Temple Emanu-El-Beth Sholom

synagogue réformée à Westmount (Québec, Canada)

Le temple Emanu-El-Beth Sholom est une synagogue du judaïsme réformé située au 4100, rue Sherbrooke Ouest, à Westmount, sur l’île de Montréal. La congrégation qui l’occupe, née en 1882, est la plus ancienne congrégation réformée du Canada et la seule de ce courant qui subsiste au Québec[1].

Temple Emanu-El-Beth Sholom
Façade moderne de brique et de béton précédée d’un portique monumental
La façade sur la rue Sherbrooke en 2022.
Présentation
Nom local Temple Emanu-El-Beth Sholom
Culte Judaïsme
Type Synagogue
Rattachement Judaïsme réformé (Union pour le judaïsme réformé)
Début de la construction 1958
Fin des travaux 1960
Architecte Max Wolfe Roth ; Greenspoon, Freedlander & Dunne
Autres campagnes de travaux 1911 (temple néo-byzantin, détruit en 1957) ; 1940 ; 1957 ; 1974-1976 (chapelle)
Style dominant Moderne (fonctionnaliste)
Protection Immeuble de catégorie 2 (Westmount)
Site web templemontreal.ca
Géographie
Pays Drapeau du Canada Canada
Région Québec
Ville Westmount
Coordonnées 45° 29′ 20″ nord, 73° 35′ 25″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Canada
(Voir situation sur carte : Canada)
Temple Emanu-El-Beth Sholom
Géolocalisation sur la carte : Québec
(Voir situation sur carte : Québec)
Temple Emanu-El-Beth Sholom

Le sanctuaire actuel, de facture moderne, a été inauguré en 1960 à l’emplacement d’un temple néo-byzantin de 1911 ravagé par le feu en 1957[2]. Sous le rabbin Harry Joshua Stern, puis sous ses successeurs, la synagogue s’est fait connaître par son engagement dans le dialogue judéo-chrétien[1],[3]. Elle est dirigée depuis 2012 par la rabbine Lisa Grushcow[4].

En 2025 et en 2026, le temple a été la cible de deux actes antisémites : une croix gammée peinte sur un mur extérieur, puis une tentative d’incendie criminel[5].

Histoire

modifier

Du centre-ville à Westmount (1882-1911)

modifier

La congrégation est fondée lors d’une assemblée tenue le [2][note 1]. Elle se rattache dès l’origine au mouvement réformé venu des États-Unis, d’où arrive son premier ministre officiant, le rabbin Samuel Marks, en poste jusqu’en 1889[9].

Après des débuts dans des salles louées rue Sainte-Catherine[6], la communauté se dote en 1892 d’un premier temple à l’angle des rues Stanley et Cypress, au centre-ville de Montréal[1],[2]. Le quartier devient vite trop exigu : en 1910, la congrégation acquiert un vaste terrain rue Sherbrooke, entre les avenues Wood et Elm, offert grâce à l’homme d’affaires Mortimer Barnett Davis[1],[2].

Le temple néo-byzantin (1911-1957)

modifier

Le nouveau temple, conçu par l’architecte John Melville Miller dans le style néo-byzantin, est achevé en 1911 ; il peut accueillir 700 fidèles[1]. En 1940, un centre communautaire signé Charles Davis Goodman s’ajoute à l’ouest, du côté de l’avenue Elm, avec bureaux, auditorium et école religieuse ; un musée y ouvre ses portes en 1953[1],[2].

De 1927 à sa retraite en 1972, le temple est dirigé par le rabbin Harry Joshua Stern (1897-1984), originaire de Lituanie[3]. Fondateur, dès 1928, d’un collège d’études juives, il multiplie les échanges de chaire avec des pasteurs protestants et entretient des liens suivis avec des catholiques francophones ; dans les années 1930, il s’associe au jésuite Joseph Paré pour tenter d’amener la hiérarchie catholique québécoise à se dresser contre l’antisémitisme[3]. Cette tradition de dialogue interreligieux demeure, selon l’énoncé patrimonial de Westmount, un trait distinctif de la congrégation[1].

En 1957, un agrandissement conçu par Greenspoon, Freedlander & Dunne avec Max Wolfe Roth ajoute des salles de classe du côté de l’avenue Wood et double la superficie du sanctuaire[1],[2].

Incendie et reconstruction (1957-1960)

modifier

En décembre 1957, quelques mois à peine après l’inauguration de cet agrandissement, un incendie détruit le sanctuaire de 1911. Les ailes latérales, les rouleaux de la Torah et la collection du musée sont épargnés[1],[2].

La reconstruction, menée de 1958 à 1960, intègre les parties rescapées dans une composition unifiée. Elle est l’œuvre de l’architecte Max Wolfe Roth (1913-2001) et de la firme Greenspoon, Freedlander & Dunne, avec la collaboration de Fred Lebensold et de l’ingénieur Ivor Kursbatt[1],[2],[10]. Le nouveau sanctuaire est inauguré le [1].

Fusions et époque contemporaine

modifier

Une chapelle est ajoutée à l’arrière du bâtiment en 1974-1976, d’après les plans de la firme Eliasoph, Berkowitz, Cohen & Berns[1]. En 1980, Temple Emanu-El s’unit à une congrégation sœur, Temple Beth Sholom, et prend son nom actuel ; en 1992, il absorbe également Temple Rodeph Sholom[1],[2],[6]. Une rampe d’accès universel est aménagée en façade en 2014[1].

Le , Lisa Grushcow est installée comme rabbine principale : elle est la première femme à occuper cette fonction au temple, qui compte alors environ un millier de membres[4]. La congrégation se présente comme égalitaire et inclusive et a notamment appuyé l’accueil de réfugiés syriens[5].

Architecture

modifier

Le bâtiment occupe tout l’îlot compris entre les avenues Wood et Elm, en bordure d’un secteur résidentiel de l’est de Westmount, à proximité du Collège Dawson ; son volume élevé en fait un repère dans le paysage de la rue Sherbrooke[1].

Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec qualifie de fonctionnaliste le temple reconstruit[2]. Le sanctuaire, une structure d’acier revêtue de brique[1], se détache des ailes latérales en brique brune et s’ouvre sur un portique monumental à huit piliers de béton[2]. L’architecte a conservé le symbolisme de la coupole du temple disparu tout en le réinterprétant : la toiture devient une structure prismatique de dalles d’acier plié formant une lanterne zénithale[2]. À l’intérieur, la voûte évoque une tente et l’éclairage un ciel étoilé ; l’arche sainte, une forme ovale de béton, est dégagée du mur[2]. L’énoncé patrimonial de Westmount souligne pour sa part la toiture pliée qui rappelle les tentes bibliques, les fenêtres hautes, les vitraux et une ornementation non figurative conforme à la tradition juive[1].

Plusieurs œuvres ont été intégrées au bâtiment. L’artiste d’origine roumaine Joseph Iliu (1914-1999) a conçu la sculpture de tiges de cuivre brasées qui orne la façade et a collaboré à la décoration intérieure[2],[10][note 2]. Le sanctuaire abrite un orgue Casavant de 1959 et un grand rideau peint par J. S. Rangi qui permet de le diviser ; la chapelle conserve du mobilier ancien[1].

Le temple figure à l’Inventaire des lieux de culte du Québec (2003-2004), mais ne bénéficie d’aucun statut de protection provincial[2]. La Ville de Westmount le range parmi les immeubles de catégorie 2 (« intéressant ») et son Conseil local du patrimoine lui a consacré un énoncé de l’intérêt patrimonial[1].

Vie communautaire

modifier

Le bâtiment réunit les trois fonctions traditionnelles de la synagogue : la prière, l’étude et l’assemblée[1]. Il abrite le musée Aron, consacré aux objets d’art cérémoniel juif provenant de diverses parties du monde, ainsi qu’une collection commémorative de la Shoah ; des plaques y rappellent les membres de la congrégation qui ont servi pendant les deux guerres mondiales[1],[11].

La congrégation dispose d’une section réservée au cimetière Mont-Royal, sur le chemin de la Forêt, ainsi que de deux sections au cimetière Eternal Gardens, à Beaconsfield[12].

Actes antisémites de 2025 et 2026

modifier

Ces deux attaques s’inscrivent dans une période de forte hausse des crimes haineux visant les Juifs au Canada : selon les données de Statistique Canada citées par La Presse, les crimes haineux antisémites déclarés par la police sont passés de 331 à 920 entre 2020 et 2024[5]. Voir aussi l’article Antisémitisme au Canada.

Croix gammée (février 2025)

modifier

Le samedi , pendant le chabbat, une croix gammée est peinte à la bombe sur un mur extérieur de la synagogue. Elle est découverte l’après-midi même par un membre qui sortait d’une répétition du spectacle de Pourim[13],[14]. Le Service de police de la Ville de Montréal ouvre une enquête et examine les images des caméras de surveillance du secteur[13] ; aucune arrestation n’avait encore eu lieu en juin 2026[15]. Le graffiti est effacé en moins de 24 heures par une initiative bénévole de lutte contre les graffitis haineux[14].

La rabbine Grushcow, qui disait n’avoir jamais connu pareil incident en treize ans à la tête de la congrégation[14], estime qu’il n’était pas question de savoir « si », mais « quand » un tel geste surviendrait. Elle déplore surtout « le silence de nos amis non juifs »[13]. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, juge « inacceptables » de telles attaques[13], tandis que Mark Carney, alors candidat à la direction du Parti libéral du Canada, et le Forum musulman canadien condamnent également le geste[7]. La mairesse de Westmount, Christina Smith, annonce une surveillance accrue des synagogues de la ville[16].

Tentative d’incendie criminel (juin 2026)

modifier

Dans la nuit du 4 au , vers 0 h 15, les policiers sont appelés au temple, où un homme tente de mettre le feu au bâtiment[5]. Selon le SPVM, le suspect aurait fracassé une fenêtre pour allumer un incendie à l’intérieur avant de prendre la fuite ; du matériel incendiaire est retrouvé sur place[5]. Selon la rabbine Grushcow, l’homme a brisé la vitre à coups de pierre avant de lancer deux engins incendiaires dans un local de rangement attenant au bureau de la rabbine[17]. Le bâtiment est vide, personne n’est blessé et les dégâts restent mineurs grâce à l’intervention rapide des pompiers et des services de sécurité[18],[19]. Un suspect de 38 ans est arrêté à proximité par le SPVM et la Sécurité publique de Westmount, et l’enquête est confiée au module des incendies criminels[5] ; selon la Fédération CJA, son réseau de sécurité communautaire a contribué à l’arrestation[19].

Le suspect fait face à six chefs d’accusation, dont incendie criminel, possession de matières incendiaires, utilisation d’une substance explosive et possession d’une arme dans un dessein dangereux. Le , son audience est reportée faute d’avoir pu réaliser l’évaluation psychologique demandée par la Couronne[18]. Aucune accusation liée à la haine n’a été portée ; la rabbine Grushcow se dit convaincue que l’attaque n’avait rien de fortuit et réclame un réexamen du droit et de son application en matière de crimes haineux[17].

Les responsables de la synagogue soulignent que l’attaque aurait pu être « beaucoup plus grave » et que les appels de menaces y sont devenus courants[5]. Pour Lisa Grushcow, « l’antisémitisme ne fait pas une différence entre une communauté plus ouverte comme nous et les autres » ; elle appelle l’ensemble de la société québécoise et canadienne à combattre ce problème, plutôt que d’en laisser la charge à la seule communauté juive[5]. Le maire de Westmount, Michael Stern, condamne fermement l’attaque et annonce qu’une « attention particulière » sera portée aux lieux de culte de la ville[5]. Les rabbins réformés du Canada dénoncent pour leur part un geste qui s’inscrit dans une escalade de violences antisémites et réclament une application rigoureuse des lois existantes[20].

Quatre mois plus tard, à l’occasion du troisième anniversaire de l’attaque du 7 octobre 2023, Lisa Grushcow confie à La Presse canadienne trouver « profondément troublant » que tant de choses se soient « normalisées » en trois ans[8].

Rabbins notables

modifier
  • Samuel Marks (1882-1889), premier ministre officiant de la congrégation[9]
  • Harry Joshua Stern (1927-1972)[3]
  • Lisa Grushcow (depuis 2012)[4]

Notes et références

modifier
  1. ↑ Le site de la congrégation donnait plutôt le 24 août 1882 et évoquait un groupe fondateur de dix-neuf hommes[6]. D’autres sources retiennent l’année 1883[7],[8].
  2. ↑ Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec parle de tiges de laiton[2].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 Julia Gersovitz et Myriam St-Denis, « Temple Emanu-El-Beth Sholom, 4100, rue Sherbrooke Ouest : énoncé de l’intérêt patrimonial » [PDF], Ville de Westmount, Conseil local du patrimoine (consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 « Synagogue Emanu-El Beth Sholom », sur Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Ministère de la Culture et des Communications du Québec (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 (en) « Stern, Harry Joshua », sur Jewish Virtual Library, American-Israeli Cooperative Enterprise (consulté le ) (d’après l’Encyclopaedia Judaica).
  4. 1 2 3 (en) Janice Arnold, « Challenges of female clergy », The Jewish Independent,‎ (lire en ligne, consulté le ) (reprise de The Canadian Jewish News).
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Karim Benessaieh et Henri Ouellette-Vézina, « Tentative d’incendie sur une synagogue de Westmount : « Ça aurait pu être beaucoup plus grave » », La Presse,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. 1 2 3 (en) « History » [archive du ], sur Temple Emanu-El-Beth Sholom (consulté le ).
  7. 1 2 Zev Stub, « Une croix gammée peinte sur une synagogue de Montréal suscite l’indignation », The Times of Israël,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. 1 2 Dylan Robertson, « Le 7 octobre marque le troisième anniversaire des menaces envers les Juifs vivant au Canada », Noovo Info, La Presse canadienne,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  9. 1 2 (en) Kerry M. Olitzky et Marc Lee Raphael, The American Synagogue: A Historical Dictionary and Sourcebook, Greenwood Publishing Group, (ISBN 0313288569), p. 409.
  10. 1 2 « Synagogue Temple Emanu el beth Sholom », sur Images Montréal (consulté le ).
  11. ↑ (en) « Aron Museum » [archive du ], sur Temple Emanu-El-Beth Sholom (consulté le ).
  12. ↑ (en) « Locating a Jewish Burial in Montreal », sur Jewish Genealogical Society of Montreal (consulté le ).
  13. 1 2 3 4 Éric Martel, « Westmount : une synagogue ciblée par un « acte antisémite » », La Presse,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. 1 2 3 (en) « “It was not a matter of if. It was a matter of when.” », The Canadian Jewish News,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  15. ↑ (en) Rochelle Direnfeld et Mark Sandler, « Hate Crime & Legal Update: Detention Order in Internet Hate Case, Synagogue Shooting Charges, and Montreal Synagogue Arson Case », sur Association of Lawyers for Combatting Contemporary Antisemitism, (consulté le ).
  16. ↑ (en) Dan Laxer, « Westmount synagogue hit with Nazi graffiti », The Suburban, Quebec Community Newspapers Association,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  17. 1 2 (en) Ellin Bessner, « Montreal rabbi says ‘I’ll eat my kippah’ if firebomb attack wasn’t deliberate hate crime », The Canadian Jewish News,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  18. 1 2 La Presse canadienne, « Un homme est accusé de tentative d’incendie d’une synagogue à Westmount », Radio-Canada,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  19. 1 2 (en) Dan Laxer, « Westmount synagogue saved from attempted arson », The Suburban,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  20. ↑ (en) « A Statement from the Reform Rabbis of Canada and the Reform Jewish Community of Canada on the Firebombing of Temple Emanu-El-Beth Sholom in Montreal », sur Union for Reform Judaism, (consulté le ).

Annexes

modifier

Bibliographie

modifier
  • Patrick Schupp, « Temple Emanu-El, à Westmount », Architecture, bâtiment, construction, vol. 16, no 179,‎ , p. 28-31.

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier