Théorie du fer à cheval

théorie politique

En théorie politique, la théorie du fer à cheval consiste en l'affirmation que l'extrême gauche et l'extrême droite, au lieu d'être en opposition et de constituer les deux extrémités d'un spectre politique linéaire et continu, se ressemblent, en formant les deux extrémités d'un fer à cheval.

Les tenants de la théorie du fer à cheval affirment que l'extrême gauche et l'extrême droite sont plus proches l'une de l'autre que du centre.

Cette théorie est attribuée à l'écrivain français Jean-Pierre Faye. Les tenants de cette théorie notent un certain nombre de similarités entre l'extrême gauche et l'extrême droite, notamment leur supposée propension à graviter autour de l'autoritarisme ou du totalitarisme. La théorie du fer à cheval s'oppose au traditionnel axe droite-gauche, comme à de nombreux systèmes multidimensionnels de classement politique.

Origine

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L'idée que l'extrême gauche et l'extrême droite sont proches l'une de l'autre apparaît durant la république de Weimar, lorsque certains communistes sont soupçonnés d'être proches de l'idéologie nazie[1]. Néanmoins, l'utilisation du terme « théorie du fer à cheval » pour décrire ce phénomène est démocratisée par Jean-Pierre Faye, qui l'utilise dès 1972 dans son ouvrage Théorie du récit : introduction aux langages totalitaires[2], puis en 2002 dans son livre Le Siècle des idéologies. D'autres[Qui ?] attribuent cette théorie à Seymour Martin Lipset, Daniel Bell ou « l'école pluraliste ».

Critique

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La théorie du fer à cheval fait l'objet de nombreuses critiques de la part de politologues, de sociologues et d'historiens, qui lui reprochent d'être une simplification abusive, voire un outil rhétorique au service du centrisme.

Sur le plan idéologique et historique

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En science politique, les universitaires reprochent à ce modèle de confondre la forme et le fond. Le politologue Simon Choat souligne que si l'extrême gauche et l'extrême droite peuvent parfois partager des méthodes similaires (comme le rejet des institutions démocratiques libérales ou le recours à la violence), leurs fondements idéologiques et leurs objectifs finaux sont diamétralement opposés. L'extrême gauche s'appuie sur l'égalitarisme et la volonté de démanteler les hiérarchies sociales, tandis que l'extrême droite défend une vision du monde fondamentalement hiérarchisée et inégalitaire[3]. De plus, les politologues spécialistes des populismes, comme Cas Mudde et Cristóbal Rovira Kaltwasser, ont démontré l'asymétrie de ces mouvements : le populisme de gauche tend à être « inclusif » (opposition socio-économique entre le peuple et une élite), tandis que le populisme de droite est « exclusif » (rejet identitaire d'une élite et de groupes perçus comme extérieurs, comme les immigrés)[4].

Sur le plan de la sociologie électorale

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La théorie du fer à cheval suggère souvent une porosité entre les électorats des deux extrêmes. Or, la sociologie électorale contredit cette hypothèse empiriquement. En France, les travaux de la politologue Nonna Mayer ont par exemple déconstruit le mythe du « gaucho-lepénisme » en démontrant que les profils sociologiques, les systèmes de valeurs culturelles et les motivations de vote des électeurs de la gauche radicale et de l'extrême droite demeurent profondément distincts, les transferts de voix directs entre les deux pôles restant statistiquement marginaux[5].

Un biais normatif et centriste

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La théorie est également analysée comme un outil normatif utilisé pour légitimer le centre politique. D'après le sociologue et journaliste Pierre Rimbert du Le Monde diplomatique, l'assimilation de la gauche à l'extrême droite constitue l'« élément central du cordon sanitaire qui vise à rendre infréquentable toute proposition politique en rupture avec l’ordre économique »[6].

Dans ce prolongement s'est développée à la fin des années 2010 dans la culture politique d'Internet une contre-théorie satirique baptisée « théorie de l'hameçon » (en anglais : fish hook theory). Cette grille de lecture affirme que le spectre politique prend plutôt la forme d'un hameçon dont le centre, en se repliant, viendrait frôler l'extrême droite. Vulgarisée par des essayistes et critiques politiques[7],[8], elle reprend une critique d'inspiration marxiste selon laquelle, en temps de crise, les modérés et les centristes auraient politiquement tendance à s'allier aux mouvements réactionnaires ou autoritaires plutôt qu'à la gauche afin de protéger le statu quo socio-économique et l'économie de marché[9],[10].

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Horseshoe theory » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ « Les extrêmes se rejoignent-ils ? », sur France Culture, (consulté le )
  2. ↑ Jean-Pierre Faye, Théorie du récit : introduction aux langages totalitaires : critique de la raison [et de] l'économie narrative, Paris, Hermann, coll. « Savoir », , 140 p. (ISBN 9782705656959, OCLC 495863500, BNF 34564233, présentation en ligne), p. 124, 133.
  3. ↑ (en) Simon Choat, « 'Horseshoe theory' is nonsense – the far right and far left have little in common », The Conversation,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ (en) Cas Mudde et Cristóbal Rovira Kaltwasser, Populism: A Very Short Introduction, Oxford University Press, (ISBN 9780190234874)
  5. ↑ Nonna Mayer, Ces Français qui votent Le Pen, Paris, Flammarion, (ISBN 9782080683878)
  6. ↑ Pierre Rimbert, « Le centre est encore fécond… », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. ↑ (en) Beth Lynch, « Fish Hook Theory Is Real », sur The Progressive Army, (consulté le )
  8. ↑ (en) Noah Berlatsky, « Let's Put an End to 'Horseshoe Theory' Once and for All », Pacific Standard,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ Daniel Guérin, Fascisme et grand capital, Paris, Éditions de la rue des Cascades, (1re éd. 1936) (ISBN 9782377293728)
  10. ↑ Robert O. Paxton, Le Fascisme en action, Paris, Seuil, (ISBN 9782020591928)