Théodelinde de Bourgogne

Théodelinde est une reine burgonde (née vers 450, morte en 500 ou 501). Elle épouse Godégisile, fils cadet de Gondioc, roi des Burgondes dans le troisième quart du Ve siècle, et frère de Gondebaud[1], de Chilpéric et Godomar[2].

Transférés au sein de l’Empire romain en 443, les Burgondes s’installent sur un territoire nommé la Sapaudia (le « pays des sapins » en celte), comprenant les rives du Léman. Genève devient tout d’abord la capitale de leur royaume. Remplacée par Lyon en 470, elle conserve toutefois la place de capitale secondaire.

En 473[3], à la mort de Gondioc, le royaume burgonde est partagé entre ses fils[2]. Godégisile reçoit le nord du royaume avec les cités de Besançon, Langres, Chalon-sur-Saône, Autun, Genève et le Valais. Il établit sa capitale à Genève[3].

Défenseuse de la foi nicéenne

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Théodelinde est chrétienne nicéenne, tandis que son époux, Godégisel, est resté fidèle au christianisme arien, doctrine considérée comme hérétique par le concile de Nicée en 325. À l’époque, plusieurs reines burgondes nicéennes sont mariées à des souverains ariens et jouent un rôle dans la diffusion de la foi nicéenne au sein du royaume burgonde[4].

Selon une version de la Passion de Victor et Ours, rédigée aux VIIe ou VIIIe siècles, Théodelinde aurait fondé vers 480-490 une église consacrée à Saint Victor, soldat martyr associé à la Légion thébaine. L’édifice se trouvait à l’emplacement de l’actuelle église russe de Genève et présentait un plan circulaire. Cette fondation témoigne, selon cette source, de l’engagement de la reine en faveur du christianisme nicéen.

La même Passion rapporte que Théodelinde aurait fait transférer à Genève les reliques de saint Victor depuis Soleure, sous la conduite de l’évêque Domitien. La cérémonie aurait réuni de nombreux évêques et prêtres. Le transfert de ces reliques s’inscrit dans le développement du culte des saints et des reliques, qui contribue alors à la diffusion du christianisme en Occident.

La fondation de l’église et le transfert des reliques peuvent également être interprétés dans le contexte politique et religieux du royaume burgonde, où coexistent alors communautés nicéennes et ariennes. La conversion des souverains burgondes au christianisme nicéen intervient progressivement et n’est pas achevée avant le début du VIe siècle, notamment avec la conversion de Sigismond vers 505.

L’attribution de la fondation de Saint-Victor à Théodelinde n’est toutefois pas unanime. D’autres sources attribuent cette initiative à Sédéleube, présentée comme une nièce de Godégisel et la soeur de Sainte Clothilde.

Vers l’an mil, l’église Saint-Victor devient une église conventuelle et est rattachée à l’abbaye de Cluny.

Rébellion de Godégisile et massacre de sa famille

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Statue de Gondebaud, roi des Burgondes, sur la façade d'une maison de la Vieille-Ville de Genève.

Chilpéric et Gondemar disparaissent de la scène politique à une date incertaine, probablement à la suite d’un conflit avec leur frère Gondebaud. Selon une tradition dont la fiabilité est discutée, ils se seraient alliés vers 485 contre Gondebaud et auraient tenté de le renverser, tandis que Godégisile serait resté neutre. Les deux frères auraient été vaincus puis tués en 486[5]. D’autres sources situent leur disparition dès 476[6]. Godégisile gouverne ensuite avec Gondebaud les territoires situés autour du Rhône et de la Saône, ainsi que la province de Marseille[7].

En 500, Godégisile s'allie à Clovis Ier, dont l'épouse, Clotilde, est la fille de Chilpéric. Cette alliance vise à renverser Gondebaud pour prendre le contrôle du royaume burgonde[2]. Godégisile est vaincu à Vienne et exécuté. Gondebaud fait probablement noyer Théodelinde dans le Rhône et décapiter ses deux fils. Seules, deux petites-filles, Gondioque et Sédéleubeude, échappent au massacre[8]. Gondioque épousera par la suite les fils de Clovis Clodomir, roi d'Orléans, et Clotaire, roi de Soissons.

Postérité

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La Promenade Saint-Antoine, à droite, l'Esplanade Théodeline

En 2022, le Conseil d'Etat nomme la partie orientale de la Promenade Saint-Antoine, Esplanade Théodelinde, en hommage à la reine burgonde. Cet espace, qui abrite aujourd'hui le Site archéologique Saint-Antoine (SaSA), se situe à proximité de l'ancienne Eglise Saint-Victor[9].

Notes et références

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  1. ↑ (en) Charles Cawley, « Gundobad [Gondebaud] », sur Foundation for Medieval Genealogy (consulté en ).
  2. 1 2 3 Achilles Weishaupt (trad. Walter Weideli), « Gondebaud » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du
  3. 1 2 (en) Charles Cawley, « Chapter 1. Kings of Burgundy 411-534 », sur Foundation for Medieval Genealogy (consulté en ).
  4. ↑ Reinhold Kaiser, « L’entourage des rois du regnum Burgundiae aux époques burgonde et mérovingienne », dans À l’ombre du Pouvoir : Les entourages princiers au Moyen Âge, Presses universitaires de Liège, coll. « Bibliothèque de la faculté de philosophie et lettres de l’université de Liège », , 77–95 p. (ISBN 979-10-365-2063-1, DOI 10.4000/books.pulg.5640, lire en ligne)
  5. ↑ Voir page Gondemar Ier et sa discussion.
  6. ↑ Ivan Gobry, Les premiers rois du France, Paris, Editions Tallandier, (ISBN 2-235-02171-9), p. 55
  7. ↑ Selon Grégoire de Tours, cité par FMG : « Gregory of Tours records that Godegisel ruled jointly with his brother Gundobad over the territory round the Rhône and the Saône and the province of Marseille ».
  8. ↑ J. Favrod, Les Burgondes, un royaume oublié au cœur de l'Europe, Le savoir suisse, p. 87.
  9. ↑ (fr-CH) ATS Agence télégraphique suisse, « Un trésor archéologique émerveille les Genevois », sur Blick, (consulté le )