Tella (mythologie basque)
Tella est le mot basque désignant la tuile. Élément architectural courant, la tuile est également investie d'une forte valeur symbolique dans les traditions du monde rural basque, où elle est associée à la maison et, plus largement, aux notions de foyer, de propriété et d'appartenance.

Étymologie
modifierLe terme basque teila signifie « la tuile » et constitue un emprunt au latin tegula, de même sens. Le mot tella en est une variante.
En basque, le suffixe -k marque le pluriel : teilak se traduit par « les tuiles », et, par extension, désigne les toitures.
La langue basque distingue plusieurs types de tuiles selon leur forme, leur taille ou leur usage. Grande tuile, située au sommet du toit : gailur-teilla, bizkar-teilla, teilla-maizter, zirimana[1]. Petite tuile : teilaxka. Tuile arabe (de forme canal conique) : teilarte, teilak(h)opor. Tuile creuse ou vide : teilahuts, teilahüts. Tuile plate (de forme quadrangulaire avec des canaux cylindriques) : pikun. Tuiles en ardoise : tapagailiak. Abri couvert de tuiles : teillape[1].
Marqueur de propriété
modifierAu-delà de sa dimension domestique, la tuile constitue également un signe de propriété et d'appropriation territoriale[2].
Bornage et authenticité
modifierDans les pratiques de délimitation des terrains, des fragments de tuiles sont placés sous les bornes marquant les limites d'un terrain appartenant à une personne ou à un groupe. Ces bornes, appelées Mugaarri, servent de témoins matériels garantissant l'authenticité des frontières établies.
Des fragments de tuiles sont placés sous les bornes qui délimitent un terrain appartenant à une entité collective ou particulière, afin de servir de témoins et d'assurer l'authenticité de ces bornes[2]. Des charbons peuvent également être déposés dans ces mêmes contextes afin de renforcer la valeur probatoire de ces marqueurs[2].
Usage pastoral
modifierDans les zones de pâturage communal, les pasteurs n'étaient pas propriétaires de leurs cabanes. Par conséquent, ils ne pouvaient pas les couvrir avec des tuiles, celles-ci étant un signe de propriété privée. L'absence de tuile indiquait ainsi le caractère collectif du bien. Cette pratique a été observée jusqu'à une époque récente dans des régions telles que Aralar, Aizkorri et Gorbeia[2].
Par ailleurs, le berger qui ne passait pas au moins un jour de l'année dans l'une de ces cabanes en compagnie de ses brebis perdait son droit de jouissance. Dès lors, n'importe quel autre pasteur pouvait venir l'occuper[2].
Dans la culture basque
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Les tuiles occupent une place notable dans la culture et les pratiques festives du Pays basque.
Lors de la Madalen Eguna à Bermeo, le maire procède traditionnellement au jet d'une tuile en mer. Ce geste symbolique marque la délimitation territoriale de la commune et renvoie à son identité maritime, dans un cadre festif associant traditions locales et récits liés à l'île d'Izaro. En 2024, une tuile particulière, ornée d'une représentation de l'œuvre Izaro de l'artiste Nestor Basterretxea, a été utilisée à l'occasion du centenaire de sa naissance. Cet usage illustre la tuile comme symbole d'appartenance, de création artistique et de mémoire collective[3].
Dans la culture basque, la tuile occupe une place symbolique essentielle en tant qu'emblème de la maison, comprise à la fois comme espace de vie et comme unité sociale, incarnant l'abri et la cohésion familiale, ce qui explique son implication dans divers rites ; elle est ainsi considérée comme le symbole même du foyer[2]. Elle intervient notamment dans les traditions liées à l'accouchement, où, selon la tradition, une femme venant d'accoucher ne doit pas quitter son domicile avant d'avoir reçu, dans l'église, la bénédiction post-partum, soulignant l'importance du maintien dans l'espace domestique durant cette période. Toutefois, en cas de nécessité, il lui est permis de sortir à condition de porter une tuile sur sa tête, geste qui représente symboliquement la maison elle-même et permet de préserver le lien avec le foyer[2]. Lors d'une observation ethnographique, notamment dans une ferme de Segura, cette pratique a été illustrée par l'usage d'une tuile simple dotée d'une forte charge symbolique, en lien avec les coutumes de confinement post-partum, où les femmes devaient rester à domicile pour des raisons religieuses tout en pouvant sortir en portant une tuile sur la tête afin de signifier leur rattachement au foyer ; cette coutume met en lumière le rôle de la tuile comme objet ordinaire chargé de sens, dépassant sa fonction matérielle pour exprimer la protection, l'attachement domestique et l'inscription dans un imaginaire religieux et collectif, en lien avec l'architecture, les représentations sociales et la mémoire culturelle[4].
Dans le domaine du patrimoine maritime et architectural, la tuile a également joué un rôle fonctionnel dans les constructions liées à la navigation et aux activités industrielles côtières. La reconstruction du navire San Juan par la fondation Albaola au port de Pasaia, réplique d'un baleinier basque du XVIe siècle découvert au Canada, illustre cet aspect. Si le navire lui-même n'intègre pas de tuiles, les infrastructures associées, telles que les entrepôts, ateliers et bâtiments portuaires, en étaient couvertes afin d'assurer leur protection contre les conditions climatiques atlantiques. Cet usage souligne l'importance des tuiles dans la préservation des structures bâties, ainsi que leur rôle dans l'architecture rurale, industrielle et patrimoniale[5].
Notes et références
modifier- 1 2 (es) Auñamendi Eusko Entziklopedia, « Teja », Eusko Ikaskuntza (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103)
- ↑ (es) « Un año más, tradición y fiesta se unirán en las Madalenas de Bermeo », www.bermeo.eus (consulté le )
- ↑ (es) Pía Alkain Sorondo, « Una teja: la fórmula para saltarse una cuarentena », bidatour.com, (consulté le )
- ↑ (es) « Cap. II. Vascos en América. Saddle Island, El misterio de las tejas rojas », basquemagazine.com (consulté le )
Bibliographie
modifier- José Miguel Barandiaran et traduit et annoté par Michel Duvert, Dictionnaire illustré de mythologie basque [« Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes »], Donostia, Baiona, Elkarlanean, , 372 p. [détail des éditions] (ISBN 2903421358 et 9782903421359, OCLC 416178549)
- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Jean-François Cerquand, Légendes et récits populaires du Pays Basque : Recueillis dans les provinces de Soule et de Basse-Navarre, Bordeaux, Aubéron, (1re éd. 1876), 338 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980937 et 9782844980939, OCLC 68706678, lire en ligne)