Tell Al-Rawda
Le tell Al-Rawda (en arabe الروضة) est un tell ou tumulus, un site archéologique situé dans la steppe syrienne, à l'est de Hama.
| Tell Al-Rawda (ar) الروضة | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Désert de Syrie | ||
| Gouvernorat | Gouvernorat de Hama | |
| Coordonnées | 35° 10′ 52″ nord, 37° 37′ 59″ est | |
| Histoire | ||
| Époque | Bronze ancien IV | |
| Géolocalisation sur la carte : Syrie
| ||
| modifier |
||
Il s'agissait d'un vaste site urbain, entouré de remparts et comprenant plusieurs temples. Il est occupé entre 2500 et 2000 avant J.-C. environ, pendant le Bronze ancien IV.
Une mission franco-syrienne y mène des fouilles archéologiques depuis 2002, et révèle des rues circulaires, avec les autres rues rayonnant depuis le centre du site. La ville est ceinturée de double remparts, avec deux fossés, et occupe une superficie de 16 hectares. Les maisons sont de forme ronde puis orthogonales. Trois temples sont identifiés, dont un vaste temple avec enceinte sacrée. Un vaste réseau hydrographique captait les eaux à l'entour pour permettre une agriculture irriguée et l'élevage.
Historique de la recherche
modifierLe site d'Al-Rawda est découvert en 1996 dans le désert de Syrie par la mission de prospection archéologique des Marges arides de Syrie du Nord (dans la région située à l'est de Hama) qui en publie le premier plan[1]. À la suite de cette prospection, un projet de fouilles est lancé, le projet Al-Rawda, par une mission franco-syrienne. Les fouilles sur le site débutent en 2002 et se concentrent sur les remparts circulaires, sur la porte nord de la ville, le temple et la nécropole voisine. En parallèle, une prospection magnétométrique, méthode permettant de détecter les vestiges de murs sans les fouiller, est réalisée à l'intérieur des remparts en 2003. Les travaux se poursuivent au moins jusqu'en 2010. Le projet Al-Rawda est financé par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français et la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie. Il est codirigé par Corinne Castel et Nazir Awad[2],[3].
Le site et son environnement
modifierAl-Rawda est situé 80 kilomètres à l'est de Hama. Aujourd'hui comme par le passé, la région reçoit moins de 200 millimètres de précipitations annuelles, ce qui rend impossible une agriculture fiable sans une irrigation correcte[4]. Une étude précise de la microrégion autour d'Al-Rawda est effectuée, et elle révèle que le site se situe dans une fayda, une dépression qui recueille les eaux de ruissellement d'une vaste région, et elle est à proximité d'un oued. Al-Rawda est entourée d'installations hydrologiques destinées à capter les eaux de ruissellement pour mettre en œuvre l'irrigation nécessaire. Le site lui-même est un tell presque circulaire d'une hauteur maximale de 2 mètres. La superficie à l'intérieur des remparts circulaires est de 11 hectares, et un total de 15 à 16 hectares en comprenant les remparts, avec en plus une ville extérieure de 4 hectares. La partie sud-ouest du site est occupée par des habitations modernes[2],[3],[5].
Historique de l'occupation
modifierLe site d'Al-Rawda est occupé pendant une période relativement courte, entre la fin du IIIe et le début du IIe millénaire avant J.-C., coïncidant approximativement avec la période du Bronze ancien IV. La ville est fondée entre 2560 et 2430 avant J.-C. mais elle est finalement abandonnée vers 2000 avant J.-C.[6],[5]. Le relevé magnétométrique révèle le plan de rues circulaires, avec les autres rues rayonnant depuis le centre du site. On retrouve des similitudes entre le temple et ce plan de rues en cercle à Tell Chuera, situé dans un environnement similaire au nord-est d'Al-Rawda[2]. Au moins trois temples sont identifiés, dont un a été fouillé. Le plus grand temple fouillé possédait une entrée avec un porche à colonnes, une cella carrée et donnait sur un espace de 50 mètres, l'enceinte sacrée, s'étendant vers l'extérieur[3]. Parmi les offrandes découvertes dans ce temple figuraient de l'albâtre venant d'Égypte, du lapis-lazuli d'Afghanistan et l'agate venant de l'Inde[5]. La ville était défendue par un double rempart de briques en terre crue reposant sur des fondations en pierre, et par deux fossés. On y accédait par cinq portes[5].
Le site urbain indique qu'il faisait partie de plusieurs réseaux commerciaux d'envergure, à différentes échelles. Al-Rawda servait probablement d'étape aux caravanes traversant le plateau entre la vallée de l'Euphrate et la région de Qatna. Le site constituait aussi un centre religieux pour la région, avec un vaste sanctuaire dédié probablement au dieu protecteur de la ville[7]. Il joua un rôle majeur dans le développement du pastoralisme extensif et de la production de laine à la fin du IIIe millénaire avant J.-C.[5] .
La nécropole
modifierLa nécropole est située à proximité du site, mais en dehors de la zone cultivée ou servant à l'élevage. Parmi les 97 tombes découvertes, 54 sont des tombes à puits – destinées à des inhumations multiples et creusées dans la croûte calcaire du plateau –, 25 sont des tombes à coffre simple et 17 sont des tombes circulaires[3].
Voir aussi
modifierNotes et références
modifier- ↑ Geyer et Calvet, « Les steppes arides de la Syrie du Nord au Bronze ancien ou « la première conquête de l'est » », Conquête de la steppe et appropriation des terres sur les marges arides du Croissant fertile, vol. 36, , p. 55-58 (plan p. 65, fig. 5) (lire en ligne)
- 1 2 3 Castel et Gondet, « Prospection géophysique à al-Rawda et urbanisme en Syrie au Bronze ancien », Paléorient, vol. 30, no 2, , p. 93–109 (DOI 10.3406/paleo.2004.1013)
- 1 2 3 4 (en) Corinne Castel, Proceedings of the 4th International Congress of the Archaeology of the Ancient Near East, vol. 2, Wiesbaden, Harrassowitz, , 302–305 p. (ISBN 978-3-447-05757-8), « Al-Rawda, a town in the steppe (Central Syria, Early Bronze Age IV) ».
- ↑ Jacques Besançon et Bernard Geyer, « Chapitre 1 – Contraintes écogéographiques et modes d'occupation du sol », MOM Éditions, vol. 43, no 1, , p. 11–54 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 (en) Castel et Peltenburg, « Urbanism on the margins: third millennium BC Al-Rawda in the arid zone of Syria », Antiquity, vol. 81, no 313, , p. 601–616 (ISSN 0003-598X)
- ↑ (en) Olivier Barge, Corinne Castel et Jacques Élie Brochier, Human Impact on the Landscape around al-Rawda (Syria) during the Early Bronze IV: Evidence for Exploitation, Occupation and Appropriation of the Land, in Settlement Dynamics and Human–Landscape Interaction in the Dry Steppes of Syria, par Daniele Morandi Bonacossi (dir.), Studia Chaburensia 4, Wiesbaden, Harrassowitz, 2014, p. 173-185.
- ↑ (en) Castel, « The First Tempe in antis: The Sanctuary of Tell Al-Rawda in the Context of 3rd millennium Syria », Hal Archives,
Bibliographie
modifier- (en) E.J. Bakraji et al., « PIXE multivariate statistics and OSL investigation for the classification and dating of archaeological pottery excavated at Tell Al-Rawda site, Syria », in Nuclear Instruments and Methods in Physics Research Section B: Beam Interactions with Materials and Atoms 347, 2015, p. 20-25.
- (en) Corinne Castel, « Monumental Architecture at the Margins of the Syrian Desert: Spatial Analysis, Functions and Rituals of the Sanctuary of Tell Al-Rawda (Early Bronze Age IV) », in Proceedings of the 12th International Congress on the Archaeology of the Ancient Near East, held in Bologne (ICAANE), Bologne, Harrassowitz Verlag, 2021, vol. 12.
- Corinne Castel, « Stratégies de subsistance et modes d'occupation de l'espace dans la micro-région d'Al-Rawda au Bronze ancien final (Shamiyeh) », in Urban and natural landscapes of an ancient Syrian capital: settlement and environment at Tell Mishrifeh/Qatna and in central-western Syria..., Studi archeologici su Qatna 1, 2007, p. 1000-1012.
- Corinne Castel, « L'abandon d'al-Rawda (Syrie) à la fin du troisième millénaire : premières tentatives d'explication », in Publications de l'Institut Français d'Études Anatoliennes 19.1, 2007, p. 159-178 [lire en ligne].
- Corinne Castel, « Deux empreintes de sceaux-cylindres sur céramique du Bronze ancien IVB à Tell Al-Rawda : l'usage local d'une pratique sigillaire en Syrie intérieure », in Perles du Passé, Études sur l'art et l'archéologie du Proche-Orient en l'honneur de Frances Pinnock, hrsg. V. D'Andrea, Marta (marru 8), 2019, p. 161-186.
- (en) Corinne Castel, « Urban planning and urbanization in 3rd Millennium Syria. Tell Al-Rawda in context », in Ebla and Beyond Ancient Near Eastern Studies after Fifty Years of Discoveries at Tell Mardikh, 2018, p. 75-105.
- (en) Corinne Castel, The First Temples in antis : The Sanctuary of Tell Al-Rawda in the Context of 3rd millennium Syria, in J. Becker, R. Hempelmann, Rehm E. Kulturlandschaft Syrien, Zentrum und Peripherie, Festschrift für Jan-Waalke Meyer, Ugarit Verlag, 2010, p. 123-164 [lire en ligne].
- Bernard Geyer, Conquête de la steppe et appropriation des terres sur les marges arides du Croissant fertile, Lyon, Maison de l'Orient, (ISBN 978-2-903264-78-9).
- (en) Ali Jabbour, « The Evolution of Defensive Elements in the Syrian Cities and Kingdoms during the Bronze Age », in Syrian Jazirah, Euphrates region, Northern Levant, Between the Early and Middle Bronze Age, 2020 [[lire en ligne].
- (en) Bertrand Moulin et Olivier Barge, Hydrological Modeling and Management of Water Ressources in the Syrian Steppe during the Early Bronze Age, the Case of the Fortified City of Al-Rawda, in Archéologie et Informatique (CHNT9), 2004 [lire en ligne].
- (en) Emmanuelle Vila, Animal Economy at the End of the Third Millennium bc in the Syrian Badiyah:A Comparative Study of Tell Chuēra and Tell Al-Rawda, dans Corinne Castel, Jan-Waalke Meyer et Philippe Quenet (dir.), Circular Cities of Early Bronze Age Syria, SUBARTU, 2020, p. 201-210.