The Voices of Morebath

The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village est un livre d'histoire non romanesque paru en 2001. Il est écrit par l'historien du christianisme britannique Eamon Duffy et publié par Yale University Press.

The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village
Image illustrative de l’article The Voices of Morebath
Couverture de l'édition de 2003

Auteur Eamon Duffy
Pays États-Unis
Genre Histoire
Sujet Réforme anglaise, Morebath, Révolte du livre de la prière commune
Version originale
Langue Anglais
Version française
Éditeur Yale University Press
ISBN 9780300091854

L'ouvrage porte sur le village anglais de Morebath pendant la Réforme anglaise du XVIe siècle. À partir des comptes paroissiaux très détaillés tenus par Sir Christopher Trychay, vicaire de la paroisse de Morebath, Duffy étudie les conséquences religieuses et sociales de la Réforme dans une communauté catholique conservatrice sous le règne d'Henri VIII, pendant la violente rébellion du livre de la prière commune de 1549, puis sous l'ère élisabéthaine. Les comptes de Trychay, réédités pour la première fois en 1904, avaient déjà servi à d'autres travaux savants, et Duffy les découvre lors de ses recherches pour son ouvrage de 1992 The Stripping of the Altars[note 1]. The Voices of Morebath montre comment Morebath et Trychay passent d'une forte résistance initiale à la Réforme à une adoption progressive des nouvelles normes religieuses sous l'établissement religieux élisabéthain protestant.

The Voices of Morebath est salué pour son traitement des questions ecclésiastiques et paroissiales, notamment pour l'approche très personnelle de Trychay. L'ouvrage reçoit aussi des critiques pour certains passages où des exemples tirés de Morebath servent à commenter des sujets plus larges. D'autres recenseurs soulignent que Duffy reconnaît lui-même les limites d'une source aussi locale. Bien que populaire, le livre est jugé par certains critiques trop complexe pour le large public auquel il est destiné et commercialisé. En 2002, The Voices of Morebath vaut à Duffy le Prix Hawthornden, et l'ouvrage figure aussi parmi les finalistes du Prix Samuel-Johnson et du prix du livre de la British Academy.

Genèse et publication

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Photographie d'Eamon Duffy parlant dans un microphone
Eamon Duffy en 2010

Avant la parution de The Voices of Morebath, les historiens sont divisés sur l'adhésion plus ou moins spontanée du peuple anglais à la Réforme protestante durant l'époque Tudor. Dans The English Reformation (1964), l'historien A. G. Dickens affirme que le protestantisme s'impose rapidement et sans contrainte dans le royaume. Cette thèse, d'abord bien accueillie, suscite ensuite les critiques d'un courant révisionniste. L'historien catholique Jack Scarisbrick, dans The Reformation and the English People (1984), soutient au contraire que les Anglais du XVIe siècle restent, dans leur ensemble, attachés à la foi catholique et peu disposés à s'en détacher. Reprenant la méthode de Dickens — fondée sur l'examen des sources locales — sans en partager les conclusions, Margaret Bowker dans The Henrician Reformation (1981) et Susan Brigden dans London and the Reformation (1989) estiment pour leur part que le protestantisme ne gagne que lentement les âmes anglaises[2].

C'est au fil de ses recherches pour son livre de 1992, The Stripping of the Altars, que Duffy découvre les registres de Trychay[3],[note 2]. Salué comme « magistral » par les historiens du règne Tudor Robert M. Kingdon et Robert Tittler[4],[5], cet ouvrage met en lumière les pratiques religieuses qui irriguent la société anglaise à la veille de la Réforme. Duffy y défend l'idée que la Réforme représente « une rupture violente, et non l'aboutissement naturel, de ce qui était le plus vivace dans la piété et la pratique religieuse médiévales tardives ». The Stripping of the Altars rencontre un large écho, malgré des critiques qui reprochent à Duffy de passer sous silence les zones d'ombre de l'Église médiévale et de ne pas démontrer complètement sa thèse selon laquelle l'Angleterre catholique aurait été emportée par ce que l'historien anglais Patrick Collinson appelle un deus ex machina royal[2]. Quand paraît The Voices of Morebath, en 2001, Duffy préside le Magdalene College de l'Université de Cambridge[6].

Tableau de Pieter Brueghel l'Ancien représentant littéralement des proverbes néerlandais
Les Proverbes flamands (1559) de Pieter Brueghel l'Ancien figure sur la jaquette de l'ouvrage.

The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village, signé par Duffy et publié par Yale University Press en 2001, se compose de seize pages liminaires suivies de deux cent trente-deux pages de texte[5]. Le livre paraît d'abord en édition reliée, puis en édition brochée à partir de 2003[7],[8]. Sa jaquette présente un détail tiré des Proverbes flamands (1559) de Pieter Brueghel l'Ancien ; cette image, avec les planches en couleur, les gravures sur bois et les pages de garde illustrées, évoque selon la recenseuse Katherine L. French « un sentiment de communauté et une nostalgie pour une Angleterre d'autrefois »[9].

Duffy conçoit The Voices of Morebath comme le pendant naturel de The Stripping of the Altars[5]. Le deuxième tirage, publié quelques semaines après le premier, ajoute des précisions sur le vicariat de Trychay, tirées d'une enquête du début du XVIIe siècle que Duffy ne retrouve que trop tard pour les intégrer à l'édition originale[2]. Un quatrième tirage ajoute enfin des éléments issus des registres des tribunaux ecclésiastiques concernant une attaque à l'épée dont Trychay fut victime en 1557, de la part d'un ouvrier[10].

Contenu de l'œuvre

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Au XVIe siècle, Morebath est un village de bergers du Devon, en Angleterre. Sa paroisse, isolée et pauvre, dessert environ 150 personnes réparties en 33 familles. Sir Christopher Trychay[note 3] est vicaire de Morebath pendant cinquante-quatre ans, de 1520 à 1574[2]. Pendant cette période, l'Angleterre connaît quatre souverains successifs, et Morebath passe d'une communauté catholique conservatrice, hostile à la Réforme anglaise imposée par le gouvernement, à un village conforme à l'établissement religieux élisabéthain protestant[4],[12],[3]. La religion occupe une place centrale dans le quotidien des habitants de Morebath, qui adaptent néanmoins leurs pratiques aux théologies successives imposées sous les règnes d'Henri VIII (1509-1547), d'Édouard VI (1547-1553), de Marie Ire (1553-1558) et d'Élisabeth Ire (1558-1603). Les exigences religieuses et financières du gouvernement édouardien constituent l'épreuve la plus rude : avec l'instauration du Book of Common Prayer de 1549, les comtés du Devon et de Cornouailles se soulèvent, et la paroisse de Morebath finance le départ de cinq de ses hommes afin qu'ils rejoignent la rébellion, vouée à l'échec, près de la ville d'Exeter[4],[12].

Signature de Sir Christopher Trychay
Signature de Sir Christopher Trychay dans les registres paroissiaux

Trychay tient des comptes paroissiaux minutieux tout au long de son vicariat à Morebath. Depuis 1904, ces registres servent de source aux chercheurs qui travaillent sur l'Angleterre du XVIe siècle, date à laquelle J. Erskine Binney en publie une édition sous le titre The Accounts of the Wardens of the Parish of Morebath, Devon, 1520–1573. Binney, antiquaire qui a lui-même occupé la charge de vicaire de l'église Saint-Georges de Morebath, fait paraître cette édition pour le compte d'une société savante locale[2],[13]. Il avait classé les manuscrits originaux, mais ceux-ci furent ensuite dispersés, puis reliés de manière aléatoire à la bibliothèque d'Exeter[14]. Les comptes de Trychay font partie des rares registres paroissiaux du XVIe siècle conservés à Morebath, de nombreuses archives de la paroisse ayant été détruites pendant les bombardements d'Exeter au cours de la Seconde Guerre mondiale[2]. Eamon Duffy, historien irlandais catholique du christianisme britannique[15], s'appuie à la fois sur l'édition de Binney et sur le manuscrit original pour composer The Voices of Morebath[2],[16].

L'ouvrage raconte comment le village de Morebath, sa paroisse et le prêtre Christopher Trychay finissent, à contrecœur, par accepter le protestantisme anglais, malgré leurs sympathies catholiques[6]. The Voices of Morebath compte sept chapitres. Le premier présente la paroisse, ses paroissiens et sa place dans le village médiéval. Le deuxième traite des comptes de Trychay et expose les avantages et les limites des comptes de fabrique[note 4]. Le troisième chapitre porte sur la façon dont les comptes rendent compte des conflits paroissiaux et de leur résolution. Le quatrième retrace le financement et les dépenses de la paroisse afin de mieux cerner l'expérience religieuse de Morebath. Les cinquième et sixième chapitres traitent de Morebath pendant la Réforme et détaillent le financement par la paroisse de cinq hommes qui prennent part à la rébellion du livre de la prière commune de 1549. Le septième chapitre décrit le retour des dévotions et de la vie communautaire d'avant la Réforme sous Marie Ire, puis l'arrivée au pouvoir d'Élisabeth Ire et la conformité finale de la paroisse[7].

Dans la vie traditionnelle d'avant la Réforme, la frontière entre le religieux et le séculier est peu marquée chez les habitants de Morebath : les villageois font paître les moutons de la paroisse avec leurs propres troupeaux et participent à des fêtes bruyantes, appelées church ales, où bière artisanale et ménestrels itinérants se retrouvent à la maison paroissiale pour soutenir financièrement la paroisse[6],[17]. La foi de Trychay reflète les croyances de sa congrégation, et Duffy écrit que « sa religion était finalement celle de Morebath »[6].

Avec la séparation de l'Église d'Angleterre et de l'Église catholique décidée par Henri VIII en 1534, Trychay accepte les revendications du roi sur sa suprématie face au pape. La paroisse de Morebath perd alors la protection d'un seigneur monastique, remplacé par des spéculateurs peu compatissants qui profitent de la dissolution des monastères[6]. Bien qu'il se conforme aux imposées religieuses protestantes d'Édouard VI, Trychay aurait caché, plutôt que détruit, des vêtements liturgiques coûteux qu'il venait d'acheter après vingt années d'économies[2],[18]. Dans son opposition au gouvernement, la paroisse finance ensuite le départ de cinq de ses membres pour la rébellion désastreuse du Book of Common Prayer à Exeter. Par la suite, les objets ornementaux de la paroisse sont retirés, dégradés ou cachés afin de se conformer au régime édouardien[6].

Si Trychay se réjouit de la restauration du catholicisme par Marie Ire, il accepte ensuite le protestantisme et profite volontiers des fonctions ainsi que des revenus liés à une seconde paroisse sous le règne de sa successeure, Élisabeth Ire[6]. L'établissement religieux élisabéthain réintroduit certains éléments impopulaires de l'époque d'Édouard VI, mais de façon moins brutale et avec certaines concessions aux pratiques traditionnelles. Vers 1570, alors que le ministère de Trychay touche à sa fin, la présence du gouvernement séculier à Morebath devient plus intrusive, tandis que les saints et les objets qui leur étaient associés, autrefois familiers et vénérés, ont disparu. Malgré ces changements doctrinaux, Duffy établit que les « rythmes de la vie » ont repris leur cours[19],[note 5].

Le récit que fait The Voices of Morebath de l'implication de Morebath dans la rébellion du livre de la prière commune diffère des récits antérieurs. Duffy avait déjà établi que l'édition de Binney des registres de Trychay avait mal transcrit l'expression qui désigne l'endroit où cinq hommes armés et financés par la paroisse se rendent en 1549, en la confondant avec un autre toponyme. Dans un essai antérieur sur Morebath, Duffy avait corrigé cette erreur et identifié le site du camp rebelle situé près d'Exeter, tout en pensant alors que ces cinq hommes avaient été envoyés en renfort des troupes gouvernementales assiégées. La position de Duffy change toutefois grâce aux apports de l'historien ecclésiastique anglais Diarmaid MacCulloch, et The Voices of Morebath soutient au contraire que ces cinq hommes ont été envoyés pour appuyer la rébellion[10]. Trois des cinq hommes envoyés par la paroisse figurent probablement parmi les victimes de la bataille de Clyst St Mary[2],[note 6].

Thèmes et analyse

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Photographie en noir et blanc d'Emmanuel Le Roy Ladurie
La démarche micro-historique que déploie Duffy dans The Voices of Morebath trouve un écho dans celle du médiéviste Emmanuel Le Roy Ladurie.

The Voices of Morebath s'inscrit dans la tradition de la microhistoire, dont Emmanuel Le Roy Ladurie a tracé la voie dans Montaillou (1975), ouvrage consacré au destin des paysans pyrénéens au XIVe siècle[22]. L'historien Keith Thomas y voit « un bel exemple de micro-histoire, même s'il ne constitue pas l'équivalent anglais de Montaillou », et estime que la pleine compréhension de la Réforme anglaise dépend encore de l'étude « des décideurs : les hommes politiques et les évêques, les prédicateurs évangéliques et les laïcs pieux »[10]. Il remarque que, si Duffy se montre peu indulgent envers ces grandes figures, « comme beaucoup d'historiens catholiques avant lui, il éprouve une profonde sympathie pour un monde disparu »[10].

Collinson, qui voit dans l'ouvrage un véritable « thrène micro-historique », rappelle que la place centrale accordée à Trychay tient moins à un choix délibéré qu'à une nécessité imposée par « notre dépendance quasi totale à ses comptes », seuls vestiges restés disponibles après la destruction des autres registres de Morebath pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, The Voices of Morebath ne peut, selon lui, restituer une image complète ni de la paroisse, ni de ses habitants, ni même de Trychay lui-même. Il admet que « le regret de Duffy pour un petit monde disparu est compréhensible, et même justifié », avant de nuancer : l'histoire, écrit-il, « ne peut jamais espérer recréer ce qu'a pu signifier vivre réellement dans ces mondes »[2].

David Loades, spécialiste de l'époque Tudor, salue dans The Voices of Morebath un « exemple parfait d'histoire locale »[19]. Il décrit les registres tenus par Trychay comme un « commentaire continu »[19] du monde et de ses bouleversements sur cinquante-quatre ans, malgré la forme modeste des comptes de fabrique. Rejoignant Duffy, pour qui « on ne peut écrire l'histoire de la Réforme anglaise sur une base aussi étroite », il conclut que « nous devrions être reconnaissants » à l'historien comme à son curé « pour cet aperçu fascinant du passé, même si ce dernier était quelque peu un fâcheux désagréable »[19].

Accueil critique

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Dès sa parution, et en raison de la forte demande pour les ouvrages de Duffy, The Voices of Morebath se vend mieux que ne l'avait prévu Yale University Press, si bien qu'un deuxième tirage paraît quelques semaines après le premier[2]. Dans sa recension pour Church History, Eric Josef Carlson écrit que « la longueur raisonnable, les illustrations généreuses et le prix abordable de l'ouvrage montrent que l'auteur et l'éditeur le destinaient à un large public »[3]. Il estime toutefois que « la description est parfois si densément détaillée que l'attention de tous, hormis quelques spécialistes, finira par s'égarer », ajoutant que « la plupart des étudiants de premier cycle se sentiront dépassés » ; il recommande donc l'ouvrage surtout à des « étudiants ayant déjà une expérience de la lecture d'ouvrages historiques savants »[3]. Une recension de 2002 publiée dans la Virginia Quarterly Review affirme pour sa part que « cet ouvrage mérite un large public »[23].

Dans sa recension de 2002 pour la London Review of Books, l'historien anglais Patrick Collinson replace The Stripping of the Altars dans le contexte des travaux de Dickens et des études révisionnistes qui les ont contestés, en soulignant aussi le rôle de The Voices of Morebath comme pendant du livre précédent de Duffy[2]. Lucy Wooding, historienne de l'époque Tudor, qualifie l'ouvrage de « précieux » en tant que « contribution au débat sur la Réforme anglaise », dans une recension de 2001 pour Reviews in History[13], et estime que les vues de Duffy lui-même évoluent au fil de la rédaction[13]. Tom Betteridge, dans la revue Reformation en 2003, recommande quant à lui un « couple improbable » de lectures, en proposant que les lecteurs de The Voices of Morebath le considèrent comme un « volume compagnon » de l'ouvrage contemporain de MacCulloch, Tudor Church Militant[24].

Numérisation du compte de Trychay relatif au soutien de la paroisse à la rébellion de 1549
Compte de Trychay détaillant l'équipement de cinq paroissiens envoyés rejoindre la rébellion du livre de la prière commune de 1549 à St David's Down, près d'Exeter. Une reproduction de ce document figure dans l'ouvrage.

David Loades reconnaît les preuves du soutien de la paroisse à la rébellion de 1549, dissimulées dans les comptes, tout en estimant que cet épisode « mérite à peine de figurer dans le titre » de l'ouvrage[19]. Keith Thomas, dans la New York Review of Books en 2002, estime que la dépendance aux comptes de Trychay conduit à raconter l'histoire de Morebath du seul point de vue d'un prêtre catholique, sans apport de la population laïque. Il reconnaît néanmoins les efforts de Duffy pour atténuer cette perspective étroite, et recommande la lecture du quatrième tirage, dont le récit « tentant » de l'attaque à l'épée contre Trychay révèle une plus grande diversité de croyances religieuses à Morebath durant la Réforme[10].

Kingdon, dans une recension de 2003 pour le Journal of Interdisciplinary History, estime que l'ouvrage reste limité dans les conclusions qu'il peut tirer sur la Réforme anglaise, en raison de sa dépendance à une source unique, tout en louant « l'empathie remarquable et les compétences techniques impressionnantes » de Duffy[4]. Wooding estime de même que « les sources sont trop minces pour étayer des conclusions très générales »[13]. À propos de la suggestion de Duffy selon laquelle les femmes auraient été mieux traitées à une époque où la Vierge et sainte Sidwell étaient largement vénérées, elle juge qu'il ne s'agit là que d'une « spéculation intéressante »[13]. Carlson, pour sa part, approuve le « refus » de Duffy de « prétendre trop » : il cite une conférence donnée par celui-ci peu après la parution de l'ouvrage, dans laquelle il compare l'usage des comptes de Trychay à « l'effort de décrire une maison en regardant par un trou de serrure », avant de répondre lui-même, dans sa recension : « mais quel trou de serrure ! »[3]

Distinctions

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Duffy reçoit le prix Hawthornden de littérature pour The Voices of Morebath en . Dans sa recension, Carlson rapproche l'ouvrage d'un précédent lauréat de ce prix, Graham Greene, récompensé pour son roman La Puissance et la Gloire. S'il juge difficile de considérer Voices of Morebath comme un chef-d'œuvre comparable au roman de Greene, il observe néanmoins que les deux ouvrages « nous offrent la vie d'un prêtre trop humain, une figure insignifiante à l'échelle de la grande histoire, mais néanmoins assez représentative de son époque »[3].

The Voices of Morebath figure aussi parmi les finalistes du prix Samuel-Johnson de non-fiction en 2002[25], ainsi que parmi ceux du prix du livre de la British Academy — distinction qui récompense les ouvrages savants accessibles dans le domaine des sciences humaines et sociales — lors de la deuxième édition de ce prix. Le jury y voit un « joyau : une exposition subtile de la signification humaine d'une transition majeure dans l'histoire religieuse anglaise »[26].

Postérité

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Aspect culturel

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Photographie de l'église Saint-Georges de Morebath
Trychay fut vicaire de l'église Saint-Georges (sur la photo). La paroisse rapporte la venue de centaines de visiteurs après la lecture du récit qu'en fait Duffy dans The Voices of Morebath.

L'intérêt suscité par The Voices of Morebath se manifeste dans des milieux variés. Après la publication de l'ouvrage, un panneau d'English Heritage est installé à Morebath, et l'église Saint-Georges signale la venue de centaines de personnes qui ont lu le livre de Duffy. Le village figure aussi dans des programmes télévisés historiques consacrés à la Réforme anglaise : la série de 2009 d'Ann Widdecombe, Christianity: A History, comprend un entretien avec Duffy et s'appuie sur Morebath pour illustrer l'impact de la Réforme sur les classes rurales anglaises, tandis que l'épisode consacré à la Réforme de la série de 2012 de BBC Two, The Great British Story: A People's History, se concentre lui aussi sur Morebath[27].

Au sujet du rôle de l'urbanisation dans l'évolution séculière de l'expérience religieuse, le prêtre anglican Giles Legood cite The Voices of Morebath comme un apport de contexte historique à « un exemple de l'impact profond qu'a eu la religion dans la campagne anglaise »[28]. En 2017, le prêtre anglo-catholique Giles Fraser attribue à l'ouvrage le mérite d'avoir « fait évoluer la manière dont un très grand nombre de personnes comprenaient la Réforme anglaise », et souligne que les travaux de Duffy visent à dénoncer la « propagande puritaine ». Fraser y voit aussi « un défenseur obstiné de tout ce qui est catholique ». Convaincu par l'argument de Duffy contre le récit populaire selon lequel la Réforme anglaise aurait renversé un système « dégoulinant de fastes ecclésiastiques, gorgé de profits, corrompu par l'ambition et étranger aux pauvres », il estime que la paroisse de Morebath contredit cette « caricature ». S'il partage le regret de Duffy face aux ruptures qu'a connues le « rythme liturgique », il considère néanmoins que ces pratiques rituelles ont été restaurées au sein de l'Église d'Angleterre par le Mouvement d'Oxford au XIXe siècle. Il s'oppose enfin à l'idée que les travaux de Duffy doivent inciter les lecteurs à se convertir au catholicisme[1].

En 2023, le vicaire de St Ives, en Cornouailles, est critiqué après avoir installé des pompes à bière dans l'église Saint-Ia à l'occasion du festival de St Ives. À propos de cette controverse, Christopher Howse, du Daily Telegraph, rappelle que l'usage des églises pour des événements sociaux divise l'Angleterre depuis des siècles, et cite The Voices of Morebath pour montrer que, dans le West Country, dès les années 1450, les paroisses construisaient des maisons paroissiales adjacentes au cimetière, spécialement destinées à accueillir des événements sociaux, tels que les très lucratifs church ales[29],[note 7]. Le National Churches Trust, association caritative dédiée à la préservation des édifices religieux britanniques, publie en 2024 un rapport suggérant que les églises devraient accueillir des événements sociaux pour assurer leur pérennité face à la sécularisation croissante. Un éditorial du Guardian rapproche favorablement cette proposition de la description que fait Duffy des church ales, estimant que « les lieux historiques de culte communautaire peuvent encore trouver une vocation sociale au XXIe siècle »[17].

Aspect académique

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En 2017, Duffy considère lui-même The Voices of Morebath comme son meilleur ouvrage[1]. L'historien catholique Dominic Selwood, dans une recension de 2018 pour le Catholic Herald consacrée à Royal Books and Holy Bones, présente The Stripping of the Altars et The Voices of Morebath comme des ouvrages où Duffy « perce des trous irréparables dans la pensée reçue »[31]. Dans une recension de 2021 pour le Church Times consacrée au recueil d'essais A People's Tragedy: Studies in Reformation, Richard Chartres, ancien évêque de Londres de l'Église d'Angleterre, attribue à ces deux mêmes ouvrages le mérite d'avoir révisé la compréhension de la religion anglaise à la veille de la Réforme anglaise, ainsi que de la résistance, tant chez les laïcs que chez le clergé, au protestantisme naissant[32].

L'historien Carlos Eire, dans sa recension de l'ouvrage de Duffy paru en 2011, Fires of Faith, suggère que The Voices of Morebath répond aux critiques formulées contre The Stripping of the Altars, dont certaines réactions reprochaient à Duffy d'avoir sélectionné ses sources pour appuyer son argumentation. Eire décrit ainsi The Voices of Morebath comme une « contre-offensive » prenant la forme d'une « micro-histoire d'une minutie exhaustive »[33], et estime que Fires of Faith prolonge le révisionnisme commencé par Duffy dans ses deux ouvrages précédents[33].

L'historien français Jean-Pierre Moreau classe The Stripping of the Altars et The Voices of Morebath parmi les ouvrages de la tradition révisionniste de l'historiographie anglaise de la Réforme. Dans un ouvrage de 2004, il observe qu'une nouvelle école historiographique, le post-révisionnisme, se développe depuis 1990 autour de cette période. Selon Moreau, les post-révisionnistes réévaluent la thèse de Dickens et jugent erronée l'idée d'une révolution religieuse venue « de la base », tout en acceptant certaines critiques révisionnistes adressées à ce dernier[34]. Des historiens post-révisionnistes, tels qu'Alec Ryrie, mettent ainsi l'accent sur les facteurs socio-économiques et culturels qui ont pu favoriser la Réforme anglaise[34].

L'ouvrage de Robert Lutton, Lollardy and Orthodox Religion in Pre-Reformation England, publié en 2006 par la Royal Historical Society et Boydell Press, répond explicitement à The Voices of Morebath. Pour décrire les pratiques religieuses dans la paroisse de Tenterden durant la période du lollardisme, jusqu'en 1535, Lutton reprend la méthode de Duffy fondée sur l'étude paroissiale. Mais au lieu de s'appuyer sur des comptes de fabrique au récit unitaire, comme ceux de Trychay, il utilise les testaments de la communauté. Leurs points de vue multiples lui permettent de contester la position révisionniste de Duffy en faveur d'une religion anglaise médiévale unifiée. Son argument défend ainsi l'idée que plusieurs formes de piété coexistaient à cette époque, certaines étant compatibles avec les doctrines de la Réforme[35].

Plusieurs historiens rapprochent The Voices of Morebath de micro-histoires plus récentes, et le présentent comme une source d'inspiration pour des travaux de portée comparable. Sheilagh O'Brien, historienne au St Francis College de l'université de Divinity, y voit un exemple de micro-histoire sur la Réforme anglaise accessible aux lecteurs peu familiers de l'histoire, ou n'en ayant rencontré que des représentations inexactes dans des œuvres de fiction populaires. Elle estime que The Voices of Morebath et Le Retour de Martin Guerre, par l'attention qu'ils portent à la vie des gens ordinaires, ont inspiré d'autres micro-histoires, telles que The Voices of Nîmes de Suzannah Lipscomb, parue en 2019, consacrée aux femmes traduites devant les tribunaux ecclésiastiques huguenots[36]. Dans sa recension pour Reviews in History de l'ouvrage de Christopher Dyer paru en 2012, A Country Merchant, 1495–1520, Justin Colson estime que la manière dont Dyer dépeint l'économie médiévale à travers l'étude d'un individu particulier se rapproche de l'usage que Duffy fait de la vie de Trychay pour illustrer la religion de la Réforme anglaise[37].

Notes et références

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  1. ↑ En 2017, Duffy se souvient avoir découvert la paroisse de Morebath au cours de ses excursions dans la campagne anglaise dans les années 1990, après avoir obtenu son permis de conduire[1].
  2. ↑ En 2017, Duffy rapporte avoir découvert la paroisse de Morebath au hasard de ses promenades à travers la campagne anglaise dans les années 1990, peu après avoir obtenu son permis de conduire[1].
  3. ↑ Duffy écrit qu'à l'époque de la Réforme anglaise, les prêtres catholiques étaient désignés par le titre formel de Sir, plutôt que par le titre moderne de Father, popularisé seulement à la fin du XIXe siècle[11]. Trychay se prononce « Trickey »[2].
  4. ↑ Patrick Collinson estime que considérer les registres de Trychay comme de simples comptes de fabrique « serait trompeur, bien que conventionnel », car Trychay les vérifie et les consigne non seulement pour les fabriciens mais aussi pour d'autres composantes de la paroisse[2].
  5. ↑ Alors que Collinson indique que Trychay est décrit comme devenu « une sorte de protestant », il précise que le qualifier de vicaire de Bray (un clergé changeant de croyances pour suivre les revirements doctrinaux officiels) serait « une caricature insultante »[2].
  6. ↑ L'essai de Duffy, qui reconnaît l'erreur de Binney mais identifie l'armement de cinq hommes par Morebath comme un soutien aux forces gouvernementales, est publié en 1997. Évoquant cet essai dans The Voices of Morebath, Duffy explique qu'il « refusait de croire que Sir Christopher ait pu documenter en détail l'implication de la paroisse dans une rébellion armée »[20]. Cependant, dans l'ouvrage de 2001, Duffy reconnaît deux éléments qui contredisent sa pensée antérieure : le fait que les paroisses de l'époque Tudor exigeaient une reddition de comptes pour toutes les dépenses « légales ou illégales », l'argent dépensé devait être justifié, et le fait que les paroissiens de Morebath ne se considéraient probablement pas comme des rebelles, mais comme des défenseurs des « anciennes traditions contre les mauvais conseillers du roi, et non contre le roi lui-même »[21].
  7. ↑ Morebath reçoit l'ordre de cesser de célébrer des church ales en 1548[29]. La paroisse reprend toutefois la vente de bière à des fins de financement en 1551, bien que sans organiser d'événement particulier[30]. Sa maison paroissiale, construite grâce à des bénévoles, ne subsiste plus aujourd'hui[29].

Références

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Annexes

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) « The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village », sur Baillie Gifford Prize for Non-Fiction,
  • (en) Tom Betteridge, « Recent English Reformation Historiography: People, Places and Processes », Reformation, vol. 8, no 1,‎ , p. 199-211 (DOI 10.1179/ref_2003_8_1_009)
  • (en) Paul Binski, « The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village », Material Religion, vol. 1, no 1,‎ , p. 145-146 (DOI 10.2752/174322005778054401)
  • (en) Eric Josef Carlson, « The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village », Church History, vol. 72, no 3,‎ , p. 662-664 (DOI 10.1017/S0009640700100605)
  • (en) Richard Chartres, « A People's Tragedy: Studies in Reformation », Church Times,‎
  • (en) Patrick Collinson, « Through Trychay's Eyes », London Review of Books, vol. 24, no 8,‎ (lire en ligne)
  • (en) Justin Colson, « Review of A Country Merchant, 1495-1520: Trading and Farming at the End of the Middle Ages », sur Reviews in History, Institute of Historical Research,
  • (en) J. P. D. Cooper, « The Voices of Morebath (Book Review) », Sixteenth Century Journal, vol. 33, no 3,‎ , p. 932-934 (DOI 10.2307/4144110, JSTOR 4144110)
  • (en) Eamon Duffy, The Voices of Morebath: Reformation and Rebellion in an English Village, New Haven (Connecticut), Yale University Press, (ISBN 9780300091854)
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Articles connexes

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