Testament de Naunakhte

ancien papyrus

Le testament de Naunakhte est un papyrus trouvé dans le village des artisans de Deir el-Médineh qui remonte à la XXe dynastie, sous le règne de Ramsès V[1]. Il mentionne les dernières volontés d'une femme qui déshérite certains de ses enfants pour ingratitude.

Testament de Naunakhte
Image illustrative de l’article Testament de Naunakhte
Type Papyrus
Dimensions
  • Longueur : 192 cm
  • Largeur : 43 cm
Matériau Papyrus, Encre
Fonction Testament
Période Nouvel empire
Culture Égypte antique
Date de découverte 1928
Lieu de découverte Deir el-Médineh
Conservation Ashmolean Museum

Contexte de la découverte et conservation

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Le document a été découvert au printemps 1928, lors de campagnes de fouilles menées par l'Institut français d'archéologie orientale, sur le site de Deir el-Médineh entre 1927 et 1932[2]. Ce papyrus était à l'origine un seul rouleau composé de huit feuilles de papyrus. Séparé en deux, il a été acquis l'égyptologue Sir Alan Gardiner et il a fallu attendre que les deux rouleaux soient de nouveau réunis pour constater que c'étaient les morceaux d'un même papyrus[1]. Ce papyrus est conservé à l'Ashmolean Museum à l'université d'Oxford, répertorié sous la référence P. Ashmolean 1945.97[3].

Un muret entoure des fondations de pierre dans une région désertique.
Les ruines du village des artisans de Deir el-Médineh.

Description du document

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Écrit en hiératique, ce papyrus mesure 43 cm de hauteur et 1,92 m de longueur[4]. Sa lecture révèle aussi qu'il a été écrit par deux scribes différents, du fait de changements d'écriture. Ces deux scribes sont attestées par écrit[5] sur la huitième ligne, où il est dit qu'il a été « écrit par Amennakht, le scribe des tombes royales à l'entrée interdite ». L'écriture passe alors à une autre écriture, celle de Harshirê, fils d'Amennakht[note 1] ; les noms des deux hommes apparaissent également dans la liste des quatorze témoins cités au début du document. Il est aussi précisé qu'un an après sa rédaction, les héritiers et le mari survivant ont accepté le contenu du document[note 1].

La dame Naunakhte

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La dame Naunakhte porte le titre de citoyenne ce qui est révélateur de la liberté dont jouissent des femmes à la XXe dynastie[6]. Elle s'est mariée deux fois, d'abord avec le scribe Kenhikhopshef, puis avec l'ouvrier Khaemnoun. Huit enfants sont nés de ce second mariage et ils sont mentionnés dans le papyrus[7].

Contenu du testament

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Le testament de Naunakhte expose sa volonté concernant l'héritage laissé à ses enfants. Avant le partage des biens, le papyrus fait état de la date à laquelle l'inventaire des possessions de Naunakhte a été dressé, puis indique les quatorze témoins présents au moment de la transcription de la déclaration. On apprend à cette occasion que son premier mari lui a laissé des terres[2]. Une fois que ces faits ont été exposés, le testament poursuit en désignant les enfants qui vont recevoir des biens de Naunakhte et ceux qui sont déshérités[2].

Sur ses huit enfants, Naunakhte déshérite trois enfants et donne ses biens aux cinq autres, et lègue à Kenhikhopshef un bol à laver en bronze. Naunakhte précise que si elle renie plusieurs de ses enfants, elle ne les déshérite que de la part des biens qu'elle détient en pleine propriété. Les enfants désavoués sont donc toujours susceptibles de recevoir des biens de leur père Khaemnoun, soit deux tiers des biens acquis lors de son deuxième mariage[2].

Le testament de Naunakhte offre un aperçu des procédures judiciaires de l'Égypte antique, en particulier celles des ouvriers et leurs familles à Deir el-Médineh. Il montre également l'utilisation croissante de documents écrits pour les Égyptiens n'appartenant pas à la famille royale. En outre, ce document met en lumière la place des femmes dans la société égyptienne. La position juridique de la femme dans la XXe dynastie concernant la propriété est égale à celle des hommes. Bien que les femmes aient tendance à peu hériter de leur famille, elles gèrent à leur guise ce qu'elles ont en bien propre sans que leur statut marital entre en ligne de compte[8]. Enfin, la volonté de Naunakhte donne un aperçu des pratiques de soins aux parents âgés et des règles sociales qui étaient en place en ce qui concerne le soutien des parents dans la vieillesse.

Liste des enfants de Naunakhte

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Huit héritiers potentiels sont nommés dans le document :

  • Maaynakhtef (fils)
  • Kenhikhopshef (fils)
  • Amennakht (fils)
  • Ouosnakhte (fille)
  • Manenakhte (fille)
  • Néferhotep (fils)
  • Henshene (fille)
  • Khanoub (fille)

Selon le papyrus, des enfants de Dame Naunakhte et de son second mari Khaemnoun, les cinq premiers sont considérés comme les « bons » enfants qui ont continué à soutenir Naunakhte dans sa vieillesse, et vont par conséquent recevoir une partie de ses biens. En revanche, Néferhotep, Henshene, et Khanoub n'ont pas soutenu suffisamment Naunakhte et sont donc déshérités pour indignité successorale[9].

Études du testament

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Étudié et analysé pour la première fois par l'égyptologue tchèque Jaroslav Černý, le testament de Naunakhte est souvent cité lorsqu'il s'agit de la condition des femmes en Égypte, de la littérature judiciaire, et de la vie dans le village des ouvriers de Deir el-Médineh. Par exemple, Andrea G. McDowell (en) cite ce testament comme un exemple de la liberté qu'avaient les femmes en ce qui concerne le contrôle de leurs biens propres[8]. Ben Haring utilise également le testament de Naunakhte pour décrire l'utilisation croissante de papyrus pour enregistrer à la fois les affaires privées et judiciaires[3].

Notes et références

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  1. 1 2 Amennakht a été l'un des membres les plus importants de la communauté de Deir el-Medineh et est connu dans d'autres documents, à la fois écrits par lui comme scribe et d'autres mentionnant les affaires du village. Il a également été l'auteur de quelques œuvres littéraires, y compris de poésie

Références

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  1. 1 2 Černý 1945, p. 29.
  2. 1 2 3 4 (en) Jac J. Janssen et P.W. Pestman, « Burial and Inheritance in the Community of the Necropolis Workmen At Thebes (Pap. Bulaq x aNd O. Petrie I6) », Journal of the Economic and Social History of the Orient, vol. 11, no 1,‎ , p. 250 (ISSN 0022-4995 et 1568-5209, DOI 10.1163/156852068X00063, lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 Haring 2003, p. 265.
  4. ↑ Černý 1945, p. 30.
  5. ↑ Černý 1945, p. 31.
  6. ↑ Černý 1945, p. 44.
  7. ↑ McDowell 1999, p. 38.
  8. 1 2 McDowell 1999, p. 40.
  9. ↑ Černý 1945, p. 48.

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Jaroslav Černý, « The Will of Naunakhte and the Related Documents », The Journal of Egyptian Archaeology, no 31,‎ , p. 29-53. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Aristide Théodoridès, « Le "testament" de Naunakhte », Revue Internationale des Droits de l'Antiquité, 2e série, vol. XIII,‎ , p. 31-70
  • (en) A. G. McDowell, Village Life in Ancient Egypt : Laundry Lists and Love Songs, New York, Oxford University Press, . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Ben Haring, « From Oral Practice to Written Record in Ramesside Deir El-Medina », Journal of the Economic and Social History of the Orient 46, no 3,‎ , p. 249 – 272
  • (en) K. Donker van Heel, Mrs. Naunakhte & family: the women of Ramesside Deir al-Medina, The American University in Cairo Press, (ISBN 978-977-416-773-7)
  • Émilie Martinet, Femmes de pouvoir dans l'Égypte antique, Passés Composés, (ISBN 979-10-404-0773-7), « Naunakhte, une femme d’artisan à la tête de son propre patrimoine », p. 153-162

Voir aussi

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