Le Tell Fekherye, en arabe تل الفخيرية Tell el-Fakhariya (également orthographié Tell Fecheriye ou Tell Fekeriye), est un site archéologique antique situé dans le bassin du fleuve Khabour, dans le gouvernorat de Hassaké au nord de la Syrie.

Tell Fekherye
(ar) تل الفخيرية, Tell el-Fakhariya, Tell Fecheriye, Tell Fekeriye, Sikkan
Localisation
Pays Drapeau de la Syrie Syrie
Gouvernorat Gouvernorat de Hassaké
Coordonnées 36° 50′ 24″ nord, 40° 04′ 07″ est
Géolocalisation sur la carte : Syrie
(Voir situation sur carte : Syrie)
Tell Fekherye
Tell Fekherye
Statuette féminine de Tell Fekheriye (c. 9000–7000 B.C.)
Statuette masculine de Tell Fekheriye (c. 9000–7000 B.C.)
Deux statuettes (9000–7000 av. J.-C.), gypse, bitume et pierre, trouvées au Tell Fekherye.
Exposées à l'Institut oriental de Chicago, Chicago, États-Unis.

Il est identifié avec certitude comme le site de la ville ancienne de Sikkan, attesté depuis environ 2000 av. J.-C.[1]. Sous l'administration d'un gouverneur assyrien vers 1000 av. J.-C., il était appelé Sikani. Au début du Ier millénaire av. J.-C., Sikkan fait partie de l'État syro-hittite de Bit Bahiani. Sur le site, plusieurs tertres, appelés tell, se trouvent à proximité les uns des autres : le Tell Fekherye, Ras al-Ayn et à 2,5 kilomètres à l'est de Tell Halaf, site de la ville araméenne et néo-assyrienne de Guzana. Au cours des fouilles, l'inscription bilingue de Tell Fekherye (en) (dans le dialecte assyrien de l'akkadien et de l'araméen) est découverte sur le site, cette inscription fournit des informations sur le roi Hadad-yith'i.

Au début du XXe siècle, Tell Fekherye est proposé comme pouvant être le site de Washukanni, la capitale du Mitanni, mais cette hypothèse n'est pas tout de suite confirmée[2],[3]. De nombreux chercheurs, dont Michael Roaf, Peter Akkermans, David Oates, Joan Oates et Edward Lipinski, ne sont pas de cet avis[1],[4],[5]. Cependant, cette identification semble bien établie par Stefano de Martino à la suite de fouilles archéologiques menées dans les années 2010 par une équipe allemande sous la direction de Mirko Novák et Dominik Bonatz[6].

Histoire

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Carte du bassin de Khabour à l'âge du bronze montrant l'emplacement de Tell Fekherye (tout à gauche) par rapport à d'autres sites importants.

Le site présente des signes d'occupation au Néolithique. Les fouilles, encore limitées, révèlent d'importants développements aux périodes du royaume médio-assyrienne et de l'empire néo-assyrien, avec seulement quelques tessons de poterie épars datant des périodes mitanniennes antérieures. Le site est ensuite également occupé pendant la période romaine et byzantine[7].

Association proposée avec Washukanni

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Figurine féminine - AO 21687 - IMG 7860 - Noir

La ville néo-assyrienne de Sikan, située près de Ra's al-'Ayn, a été identifiée par Dietrich Opitz comme étant Washukanni, la capitale du Mitanni. On pense alors que le nom Sikan est une version assyrienne de son original hourrite, ou indo-aryen, devenant (Wa-)Sikan(-ni). Aucune preuve épigraphique, glyphique ou autre preuve archéologique ne vient étayer cette identification, que ce soit sur ce site ou sur d'autres sites[8]. Cette identification repose donc d'abord sur une base purement étymologique. Cette étymologie est contestée par Edward Lipiński, qui souligne que Sikan est un nom sémitique (signifiant stèle) déjà attesté pour ce site vers 2000 av. J.-C.[1],[9]. Une tablette d'argile envoyée de Washukanni en Égypte est analysée chimiquement et comparée à des échantillons provenant de Sikan ; le résultat est négatif[8]. Mais depuis, cette identification est établie par Stefano de Martino à la suite de fouilles dans les années 2010 par une équipe allemande sous la direction de Mirko Novák et Dominik Bonatz[6].

Archéologie

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Le Tell Fekherye.

Le site de Tell Fekherye s'étend sur environ 90 hectares, dont 12 constituent un tumulus. Le Tell Fekherye attire l'attention de Max von Oppenheim au début du XXe siècle. En 1929, lors de ses fouilles à Tell Halaf, Max von Oppenheim envoie Felix Langenegger et Hans Lehmann sur le site pour en effectuer un relevé topographique, ce qui aboutit à l'établissement d'une carte topographique[10].

En 1940, une équipe de l'Institut oriental de Chicago et du Musée des Beaux-Arts de Boston, dirigée par Calvin W. McEwan et comprenant Harold D. Hill, y travaille brièvement, réalise plusieurs sondages, dresse une carte topographique du site et rassemble divers objets en céramique et épigraphiques. Parmi les documents épigraphiques figurent douze tablettes et quelques fragments. L'une des tablettes médio-assyriennes, datant du XIIIe siècle avant J.-C. environ, indique que la ville s'appelait alors Dunnu. Les zones explorées sont principalement médio-assyriennes et néo-assyriennes[11].

En 1955, Anton Moortgat effectue deux sondages à Tell Fekherye, datant de la période de l'empire mitannien[12],[13]. Une brève campagne de fouilles a lieu en 2001, menée par une équipe de l'Université de Halle-Wittenberg et de la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie, sous la direction d'A. Pruss[14]. Après une prospection en 2005, une équipe de l'Université libre de Berlin, du SAHI (Institut archéologique et historique slovaque) et de la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie reprend les travaux à Tell Fekherye pendant un mois en 2006. Les fouilles se poursuivent en 2007 pendant huit semaines[15],[16],[17]. Lors de la campagne de 2009, onze tablettes cunéiformes médio-assyriennes sont mises au jour dans une couche datant du début de la période post-mitannienne du site. En 2010, 40 textes et fragments de textes sont découverts dans le même contexte[18],[19]. Une première traduction indique qu'ils sont de nature administrative. Des formulations identiques les relient aux règnes, au XIIIe siècle avant J.-C., des souverains médio-assyriens Salmanazar Ier et Tukulti-Ninurta Ier. Plusieurs empreintes de sceaux apparentés et quelques sceaux sont également mis au jour[20].

Voir aussi

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Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Tell Fekheriye » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 (en) Edward Lipiński, The Aramaeans: Their Ancient History, Culture, Religion, Peeters Publishers, (ISBN 978-90-429-0859-8, lire en ligne), p. 120
  2. (en) K. Lawson Younger, Ugarit at Seventy-Five, (ISBN 9781575061436, lire en ligne), p. 146.
  3. (en) Edward Lipiński, « Hurrians and Their Gods in Canaan », Rocznik Orientalistyczny/Yearbook of Oriental Studies, (lire en ligne).
  4. (en) D. T. Potts, A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, (ISBN 9781444360776, lire en ligne), p. 570.
  5. (en) David Oates, Joan Oates et Helen McDonald, Excavations at Tell Brak, Volume 1, (ISBN 9780951942055, lire en ligne), p. 143.
  6. 1 2 (en) Stefano De Martino, Political and Cultural Relations between the Kingdom of Mittani and its Subordinated Polities in Syria and Southeast Anatolia, in Changing Faces of Kingship in Syria-Palestine 1500-500 BCE, Ugarit Verlag, 2018, p. 38 [[lire en ligne] : « Les récentes fouilles archéologiques allemandes à Tell Fekherye confortent l'hypothèse selon laquelle la capitale du Mittani, Wassukkanni, était située à cet endroit » ; voir aussi Novák (2013) p. 346 et Bonatz (2014)].
  7. (en) Dominik Bonatz, Tell Fekheriye. A Synopsis of Excavations and Ongoing Research Questions in Archaeological Explorations in Syria 2000-2011: Proceedings of ISCACH-Beirut 2015, p. 101-116, 2018.
  8. 1 2 (en) Peter M. M. G. Akkermans, Glenn M. Schwartz, The Archaeology of Syria: From Complex Hunter-Gatherers to Early Urban Societies (c.16,000-300 BC), (ISBN 9780521796668, lire en ligne), p. 327
  9. (en) Edward Lipinski, Studies in Aramaic Inscriptions and Onomastics, Peeters Publishers, 1994 (ISBN 90-6831-610-9).
  10. (de) Max Freiherr von Oppenheim, Der Tell Halaf, in Eine neue Kultur im ältesten Mesopotamien, F. A. Brockhaus, 1931.
  11. (en) C. W. McEwan, L. S. Braidwood, H. Frankfort, H. G. Güterbock, R. C. Haines, H. J. Kantor et C. H. Kraeling, Soundings at Tell Fakhariyah, in Oriental Institute Publication 79, 1957 [lire en ligne].
  12. (de) A. Moortgat, Vorläufiger Bericht über eine Grabung auf dem Tell Fecherije 1955, AAS, vol. 6, p. 39-50, 1956.
  13. (de) A. Moortgat, Archäologische Forschungen der Max Freiherr von Oppenheim-Stiftung im nördlichen Mesopotamien 1956, AAS, vol. 7, p. 17-30, 1957.
  14. (de) A. Pruss et Abd al-Masih Bagdo, Tell Fecheriye. Bericht über die erste Kampagne der deutsch-syrischen Ausgrabungen 2001, MDOG, vol. 134, p. 311-329, 2002.
  15. (en) D. Bonatz et P. Bartl, Preliminary Report of the excavations at Tell Fekheriye in 2006 and 2007, in Chronique Archéologique en Syrie, 2007, p. 175-185.
  16. (de) D. Bonatz, Tell Fecheriye 2006 - Neue Ausgrabungen an altbekannter Stätte, in: Alter Orient aktuell, vol. 8, 2008, p. 4-8.
  17. (de) D.Bonatz et al., Bericht über die erste und zweite Grabungskampagne in Tell Fekheriye 2006 und 2007, MDOG, vol. 140, 2008, p. 89-135.
  18. (en) Drahoslav Hulínek, Daniel Kendrala et Lieskovský, « 4. Geodetic surveyes and topography at the Tell Fekheriye location », Archeology on Three Continents 2006 – 2011 (5 Years of the Slovak Archeological and Historical Institute Sahi). Bratislava, , p. 59-70 (lire en ligne).
  19. (en) Peter Bartl, « Tell Fekheriye 2010: Report on the 4th Excavation Campaign », .
  20. (en) Dominik Bonatz Middle Assyrian Seal Motifs from Tell Fekheriye (Syria), Berlin, Boston, De Gruyter, 2021 (ISBN 978-3-11-069123-8).

Bibliographie

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  • (en) Costanza Coppini, The Late Bronze and Early Iron Age Ceramic Sequence at Tell Fekheriye (Syria), volume 2, Berlin, Boston, De Gruyter, 2024.
  • (en) Dominik Bonatz, Tell Fekheriye in the Late Bronze Age: Archaeological Investigations into the Structures of Political Governance in the Upper Mesopotamian Piedmont, dans : Dominik Bonatz (dir.), The Archaeology of Political Spaces. The Upper Mesopotamian Piedmont in the Second Millennium BC, Berlin, Boston, De Gruyter, p. 61-84, 2014.
  • (en) T. Muraoka, The Tell-Fekherye Bilingual Inscription and Early Aramaic, Abr-Naharain, vol. 22, p. 79-117, 1983-1984.
  • (en) B. Müller-Neuhof, Anthropomorphic Statuettes from Tell Fakhariyah: Arguments for Their Possible PPNB Origin, Neo-Lithics 1, p. 37-43, 2007.
  • (en) R. Zadok, Remarks on the Inscription of hdyscy from Tall Fakhariya, Tel Aviv, vol. 9, p. 117-129, 1982.

Liens externes

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