Tarikh es-Soudan

texte arabe écrit par Abderrahmane Es Saâdi vers 1650

Le Tarikh es-Soudan (en arabe : تاريخ السودان ; ALA-LC : Ta’rīkh as-Sūdān ; littéralement « Histoire du Soudan ») est un ouvrage historique écrit en arabe par Abderrahmane Es Saâdi vers 1650. Il traite des grands empires d'Afrique de l'Ouest, à savoir l'empire du Ghana, l'empire du Mali et l'Empire songhaï. Il est l'un des deux ouvrages de référence sur l'histoire de l'Afrique de l'Ouest avec le Tarikh el-fettach[1].

Tarikh es-Soudan
Photographie d'un manuscrit en arabe.
Manuscrit du Tarikh es-Soudan.

Auteur Abderrahmane Es Saâdi
Pays Pachalik de Tombouctou
Genre Ouvrage historique
Sujet Histoire du Mali
Version originale
Langue Arabe
Titre تاريخ السودان
Date de parution Vers 1650
Version française
Traducteur Octave Houdas
Éditeur Ernest Leroux
Lieu de parution Paris
Date de parution 1900

Abderrahmane Es Saâdi ou Saʿdî, né en 1594 et mort peu après 1655 (date de la dernière mention figurant dans son œuvre), vit sous l'occupation marocaine mise en place après la défaite de l'Empire songhaï en 1591. Issu de la nouvelle élite bureaucratique dite arma  terme désignant les soldats et administrateurs marocains établis au Soudan occidental , il occupe plusieurs postes importants : imam de la mosquée de Sankoré à Djenné (1626–1627), fonctionnaire à Djenné et Macina, puis secrétaire en chef des arma à Tombouctou (1646)[2].

Structure et contenu

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Le Tarikh es-Soudan se divise en deux grandes parties. La première couvre l'histoire ancienne de la région, depuis l'empire de Gao et la dynastie des Zâ jusqu'à l'essor de l'empire du Mali, en passant par les dynasties songhaï. Elle mêle récits folkloriques, traditions orales, panégyriques de savants et saints et chronique urbaine. Parmi les passages notables, on trouve des chapitres consacrés à la dynastie des Zâ, dont l'auteur postule une origine yéménite ; Mansa Moussa et la grandeur de l'empire du Mali ; l'histoire de Djenné et de Tombouctou sous domination malienne puis songhaï ; les origines des Touaregs ; les savants de Tombouctou, notamment à travers les mosquées de Sankoré et de Djingareyber[2].

La seconde moitié du texte se concentre sur la période contemporaine à Es Saâdi, à savoir l'occupation marocaine et l'administration arma. Cette partie s'appuie sur des sources écrites et orales, mais aussi sur l'expérience directe de l'auteur[2].

Dans son introduction, Es Saâdi explique vouloir préserver un savoir en voie de disparition. Il critique la décadence des conteurs traditionnels (notamment les griots), qu'il accuse de déformer la mémoire collective par des mensonges, ragots et jalousies. Il justifie ainsi la rédaction de son histoire comme un acte pieux et intellectuel pour transmettre une mémoire exacte et digne. Il s'inscrit également dans la tradition érudite islamique, notamment en se fondant sur l'ouvrage al-Dhayl d'Aḥmed Baba, qu'il cite explicitement[2].

Au-delà de cette motivation savante, le Tarikh es-Soudan poursuit aussi un objectif politique clair : la légitimation du régime arma. Es Saâdi tente de construire une continuité entre les dynasties songhaï et les arma en leur prêtant à tous des origines orientales (yéménites), renforçant ainsi leur légitimité religieuse et politique. Il marginalise l'origine mandingue des Askia, et présente leur déchéance morale comme la cause de la conquête marocaine[2].

Le texte accorde une place centrale aux savants musulmans, les oulémas, qu'Es Saâdi considère comme les garants de l'ordre social et spirituel. Il met en garde contre les autorités abusant de cette classe intellectuelle, évoquant les répressions de Sonni Ali Ber au XVe siècle et du pacha marocain Mahmoud ben Zergoun (en) à la fin du XVIe siècle. Cette insistance sur la protection des savants fait écho à l'exil d'Ahmed Baba à Marrakech, événement contemporain à la naissance d'Es Saâdi[2].

Cette orientation confère au Tarikh es-Soudan une fonction d'avertissement moral autant que de chronique historique. Il valorise la communauté savante de Tombouctou et ses institutions, notamment la mosquée Sankoré, comme des piliers de la société islamique ouest-africaine[2].

Signification historiographique

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Le Tarikh es-Soudan est, avec le Tarikh el-fettach de Mahmoud Kati, l'un des premiers ouvrages historiques islamiques écrits dans la région ouest-soudanaise. Il ne prolonge pas la tradition orale des griots, mais la remplace par une écriture savante inspirée des modèles arabo-musulmans (Ibn Khaldoun, Ibn Battuta). En ce sens, Es Saâdi et ses prédécesseurs comme Mahmoud Kati introduisent une nouvelle technologie de la mémoire, où l'histoire écrite devient un outil de pouvoir, de réforme morale et d'identité religieuse[2].

Notes et références

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  1. « TARIKH ES-SOUDAN », sur maisonneuve-adrien.com (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Michael A. Gomez, African Dominion: A New History of Empire in Early and Medieval West Africa, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-19682-4, lire en ligne), p. 171-175

Bibliographie

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Articles connexes

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