Église protestante du Marais
L'Église protestante du Marais ou Église Sainte-Marie est une paroisse membre de l'Église protestante unie de France. Son temple est situé 17 rue Saint-Antoine, dans le quartier du Marais, à Paris.
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C'est une ancienne église catholique, désaffectée à la Révolution puis confiée au culte réformé en 1802.
Histoire
modifierÉglise de la Visitation Sainte-Marie (1632-1789)
modifierEn 1619, est fondée l'église catholique Sainte-Marie par François de Sales — évêque de Genève, dont le siège est exilé à Annecy depuis la Réforme protestante — et Jeanne-Françoise Frémyot, baronne de Chantal. Elle est située dans l'hôtel du Petit-Bourbon, à l'angle de la rue du Petit-Musc et de la rue de la Cerisaie. En 1628, son terrain est étendu par l'acquisition de l'hôtel de Cossé, au 17 de la rue Saint-Antoine, et d'une maison contiguë. De 1632 à 1634, un couvent est bâti par l'entrepreneur maître-maçon Michel Villedo sur les plans de François Mansart[1], sous le vocable de « Sainte-Marie-des-Anges ». Noël Brûlart de Sillery, chevalier de l'ordre de Malte et écuyer d'honneur de la Reine Marie de Médicis, en est un grand mécène.

Sous l'Ancien-Régime, l'église, avec son couvent, est la maison mère de l'Ordre de la Visitation à Paris[2]. Il existe alors à Paris trois autres établissements de cet ordre : le couvent de la Visitation Saint-Jacques celui de la rue du Bac et le couvent des Visitandines de Chaillot.
La famille du surintendant des finances Nicolas Fouquet y possède un caveau. Après sa mort en 1680, le corps de Nicolas Fouquet est d'abord conservé dans l'église Sainte-Claire de Pignerol, avant d'être transféré un an plus tard dans le caveau familial à Paris. Il repose toujours dans ce caveau aujourd'hui muré, mais aucune inscription commémorative ne rappelle sa mémoire. Henri de Sévigné, époux de la célèbre épistolière Marie de Rabutin-Chantal, a été inhumé dans ce sanctuaire.
Le domaine du couvent comprenait à l'arrière un jardin qui s'étendit à l'est par l'acquisition dans les années 1740 d'une partie de celui de l'hôtel de Lesdiguières.
Inhumations en l'église du couvent de la Visitation
modifier- 1634 : Marie de Bèze (1576-1634[3]) ;
- 1636 : Philippe Ier de Coulanges (1565-1636[3]) ;
- 1641 : André II Frémiot († ), abbé de Ferrières en Gâtinais et de Saint-Étienne de Dijon. Il meurt à Paris, doyen des conseillers d'État.
- 1687 : Christophe de Coulanges (v. 1607-1687), abbé de Livry.
Révolution française (1789-1802)
modifierLe , la Convention abolit les ordres religieux, dont l'Ordre de la Visitation. Le couvent est nationalisé, l'église désacralisée. L'église sert de dépôt de livres. L'édifice perd une grande part de son mobilier d'origine lors de la Révolution française (notamment les ferronneries d'art en bronze) mais son architecture reste pratiquement inchangée.
La maison conventuelle est vendue en 1796 et 1797 avec ses dépendances à des particuliers. En 1805, la rue Castex est ouverte à son emplacement[4]. Son nom fait référence au colonel d'infanterie Pierre Castex, tué cette année-là à la bataille d'Austerlitz.
Temple protestant du Marais (1802-aujourd'hui)
modifierLe , par arrêté du premier consul Bonaparte, l'église Sainte-Marie est affectée au Consistoire réformé (calviniste) de la Seine, et devient un temple protestant. Le culte y est célébré depuis le . Ses premiers pasteurs sont Paul-Henri Marron (1754 -1832), Jean-Frédéric Mestrezat et Jacques Antoine Rabaut-Pommier.
Les statues de la façade sont endommagées pendant la Commune de Paris, en 1870, et remplacés ensuite. Le bâtiment est classé monument historique par un arrêté du sous le nom de temple Sainte-Marie[5].
En 1881, le Consistoire réformé est divisé en paroisses autonomes. Aux élections presbytérales de 1882, les protestants « évangéliques », appelé orthodoxes par les libéraux, issus du Réveil, remportent toutes les paroisses de Paris, sauf l'Oratoire du Louvre. Pour préparer et gagner les élections suivantes à Sainte-Marie, le Comité central libéral recrute alors le pasteur alsacien Charles Wagner[6]. Il fonde une nouvelle communauté dans le même quartier, qui élèvera en 1907 le temple protestant du Foyer de l'Âme[7].
À partir de 1902, pendant son ministère à Sainte-Marie, le pasteur Élisée Lacheret est élu président de la Commission permanente de l’Union des Églises réformées évangéliques de France. Les Églises réformées de France tentent de se réunir en prévision puis à la suite de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, mais il refuse tout compromis avec les protestants libéraux. L'unification ne se concrétise qu'en 1938, après sa mort, au sein de l'Église réformée de France[8].

En 1902, la paroisse fonde le temple de Bercy, une annexe dans le 12e arrondissement de Paris. Il est d'abord situé 5 rue Taine, avant de s'établir à proximité, au 13 rue de la Lancette. Une tradition relie le nom de la rue aux petites lances utilisées sous l'Ancien Régime lors de rixes entre protestants et catholiques sur le chemin du temple de Charenton[9]. La paroisse devient autonome en 1953[10]. Le temple de Bercy est aujourd'hui détruit.
Le , le synode national de Église protestante unie de France donne aux pasteurs la possibilité de bénir les couples homosexuels. Cette décision, combattue lors des débats préparatoires par la paroisse du Marais[11],[12],[13], est rejetée le par un communiqué[14], relayé par des prises de paroles du pasteur Gilles Boucomont dans la presse[15],[16],[17],[18]. Le , à la suite d'une réunion tenue au temple du Marais, est diffusée une déclaration signée notamment par les pasteurs de la paroisse de l'époque et leurs successeurs[19],[20]. L'association Les Attestants est créée à la suite de ces événements, et le temple du Marais en accueille des rencontres — comme le Forum des Attestants 2025[21],[22],[23],[24].
Pasteurs de la paroisse
modifier- 1902-1912 Élisée Lacheret
- ...
- 2004-2017 Gilles Boucomont
- 2013-2024 Caroline Bretones
- 2017-2023 Thomas Keller
- depuis 2024 Anne Faisandier
- depuis 2024 Olivier Raoul-Duval
Description
modifierL'architecture de l'église Sainte-Marie s'inspire du Panthéon de Rome ; différant notablement du modèle rectangulaire proposé dans le "plan type" des couvents de la Visitation[25]. Mansart y a fait édifier une rotonde de 13,50 mètres de diamètre à laquelle se rattachent quatre chapelles selon un plan centré. Contrairement à l'usage, l'église est orientée nord-sud, avec l'entrée au nord et la table de communion au sud. Cette particularité s'explique par le replacement (après le concile de Trente) de l'orientation géographique, au profit d'une orientation "symbolique" des fidèles vers l'autel majeur et le tabernacle, lieu de la présence réelle pour les catholiques. Cette mesure facilite grandement l'adaptation du couvent à la topographie urbaine, l'église s'alignant à la rue.
Extérieur
modifierIntérieur
modifierLes quatre chapelles ou niches. Celles à l'est et à l'ouest comportaient autrefois des autels pourvus de retables, dont les traces sont encore visibles de nos jours. C'est sous la niche située à l'est que se trouve le caveau de toute la famille de Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV.
- Niche d'entrée, avec l'orgue de tribune arrivé en 1806.
- Niche Est.
- Chapelle Sud avec la table de communion.
- Niche Ouest.
Au centre du temple, se trouve une coupole circulaire remarquable surmontée d'un lanternon.
- Vue générale.
- Motifs entourant l'ouverture centrale.
- Détail de l'ouverture centrale.
Le chœur, où se trouve la table de communion, est également surmonté d'une coupole de forme ellipsoïdale, richement décorée de fresques et de motifs sculptés.
- Vue générale.
- Détail.
La table centrale en marbre est un don de Louis XIII au couvent, elle ne remplace pas l'ancien autel majeur richement décore qui, recouvert d'argent, était adossé au mur du fond. Elle présente une magnifique bible de lutrin, en français, donc protestante, imprimée à Amsterdam chez les frères Elzevier, elle est présentée ouverte, comme il se doit chez les protestants.
- Chœur et autel.
- Bible de lutrin.
Le temple possède par ailleurs un orgue de tribune, un peu de mobilier et quelques œuvres d'art, tous de facture modeste.
- Orgue.
- Fresque, Saint Luc.
Notes et références
modifierRéférences
modifier- ↑ Yves de Tarade, « Marguerite Villedo et son trio d'hommes ».
- ↑ « Les Visitandines de la rue Saint-Antoine ont trouvé asile rue Denfert-Rochereau, et celles de la rue Saint-Jacques rue de Vaugirard...; » Maurice Dumolin, « Les visitandines de la rue du Bac», Bulletin de la Société de l’Histoire de Paris, 1936, p. 41. Numérisé sur gallica.
- 1 2 Alain Garric, « Marie de Bèze », sur geneanet.org.
- ↑ Danielle Chadych, Le Marais : évolution d'un paysage urbain, Paris, Parigramme, , 638 p. (ISBN 978-2-84096-683-8), p. 246.
- ↑ Notice no PA00086261, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ André Encrevé, « Les protestants à Paris à la fin du XIXe siècle (1882-1907) », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, vol. 154, , p. 351–382 (ISSN 0037-9050, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ André Encrevé, « Charles Wagner, « un libéral modéré » », Réforme (hebdomadaire), (lire en ligne).
- ↑ Catherine Storne-Sengel, « Une paroisse, une Église: Le temple parisien du Saint-Esprit et le fonctionnement synodal évangélique lors de la Séparation », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, vol. 151, , p. 597–614 (ISSN 0037-9050, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Félix Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissements Voir l'entité sur Wikidata, XIIe arrondissement, Paris, Hachette, (lire sur Wikisource), p. 9.
- ↑ S. Mours, « LISTE des ÉGLISES RÉFORMÉES (Suite) », Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français (1903-), vol. 103, , p. 208 (ISSN 0037-9050, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Louis Fraysse, « Le sens de la bénédiction », sur Reforme, (consulté le )
- ↑ Mireille Meyer, « Bénir les couples de même sexe, on peut en débattre », sur Réforme, (consulté le )
- ↑ « Un débat difficile et ouvert », sur Réforme, (consulté le )
- ↑ « Synode 2015, une bénédiction “unanime” ? », Communiqué de presse du temple du Marais, (lire en ligne).
- ↑ « Sète : les pasteurs doivent-ils marier les homosexuels ? », sur Midi libre, (consulté le ).
- ↑ « Le oui des protestants au mariage homosexuel », sur Le Journal du dimanche, (consulté le ).
- ↑ AFP, « Vidéo. La bénédiction des couples homosexuels ne fait pas l'unanimité dans le monde protestant », sur Association STOP homophobie, (consulté le ).
- ↑ Pierre Jova, « Gilles Boucomont : "On contredit le sola scriptura protestant" », sur La Vie.fr, (consulté le ).
- ↑ Evangéliques.info, « EPUdF: 40 pasteurs lancent un «courant des attestants» », sur Evangeliques.info, (consulté le ).
- ↑ « Les « attestants » protestent contre la décision de l’EPUdF », sur chretiens.com, Le Journal Chrétien, .
- ↑ Loup Besmond de Senneville, « Les « Attestants », un nouveau mouvement chez les protestants », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Gaétan Supertino, « Les "attestants", ces protestants opposés à la bénédiction des couples homosexuels », sur Europe 1, (consulté le ).
- ↑ Timothée de Rauglaudre, « Au temple protestant du Marais où des homos deviennent hétéros », sur Vice, (consulté le ).
- ↑ « Qui sommes-nous ? », sur attester.fr ou lesattestants.fr (consulté le ) : « nous avons créé le mouvement des Attestants en 2015 »
- ↑ Laurent Lecomte, Religieuses dans la ville, L'architecture des Visitandines XVIIe et XVIIIe siècles, Éditions du Patrimoine, 304 p. (ISBN 9782757701454).
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Jean Marot, Recueil des plans, profils et élévations des [sic] plusieurs palais, chasteaux, églises, sépultures, grotes et hostels bâtis dans Paris et aux environs par les meilleurs architectes du royaume desseignez, mesurés et gravez par Jean Marot, vues 35 (Voir)
- Hélène Guicharnaud et Christiane Guttinger-Mettetal, Temples réformés et églises luthériennes de Paris, La Voix Protestante, 2013, p. 32-35
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
- Ressources relatives à la religion :
- Ressource relative à l'architecture :
