Théodore Flournoy

psychologue et parapsychologue suisse

Théodore Flournoy, né le à Genève et mort dans la même ville le , est un médecin psychologue suisse, connu pour ses travaux sur le spiritisme et les pouvoirs parapsychiques.

Théodore Flournoy
Portrait de Théodore Flournoy
Biographie
Naissance
Genève
Décès
Genève
Nationalité Suisse
Enfants Henri FlournoyVoir et modifier les données sur Wikidata
Parenté Édouard Claparède (cousin germain (d)), Raymond de Saussure (gendre) et Georges Werner (d) (gendre)Voir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Formation Université de Genève, université de Paris, Université de Leipzig et université de Strasbourg (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Profession Psychologue et professeur d'université (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Université de GenèveVoir et modifier les données sur Wikidata

Famille

modifier

Son père est Alexandre Flournoy, agent de change. Sa mère est Caroline Claparède[1] (1831-1875), fille de Jean Louis Claparède et Susanne Amélie Perdriau, petite-fille de René Jean Louis Claparède[2] (ce dernier est juge à la Cour suprême[3]). Leur mariage a lieu en 1853[1].

Les Flournoy et les Claparède sont deux familles de huguenots français réfugiés en Suisse : au début du XVIIe siècle pour les Fournoy, après la révocation de l'édit de Nantes pas Louis XIV en 1685 pour les Claparède[1].

Biographie

modifier

Théodore Flournoy obtient son baccalauréat en lettres en 1872, puis étudie les mathématiques à la faculté des sciences de l'université de Genève ; suite à quoi il s'inscrit en 1875 à la faculté de théologie protestante de Genève – où il ne reste qu'un semestre, vite lassé par les « chinoiseries » théologiques. Il étudie la médecine à Strasbourg et obtient son doctorat en 1878 avec une thèse d'étude anatomopathologique de l'embolie graisseuse[1].

En 1878 il commence des études de psychologie à l'université de Leipzig. En 1890 son premier livre est publié : Métaphysique et psychologie, qui renonce à la philosophie au profit de la psychologie expérimentale. Il y gagne une certaine célébrité locale ; l'université de Genève crée pour lui, dans l'enceinte de la faculté des sciences, une chaire extraordinaire de « Psychologie physiologique soit expérimentale » : la séparation d'avec la philosophie est ainsi entérinée. Il crée le laboratoire de psychologie[1].

Il s'intéresse au paranormal et au grand courant spirite de l'époque. Il rencontre le [4] la médium Catherine Élise Müller, qu'il rebaptise « Hélène Smith » dans son important ouvrage Des Indes à la planète Mars. La médium dit écrire sous la dictée d'un certain Léopold, qui serait un autre nom pour Joseph Balsamo dit Cagliostro. Impressionné par l'étendue de son talent, Flournoy décide d'étudier son cas. Pour ce faire, il assiste à de nombreuses séances et la soumet à quelques expériences qui modifient ses transes et la plongent dans le somnambulisme.

Hélène Smith se met à écrire des romans en état de somnambulisme, partagés en trois grands cycles. Dans le cycle martien, elle communique avec des habitants de la planète mars et écrit dans un autre alphabet. Dans le cycle hindou, elle est la réincarnation d'une princesse indienne, fille d'un cheikh arabe, et parle le sanscrit par glossolalie. Enfin, lors du cycle royal elle prend la personnalité de la reine de France Marie-Antoinette d'Autriche. Elle dessine aussi durant ces visions des paysages martiens, des plantes, des personnages et des animaux inventés[4]. Ces dessins sont exposés à la Biennale de Venise en 2022[5].

Théodore Flournoy publie ses recherches en 1900, dans Des Indes à la planète Mars. Il reprend à F. W. H. Myers l'idée de conscience subliminale pour expliquer les états créatifs d'Hélène Smith. Il demande également à Ferdinand de Saussure d'examiner les langues qu'elle écrit spontanément. Il montre que les alphabets qu'elle utilise sont fantaisistes et calquent le français, et que ses rêveries reprennent des connaissances auxquelles elle avait eu accès. Cependant, son scepticisme ne le fait pas tomber dans un positivisme étroit : il déclare ne pas pouvoir éclairer tous les phénomènes, et laisse en suspens la question des pouvoirs parapsychiques.

Il poursuit sa carrière en fondant, en 1901, avec son cousin germain Édouard Claparède, la revue les Archives de Psychologie et en présidant le Congrès de psychologie expérimentale à Genève en 1909, essayant de faire intégrer les phénomènes médiumniques dans la recherche psychologique.

Carl Gustav Jung connaissait personnellement Théodore Flournoy[6]. Les écrits d'une étudiante américaine de ce dernier, Frank Miller[7],[8], sont longuement analysés dans son ouvrage Métamorphoses de l'âme et ses symboles.

Les surréalistes se sont montrés sensibles à la relation qui unissait le psychologue et la médium, et aux créations de cette dernière. Ils l'ont représentée dans une des cartes du Jeu de Marseille, dessinée par Victor Brauner en Sirène de Connaissance.

Il est le père d'Henri Flournoy, personnalité des débuts de la psychanalyse en Suisse et en France.

Publications

modifier
  • Contribution à l'étude de l'embolie graisseuse, thèse de doctorat en médecine, Strasbourg, 1878.
  • Métaphysique et psychologie, Genève, 1890 ; réédition : L'Harmattan, 2005.
  • Des phénomènes de synopsie (audition colorée), Genève et Paris, 1893.
  • « Illusions de poids », in Beaunis et Binet, L'Année psychologique, tome 1, brochure, Genève, 1895.
  • Observations sur quelques types de réactions simple, brochure, Genève, 1896.
  • Notice sur le laboratoire de Psychologie de l'Université de Genève, Genève, 1896.
  • « Genèse de quelques prétendus messages spirites », La Revue Philosophique, , brochure, 1899.
  • Des Indes à la planète Mars, étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Genève et Paris, 1900 ; rééditions : Seuil, 1983 ; L'Harmattan, 2006.
  • Nouvelles Observations sur un cas de Somnambulisme, Genève, 1902
  • Esprits et Médiums, Mélanges de Métapsychique et de Psychologie, Paris, 1911.
  • La Philosophie de William James, 1 vol., 222 p., St-Blaise, 1911.

Archives

modifier

Fonds : Papiers de la famille Flournoy (1760-2004) [4 mètres linéaires, papiers personnels, papiers de famille, correspondance, matériaux généalogiques et biographiques, œuvres, papiers scientifiques, coupures de presse, manuscrits de tiers.]. Cote : CH-000007-9 CH BGE Ms. fr. 7830-7848, Ms. fr. 8877-8887. Genève : Bibliothèque de Genève (présentation en ligne).

Le fonds concerne en particulier Théodore Flournoy (1854-1920), son fils Henri Flournoy (1886-1955) et son petit-fils Olivier Flournoy (1925-2008). Il contient également des documents relatifs à Hélène Smith, dont des dessins (Ms. fr. 7843/3)[4].

Certains documents sont numérisés et consultables en ligne dans la base de données des manuscrits et archives privées de la Bibliothèque de Genève.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 Fabrice Lorin (Psychiatre des Hôpitaux à Montpellier), « Biographie de Théodore Flournoy, naissance de la psychanalyse en Suisse », sur psychiatriemed.com (consulté en ).
  2. ↑ « Claparède, Caroline. 1831 - 1875 », sur obelis.unil.ch, Obélis, Université de Lausanne (consulté en ).
  3. ↑ « Claparède-Claparède, René Jean Louis. 1759 - 1837 », sur obelis.unil.ch, Obélis, Université de Lausanne (consulté en ).
  4. 1 2 3 Paule Hochuli Dubuis, « À la rencontre de la planète Mars », sur Bibliothèque de Genève. Le Blog,
  5. ↑ (en) Stefano Mudu, « Hélène Smith 1861 -1929, Switzerland », sur labiennale.org, Biennale de Venise, (consulté en ).
  6. ↑ Florent Serina (1980-), C.G. Jung en France : rencontres, passions et controverses, Paris, Les Belles Lettres, , 542 p. (ISBN 978-2-251-45198-5 et 2-251-45198-6, OCLC 1292744281).
  7. ↑ Frank Miller, « Quelques faits d’imagination créatrice subconsciente », Cahiers jungiens de psychanalyse, vol. 144, no 2,‎ , p. 29-45 (ISSN 0984-8207 et 2262-4783, DOI 10.3917/cjung.144.0029, présentation en ligne).
  8. ↑ Florent Serina, « Le cas Miss Miller, de Théodore Flournoy à Carl Gustav Jung. Introduction à « Quelques faits d’imagination créatrice subconsciente » de Frank Miller », Cahiers jungiens de psychanalyse, vol. 144, no 2,‎ , p. 11-28 (ISSN 0984-8207 et 2262-4783, DOI 10.3917/cjung.144.0011, présentation en ligne).

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • [Cifali 1983] Mireille Cifali, « Théodore Flournoy : la découverte de l'inconscient », Le Bloc-Notes de la psychanalyse, no 3,‎ , p. 111-131.
  • [Cifali 1983] Mireille Cifali, « Les chiffres de l'intime (postface) », dans T. Flournoy, Des Indes à la Planète Mars (rééd.), Paris, Seuil, , p. 371-385.
  • [Cifali 1991] Mireille Cifali, « Une glossolale et ses savants : Élise Muller alias Hélène Smith », Études psychothérapeutiques, no 4 « Onirisme et fantaisie, Paris, Bayard »,‎ 1991 (rééd.), p. 67-78 (lire en ligne [PDF]).
  • [Cifali 1991] Mireille Cifali, « À propos de la glossolalie d'Élise Muller et des linguistes, psychologues qui s'y intéressèrent », dans C. Puech (éd.), Linguistique et partages disciplinaires à la charnière des XIXe et XXe siècles : Victor Henry (1850-1907), Louvain / Paris, éds. Peeters / Dudley, (lire en ligne [PDF] sur mireillecifali.ch), p. 321-333.
  • [Claparède 1921] Édouard Claparède, « Théodore Flournoy (1854-1920). Sa vie et son œuvre », Archives de psychologie, vol. 18, nos 69-70,‎ , p. 1-125.
  • [Hochuli 2022] Paule Hochuli Dubuis, « À la rencontre de la planète Mars », sur archive.wikiwix.com/…/blog.bge-geneve.ch, bibliothèque de Genève, (consulté en ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • [Klein 2011] Alexandre Klein, « La correspondance d'Alfred Binet à Théodore Flournoy : témoignage inédit d'une collégiale amitié », Bulletin de psychologie, t. 64, nos 3 / 513,‎ , p. 239-250 (lire en ligne).
  • [Le Brun 1984] Annie Le Brun, « L'inconscient de la séduction  », dans À distance, Paris, Jean-Jacques Pauvert aux éditions Carrère, , p. 206-211.
  • [Lorin 1984] Fabrice Lorin, Théodore Flournoy : Contribution à l’histoire de la psychiatrie dynamique (thèse médecine), Montpellier, .
  • [Morel 1921] Ferdinand Morel, « Théodore Flournoy », Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses,‎ , p. 176-181 (lire en ligne).
  • [Nicolas et Charvillat 1998] (en) Serge Nicolas et Agnès Charvillat, « Theodore Flournoy (1854-1920) and Experimental Psychology: Historical Note », The American Journal of Psychology, vol. 111, no 2,‎ , p. 279-294.
  • [Piaget 1959] Jean Piaget, « Théodore Flournoy (1854-1920) », dans Histoire de l'Université de Genève (annexes : historique des facultés et des instituts : 1914-1956), Genève, Librairie de l'université Georg, , 71 p..
  • [Serina 2021] Florent Serina (1980-), C.G. Jung en France : rencontres, passions et controverses, Paris, Les Belles Lettres, , 542 p. (ISBN 978-2-251-45198-5 et 2-251-45198-6, OCLC 1292744281).

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier