Targoum

traduction de la Bible hébraïque en araméen
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Un targoum (pluriel : targoumim) est une traduction de la Bible hébraïque en araméen.

Targoum du XIe siècle, peut-être de Tunisie, trouvé au Kurdistan : pièce de la Schøyen Collection.

Les targoumim sont des traductions araméennes de livres bibliques, faites pour le service synagogal. Leur mise par écrit est attestée au plus tard au Ier siècle de notre ère par les fragments retrouvés à Qumrân, mais la date de formation des différents targoumim reste discutée.

De nombreux targoumim furent écrits ou compilés en terre d'Israël ou en Babylonie, depuis l'époque du Second Temple jusqu'au Haut Moyen Âge. Plus que de simples traductions, les targoumim offrent un reflet de l'interprétation rabbinique de la Bible, qui apparaît quel que soit le degré de fidélité de la traduction au texte massorétique.

Selon l'École biblique de Jérusalem[1], « les targoumim sont plutôt des commentaires souples (que des traductions), destinés à éclairer des textes obscurs. Ils sont donc des moyens privilégiés d'accéder à la Bible hébraïque, telle qu'elle était effectivement comprise par le peuple ».

Étymologie

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Le mot targum est dérivé de la racine sémitique trgm, qui donne l'hébreu תורגמן, et du terme akkadien targummanu qui signifie « traducteur, interprète »[2]. Il apparaît dans la Bible hébraïque dans le Livre d'Esdras 4:7 « ... et l'écriture de la lettre a été écrite en araméen (aramit) et interprétée (meturgam ) en araméen »[2].

L'étymologie de tourdjoumân pourrait aussi remonter au mot targumannum interprète ») présent dans les tablettes cunéiformes akkadiennes de Kültepe/Kanesh (Kayseri) au début du IIe millénaire avant notre ère[3]. Il dériverait du verbe hittite tarkummai- annoncer, traduire »)[3]. La racine signifiant « interprète » existe également en kartvèle (géorgien notamment), sous la forme tardjimin, ainsi qu'en arménien sous la forme tarkman.

Au Moyen Âge, avec les Arabes, la plupart des traducteurs (en arabe tourdjoumân ou turǧumān[4] (ترجمان )) étaient juifs[3]. Ce mot a donné le français « truchement »[5] ou le mot drogman (interprète) et se trouve à l'origine du patronyme Tordjman[3].

En plus de désigner les traductions de la Bible, le terme targum désigne également le rendu oral des lections bibliques à la synagogue, tandis que le traducteur de la Bible s'appelait simplement hammeturgem (celui qui traduit)[2].

Outre le sens « traduire », le verbe tirgem signifie également « expliquer ».  Le mot targum fait ainsi référence à la traduction et à l'argumentation ou à l'explication[2].

Usage du terme en français

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Version de Jérémie en hébreu et en araméen. Le scribe a copié chaque verset deux fois, d'abord en hébreu (texte massorétique avec vocalisation et notes tibériennes) puis en araméen (Targum Jonathan avec vocalisation supralinéaire babylonienne), Yémen, 1475 (Cliquer pour feuilleter)

Bien que le terme targoum s'applique en hébreu à toute traduction de la Bible, l'usage français le restreint aux traductions araméennes utilisées lors de la lecture de portions de la Torah ou des Nevi'im à la synagogue, à l'attention des fidèles pour lesquels l'hébreu n'était plus qu'une langue rituelle, ou savante. Cet usage s'est perdu dans la plupart des communautés juives, pour lesquelles l'araméen a cessé d'être la lingua franca, à l'exception des Juifs du Yémen.

Témoins anciens : les targoumim de Qumrân

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Les fragments targumiques découverts parmi les manuscrits de la mer Morte constituent le plus ancien témoignage conservé de targoumim[6]. Trois manuscrits ont été identifiés comme tels.

Deux proviennent de la grotte 4. Le premier, 4Q156 ou 4QtgLev, se réduit à deux fragments correspondant à Lv 16,12-15 et Lv 16,18-21[7]. Le second, 4Q157 ou 4QtgJob, conserve des restes de Jb 4,16 à 5,4[7]. Tous deux ont été édités par Józef Milik dans le sixième volume des Discoveries in the Judaean Desert[7].

Le troisième, 11Q10 ou 11QtgJob, provenant de la grotte 11, est de loin le plus étendu : trente-huit colonnes couvrant, avec des lacunes, de Jb 17,14 à 42,12[8]. Il a été publié en 1971 par Johannes van der Ploeg et Adam van der Woude, avant de faire l'objet d'une édition dans les Discoveries in the Judaean Desert[8].

Ces textes ont pesé très tôt dans la discussion sur la date de mise par écrit des targoumim. Dès 1966, avant même la publication de 4QtgLev, Roger Le Déaut y voyait la démonstration de l'existence de traductions araméennes écrites au plus tard au Ier siècle de notre ère, et rapportait, d'après une communication orale de Milik transmise par Alejandro Díez Macho, que les fragments du Lévitique offraient une traduction littérale comparable à celle d'Onkelos, en araméen d'empire, et paraissaient remonter au Ier siècle avant notre ère[9].

Le corpus targumique

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Des targoumim ont été composés sur presque tous les livres de la Bible hébraïque, à l'exception d'Esdras, Néhémie et du livre de Daniel[6]. Le texte hébreu qu'ils reflètent est très proche du texte massorétique, à l'exception du targoum de Job de Qumrân, qui s'en écarte parfois[6].

Targoumim du Pentateuque

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Targoum Onkelos

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Le targoum Onkelos est le plus connu. La tradition talmudique (Meguila 3a) l'attribue au prosélyte Onkelos[10]. Les avis divergent sur sa date — Ier siècle, IIIe siècle ou Ve siècle — comme sur son origine, babylonienne ou palestinienne ; même si sa forme littéraire finale est tardive, elle a pu être précédée d'une formulation, écrite ou orale, proche de celle des fragments du Lévitique trouvés à Qumrân[10]. Onkelos suit en règle générale le sens obvie du texte, mais comporte de nombreux éléments exégétiques dans les sections poétiques[10].

Targoumim palestiniens

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Sous le nom de targoumim palestiniens on regroupe quatre témoins distincts[11] :

  • le targoum de Jérusalem I, ou targoum Pseudo-Jonathan. Depuis le XIVe siècle, il est incorrectement appelé « targoum Jonathan », par mélecture de l'abréviation ת״י (Targum Yerushalmi, « targoum de Jérusalem ») ; il intègre par ailleurs des éléments d'Onkelos[11] ;
  • les targoumim de Jérusalem II et III, ou targoum fragmentaire, ainsi nommés parce qu'ils ne sont conservés que par fragments, dans des manuscrits et des éditions imprimées[11] ;
  • les targoumim de la Guéniza du Caire[11] ;
  • le targoum Neofiti (Vatican, Neophyti 1), repéré en 1956 dans un manuscrit copié en 1504. Son éditeur le fait remonter au Ier siècle ou au IIe siècle, tandis que d'autres rattachent la traduction à l'époque talmudique, IVe et Ve siècles[11].

Targoum des Prophètes

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Le targoum des Prophètes, que la tradition babylonienne attribue à Yonathan ben Ouzziel, disciple de Hillel l'Ancien, varie sensiblement d'un livre à l'autre[12].

Targoumim des Écrits

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Selon un récit rapporté par la Tosefta (Shabbat 13,2) et les deux Talmuds (b. Shabbat 115b ; y. Shabbat 16,15c), un targoum de Job existait déjà à l'époque de Gamaliel l'Ancien, dans la première moitié du Ier siècle ; un état ancien de ce targoum a effectivement été retrouvé à Qumrân[12]. Le targoum de Job de Qumrân offre une traduction littérale, reflétant parfois une Vorlage différente du texte massorétique, et paraît ne pas comporter les derniers versets du livre (Jb 42,12-17) ; la version imprimée du targoum de Job diffère du texte de Qumrân[12]. Le livre d'Esther a reçu deux targoumim distincts, le Targoum rishon et le Targoum sheni, l'un et l'autre de caractère midrashique[12].

Les targoumim et les évangiles

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L'École biblique de Jérusalem[13] a fait observer que « le targum d'Isaïe met en exergue le thème du règne de Dieu, qui offre un cadre général à l'enseignement de Jésus. Il permet une grande liberté dans la citation de l'Ecriture, dont Jésus a largement usé (...). Le targum explique le motif pour lequel Jésus parle en paraboles (...). Certains thèmes de sa prédication, comme la vie éternelle, proviennent du targum, et également certaines autodésignations transcendantales de Jésus, lorsqu'il s'identifie à la parole des targoum ».

L'École biblique termine le chapitre sur le targoum en précisant qu'il « offre à Jésus l'occasion d'apporter de réelles innovations théologiques. Il est une des façons que Jésus a de citer l'Ecriture, en particulier lorsqu'il est question de l'actualité et de l'accomplissement des prophéties (...). Jésus use le plus volontiers de réminiscences targoumiques, lorsqu'il faut prouver que la Parole de Dieu est vivante ».

Réception chrétienne et éditions imprimées

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Le targoum chez les hébraïsants médiévaux

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L'accès chrétien aux targoumim est longtemps resté marginal, en partie parce que leur usage avait lui-même reculé du côté juif. Dès le XIIe siècle, la lecture publique du targoum dans les synagogues d'Europe se limite au septième jour de Pessa'h et à Chavouot[14]. La prescription talmudique de préparer la parasha hebdomadaire en la lisant deux fois en hébreu et une fois dans le targoum (Berakhot 8a-b) lui conserve une place dans l'étude privée, mais dès le XIIIe siècle, Moïse de Coucy admet dans le Sefer Mitzvot Gadol qu'on puisse lire le commentaire de Rachi à la place du targoum[14].

Hugues de Saint-Victor et André de Saint-Victor comptent parmi les premiers auteurs chrétiens à mentionner des interprétations targumiques, vraisemblablement par l'intermédiaire des commentaires de Rachi ou d'informateurs juifs[14]. Le premier usage suivi est cependant polémique et non exégétique : dans le Pugio fidei, Raymond Martini cite le targoum Onkelos sur Gn 49,10 pour soutenir que les Juifs auraient conservé le pouvoir jusqu'à la venue du messie[15]. Nicolas de Lyre est le plus important utilisateur médiéval des targoumim : sa Postilla litteralis s'en sert pour opposer les « anciens » Juifs, plus disposés selon lui à reconnaître le caractère messianique de certains passages, aux « modernes »[16].

Bibles rabbiniques et polyglottes

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L'imprimerie change la situation. Daniel Bomberg met au point à Venise la Bible rabbinique, édition d'étude réunissant le texte hébreu, les targoumim de tous les livres bibliques à l'exception de Daniel, Esdras-Néhémie et des Chroniques, et un ou plusieurs commentaires juifs[17]. La première édition, procurée en 1517 par Felix Pratensis, repose pour le targoum sur un manuscrit hébréo-araméen de la fin du XIIIe siècle conservé à Nuremberg, le Codex Solger[17]. La seconde, éditée en 1524-1525 par Jacob ben Hayyim et décisive pour l'histoire du texte hébreu, reprend ce texte araméen de très près[17].

La Polyglotte d'Alcalá, achevée en 1517, n'imprime finalement que le targoum Onkelos avec traduction latine. Francisco Jiménez de Cisneros juge en effet l'araméen des autres livres corrompu par endroits et encombré de fables talmudiques, tout en ordonnant qu'il soit néanmoins traduit et déposé à la bibliothèque de l'université[18]. Les textes avaient été préparés par le converti Alfonso de Zamora et traduits en latin par Pablo Coronel ; les versions latines du targoum Jonathan et des Écrits, restées manuscrites, seront imprimées dans la Polyglotte d'Anvers[17]. Celle-ci reprend l'Onkelos d'Alcalá, y ajoute Jonathan et les targoumim des Écrits, et sera à son tour réimprimée dans la Polyglotte de Paris[19]. Le targoum des Chroniques, absent de ces éditions, ne connaît son editio princeps qu'en 1680[17].

Censure et controverse

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Ces publications s'inscrivent dans un climat contradictoire, entre l'ad fontes humaniste et le contrôle des textes juifs par les autorités ecclésiastiques. Benito Arias Montano, responsable de la Polyglotte d'Anvers, est accusé par León de Castro, professeur à Salamanque, de saper les dogmes de l'Église ; le dossier est finalement confié au jésuite Juan de Mariana, qui l'innocente en 1580[20]. L'index madrilène de 1612 prescrit encore d'apposer la mention caute legatur à côté des textes targumiques de la Polyglotte, formule dont la portée exacte sera disputée[21].

Notes et références

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  1. École biblique de Jérusalem, Dictionnaire Jésus, Paris, Laffont, , 1274 p., p. 1077
  2. 1 2 3 4 (en)Philip S. Alexander, (1992) "Targum, Targumim," in The Anchor Bible Dictionary, ed. David Noel Freedman (New York: Doubleday), 6:320–31
  3. 1 2 3 4 L'étymologie de tourdjoumân pourrait dériver du verbe hittite tarkummai- annoncer, traduire ») : voir (it) M. Forlanini, « Le strade dell'Anatolia del II Millenio a.c. : percorse da mercanti assiri eserciti ittiti e carovane di deportati ma anche vie di diffusione di culti e civiltà », dans Elena Asero, Strade di uomini e di idee, Rome, Aracne (ISBN 9788854885141), p. 47.
  4. Turǧumān : « interprète, traducteur », dér. de tarǧama « traduire » (cf. drogman, targum : traduction de la Bible hébraïque)
  5. « Définition de TRUCHEMENT », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  6. 1 2 3 (en) Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, Minneapolis / Assen, Fortress Press / Van Gorcum, (ISBN 978-0-8006-3429-2), p. 149.
  7. 1 2 3 (en) Florentino García Martínez et Eibert J. C. Tigchelaar, The Dead Sea Scrolls Study Edition, Leyde, Brill, , p. 301-305.
  8. 1 2 García Martínez et Tigchelaar, ouvrage cité, p. 1184-1209.
  9. Roger Le Déaut, Introduction à la littérature targumique, Rome, Institut biblique pontifical, . Le Déaut écrit avant l'édition des textes et s'appuie sur des informations de seconde main.
  10. 1 2 3 Tov 2001, p. 150.
  11. 1 2 3 4 5 Tov 2001, p. 150-151.
  12. 1 2 3 4 (en) Emanuel Tov, Textual Criticism of the Hebrew Bible, Minneapolis / Assen, Fortress Press / Van Gorcum, (ISBN 978-0-8006-3429-2), p. 151.
  13. École biblique de Jérusalem, Dictionnaire Jésus, Paris, Laffont, , p. 1084
  14. 1 2 3 (en) Stephen G. Burnett, « The Targum in Christian Scholarship to 1800 », dans Alberdina Houtman, Eveline van Staalduine-Sulman et Hans-Martin Kirn (dir.), A Jewish Targum in a Christian World, Leyde, Brill, coll. « Jewish and Christian Perspectives » (no 27), (ISBN 978-90-04-26781-7), p. 251.
  15. Burnett 2014, p. 252.
  16. Burnett 2014, p. 252-253.
  17. 1 2 3 4 5 Burnett 2014, p. 254.
  18. (en) Johanna M. Tanja, « Brothers or Stepbrothers? Christianized Targum Manuscripts in the Sephardic Text Family », Aramaic Studies, vol. 10, , p. 96.
  19. Burnett 2014, p. 254-255.
  20. Tanja 2012, p. 99-100.
  21. Tanja 2012, p. 100.

Annexes

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