Fausto Zevi: Le grandi navi mercantili, Puteoli e Roma. In: Le Ravitaillement en blé de Rome et des centres urbains des débuts de la République jusqu’au Haut-Empire. Actes du colloque international de Naples, 14–16 Février 1991 (= Publications de l’École française de Rome. Band 196). École Française de Rome, Rom 1994, S. 61–68, hier: S. 63 (Online); Caroline Lehmler: Syrakus unter Agathokles und Hieron II. Die Verbindung von Kultur und Macht in einer hellenistischen Metropole. Verlag Antike, Frankfurt am Main 2005, (ISBN 3-938032-07-3), S. 219.
- ↑ Superships (2007). Ancient Discoveries. The History Channel. Season 3, épisode 4.
- ↑ Lucilla Burn, Hellenistic art : from Alexander the Great to Augustus, The British Museum Press, (lire en ligne)
- ↑ John W. Humphrey, Oleson, John P;Sherwood, Andrew N., Greek and Roman technology : a sourcebook : annotated translations of Greek and Latin texts and documents, TJ International, (lire en ligne)
- ↑ Plutarque, Vie de Demetrius, 43.5
- ↑ Cecil Torr: Ancient Ships. Cambridge University Press, Cambridge 1894, S. 27–29 (Digitalisat).
- ↑ Arthur Breusing: Die Nautik der Alten. Schünemann, Bremen 1886 S. 37 (Digitalisat); vorsichtig zweifelnd Franz Susemihl: Die Geschichte der griechischen Literatur in der Alexandrinerzeit. Band 1. Teubner, Leipzig 1891, S. 882 f. mit Anmerkung 227 (Digitalisat).
- ↑ Plutarque, Marcellus 14,7–8 (englisch).
- ↑ Cecil Torr: Ancient Ships. Cambridge University Press, Cambridge 1894, S. 27 f. mit Anmerkung 74.
- ↑ Proklos, in Euclidem 18 (Grynaeus, englisch bei Google Books).
- ↑ Tzetzes, Chiliades 2,103–108 (englisch).
- ↑ Caroline Lehmler: Syrakus unter Agathokles und Hieron II. Die Verbindung von Kultur und Macht in einer hellenistischen Metropole. Verlag Antike, Frankfurt am Main 2005, (ISBN 3-938032-07-3), S. 219.
- ↑ Olaf Höckmann: Antike Seefahrt (= Beck’s archäologische Bibliothek). C.H. Beck, München 1985, (ISBN 3-406-30463-X), S. 60