Dans la mythologie gauloise, Teutatès (parfois appelé Toutatis) est un dieu celte que l’on connaît par des inscriptions et par l’épopée La Pharsale de Lucain, un récit de la guerre civile qui opposa Jules César et Pompée ; il est mentionné avec Ésus et Taranis.

Teutatès
Dieu de la mythologie celtique gauloise
Teutatès sur une base de colonne, Musée Saint-Remi de Reims.
Teutatès sur une base de colonne,
Musée Saint-Remi de Reims.
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Toutatis, Totatus, Albiorix
Fonction principale Dieu protecteur d’une communauté et de son territoire
Lieu d'origine Drapeau de l'Irlande Irlande Drapeau de la France France
Période d'origine Antiquité celte et gauloise
Groupe divin Tride gauloise
Associé(s) Tarvos trigaranus
Équivalent(s) Dagda et Mars
Région de culte Gaule

Étymologie et prononciation

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Ce dieu est connu par des inscriptions sous les forme « TOUTATIS » et « TOTATES »[1] retrouvées au sanctuaire de Beauclair, à Voingt (Puy-de-Dôme), en territoire arverne. Selon les travaux de linguistique moderne, les formes « Teutates », « Toutatis » et « Totates » ne sont pas nécessairement des déformations du même mot par des scribes successifs, mais peuvent refléter différentes réalisations ou différents états de l'évolution phonologique de la voyelle initiale issue du proto-celtique *teutā[2],[3].

La reconstruction proto-celtique est *teutā « tribu, peuple », racine apparentée au vieil-irlandais túath, au moyen-gallois tut « peuple, pays », selon une chronologie vocalique *teutā → toutā → totā. La signification généralement acceptée est « celui qui appartient au peuple / qui est lié au peuple », d'où l'interprétation fonctionnelle de « dieu de la tribu »[2],[3].

Henri d'Arbois de Jubainville a soutenu que la forme « Teutatès » est un barbarisme en raison de la latinisation du nom. Celui-ci pensait que Lucain avait donné au nom gaulois une terminaison grecque -ates au lieu du -atis gaulois[4]. Néanmoins, si TOUTATIS est la forme épigraphique la plus attestée, il existe également une forme TOTATES, attestée à Beauclair. La recherche récente met en relation ces variations avec les évolutions phonétiques internes du celtique, plutôt qu'avec une erreur de lecture de l'êta grec[5].

Dans la littérature antique

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Rosmerta et Teutatès. Musée Saint-Remi de Reims (Marne, France)

Teutates ne figure que dans deux sources littéraires antiques, Lucain et Lactance. Lucain au milieu du premier siècle de l'ère chrétienne fait figurer Teutates dans sa Pharsale (I, 444-446). Dans ses Institutions divines (I, 21, 3), Lactance au quatrième siècle semble reprendre le propos de Lucain « pour l'appliquer au paganisme en général »[6]. Lucain associe Teutates à Esus et à Taranis[7] et évoque des sacrifices humains pour l'apaiser. Selon lui, les Gaulois « apaisent par un sang détestable le féroce Teutates »[8].

Les scholies bernoises de Lucain rattachent Teutates à Mercure et à Mars et évoquent aussi des sacrifices humains[9]. Selon cette source tardive, Teutates serait le nom gaulois de Mercure (Mercurius lingua Gallorum Teutates dicitur) et les victimes humaines lui seraient sacrifiées par asphyxie[9]. Les scholies mentionnent ensuite un Teutates Mars, inspirateur des combats, recevant aussi des sacrifices humains[9].

Fonction

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Plusieurs spécialistes considèrent Teutates comme une désignation ou un titre pouvant s'appliquer à la divinité tutélaire d'une communauté[10],[11]. Patrice Lajoye évoque un possible rôle de protecteur de la cité ou du pagus[12]. Joseph Vendryes considère également Teutates comme un adjectif désignant le dieu de la tribu, sans lui attribuer nécessairement une fonction spécialisée. Selon lui, le dieu pouvait être assimilé à Mars dans le contexte guerrier, mais aussi à Mercure dans d'autres circonstances[13].

Dans les inscriptions, le nom de Teutatès est uniquement associé à celui de Mars : Marti Toutati[14],[15]. On trouve ce type d'inscription notamment dans l’île de Bretagne où on trouve des inscriptions dédiées à Mars Toutatis (RIB 219) et où il semble que son culte ait été répandu[12].

Jean-Jacques Hatt qui a proposé une lecture iconographique très développée de Teutatès. associe explicitement le sanglier à Teutatès et parle du « sanglier de Teutatès »[16]. Paul-Marie Duval est plus réservé. Il souligne que nous disposons de textes, d'inscriptions et de documents figurés, mais pas de sculptures de Teutatès identifiable avec certitude par un sanglier[7].

Archéologie

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Un certain nombre d'inscriptions dédiées au dieu se trouvent hors de Gaule : Seckau (Autriche), Rome, le mur d'Hadrien, diverses en Grande-Bretagne[12].

Céramique avec l'inscription Totates, musée de Voingt
Céramique avec l'inscription Totates, musée de Voingt

En 2007, l'archéologue Bernard Clémençon a découvert dans les caves du musée Bargoin de Clermont-Ferrand cinq fragments de céramique d'époque gallo-romaine, où figure l'inscription TOTATUS ; ces fragments, déposés au musée dans les années 1950, proviennent de fouilles effectuées à Voingt, sur le site de Beauclair. Ces tessons, déposés dans une caisse, n'avaient jamais été examinés complètement auparavant. Un vase, découvert lui aussi à Beauclair en 1882 par l'archéologue Ambroise Tardieu, fut dessiné par ce dernier : sur le dessin, on lit aussi le nom de la divinité. Ce vase, déposé au musée, a disparu depuis[17].

Deux figures du célèbre chaudron de Gundestrup, retrouvé au Jutland (Danemark) ont parfois été rapprochées de Teutatès : sur une plaque intérieure, un personnage de grande taille tient un individu par les jambes et semble le plonger tête la première dans un récipient. Cette scène a été rapprochée du sacrifice à Teutatès décrit par les Commenta Bernensia sur Lucain : la victime aurait été plongée dans un récipient rempli d'eau. Une figure de la plaque extérieure tient deux personnages qui touchent ou portent de petits animaux, probablement des sangliers. Elle a également parfois été identifiée à Teutatès. Ces identifications demeurent hypothétiques car les inscriptions du chaudron ne donnent aucun nom de divinité[18],[19].

Chaudront de Gundestrup, représentation de Teutatis
Plusieurs spécialistes ont soutenu que Teutatis est présent au centre gauche sur cette image.

Évocation moderne

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Astronomie

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Toutatis dans la culture populaire

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Il est connu notamment à l'époque contemporaine par le biais de la bande dessinée Astérix, où il est régulièrement évoqué par l'exclamation « Par Toutatis ! ».

Programme spatial

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TOUTATIS [Test en Orbite d’Utilisation de Techniques d’Action contre les Tentatives d’ingérences Spatiales] est un programme (LPM 2024-2030) de démonstration de lutte contre les actions satellitaires malveillantes (espionnage ou neutralisation) du Commandement de l’Espace, à l'aide de deux microsatellites, un guetteur et un chasseur[21].

Voir aussi

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Article connexe

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Bibliographie

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  • Paul-Marie Duval, « Teutates, Esus, Taranis », Publications de l'École Française de Rome, no 116,‎ , p.275-287 (lire en ligne).
  • Bernard Clémençon, Pierre Ganne, « Toutatis chez les Arvernes : les graffiti à Totates du bourg routier

antique de Beauclair (communes de Giat et de Voingt, Puy-de-Dôme) », Gallia, CNRS Éditions, 2009, 66 (2), p.153-169 Lire en ligne sur HAL.

Articles connexes

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Notes et références

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  1. ↑ "Les découvertes d'inscriptions consacrées au dieu Toutatis sont rarissimes. Tout récemment ont été publiées des graffites arvernes sur poterie mentionnant« Totates » et provenant du vicus de Beauclair (communes de Giat et de Voingt). Les autres découvertes proviennent toutes de sites hors de Gaule : Rome, Seckau (Autriche) ; d'autres encore sont éparpillées sur le territoire des Icènes, des Trinovantes, et le long du mur d'Hadrien, où le nom du dieu, écrit notamment sur des bagues, est régulièrement abrégé en TOT. (Patrice Lajoye, « Une inscription votive à Toutatis découverte à Jort », in Études celtiques, année 2014, 40, pp. 21-28)
  2. 1 2 (en) Ranko Matasović, Etymological Dictionary of Proto-Celtic, Leiden/Boston, Brill, 2009, p. 321 pour teutā / Teutates
  3. 1 2 Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise : une approche linguistique du vieux-celtique continental, 2e éd., Paris, Errance, 2003, entrée teutā.
  4. ↑ Henri d'Arbois de Jubainville, « Le nom du dieu gaulois Teutatès », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 36, 1892, p. 383–384
  5. ↑ Bernard Clémençon & Pierre Ganne, « Toutatis chez les Arvernes : les graffiti à Totates du bourg routier antique de Beauclair (communes de Giat et de Voingt, Puy-de-Dôme) », Gallia, 66/2, 2009, p. 153–169
  6. ↑ Clémençon, Ganne, 2009, p.162
  7. 1 2 Duval 1989, p. 275.
  8. ↑ traduction Duval 1989, p. 275.
  9. 1 2 3 Duval 1989, p. 276.
  10. ↑ (de) Wolfgang Meid, « Keltische Religion im Zeugnis der Sprache », Zeitschrift für celtische Philologie, 53. 2003, p. 20–40
  11. ↑ (de) Patrizia de Bernardo Stempel, « Die sprachliche Analyse keltischer Theonyme », Zeitschrift für celtische Philologie, 53. 2003, p. 41–69
  12. 1 2 3 Patrice Lajoye, « Une inscription votive à Toutatis découverte à Jort », Études celtiques, XL, 2014, p. 21-28.
  13. ↑ Joseph Vendryes, La Religion des Celtes, rééd. Coop Breizh, Spézet, 1997
  14. ↑ Félix Guirand, Mythologie générale, éd. Larousse, Paris, 1994, p. 205 (ISBN 2-03-513006-9).
  15. ↑ Duval 1989.
  16. ↑ Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule. 1, Les Grandes divinités masculines, Picard, 1989
  17. ↑ Manuel Armand, « Première découverte en France de vestiges gaulois portant le nom du dieu Toutatis », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  18. ↑ (en) Mac Cana, Proinsias, Celtic Mythology, London, Hamlyn/Octopus, 1970
  19. ↑ (en) Andrew James McIntosh Watson, Religious Acculturation and Assimilation in Belgic Gaul and Aquitania from the Roman Conquest until the End of the Second Century CE, University of Edinburgh, 2004
  20. ↑ (en) « (4179) Toutatis », dans Dictionary of Minor Planet Names, Springer, (ISBN 978-3-540-29925-7, DOI 10.1007/978-3-540-29925-7_4150, lire en ligne), p. 357–358
  21. ↑ « Spatial : l’Agence de l’innovation de défense notifie à U-Space la réalisation d’une démonstration d’actions en orbite basse au profit du Commandement de l’Espace | Ministère des Armées », sur www.defense.gouv.fr, (consulté le )