The Dream Woman
The Dream Woman est un film muet américain réalisé par Alice Guy, sorti en 1914.
| Réalisation | Alice Guy |
|---|---|
| Scénario | Alice Guy, d'après The Dream Woman de Wilkie Collins |
| Acteurs principaux |
Fraunie Fraunholz Claire Whitney Joseph Levering Vinnie Burns |
| Sociétés de production | Blaché Features |
| Genre |
Film dramatique Film fantastique Film d'horreur |
| Durée | 40 minutes |
| Sortie | 1914 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Adapté du roman The Dream Woman de Wilkie Collins, produit par Blaché Features et distribué par la Box Office Attractions Company, le film mêle drame psychologique, fantastique et suspense autour d'un homme persuadé qu'une femme aperçue en rêve finira par le tuer[1],[2].
Le film est salué par plusieurs critiques contemporains, qui voient dans cette adaptation l'une des productions les plus ambitieuses d'Alice Guy et soulignent sa mise en scène, son atmosphère fantastique et la qualité de son adaptation du roman de Wilkie Collins[3].
Synopsis
modifierFrancis Raven est hanté depuis son enfance par un rêve récurrent. Chaque année, le jour de son anniversaire, une mystérieuse jeune femme apparaît et tente de le tuer avec un couteau.
Alors qu'il cherche un emploi comme palefrenier, Francis est contraint de passer une nuit dans une auberge isolée. Au milieu de la nuit, il aperçoit la femme de ses rêves penchée au-dessus de son lit, un couteau à la main. Terrorisé, il se jette hors du lit ; la lame se plante dans le matelas. Réveillés par ses cris, les aubergistes ne trouvent aucune trace de l'inconnue et le chassent de l'établissement, persuadés qu'il est victime d'un cauchemar.
Peu après, Francis rencontre Alicia Warlock dans une pharmacie. Malgré les avertissements de sa mère, qui reconnaît aussitôt en elle la femme aperçue dans ses rêves, il en tombe amoureux et l'épouse. Leur mariage se révèle rapidement malheureux. Alicia fréquente des compagnons douteux, boit excessivement et sombre progressivement dans l'alcoolisme. Lors d'une violente dispute, Francis la frappe. Furieuse, Alicia lui promet de le tuer avec le même couteau qui apparaît depuis toujours dans ses cauchemars.
Francis décide de faire disparaître cette arme, mais il est attaqué par des bandits qui le dépouillent et le jettent dans un puits. Après être parvenu à s'échapper, il change de région et trouve un nouvel emploi auprès d'un couple fortuné comme second palefrenier.
À l'approche de son anniversaire, il raconte son étrange histoire à ses employeurs. Ceux-ci décident de le protéger en demandant à un autre domestique de veiller sur lui pendant la nuit. Mais ce dernier quitte son poste pour rejoindre une femme rencontrée au village. Profitant de son absence, Alicia retrouve Francis, entre dans sa chambre, le reconnaît malgré les années et le poignarde avec le couteau de ses visions. Les enquêteurs suivent ensuite ses traces jusqu'au bord de l'eau, où elles disparaissent mystérieusement[4].
Fiche technique
modifier- Titre : The Dream Woman[1]
- Réalisation : Alice Guy[5]
- Scénario : Alice Guy, d'après le roman The Dream Woman de Wilkie Collins[1]
- Société de production : Blaché Features[1]
- Société de distribution : Box Office Attractions Company[3]
- Pays de production :
États-Unis[1] - Langue : film muet avec les intertitres anglais américain
- Métrage : 1 300 m (4 bobines)[1]
- Format : Noir et blanc — 35 mm — 1,33:1 — Muet
- Genre : Film dramatique, Film fantastique, Film d'horreur[5]
- Format : noir et blanc, film muet[1]
- Durée : 40 minutes
- Date de sortie :
Distribution
modifier- Fraunie Fraunholz : Francis Raven[6]
- Claire Whitney : Alicia Warlock (« The Dream Woman »)[1]
- Joseph Levering : l'étranger[6]
- Vinnie Burns : l'épouse de l'étranger[6]
Production
modifierAlice Guy adapte pour l'écran le roman fantastique The Dream Woman de Wilkie Collins. Les critiques contemporains soulignent que la réalisatrice conserve les principaux ressorts psychologiques de l'œuvre tout en simplifiant la narration afin de privilégier la force des images et le suspense visuel[3]
La campagne publicitaire présente le film comme l'une des productions les plus ambitieuses de Blaché Features. The Moving Picture World le décrit comme une adaptation « magnifiquement mise en scène » et affirme qu'il constitue un « chef-d'œuvre » capable d'attirer un large public grâce à son intrigue pleine de suspense[2].
L'adaptation accorde une place importante aux décors naturels, notamment l'auberge isolée, les paysages enneigés et les routes de campagne, ainsi qu'aux effets photographiques destinés à entretenir l'ambiguïté entre rêve, hallucination et réalité. Les critiques soulignent également le soin apporté aux intertitres, dont plusieurs reprennent directement des passages du roman de Wilkie Collins[5],[3].
Accueil critique
modifierThe Dream Woman reçoit un accueil très favorable de la presse professionnelle, plusieurs critiques considérant qu'il s'agit de l'une des réalisations les plus abouties d'Alice Guy[3],[5].
Dans The Moving Picture World, Hanford C. Judson estime que l'adaptation du roman de Wilkie Collins constitue « une véritable sensation cinématographique ». Il souligne que le suspense est maintenu sans interruption du début à la fin des quatre bobines et attribue cette réussite autant au choix du sujet qu'au travail d'adaptation réalisé par Alice Guy. Selon lui, la réalisatrice est parvenue à éliminer tout élément inutile du roman pour ne conserver que les épisodes les plus visuels et les plus efficaces dramatiquement[3].
Judson insiste également sur l'atmosphère créée par Alice Guy. Il considère que le spectateur demeure constamment dans l'incertitude, ne sachant jamais si les événements représentés appartiennent au rêve ou à la réalité. Il cite notamment l'auberge isolée, les paysages enneigés et la lande traversée par Francis Raven comme des exemples particulièrement réussis de cette atmosphère inquiétante. Selon lui, chaque décor participe pleinement à la progression du récit et aucun plan n'apparaît superflu[3].
Le critique estime en outre que le film dépasse la simple illustration du roman de Wilkie Collins. Il considère qu'Alice Guy s'approprie le récit pour en faire une œuvre véritablement cinématographique, capable d'utiliser les ressources propres du médium plutôt que de se limiter à une transposition littérale du texte original[3].
S'il juge le jeu des acteurs légèrement inégal, Judson estime néanmoins que Fraunie Fraunholz et Claire Whitney livrent des interprétations convaincantes. Il conclut en saluant la photographie et la qualité générale de la mise en scène, qu'il considère parmi les meilleures productions américaines du moment[3].
Dans Motion Picture News, A. Danson Michell voit dans The Dream Woman « la meilleure production de la Blaché Company depuis longtemps ». Il rapproche le récit de l'univers d'Edgar Allan Poe, dont il retrouve le caractère étrange, inquiétant et psychologiquement troublant. Selon lui, la force principale du film réside dans le traitement cinématographique de la superstition qui poursuit le héros tout au long de sa vie[5].
Michell souligne également l'utilisation de citations empruntées directement au roman de Wilkie Collins dans les intertitres, ainsi que le soin apporté aux décors et aux scènes d'extérieur, en particulier celles de l'auberge. Il considère que la conclusion, montrant la disparition mystérieuse de la « femme du rêve » grâce à une double exposition suivie d'un fondu, constitue l'un des effets visuels les plus réussis du film[5].
Analyse
modifierLes critiques contemporaines présentent The Dream Woman comme un récit situé à la frontière du fantastique et de la psychologie. L'ambiguïté entretenue tout au long du film entre rêve, prémonition, hallucination et réalité constitue le principal ressort dramatique de l'œuvre[3],[5].
Hanford C. Judson estime que cette ambiguïté est précisément ce qui distingue l'adaptation d'Alice Guy. Selon lui, la réalisatrice ne cherche jamais à fournir une explication rationnelle aux événements. Elle entretient volontairement le doute jusqu'à la dernière scène, laissant au spectateur le soin de décider si les apparitions de la femme sont surnaturelles ou relèvent uniquement des peurs du héros[3].
A. Danson Michell voit pour sa part dans le film une étude de l'autosuggestion et de la superstition. Il considère que le personnage de Francis Raven est progressivement dominé par la certitude que son rêve finira par se réaliser, ce qui influence l'ensemble de son existence et prépare le dénouement tragique[5].
Les deux critiques soulignent également le rôle essentiel de la mise en scène d'Alice Guy. Les paysages désertiques, les décors de l'auberge, les jeux d'ombre, les doubles expositions et les fondus contribuent à installer une atmosphère onirique qui renforce constamment le doute entre monde réel et monde imaginaire[3],[5].
À noter
modifier- À la suite du tournage, Motion Picture News rapporte que Claire Whitney s'intéresse particulièrement au spiritisme, intérêt que la revue associe à son interprétation du personnage d'Alicia Warlock dans The Dream Woman[7].
Conservation
modifier- Le film est considéré comme perdu[8].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) « The Dream Woman », sur AFI Catalog of Feature Films, American Film Institute (consulté le )
- 1 2 (en) « The Dream Woman », The Moving Picture World, , p. 1458 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (en) Hanford C. Judson, « The Dream Woman », The Moving Picture World, , p. 1508 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « The Dream Woman », The Moving Picture World, , p. 1744 (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 (en) A. Danson Michell, « The Dream Woman », Motion Picture News, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (en) « The Dream Woman », sur Silent Era (consulté le )
- ↑ (en) « Claire Whitney Interested in Spiritualism », Motion Picture News, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « The Dream Woman (1914) », sur Silent Era (consulté le )
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- (en) « The Dream Woman », sur AFI Catalog of Feature Films, American Film Institute
- « The Dream Woman » (présentation de l'œuvre), sur l'Internet Movie Database