Théore

dans la Grèce antique, envoyé officiel d'une cité chargé d'une mission à caractère religieux

Dans la Grèce antique, un théore est, selon les cinq principaux sens connus du grec ancien θεωρός / theôrós (« théore »), soit : 1o le « consultant d'un oracle » ; 2o l'« envoyé d'une cité participant à une fête religieuse » ; 3o l'« envoyé d'une cité annonçant l'organisation d'une fête religieuse » ; 4o le « magistrat » d'une cité ; 5o un « spectateur »[1]. Il est probable que le substantif θεωρός ait été créé pour décrire le « consultant d'un oracle » (1o) comme « celui qui veille sur les volontés du dieu »[1] puis ait été successivement étendu aux autres significations (2o à 5o) par métonymie[1].

Ainsi, θεωρός peut désigner celui qui, de sa propre initiative, consulte un oracle à titre strictement personnel. Tel est le cas, dans l'Œdipe roi de Sophocle, de Laïos[2],[3],[4] ou, dans l'Hippolyte d'Euripide, de Thésée[2],[5],[6].

À Athènes, la représentation officielle de la cité à l'extérieur[7] est collégiale de sorte que les θεωροί (« théores » au pluriel) sont les membres d'une θεωρία (« théorie »)[8]. Certains ont une désignation particulière selon leur mission. Les σπονδοφόροι (« spondophores ») sont ceux qui annoncent des fêtes qui ont lieu dans la cité d'Athènes comme les Mystères d'Éleusis ou les Grandes Panathénées[7]. Les πύθιοι (« pythiens ») sont ceux qui vont à Delphes porter à Apollon les « prémices agricoles (céréales et bétail) »[7]. Les déliastes sont ceux qui se rendent sur le θεωρίς (« Théoride », navire réputé avoir mené Thésée en Crète) aux Δήλια (« Délies », fêtes célébrées à Délos en l'honneur d'Apollon) accompagnés d'un chorège[8]. Chaque théorie est sous l'autorité d'un ἀρχεθέωρος (« archithéore »), sauf celle des déliastes pour laquelle l'archonte éponyme exerce la fonction d'archithéore[8].

Il existe des théores et des théories pour l'annonce ou la participation des concours sportifs (jeux olympiques, pythiques, néméens ou isthmiques). Il s'agit d'une charge onéreuse assimilable à une liturgie. Une théorie, visite à un sanctuaire, par un théore, comporte l'emploi rituel de certains feuillages. Les paroles de bon augure que recevait le théore à son retour devaient confirmer les promesses du pèlerinage. (notes d'Hippolyte d'Euripide de Marie Delcourt-Curvers, bibliothèque de la Pléiade).

Théores-magistrats

modifier

Dans certaines cités grecques, théore est le titre d'un magistrat[9]. Aristote (-) évoque ces théores-magistrats dans sa Politique[10],[11],[12].

Wilhelm Dittenberger (-) a donné la première liste des cités concernées[13] : Mantinée dont les théores sont attestés en par Thucydide[14],[15],[16] ; Tégée dont les théores le sont vers par Xénophon[14],[17],[18] ; et Naupacte[19],[20]. En , Bernard Haussoullier (-) ajoute six autres cités à la liste de Dittenberger[9],[13] : Orchomène d'Arcadie[21] ; Pellana[11] ; Mégare[22],[23] ; Paros[24],[25] ; Thasos[14],[26] ; et Égine, les théores de celle-ci étant attestés, à l'époque de Pindare, par une scholie aux Néméennes[14],[27],[28]. En , Louis Robert (-) ajoute Pergame à la liste de Haussoullier[9],[13].

À Thasos, les théores sont les membres d'un collège annuel de trois magistrats[29],[30]. Au contraire des archontes, membres d'un autre collège annuel de trois magistrats, les théores ne sont pas des magistrats éponymes[30],[31]. Ils sont hiérarchiquement inférieurs aux archontes[31] et chargés de superviser les sanctuaires[30]. Le collège des théores devient annuel et triple vers [32]. Au début des années , les Thasiens décident de récapituler les théores qui s'étaient succédé en en gravant les noms. Le monument est inauguré vers -[33],[34]. Des fragments nous en sont parvenus et l'inscription correspondant est connue comme la Petite Liste de théores (PLTh)[31].

Théores-spectateurs

modifier

L'emploi de θεωρός pour désigner un « spectateur en général, sans connotation religieuse »[35], est attesté dès l'époque archaïque chez Eschyle dans les Choéphores[36],[37] et le Prométhée enchaîné[36],[38] puis à l'époque classique chez Platon dans la République[36],[39],[40] et le Timée[36],[41] ainsi que chez Aristote dans la Politique[36],[42] et la Rhétorique[36],[39],[43]. De ce sens du mot théore découle, à Athènes, le théoricon (en grec ancien : θεωρικόν / Théôrikón) qui est l'indemnité versée aux plus pauvres pour qu'ils puissent acheter des places de théâtre[44].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 3 Bouchet 2023, sec. I, § 1, s.v. θεωρέω, p. 24, col. 1.
  2. 1 2 Bernard 1988, p. 49.
  3. Labarbe 1994, p. 226-227.
  4. Sophocle, 114.
  5. Labarbe 1994, p. 227.
  6. Euripide, 792 et 807.
  7. 1 2 3 Fauquier et Vilette 2000, p. 228.
  8. 1 2 3 Fauquier et Vilette 2000, p. 229.
  9. 1 2 3 Hamon 2016, introd., no 2, n. 9.
  10. Robert 1927, p. 213.
  11. 1 2 Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, p. 143.
  12. Aristote, Pol., V, 1310b.
  13. 1 2 3 Robert 1927, p. 211.
  14. 1 2 3 4 Aubonnet 1973, p. 315.
  15. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Mantinée, p. 144.
  16. Thucydide, V, 47, 9.
  17. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Tégée, p. 144.
  18. Xénophon, VI, 5, 8.
  19. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Naupacte, p. 145.
  20. IG, IX (Grèce centrale), 1 (), no 360, 366, 373, 374, 375, 377, 379, 383, 384, 385 et 388.
  21. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Orchomène d'Arcadie, p. 144-145.
  22. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Mégare, p. 145.
  23. IG, VII (Béotie, ), no 39 et 40.
  24. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Paros, p. 145-146.
  25. IG, XII (îles de la mer Égée, autres que Délos), 5 (), no 108.
  26. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Thasos, p. 146.
  27. Haussoullier 1917, IIIe partie, chap. Ier, § 2, s.v. Égine, p. 146.
  28. Pindare, 119.
  29. Fournier 2018, introd., p. 3.
  30. 1 2 3 Hamon 2022, introd., no 2.
  31. 1 2 3 Hamon 2022, sec. I, no 8.
  32. Hamon 2022, sec. III, no 19, n. 45.
  33. Hamon 2022, sec. I, no 6.
  34. Hamon 2022, sec. I, no 9.
  35. Bouchet 2023, sec. I, § 1, s.v. θεωρέω, p. 24, col. 2.
  36. 1 2 3 4 5 6 Labarbe 1994, p. 219, n. 3.
  37. Eschyle, Choéph., 246.
  38. Eschyle, Prom., 118.
  39. 1 2 Bouchet 2023, sec. I, § 1, s.v. θεωρέω, p. 24, col. 2, n. 52.
  40. Platon, Rép., V, 467c et VII, 537a.
  41. Platon, Tim., 57d.
  42. Aristote, Pol., VII, 1336b (36).
  43. Aristote, Rhét., I, 3, 1358b (2-7).
  44. Baslez 2007, p. 362.

Voir aussi

modifier

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Bibliographie

modifier

Éphèse

modifier

Théores-magistrats

modifier
  • [Fournier 2018] Julien Fournier, « Archontes et théores thasiens du Ier au IIIe siècle apr. J.-C. : de la transformation à l'abandon des listes de magistrats », JDS, no 1, , art. no 1, p. 3-53 (OCLC 9797870864, DOI 10.3406/jds.2018.6398 Accès libre, HAL hal-02562787, S2CID 257598971, lire en ligne Accès libre [PDF]). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • [Hamon 2016] Patrice Hamon, « Études d'épigraphie thasienne. – IV : les magistrats thasiens du IVe siècle av. J.-C. et le royaume de Macédoine », BCH, vol. 138-140 («  »), no 1 (« Études »), , art. no 3, p. 67-125 (OCLC 10937403487, DOI 10.4000/bch.339 Accès libre, S2CID 201527215, lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • [Hamon 2022] Patrice Hamon, « Lire le temps à Thasos : note de synthèse sur les listes monumentales d'archontes et de théores de l'agora », Cahiers d'études anciennes, t. LIX (Antoine Chabod et Paul Cournarie (éd. et introd.), « Visibilité, lisibilité, efficacité : les inscriptions monumentales en Grèce et à Rome »), (OCLC 10500925182, HAL hal-03933604, lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Sources antiques

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier