Avancement de réaction

grandeur thermodynamique permettant de suivre l'évolution d'une réaction chimique
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En chimie, l'avancement de réaction, initialement introduit en 1922 par Théophile de Donder sous le nom de degré d'avancement[1],[2], permet de caractériser l'évolution d'une réaction chimique entre son état initial (avant réaction) et son état final (après réaction). L'avancement de réaction lie entre elles, par la stœchiométrie, les évolutions des quantités de toutes les espèces chimiques (réactifs, produits, inertes) présentes dans le milieu réactionnel.

Avancement de réaction
Unités SI mole (mol)
Dimension N
Nature Grandeur scalaire extensive
Symbole usuel ξ
Lien à d'autres grandeurs dξ=dniνi
Conjuguée Affinité chimique 𝒜

L'avancement de réaction et l'affinité chimique, tous deux définis par de Donder, tiennent une place centrale dans l'étude des réactions chimiques en général et des équilibres chimiques en particulier.

Définitions

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Avancement de réaction

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Soit une réaction entre N espèces Ck dont l'équation bilan est écrite selon la convention stœchiométrique :

Réaction chimique
ν1C1+ν2C2+⋯+νNCN=0

Le signe des coefficients stœchiométriques νk est attribué selon[3],[4],[5] :

Soit nk0 la quantité de constituant k introduite à l'instant initial t=0 dans le réacteur. La réaction fait évoluer cette quantité ; on note nk la quantité de ce constituant à un instant t quelconque. L'évolution de la quantité du constituant k entre l'instant initial et l'instant t vaut :

Δnk=nk−nk0

L'équation bilan induit que l'évolution de tout autre constituant j du mélange réactionnel est liée à celle du constituant k par la relation de proportionnalité :

Δnj=nj−nj0=νjνkΔnk

Les évolutions des quantités de tous les constituants du mélange réactionnel étant ainsi liées, on définit l'avancement de réaction, noté ξ (lettre grecque ksi), par[6] :

Avancement de réaction : ξ=Δn1ν1=Δn2ν2=⋯=ΔnNνN

À tout instant t, la quantité de tout constituant k vaut par conséquent[3],[7] :

nk=nk0+νkξ

Pour un inerte, dont la quantité n'est pas modifiée par la réaction, soit nk=nk0 à tout instant, la relation précédente est également vérifiée puisque νk=0.

Soit la variation élémentaire de la quantité de tout constituant k :

dnk=νkdξ

On a par conséquent la variation élémentaire de l'avancement de réaction[7] :

dξ=dnkνk pour tout k∈[1,⋯,N]

L'avancement de réaction est homogène avec une quantité de matière, il s'exprime par exemple en moles (mol). C'est une variable de composition extensive : si l'on double simultanément toutes les quantités nk0 et nk, l'avancement double également ; si l'on divise les quantités par deux, il est divisé par deux. L'avancement de réaction ξ est la variable extensive conjuguée de la variable intensive affinité chimique 𝒜 ; le produit 𝒜dξ est homogène avec une énergie.

Au moment de l'introduction des constituants dans le réacteur, à t=0, on a nk=nk0 par définition pour tout constituant k ; au début de la réaction, l'avancement est donc par construction nul, ξ=0. À la fin de la réaction, l'avancement peut être aussi bien positif que négatif selon le sens de déplacement de la réaction (voir section Progression et régression d'une réaction).

Dépendance à l'écriture de la réaction

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Puisque les coefficients stœchiométriques entrent dans l'expression de l'avancement de réaction, celui-ci dépend de la façon dont la réaction est écrite. On considère, par exemple, l'équilibre du dioxyde de soufre SO2 et du trioxyde de soufre SO3 en présence d'oxygène O2 :

2SO2(g)+1O2(g)⇄2SO3(g)
−2SO2(g)−1O2(g)+2SO3(g)=0

on a une première expression de l'avancement de réaction :

ξ1=ΔnSO2−2=ΔnO2−1=ΔnSO32

Si l'on inverse l'écriture de la réaction :

2SO3(g)⇄2SO2(g)+1O2(g)
−2SO3(g)+2SO2(g)+1O2(g)=0

on a une deuxième expression de l'avancement de réaction :

ξ2=ΔnSO22=ΔnO21=ΔnSO3−2

Et si l'on écrit la réaction d'une troisième façon, en divisant par deux les coefficients stœchiométriques de la première écriture :

1SO2(g)+12O2(g)⇄1SO3(g)
−1SO2(g)−12O2(g)+1SO3(g)=0

on a une troisième expression de l'avancement de réaction :

ξ3=ΔnSO2−1=ΔnO2−12=ΔnSO31

On a ainsi, selon la façon d'écrire la réaction :

ξ1=−ξ2=12ξ3

Il est donc nécessaire, pour utiliser l'avancement de réaction, de connaitre la façon dont la réaction est écrite. En particulier, les première et deuxième écritures de la réaction donnent des avancements de signes opposés.

Application
On introduit dans un réacteur les quantités initiales suivantes :
  • 2 mol de dioxyde de soufre ;
  • 1 mol d'oxygène ;
  • 0 mol de trioxyde de soufre.
On considère la réaction à un instant t auquel il y a dans le réacteur :
  • 1 mol de dioxyde de soufre ;
  • 0,5 mol d'oxygène ;
  • 1 mol de trioxyde de soufre.
L'avancement de réaction vaut :
  • par rapport au dioxyde de soufre :
ξ1=1−2−2 = 0,5 mol ; ξ2=1−22 = −0,5 mol ; ξ3=1−2−1 = 1 mol ;
  • par rapport à l'oxygène :
ξ1=0,5−1−1 = 0,5 mol ; ξ2=0,5−11 = −0,5 mol ; ξ3=0,5−1−12 = 1 mol ;
  • par rapport au trioxyde de soufre :
ξ1=1−02 = 0,5 mol ; ξ2=1−0−2 = −0,5 mol ; ξ3=1−01 = 1 mol.
D'autre part, si l'on double toutes les quantités initiales, alors à l'instant t les quantités sont également doublées. Le calcul montre que quelle que soit l'écriture de la réaction, l'avancement est doublé (respectivement ξ1 = 1 mol, ξ2 = −1 mol et ξ3 = 2 mol). L'avancement de réaction est une grandeur extensive.

Progression et régression d'une réaction

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Lorsque la quantité d'une espèce k augmente, soit dnk>0 :

  • s'il s'agit d'un produit, soit νk>0, alors dξ>0 ;
  • s'il s'agit d'un réactif, soit νk<0, alors dξ<0.

Inversement, lorsque la quantité d'une espèce diminue, soit dnk<0 :

  • s'il s'agit d'un produit, soit νk>0, alors dξ<0 ;
  • s'il s'agit d'un réactif, soit νk<0, alors dξ>0.

En conséquence :

  • la réaction progresse lorsque les réactifs disparaissent et que les produits apparaissent : dξ>0, l'avancement de réaction augmente ;
  • la réaction régresse lorsque les réactifs apparaissent et que les produits disparaissent : dξ<0, l'avancement de réaction diminue.

Dans un équilibre chimique, la réaction peut se déplacer dans les deux sens. L'avancement de réaction peut donc indifféremment augmenter ou diminuer. Puisque l'avancement est nul au début de la réaction, à l'instant t=0, en fin de réaction, à l'équilibre :

  • ξ>0 si la réaction a progressé par rapport à l'état initial (voir Exemple 1) ;
  • ξ<0 si la réaction a régressé par rapport à l'état initial (voir Exemple 2).

Puisque l'expression de l'avancement de réaction dépend de la façon dont la réaction est écrite, les notions de progression et de régression de la réaction dépendent elles aussi de la façon dont la réaction est écrite.

Exemple - Équilibre du trioxyde et du dioxyde de soufre en présence d'oxygène.

On considère deux écritures de la même réaction, d'une part :
−2SO2(g)−1O2(g)+2SO3(g)=0
dξ1=dnSO2−2=dnO2−1=dnSO32
et d'autre part l'écriture inverse :
−2SO3(g)+2SO3(g)+1O2(g)=0
dξ2=dnSO22=dnO21=dnSO3−2
Quelle que soit l'écriture, une variation d'avancement positive signifie que la réaction progresse ; cependant :
  • selon la première écriture : dξ1>0, donc dnSO2<0 et dnSO3>0, la réaction progresse en produisant du trioxyde de soufre SO3 ;
  • selon la deuxième écriture : dξ2>0, donc dnSO2>0 et dnSO3<0, la réaction progresse en produisant du dioxyde de soufre SO2.
Inversement, une variation d'avancement négative signifie que la réaction régresse ; cependant :
  • selon la première écriture : dξ1<0, donc dnSO2>0 et dnSO3<0, la réaction régresse en produisant du dioxyde de soufre SO2 ;
  • selon la deuxième écriture : dξ2<0, donc dnSO2<0 et dnSO3>0, la réaction régresse en produisant du trioxyde de soufre SO3.
On a donc deux cas selon le produit recherché :
  • la réaction produit du SO3 si dξ1>0 ou dξ2<0 ;
  • la réaction produit du SO2 si dξ1<0 ou dξ2>0.

Avancements de réaction maximal et minimal, taux d'avancement

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Une réaction ne peut progresser qu'en présence de tous ses réactifs : les quantités des réactifs ne pouvant être négatives, la réaction ne peut que s'arrêter si l'un d'eux disparait complètement, même si les autres sont toujours présents. Ce réactif, qui limite la réaction, est appelé réactif limitant. Si les quantités de tous les réactifs s'annulent en même temps, c'est qu'ils ont été introduits dans des proportions respectant la stœchiométrie. Pour une quantité initiale nk0, la quantité du réactif k, nk=nk0+νkξ avec νk<0, s'annule pour ξk,max=−nk0/νk≥0. L'avancement de réaction maximal est la plus petite des valeurs ainsi déterminées. L'avancement de réaction maximal, noté ξmax[6], est donc défini par[7] :

Avancement de réaction maximal : ξmax=minkréactifs(−nk0νk)=−maxkréactifs(nk0νk)≥0

De même, une réaction ne peut régresser qu'en présence de tous ses produits et ne peut que s'arrêter si l'un d'eux disparait complètement. Pour une quantité initiale nk0, la quantité du produit k, nk=nk0+νkξ avec νk>0, s'annule pour ξk,min=−nk0/νk≤0. L'avancement de réaction minimal est la plus grande des valeurs ainsi déterminées. On définit l'avancement de réaction minimal[7] :

Avancement de réaction minimal : ξmin=maxkproduits(−nk0νk)=−minkproduits(nk0νk)≤0

L'avancement de réaction, initialement nul, ξ0=0, ne peut donc évoluer qu'entre ces deux valeurs ; les valeurs extérieures à cet intervalle sont inaccessibles :

ξmin≤ξ≤ξmax

Le taux d'avancement, noté α (lettre grecque alpha), est le rapport de l'avancement de réaction à l'avancement de réaction maximal[6] :

Taux d'avancement : α=ξξmax

Selon le contexte, le taux d'avancement est également appelé taux de dissociation ou taux d'ionisation[6]. Le taux d'avancement est adimensionnel, sa valeur est comprise entre ξmin/ξmax et 1 ; on peut également l'exprimer en pourcentage en multipliant la valeur ainsi obtenue par 100. Si à la fin de la réaction α=1, alors la réaction est totale, elle s'est arrêtée parce que l'un des réactifs est épuisé. Si α<1 la réaction est un équilibre chimique[9].

Tableau d'avancement

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On considère une réaction chimique quelconque. On peut écrire l'évolution des quantités des réactifs et des produits sous forme d'un tableau appelé tableau d'avancement. La première ligne du tableau représente l'équation bilan de la réaction. Sur les lignes suivantes, en dessous de chaque constituant, sont reportées successivement la quantité initiale nk0 du constituant (avancement initial nul), sa quantité nk à un instant t quelconque (fonction de l'avancement ξ) et la quantité finale lorsque l'équilibre est atteint (avancement final ξf).

Exemple - Réaction acido-basique de l'acide éthanoïque[9].

L'acide éthanoïque CH3COOH dans l'eau forme l'ion acétate CH3COO−. Le tableau d'avancement de la réaction est le suivant.
Tableau d'avancement.
réaction−1CH3COOH(aq)−1H2O(l)+1CH3COO−(aq)+1H3O+(aq)=0état initialt=00,01beaucoup0≈0instantt0,01−ξbeaucoupξ≈ξétat finalt=+∞9,58×10−3beaucoup4,2×10−4≈4,2×10−4
L'avancement de réaction final vaut ξf = 4,2 × 10−4 mol. L'avancement de réaction maximal correspond à la disparition totale de l'acide éthanoïque : ξmax = 0,01 mol. Le taux d'avancement est donc de α = 4,2 × 10−2, que l'on peut exprimer en pourcentage : α = 4,2 %. L'acide éthanoïque est donc très peu dissocié dans l'eau.
L'avancement minimal est ici nul, car la quantité d'ion acétate est initialement nulle : ξmin=0.

Applications

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Liens avec d'autres grandeurs

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Vitesse de réaction

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La vitesse de réaction est égale à la dérivée de l'avancement de la réaction par rapport au temps t, elle s'exprime en mol s−1[10],[11],[12] :

Vitesse de réaction : ξ˙=dξdt

La vitesse de réaction rapportée au volume V du milieu réactionnel est notée v, elle s'exprime en mol m−3 s−1[10] :

Vitesse de réaction : v=ξ˙V

La vitesse de réaction peut prendre aussi bien une valeur positive lorsque la réaction progresse (l'avancement de réaction croît) que négative lorsque la réaction régresse (l'avancement de réaction décroît) ; à l'équilibre v=0.

Pour tout constituant k (réactif, produit ou inerte), la vitesse d'apparition est égale à[11],[12] :

Vitesse d'apparition du constituant k : n˙k=dnkdt=νkdξdt=νkξ˙

Comme la vitesse de réaction, la vitesse d'apparition d'un constituant peut être positive (le constituant apparait) ou négative (le constituant disparait) ou nulle (pour un inerte). Lorsqu'une réaction progresse, soit dξ>0, la vitesse d'apparition d'un réactif est négative, et celle d'un produit positive. Inversement, lorsqu'une réaction régresse, soit dξ<0, la vitesse d'apparition d'un réactif est positive et celle d'un produit négative.

Grandeurs de réaction

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Pour une grandeur extensive X donnée, la grandeur de réaction correspondante ΔrX est la dérivée partielle de X par rapport à l'avancement de réaction ξ, à pression P et température T constantes[13] :

Grandeur de réaction : ΔrX=(∂X∂ξ)P,T=∑k=1NνkX¯k

avec :

Comme l'avancement de réaction, les grandeurs de réaction dépendent de l'écriture de la réaction, puisque leur expression inclut les coefficients stœchiométriques.

Les grandeurs de réaction sont souvent notées au moyen de l’opérateur de Lewis Δr[14] :

Δr=(∂∂ξ)P,T

Exemple - L'enthalpie libre de réaction.

L'enthalpie libre de réaction ΔrG est égale à l'opposé de l'affinité chimique 𝒜 :
ΔrG=(∂G∂ξ)P,T=−𝒜
avec G l'enthalpie libre. Ces deux grandeurs, avec l'avancement de réaction, sont centrales dans l'étude des équilibres chimiques.

Exemple - L'enthalpie de réaction.

L'enthalpie de réaction ΔrH donne, pour les réactions effectuées à pression et température constantes, la chaleur QP,T dégagée par la réaction[15],[13] :
QP,T=∫0ξΔrHdξ
Si ΔrH<0 la réaction est exothermique, elle dégage de la chaleur lorsque ξ augmente. Si ΔrH>0 la réaction est endothermique, elle absorbe de la chaleur lorsque ξ augmente[13].

Étude des réactions chimiques

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Condition d'évolution spontanée d'une réaction

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Puisque, par définition de l'avancement de réaction, on a pour tout constituant k :

dnk=νkdξ pour tout k∈[1,⋯,N]

on peut écrire :

∑k=1Nμkdnk=∑k=1Nμk(νkdξ)=(∑k=1Nμkνk)dξ

avec μk le potentiel chimique du constituant k. On pose par définition l'affinité chimique[16] :

Affinité chimique : 𝒜=−∑k=1Nνkμk

Exemple - Équilibre du dioxyde et du trioxyde de soufre en présence d'oxygène.

−2SO2(g)−1O2(g)+2SO3(g)=0
L'affinité chimique s'écrit :
𝒜=−(−2μSO2−1μO2+2μSO3)=2μSO2+1μO2−2μSO3
Avec la variation de l'avancement de réaction :
dξ=dnSO2−2=dnO2−1=dnSO32
On obtient :
−𝒜dξ=μSO2dnSO2+μO2dnO2+μSO3dnSO3

Les différentielles des quatre potentiels thermodynamiques s'écrivent :

dU=−PdV+TdS+∑k=1Nμkdnk=−PdV+TdS−𝒜dξ
dF=−PdV−SdT+∑k=1Nμkdnk=−PdV−SdT−𝒜dξ
dH=VdP+TdS+∑k=1Nμkdnk=VdP+TdS−𝒜dξ
dG=VdP−SdT+∑k=1Nμkdnk=VdP−SdT−𝒜dξ

avec :

On a donc également les relations suivantes pouvant définir l'affinité chimique[17] :

Affinité chimique : 𝒜=−(∂U∂ξ)V,S=−(∂F∂ξ)V,T=−(∂H∂ξ)P,S=−(∂G∂ξ)P,T

Le deuxième principe de la thermodynamique induit que toute réaction chimique ne peut évoluer spontanément que si[17] :

Condition d'évolution spontanée : 𝒜dξ≥0

𝒜 et dξ ne peuvent donc qu'être du même signe[18] :

  • si 𝒜>0 et dξ>0 la réaction progresse ;
  • si 𝒜<0 et dξ<0 la réaction régresse ;
  • si 𝒜=0 la réaction est à l'équilibre.

En termes de potentiel thermodynamique, cette relation dépend des conditions opératoires maintenues constantes en cours de réaction :

  • pour une réaction chimique effectuée à P et T constantes dG=ΔrGdξ=−𝒜dξ≤0 : la fonction enthalpie libre G ne peut que décroître[19] ;
  • pour une réaction chimique effectuée à V et T constants dF=−𝒜dξ≤0 : la fonction énergie libre F ne peut que décroître.

Équilibre chimique, loi d'action de masse

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Les potentiels chimiques μk sont développés en :

μk=μk∘+RTln⁡ak

avec :

On pose[20] :

On développe l'affinité chimique[20] :

𝒜=−∑k=1Nνkμk=−∑k=1Nνkμk∘−∑k=1NνkRTln⁡ak=𝒜∘−RTln⁡∏k=1Nakνk
𝒜=RTln⁡(KQr)

En application de la condition d'évolution spontanée 𝒜dξ≥0, on a[18] :

  • si Qr<K, alors 𝒜>0 et dξ>0 : la réaction progresse ;
  • si Qr>K, alors 𝒜<0 et dξ<0 : la réaction régresse ;
  • si Qr=K, alors 𝒜=0 : la réaction est à l'équilibre.

Les activités chimiques dans le quotient de réaction Qr sont des fonctions de la pression, de la température et de la composition, et par conséquent de l'avancement de réaction : ak=ak(P,T,n)=ak(P,T,ξ). La constante d'équilibre est une fonction de la température : K=K(T). L'équilibre à pression P et température T données est donc situé à l'avancement de réaction ξ répondant à la loi d'action de masse :

Loi d'action de masse : à l'équilibre Qr(P,T,ξ)=K(T)


Réactions simultanées

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Stœchiométrie

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Soit un milieu réactionnel siège de M réactions simultanées impliquant N constituants Ck, on note les diverses réactions selon[4],[23] :

réaction 1 : ν1,1C1+⋯+ν1,kCk+⋯+ν1,NCN=0
⋯
réaction i : νi,1C1+⋯+νi,kCk+⋯+νi,NCN=0
⋯
réaction M : νM,1C1+⋯+νM,kCk+⋯+νM,NCN=0

On note :

  • i l'indice des réactions, i∈[1,⋯,M] ;
  • k l'indice des constituants, k∈[1,⋯,N] ;
  • νi,k le coefficient stœchiométrique du constituant k dans la réaction i, tel que :
    • νi,k<0 pour un réactif ;
    • νi,k>0 pour un produit ;
    • νi,k=0 si le constituant k n'intervient pas dans la réaction i.

Soit dni,k la variation de quantité du constituant k due à la réaction i. À noter que l'on a dni,k=0 si νi,k=0, c'est-à-dire que le constituant k n'intervient pas dans la réaction i. Pour chacun des N constituants, on a la variation globale de quantité dans le mélange réactionnel dnk :

dnk=∑i=1Mdni,k

Pour chacune des M réactions, on définit un avancement de réaction ξi tel que pour chacun des N constituants :

Avancement de la réaction i : dξi=dni,kνi,k

On a donc pour tout constituant k∈[1,⋯,N], réactif, produit ou inerte[23] :

dnk=∑i=1Mνi,kdξi

ou, en intégrant entre l'instant initial et un instant t quelconque[4],[23] :

nk=nk0+∑i=1Mνi,kξi

avec :

  • nk0 la quantité du constituant k à l'instant initial t=0 ;
  • nk la quantité du constituant k à l'instant t ;
  • ξi l'avancement de réaction i à l'instant t ; à l'instant initial, par définition, ξi0=0.


Vitesses des réactions

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La vitesse de la réaction i est donnée par la dérivée de l'avancement de cette réaction par rapport au temps t[11] :

Vitesse de la réaction i : ξ˙i=dξidt

En conséquence, pour chaque constituant j la quantité varie par rapport au temps selon[11],[24] :

Vitesse d'apparition du constituant k : dnkdt=∑i=1Mνi,kdξidt=∑i=1Mνi,kξ˙i

Condition d'évolution spontanée, condition d'équilibre

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À pression et température constantes, la variation de l'enthalpie libre globale du système réactionnel vaut[25],[26] :

dG=∑k=1Nμkdnk=∑k=1Nμk[∑i=1Mνi,kdξi]=∑i=1M[∑k=1Nνi,kμk]dξi=∑i=1MΔrGidξi=−∑i=1M𝒜idξi

avec :

  • ΔrGi=∑k=1Nνi,kμk=(∂G∂ξi)P,T,ξ≠i l'enthalpie libre de réaction de la réaction i ;
  • 𝒜i=−ΔrGi l'affinité de la réaction i.

Les potentiels chimiques sont des fonctions de l'ensemble des quantités des N constituants du mélange réactionnel : μk=μk(P,T,n1,⋯,nN). Chacune des M enthalpies libres de réaction est donc fonction de l'ensemble des M avancements de réaction :

ΔrGi=ΔrGi(P,T,ξ1,⋯,ξM)

Le deuxième principe de la thermodynamique induit que, à pression et température constantes, l'enthalpie libre globale G du système réactionnel ne peut que décroître, d'où[27],[26] :

Condition d'évolution spontanée de tout système chimique à P et T constantes : dG=∑i=1MΔrGidξi≤0

À l'équilibre l'ensemble des enthalpies libres de réaction sont nulles :

À l'équilibre : ΔrGi=0 pour toute réaction i∈[1,⋯,M]

Ce qui induit pour chaque réaction une loi d'action de masse :

Loi d'action de masse : Ki(T)=Qr,i(P,T,ξ1,⋯,ξM) pour toute réaction i∈[1,⋯,M]

soit un ensemble de M équations à M inconnues (les M avancements de réaction).

Notes et références

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  1. ↑ Encyclopædia universalis - affinité chimique.
  2. ↑ Jean Hertz, « Historique en grandes enjambées de la thermodynamique de l’équilibre », J. Phys. IV France, vol. 122,‎ , p. 3-20 (DOI 10.1051/jp4:2004122001, lire en ligne [PDF], consulté le ).
  3. 1 2 Green Book 2007, p. 53.
  4. 1 2 3 Trambouze et al. 2002, p. 1.
  5. ↑ Infelta et al. 2006, p. 147.
  6. 1 2 3 4 Green Book 2007, p. 48.
  7. 1 2 3 4 Infelta et al. 2006, p. 148.
  8. ↑ Infelta et al. 2006, p. 173.
  9. 1 2 Elise Marche, Séverine Bagard et Nicolas Simon, Chimie : Visa pour la 1re année santé, Ediscience, , 200 p. (ISBN 978-2-10-055464-5, lire en ligne), p. 46.
  10. 1 2 Green Book 2007, p. 63.
  11. 1 2 3 4 Soustelle 2015, p. 17.
  12. 1 2 Trambouze et al. 2002, p. 11.
  13. 1 2 3 Infelta et al. 2006, p. 149-152.
  14. ↑ Green Book 2007, p. 60.
  15. ↑ Kévin Moris, Philippe Hermann et Yves Le Gal, Chimie PCSI, Dunod, coll. « Le compagnon », , 496 p. (ISBN 978-2-10-056826-0, lire en ligne), p. 429.
  16. 1 2 3 Green Book 2007, p. 58.
  17. 1 2 Mesplède 2004, p. 45.
  18. 1 2 Mesplède 2004, p. 53-54.
  19. ↑ Une réaction spontanée, dans laquelle G décroît, est appelée réaction exergonique. À contrario une réaction provoquée, dans laquelle G croît, est appelée réaction endergonique.
  20. 1 2 Green Book 2007, p. 61.
  21. ↑ Bruno Fosset, Jean-Bernard Baudin et Frédéric Lahitète, Chimie : Exercices et annales PC-PC*, Dunod, , 152 p. (ISBN 978-2-10-075338-3, lire en ligne), p. 105-106;118.
  22. ↑ Bruno Fosset, Jean-Bernard Baudin et Frédéric Lahitète, Chimie PTSI : Tout-en-un, Dunod, , 2e éd., 496 p. (ISBN 9782100833078, lire en ligne), p. 33.
  23. 1 2 3 4 Jean-Léon Houzelot, Réacteurs chimiques polyphasés, vol. J 4 012, Techniques de l'Ingénieur (lire en ligne), p. 6.
  24. ↑ Trambouze et al. 2002, p. 12.
  25. ↑ Soustelle 2015, p. 44-45.
  26. 1 2 Infelta et al. 2006, p. 172.
  27. ↑ Soustelle 2015, p. 32.

Bibliographie

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  • (en) IUPAC, Quantities, Units and Symbols in Physical Chemistry Green Book, RSC Publishing, , 165 p. (lire en ligne [PDF]).
  • Jean-Pierre Corriou, Thermodynamique chimique : Équilibres thermodynamiques, vol. J 1028, Techniques de l'ingénieur, coll. « base documentaire Thermodynamique et cinétique chimique, pack Opérations unitaires. Génie de la réaction chimique, univers Procédés chimie - bio - agro », (lire en ligne), p. 1-31.
  • P. Infelta et M. Graetzel, Thermodynamique : Principes et Applications, BrownWalker Press, , 484 p. (ISBN 978-1-58112-995-3, lire en ligne), chapitres 9 et 10.
  • J. Mesplède, Chimie PSI : Cours - Méthodes - Exercices résolus, Bréal, coll. « Les nouveaux précis Bréal », , 350 p. (ISBN 978-2-7495-2063-6, lire en ligne), partie I - Thermodynamique ; Chapitre 2 - Équilibres chimiques pp. 37-80 ; Chapitre 3 - Déplacement des équilibres pp. 81-116.
  • Michel Soustelle, Équilibres chimiques, vol. 4, Londres, ISTE Group, coll. « Génie des procédés / Thermodynamique chimique approfondie », , 196 p. (ISBN 978-1-78405-103-7, lire en ligne).
  • Pierre Trambouze et Jean-Paul Euzen, Les réacteurs chimiques : De la conception à la mise en œuvre, Éditions OPHRYS, coll. « Publications de l'Institut français du pétrole », (ISBN 2-7108-1121-9, lire en ligne).

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